40 ans de JdR ? Et moi, et moi…

Aujourd’hui, Psychée a publié un billet à l’occasion de ses 40 ans de jeu de rôle.
J’imagine que je ne suis pas la seule : en lisant ce genre de témoignage, on se dit forcément “et moi ?” et l’on fouille dans sa mémoire, on cherche ses anecdotes.
J’ai souvent raconté que la date où j’ai découvert le JdR était sans ambiguïté puisque c’est à Noël 1982 que Mère Dragon a offert la boîte rouge de D&D à ma sœur (et moi ?).
— Et donc ?
— En y réfléchissant bien, D&D n’a pas été ma découverte du jeu de rôle même si je n’avais pas mis le terme dessus précédemment.
Je ne sais pas quand, nous avions acheté (probablement au rayon livres d’Euromarché) la Grotte du temps. La date d’impression est octobre 1981 (j’étais en CM1 alors) et je me souviens que, en classe de CM2 (1982-1983), à la cantine, j’avais proposé à deux camarades que nous explorions des… donjons ? Je ne suis pas sure du tout d’avoir donné ce nom, je leur disais qu’ils avaient deux portes devant eux, laquelle voulaient-ils franchir ?
La mémoire est trompeuse, mais je relie ce jeu que je leur ai proposé à cette première aventure dont vous êtes le héros que j’avais dû parcourir des centaines de fois, pas à D&D…
Ses pages ont jauni, mais il est toujours là, précieux, dans ma bibliothèque.
— Et ensuite ? Le JdR et toi à l’adolescence ?
— Rien.
Les garçons ne me voulaient déjà pas au club d’informatique du collège et il n’y avait pas de club de jeu… alors je dévorais les LDVELH, achetais des jeux à la boutique de jouets d’Angoulême (AdC, Paranoïa…) ou à la boutique (proprement magique à mes yeux) de JdR de Toulon quand nous y allions en vacances, cherchais du JdR dans les jeux vidéo (un peu en vain, mais je faisais semblant que…) et lançais mon propre fanzine.
Pour vrai, je ne me suis lancée complètement dans le JdR que quand ma fille aînée s’y est mise (vers 12 ou 13 ans ?). J’ai pu aller en conventions ou en clubs car je l’accompagnais et, là en tant que mère, avec une ado à la table, les gens n’avaient pas de comportements déplacés…
— Mais… t’avais des tas d’amis rôlistes, ils ne t’ont jamais proposé de les rejoindre ou… avant ça ?
— Ben… non…
Je rêvais de faire des GN et un ami proche, GNiste passionné, ne m’a jamais emmenée avec lui car “il n’aurait pas été à l’aise que j’entende les blagues que racontaient ses potes” (mais, oui, il y avait des filles avec eux, hein, mais, à ses yeux, moi, je ne pouvais pas venir).
Je crois qu’il faudra encore beaucoup de temps avant que les hommes de ma génération ne prennent conscience de tout ce qu’ils ont fermé comme portes devant nous.
Parce que, si tu penses qu’une amie ne peut pas jouer parce que tes potes la mettraient mal à l’aise, ça te convient vraiment comme situation ?

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Daly and the cocky prince (2021)

Ce ne sera pas un long billet, juste quelques lignes pour vous signaler une romance très très sympa.
Emigrée aux Pays-Bas où Elle travaille et poursuit ses recherches (mode passionnée qui en oublie de manger), elle doit rentrer en Corée quand son père décède brutalement, pour gérer le musée dont il s’occupait et qui est au bord de la faillite.
Comme dans toutes bonnes romances, ils se croisent d’abord par hasard, aux Pays-Bas où Lui est venu signer un gros contrat.
En Corée, ils vont se retrouver car il a prêté une grosse somme d’argent au musée, qui ne peut le rembourser.
Lui est un nouveau riche. Manquant cruellement de culture, il est bosseur et fiable.
Les scénaristes l’assument, ils ont voulu deux héros “parfaits” : Elle est donc la plus jeune chercheuse de… Pour Lui, l’un des persos lui expliquera qu’il est un “mythe”, i.e. une personne devenue riche par le travail, sans l’être de naissance ou par les combines.
Bien sûr, les méchants veulent récupérer le terrain du musée pour y faire des immeubles et gagner un tas de pognon.
L’intrigue est sans surprise — l’acteur (je vous tais le nom pour ne pas spoiler) joue toujours les traitres, j’ai l’impression –, mais honnêtement menée.
Probablement pour rester dans l’ambiance romance fun, quoique les enjeux des méchants soient de très gros sous, il n’y a pas de meurtre/mort violente au fil de la résolution (alors que, franchement, vu certains imprudents…) donc vous pouvez regarder en toute confiance si c’est un élément que vous craignez.

Et puis… si cette romance est si sympa, outre que ces persos principaux sont bien mignons, c’est aussi à cause de tous petits détails bienvenus, comme par exemple :
la secrétaire de Lui ne se balade pas en tailleur et talons hauts, mais en costume-pantalon ;
sur l’épisode final, en général, les héros ont été séparés parce que… (j’imagine que c’est un trait de narration pour nous prouver que leur amour est fort malgré le temps ?) et, là, le cliché est retourné…

Bref, je l’ai binge watché ce week-end avec plaisir !

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On s’en fout qu’un festival disparaisse… non ?

Il n’existe pas de Grande Famille de l’Imaginaire.
Il existe un ensemble de personnes qui oeuvrent dans ce domaine (auteurices, traducteurises, éditeurices, illustrateurices, etc.) et qui le font vivre et un ensemble de personnes qui l’aiment et qui veulent qu’il soit plus présent et prospère.
Mais cet intérêt commun ne crée pas forcément de liens.
L’idée qu’une passion commune lie les gens est finalement un fantasme que l’on retrouve pas mal dans la branche réac de la sphère rôliste : il aurait existé un âge mythique où, rassemblés par la passion du JdR, tout le monde aurait joué ensemble.
Quand on y regarde de plus près, c’est tout le monde sauf… les femmes, les queer, les racisés, les…
En réalité, en général, quand quelqu’un parle d’une grande famille, c’est un peu dans le sens qu’il faut entendre quand on veut te silencier car ce ne serait que “des histoires de famille”.

Le mythe de la Grande Famille, c’est une injonction pour faire taire celles et ceux qui sont différents, qui dénoncent les agressions ou le harcèlement ou les brimades…
Si tu veux en faire partie, tu dois accepter les règles édictées par les dominants.

C’est “amusant” parce que ce choix du terme “famille” n’est pas anodin du tout.
Quand arrivent les fêtes de fin d’année, sur les réseaux, tu vois tout un tas de gens se lamenter qu’ils vont devoir supporter des “repas de famille” et, dans ce qu’ils décrivent, il n’y a rien de réjouissant : ils vont entendre des propos haineux, par exemple, ils vont subir des remarques ou des reproches…
Cet imaginaire est très loin de me faire rêver.

Bref, il n’y a pas de grande famille et c’est tant mieux.
Il y a des clans, des groupes liés par des intérêts ou des affects, des accords ponctuels ou durables…
Néanmoins, dans la récente affaire des Imaginales, dont j’ai déjà pas mal parlé, il y a eu une réaction collective et unifiée.
Comme plusieurs personnes l’ont dit, que l’on soit ami ou non de Stéphanie Nicot, que l’on ait aimé aller aux Imaginales ou non, quand un objet (festival, média…) disparait, surtout de cette taille, cela nous impacte tou·tes collectivement.

Si donc cette affaire crée une unanimité inquiétante (quand on est unanime, c’est que ça craint vraiment !), il y a toujours un ou deux trolls dissonants.
Je ne parle pas des quelques rares personnes restées silencieuses par intérêt : ils pensent qu’ils vont récupérer quelque chose de ces Imaginales mourantes, peut-être en faire un festival à leur image ou intérêt. Ou juste profiter quelques années de la somme que la mairie est prête à verser.
Non, je parle de deux trolls bien connus de nos services. L’un est écrivain, l’autre est rôliste. Si le deuxième ne comprend pas pourquoi les gens parlent de l’affaire/se sentent concernés, le premier a écrit sur les réseaux que l’objectif d’un festival n’était pas de créer, mais seulement de passer un bon moment et qu’il n’y avait donc aucune raison de s’indigner.

Alors j’ignore si le gars pense sincèrement ce qu’il dit. C’est un peu l’inconvénient des trolls : ils créent un perso public dans la provoc et il est difficile de distinguer s’ils sont de mauvaise foi pour alimenter leur image ou s’ils sont de bonne foi et sont simplement ignares.

Mais, en fait, le sujet mérite qu’on en parle.
Bon, OK, je pourrais prendre une approche plus glamour, faire péter une belle intro au lieu de rebondir sur un commentaire un peu bébête, mais, bah…

Le sujet des festivals/conventions m’intéresse particulièrement et j’en parle quelque fois sur ce blog. C’est le gros de mon activité associative.

— Mais, au fait, c’est quoi la différence entre “festival” et “convention” ?
— Ca m’amuse parce que, il y a pas mal d’années, je m’étais faite prendre de haut car j’avais dit qu’il n’y avait pas de différence fondamentale. J’avais été pointée du doigt comme ignare ou trop novice ou… alors que cela faisait déjà plusieurs années que j’étais dans le milieu, mais, fidèle à mon syndrome de l’imposture (dont j’estime la disparition vers mes 45 ans), je m’étais répétée que j’avais mal dû comprendre et…
Il n’y a pas de différences fondamentales, c’est plus un choix esthétique en fonction des milieux.
Dans la littérature, on va parler de “festival” quand on veut faire venir du monde et de “convention” quand c’est sur inscription/à destination des fans. Mais il y a des festivals payants et les gens qui paient l’entrée sont bien des fans 😉
Dans le JdR, on va parler de “convention” même pour les gros events (comme Octogônes).
— Donc je résume : festival si littérature et convention si jeux ?
— Yep, plus ou moins. Du coup, quand je parle à des écrivain·es, je vais dire que #NiceFictions est un festival et, à des rôlistes, que c’est une convention 😉
(Pour vrai, je privilégie souvent “event” qui compacte “évènement” sans qu’il y ait débat sur le sens des accents — poke Timothée Rey.)

Bref, si l’on n’y prête pas attention, un event pourrait effectivement être juste le moyen de passer un bon moment (et, si ce n’était que ça, en fait, ça serait quand même dommage que l’un d’eux disparaisse pour de mauvaises raisons, comme les Imaginales aujourd’hui).

Récemment, j’ai abordé le sujet sous l’angle : si les events ne sont pas des lieux safes pour les femmes, elles sont entravées dans leur carrière.
Je l’ai d’abord dit un peu à l’arrache lors de la remise des Graal d’or au #FIJ2022, mais, à l’occasion de #NiceFictions22, j’ai proposé une table ronde sur le sujet.

En fait, c’est Ayerdhal qui m’a ouvert les yeux le premier sur le sujet. C’était lors d’Imaginales (décidemment).
Je n’avais aucun doute qu’il était un grand écrivain et je n’avais pas besoin de le voir pour m’en souvenir.
Il m’a expliqué qu’il avait été “absent de la scène” quelques temps et que, dès que tu t’absentais, les gens t’oubliaient.
Ouah ! Un écrivain comme lui pouvait être oublié, en fait…
Je n’ai pas eu l’occasion de participer à beaucoup d’events. Sur mes moyens financiers persos, je suis bloquée financièrement (la vie d’une maman solo) et je n’ai jamais été invitée car, même si mes écrits sont appréciés, je n’ai jamais eu d’œuvres à vendre/promouvoir, mes parutions étant plutôt en revues/antho.

Je ne regrette rien car je n’avais pas les moyens de me déplacer donc me soucier de quelque chose que je ne pouvais de toute façon pas faire m’aurait fait du mal pour rien.
Mais, pour le peu de déplacements que j’ai faits et des témoignages de… tout le monde ? c’est lors de ces rencontres que la création avance.
Non seulement cela peut te donner des idées d’œuvres lors des échanges avec les collègues, mais cela te met en contact avec d’autres acteurices pour des projets communs, de la basique rencontre avec ta/ton futur·e éditeurice à des projets plus complexes.
Lionel Davoust en parle dans son billet hier au sujet des Imaginales. C’est lors d’une room party aux Utopiales que les Imaginales sont apparues.
— Oui, mais Stéphanie aurait pu motiver les gens en leur envoyant des mails…
— J’ai rejoint l’orga de ma première convention en 1991, y’a plus de 30 ans.
La rencontre irl est fondamentale et les années n’ont fait que me le confirmer.
A titre personnel, je n’imagine pas aujourd’hui travailler sur Nice Fictions sans mon codirecteur, mais, en réalité, je lui ai demandé de me rejoindre parce que je l’ai croisé par hasard au FIJ2014.
— Ouais, il aurait fini par entendre parler du projet et vous aurait rejoint…
— Peut-être. Mais nous fonctionnons collectivement de cette façon.
— Et dans le JdR, tout ça, ça n’est pas pareil parce que tu nous parles de la carrière d’écrivain·es, là…
— En fait, ça joue un peu moins car la scène est plus limitée et un auteur n’est pas oublié dès qu’il ne se montre plus, mais, néanmoins, la rencontre avec de nouvelles joueuses, les tests, les échanges… sont importants et nourrissent la créativité.

Notre temps est limité.
En permanence, nous faisons des choix : quel livre va-t-on lire ? Avec qui va-t-on travailler sur tels projets ?
Par exemple, je n’ai jamais été sollicitée pour une antho à appel fermé (i.e. quand l’appel à textes n’est pas rendu public, mais l’anthologiste contacte des auteurices qu’il a sélectionnées en amont).
— Ben, c’est que personne n’aime ton travail.
— Sérieux, ça n’est pas la réponse.
Devant un projet, on va réfléchir aux noms qu’on y associerait et notre mémoire va remonter dans ses dernières rencontres/échanges. Il aurait suffi de partager un diner, un soir de festival, avec l’une ou l’autre pour qu’iel se dire : “Ah, tiens, oui, y’a elle aussi qui est nouvelliste !”

— Ouais, mais, là, finalement, tu nous parles des carrières et de la réussite de projets. En quoi, moi, amateur d’imaginaire, ça me concerne ? Si je ne lis pas telle écrivaine, je lirais tel auteur. Si un event ne se fait pas, j’irais à un autre !
— Personnellement, je pense que rien ne s’enrichit et n’évolue sans la pluralité. Je pense que cantonner l’art (par exemple) à la production des seuls hommes blancs valides aisés est une erreur. Je pense qu’il n’y a pas tant d’events que ça et que, moins il y en a, plus les gens modestes n’y ont pas accès car ils ne peuvent aller facilement qu’à ce qui se passe près de chez eux. Je pense qu’il n’y a, de la même façon, pas tant de médias que ça.
Si la pluralité et/ou la diversité vous dérange ou vous indifférent, nous ne sommes juste pas compatibles et, comme je l’écrivais en intro, nous ne faisons pas partie de la même famille.

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Où je parle des Imaginales, mais aussi de JdR Mag et d’autres trucs

Ce billet va probablement être un peu long, mais j’ai plein de choses à vous dire…

J’ai grandi à Angoulême. Ce détail a de l’importance : enfante, j’étais persuadée qu’un festival international sur un thème populaire (la bande dessinée) était quelque chose de banal/normal. Et j’avoue que je n’ai jamais trop remis cette idée en cause.

En 1990, j’avais 17 ans et j’ai lancé un fanzine consacré aux jeux de rôle et à l’imaginaire : la Tribune des Vagabonds du Rêve. A cette époque, dans le milieu rôliste (mais pas que), il y avait beaucoup de fanzines. J’ai rapidement été contactée par d’autres fanéditeurices qui me proposaient qu’on fasse connaissance, qu’on échange, qu’on s’entraide. Ne me demandez pas pourquoi (parce que je n’en sais rien), mais mon réflexe a été : fédération. Je leur ai proposé que nous nous regroupions en une fédération de fanzines pour rendre visible cette entraide, pour communiquer davantage. Je l’ai appelé UTOPIA.
Comme nous y avions de la famille, nous allions quelques fois en vacances à Toulon et j’y avais repéré une grosse convention de jeux de rôle (la plus grosse à l’époque ?) : le France Sud Open (FSO). Mais, encore mineure, assez timide, je n’avais pas osé y aller. Puis, finalement, notre famille a quitté la Charente pour le Var et, devenue majeure, je me suis pointée à une petite convention de quartier, en me présentant comme représentante d’UTOPIA. Et, là, François Toucas, le président du FSO, me rencontre et me demande si UTOPIA veut participer à la grande convention de jeux.
Oui, forcément oui.
Je me souviens de notre premier stand, immense dans le contexte, couvert de fanzines venus de Belgique, de Suisse… et des fanéditeurices suisses, d’ailleurs, venu·es pour l’occasion.

A mes yeux (naïfs), une telle convention, aussi importante, avait une légitimité qui ne pouvait être remise en cause.
En 1995, les habitants de Toulon ont élu un maire FN. Le FSO a eu une dernière édition sur La Garde, mais la fin de la partie avait sonné.
Or doncques une convention/un festival, ça avait besoin d’un lieu pour exister, un lieu qui peut accueillir beaucoup de gens d’un coup et celui qui possède le lieu a pouvoir de vie et de mort sur l’évènement.
A mes camarades d’infortune organisateurices, alors que nous discutions de la suite (car le coup était affreusement douloureux), j’ai glissé le mot “fédération”. Et s’il existait une Fédération Française de Jeu de Rôle (FFJdR) qui naitrait des contacts et de l’énergie que nous avions rassemblées ?
Créée en 1996.
Un bénévole nous rejoint. Il s’appelle Jérôme Gayol, il habite le département d’à côté (les Alpes-Maritimes). Il arrive trop tard pour connaître le FSO et il en est frustré. (Aujourd’hui, il est le codirecteur de Nice Fictions et des Vagabonds du Rêve.)
Alors je lui dis : “Et si on contactait le Festival International des Jeux (FIJ), à Cannes, et qu’on leur proposait d’œuvrer sur le JdR ?”
On a rencontré l’organisateur du tournoi de JdR qui voulait passer la main et… quelques années plus tard, Jérôme a dit aux associations locales : “Et si on se fédérait ?”
Le Groupement Azuréen des Associations Ludiques (GRAAL) est né.

Aux Imaginales 2013, je discute avec Ian Larue et on se dit : “Il n’existe pas de festival d’imaginaire de la nouvelle. Et, d’ailleurs, il n’y a pas tellement d’évènements d’imaginaire sur la Côte d’Azur. Si on en faisait un ?”
Puis je discute avec une autre amie et elle m’explique que l’université a cette possibilité légitime d’accueillir des évènements culturels et, d’ailleurs, le campus Saint-Jean-d’Angély, à Nice, reçoit des colloques, des séminaires…
J’y avais été orga au FIJ 1998, ensuite, la vie de maman de jeunes enfant·es puis maman solo m’avait éloigné de pas mal d’activités et je n’y venais plus qu’en tant que visiteuse et joueuse.
Me voilà donc au FIJ 2014, simple joueuse, et je recroise Jérôme qui, pendant ce temps, a tenu une boutique de JdR, a continué dans l’évènementiel et a appris des tas de choses.
Alors je lui dis : “Tu aimerais que mon festival de nouvelles ait un pôle Jeux ?”
A l’été 2014, Nice Fictions est né, avec Ian Larue, forcément, mais aussi, par exemple, avec Olivier ‘Akae’ Sanfilippo qui était dans l’orga du FIJ aux côtés de Jérôme ou avec Ugo Bellagamba (nous avions sympathisé entre “auteurices d’imaginaire niçois”).

Au printemps 2021, l’affaire Marsan est sortie. Même si “tout le monde savait”, je pense que le voir écrit/détaillé/expliqué, ça fait un choc. Je faisais partie des gens “qui savaient un peu”. Je savais qu’il avait eu des comportements inappropriés, mais j’appartiens à une génération où les femmes étaient éduquées à penser que c’était normal qu’on abuse d’elles et, au fond, je me disais que cela devait être… limité ? C’est une erreur que, je pense, nous sommes nombreuses à avoir commise : nous ne percevions pas le côté systémique des agresseurs sexuels. Ils ne “dérapent pas quelques fois”, c’est leur façon de vivre leur rapport aux femmes.
Au sein de Nice Fictions, je suis directeurice… ET président·e : cela signifie que je peux dire ce que je veux, quand je veux, sans que personne ne vienne me le reprocher.
Alors il m’a été facile de dire que Nice Fictions condamnait ce genre de comportements, que nous avions mis en place une charte pour garantir un espace safe.
Mais, tandis que cette affaire bouleversait le monde de l’imaginaire, le silence de certains a été… bruyant ?
Oh, évidemment, que les ermites ne parlent pas, c’est logique, mais que des acteurs connus pour être diserts, des journalistes qui disent couvrir le domaine… ne parlent pas de quelque chose d’autre important, comment l’expliquer sinon par leur soutien affiché à un agresseur ?
A côté de ces silences complices, il y a eu les silences… de peur. Il y a eu des gens qui n’ont pas pu parler parce qu’iels ne le pouvaient pas.
Maintenant que c’est dit publiquement, nul besoin de le taire : dans l’interview que Stéphanie Nicot a donné aujourd’hui dans ActuSF (et je reviens dessus un peu plus bas dans ce billet), elle écrit : “Face au silence assourdissant de la Ville, j’ai écrit un post sur mon compte Facebook pour soutenir les victimes, d’abord par conviction personnelle, et ensuite pour exprimer les valeurs du festival. J’ai alors reçu un appel téléphonique d’une élue me parlant de “devoir de réserve”, histoire de me museler, alors que je ne suis pas fonctionnaire de la Ville…”
Aussi certains se sont tus par complaisance, mais d’autres parce qu’iels étaient muselé·es.
J’ai donc posté sans réserve ici ou là en me disant que le peu que mes paroles portent, ce serait toujours ça de pris pour celles et ceux qui ne pouvaient pas.
Bien sûr, quelques supports comme ActuSF se sont fait le relais de l’info, mais j’ai été frappée par le peu de médias de notre milieu. En comptant ceux qui ont longtemps baigné dans le patriarcat (mais qui changent et c’est tant mieux), il restait bien peu d’endroits pour porter les paroles, toutes les paroles.
Aussi, à l’été, nous avons (re)lancé la Tribune des Vagabonds du Rêve, une webrevue consacrée à l’imaginaire, en nous disant qu’il n’y avait jamais trop de +1 en support ouvert et inclusif.

En mai, les Imaginales se sont tenues dans un climat particulier car, même sans être sur place, cela a beaucoup bruissé sur les réseaux : on annonçait que Stéphanie Nicot allait être renvoyée et même le nom de son successeur était donné (dans les personnes remarquées pour leur silence sur l’affaire Marsan parce que cette affaire n’est pas un point de détail, les femmes du milieu ont osé parler et, pour les dominants, c’est insupportable).
La Tribune n’existant pas au printemps 2021, je ne regrette pas mon absence de billet sur le sujet initial, mais, avec le recul, je regrette de ne pas avoir posé quelques notes ce mois de mai.

Début juin, lors de #NiceFictions22, nous avons reçu beaucoup de retours nous disant merci d’avoir créé un espace safe. Et ce retour n’était pas anodin pour nous : pari réussi ?
L’idée de disposer d’endroits safes et inclusifs semble devenir plus urgente/impérative.

Mi-juin parait le nouveau numéro de JdR Mag. Et c’est le choc : au milieu des billets d’humeur, un texte est posé là, avec tous les mots et arguments de l’extrême-droite.
(Pour plus de détails, je vous renvoie au billet de Psychée qui en parle sur son blog.)
Les réseaux s’enflamment, la rédaction est sollicitée et la réponse qui arrive est… troublante ? Il semblerait normal de laisser la parole libre même à des discours d’extrême-droite et, si cela ne nous convient pas, pourquoi ne pas proposer notre propre billet d’humeur ? Hein ?
Le JdR a trop peu de médias et nous sommes bien loin du foisonnement de fanzines des années 1990. Et l’un des rares magazines du genre n’a donc pas vraiment de politique éditoriale ? Tout texte peut y être publié sans que la rédaction ne sollicite une personne pour un propos ?

(Je fais ici une petite parenthèse car cela peut sembler étrange : dans les années 1990, Internet n’est pas encore répandu (perso, j’y ai eu accès en 1996) et l’impression à la demande n’existe pas, même les photocopies sont chères.
Un simple fanzine, c’était déjà des envois papier, des difficultés à se faire connaître.
Aujourd’hui, il est plus aisé de créer un site, une webrevue… et, pourtant, il existe moins de médias. La parole semble plus difficile, moins évidente.)

De ce constat, quelques initiatives ont vu le jour pour proposer de nouveaux médias dans un monde qui en manque donc cruellement. A l’heure où j’écris, il est trop tôt pour connaître le devenir de ces projets, mais je ne manquerais pas de suivre leurs avancées et de vous en informer.

Début juillet, dans Actualitté, parait une interview surréaliste : Stéphane Wieser annonce que la direction littéraire des Imaginales est à pourvoir par un appel d’offres qui vient d’être publié. Bien sûr qu’un évènement est libre de changer de direction, mais la façon de faire dit tout : le gars ne remercie pas les nombreux·ses bénévoles qui oeuvrent chaque année, il ne parle que de lui  et de ses mérites supposés et, surtout… il ne remercie à aucun moment celle qui a fait de l’évènement ce qu’il est aujourd’hui. Stéphanie Nicot n’est jamais mentionnée ou remerciée.
Plus aucun doute n’est permis : ce qui se passe est sale.
Je n’ai pas voulu écrire de billet dans la foulée, je voulais savoir ce que Stéphanie avait à dire, je voulais d’abord l’entendre.
Sur la page Facebook de Nice Fictions, nous avons donc relayé les soutiens qui affluaient en sachant que Stéphanie s’exprimerait dans ActuSF, ce qui est tout à fait parfait puisque, à ce jour, c’est le principal média de notre milieu.
Puis l’interview est parue aujourd’hui.

En la lisant, je pense que j’ai eu la même sensation que beaucoup d’entre vous : on savait que ça craignait, mais… à ce point ?
On savait que Stéphanie était blâmée d’être solidaire des victimes de Marsan, mais c’est donc ainsi que cela se passe dans la tête de tous ces hommes de pouvoir, habitués à ce que la femme ne soit qu’un être inférieur dédiée à leurs seules satisfactions ?
On savait que les autrices Betty Piccioli et Silène Edgar étaient devenues la cible des masculinistes, mais aussi ouvertement ?

J’éprouve des sentiments contradictoires : évidemment, je suis navrée qu’un des deux plus gros festivals d’imaginaire français meurt, ce n’est forcément pas une bonne nouvelle.
Mais je ressens la même chose que, au mois de juin, quand la position de JdR Mag a été affichée publiquement.
Je suis soulagée également : soulagée que l’on voit le vrai visage de la “neutralité” (un mag qui laisse la parole à l’extrême-droite et aux masculinistes n’est pas l’allié de la diversité et des minorités), soulagée que Stéphanie Nicot n’ait plus à travailler pour ces gens-là et qu’elle puisse nous dire leur vrai visage et leurs méthodes.
Soulagée et motivée car ces affaires nous rappellent que nous devons rester motivé·es et vigilant·es.

Les Imaginales, ça n’est pas la ville d’Epinal, perdue dans les Vosges, qui se noiera dans un évènement commercial en 2023.
Les Imaginales, en réalité, c’est ce que Stéphanie et ses équipes ont fédéré pendant 20 ans. Les rencontres, les énergies… qui lui ont en retour manifesté leur plein soutien ces derniers jours. C’est un esprit que celles et ceux qu’il a touchées vont répandre à leur tour.
Beaucoup d’acteurs du milieu ont mentionné le tout jeune festival de Rennes, l’Ouest hurlant, et, clairement, quand on regarde la carte des évènements d’imaginaire en France, le territoire n’est pas homogène et le nord-ouest draine une bonne part des énergies. C’est Epinal qui a perdu aujourd’hui, pas le milieu de l’imaginaire.

De tous ces incidents, fort tristes, nous sortons reboostées. Parce qu’il est plus que nécessaire d’avoir plus de médias et que la Tribune, mais pas que, peut apporter sa part.
— Tu nous parles de la Tribune, mais on ne peut pas dire que vous publiez beaucoup d’actualités ?
— Yep. Ce n’est pas l’objectif. C’est une webrevue pérenne, sans pub, qui n’est soumise à aucune influence réactionnaire et qui est là, pour accueillir, donner la parole, soutenir. Elle vous accueille si vous cherchez un endroit où poser votre article, votre projet… sans aucune pression financière.
Reboosté·es également parce qu’il est important que nous ayons des évènements de qualité, nombreux (bon, surtout par chez nous, clairement, on se sent un peu seules) et que c’est un maillage fort qui garantit que, si l’un tombe, d’autres accueilleront les équipes, les envies, les savoirs.
En réalité, cette fin brutale des Imaginales m’a reportée 27 ans en arrière. Evidemment que les Imaginales, en taille, ne peuvent se comparer au FSO (ça n’a pas de sens dit comme ça), mais le plus gros évènement de JdR a été tué par une mairie réactionnaire. Et il en est sorti la FFJdR, le GRAAL… et je ne peux pas douter que toutes celles et ceux qui ont œuvré aux Imaginales ne soient pas très prochainement actif·ves sur de nouveaux et merveilleux projets. Parce qu’un évènement ne peut pas s’exprimer sans un lieu, mais, en réalité, le lieu n’est qu’un détail pratique : l’évènement est le fruit de ses organisateurices.

Je terminerais juste ce billet par un bouquet de ❤ pour Stéphanie. Je ne doute pas de son énergie et de ses compétences, je sais que de nouvelles aventures l’attendent.
A vous tou·tes qui organisez des conventions ou festivals, qui œuvrez dans des médias, j’espère que, ensemble, nous allons continuer de bâtir un monde de l’imaginaire dont nous allons être de plus en plus fières.

Live long and prosper!

Edit au 21/7/22 : En complément de ce billet, j’ai rédigé un billet “archives” avec des soutiens exprimés par plusieurs acteurices du milieu pour Stéphanie.

Ce billet est également paru dans la Tribune des Vagabonds du Rêve.

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The Sound of Magic (2022)

6 épisodes de 60/70+ minutes

C’est assez curieux car, ces jours-ci, avec les derniers préparatifs pour #NiceFictions22 qui se tient le week-end prochain, je n’avais certainement pas prévu de bloguer, à quelque sujet que ce soit.

Je n’ai pas la moindre idée de pourquoi j’ai cliqué sur cette série, probablement parce qu’il y avait “Magic” dans le titre… mais impossible de ne pas dire un mot sur cette excellente surprise.

Attention, l’histoire est parfois cruelle (meurtre, agressions sexuelles…).

Elle1 (Choi Seong-eun) est lycéenne et vit avec sa jeune soeur. Abandonnées par leurs parents, Elle1 doit enchainer les petits boulots pour qu’elles ne meurent pas de faim tout en cachant aux adultes qu’elles n’ont plus de tuteur légal.
Lui1 (Ji Chang-wook) est un marginal qui vit dans un parc d’attraction désaffecté et se présente comme magicien. Et il apparait “comme par magie” à des moments cruciaux pour Elle1.
Lui2 (Hwang In-yeop) est le voisin de classe d’Elle1. Premier de la classe, sauf en maths où Elle1 le surpasse, il suit la voie tracée par ses parents, sans aucun rêve propre.

La narration est vraiment originale : il y a quelques chansons, mais pas assez pour qu’on la qualifie de “comédie musicale”.
Le fil conducteur est une intrigue policière, mais pas assez présente pour qu’on soit dans le “polar”.
Je n’ai aucune idée si c’est du “fantastique” et si les étrangetés se produisent réellement ou pas. Je dirais que oui…

Le tout intrigue, on se demande où on est emmenés… et, en réalité, le sujet est l’étrangeté même, la psychophobie de la société qui rejette ceux qu’elle décrète “fous”, la notion de la marginalité et la seule vraie question au monde : pourquoi/pour qui je vis ?

Je ne crois pas qu’il faille en dire plus, sinon “regardez !”

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Drôle (2022) (mais pas que)

Je commence ce billet en ayant pas mal de choses à vous dire en préambule.

Tout d’abord, je ne suis pas familière de la production audiovisuelle française, non plus que des humoristes de ce pays.
Aussi, ne me demandez pas de citer un·e acteurise qui me plait, j’en serais incapable.
Bref, je ne pourrais pas vraiment contextualiser Drôle dont je vais vous parler un peu après mon introduction à rallonge.

Quand j’étais petite, ma mère me disait qu’il était plus facile de faire pleurer que de faire rire.
C’est vrai.
Pour émouvoir, il y a des ficelles relativement classiques auxquelles vous vous laisserez prendre même en vous prétendant blasé·e.
L’humour est vraiment segmenté, personnel.
Faire rire, c’est savoir que l’on ne s’adresse qu’à un public limité (même si moins limité pour certains grands noms, peut-être) et que des tas d’autres gens vous regarderont avec un petit air surpris, gêné ou désappointé.
Enfante, le soir au diner, je lisais à mes parents des bouts de textes, des essais… pour les faire rire et, en classe de Seconde, j’ai choisi l’humour comme thème d’un devoir (j’en parle ici) et je me suis régalée. J’ai compris que ça me plaisait.

Certaines de mes nouvelles me font rire, mais personne ne m’a jamais mailé que j’étais hilarante.
A une époque où je manquais un peu de temps, j’avais pris l’habitude de poster sur Facebook des petits statuts autofictionnels pour décaler la réalité et, si j’avais parfois des réactions positives, j’en ai reçu aussi de négatives, certains me reprochant d’étaler ma vie privée en public (hein ?).

J’ai perdu la flamme.
Faire rire était compliqué, je manquais de temps, des tas d’autres choses m’absorbaient…

Il y a quelques semaines, quelqu’un m’a dit (sans ironie) : “Mais, en fait, tu es drôle !”
Les déclics ne sont pas toujours extraordinaires.

J’ai songé au stand-up, cet exercice auto-fictionnel où tu ris de toi-même, j’ai fait des essais (écrire, m’enregistrer…), les premiers retours sont positifs (sur les textes et ma voix, mais ça n’est pas du stand-up du tout).
J’ai commencé à regarder des humoristes français·es, à écouter, décortiquer…

A cette minute où je vous écris, j’en ai tiré deux enseignements pour l’instant :
– je ne crois pas que le stand-up sera le genre qui me convienne car il a ses codes (c’est normal) et ce n’est pas tout à fait ce que je recherche ;
– je ne doute pas que je veux continuer à travailler sur l’humour, sous des formes à définir/en devenir.

Quand tu es focalisé·e sur une idée, l’univers la nourrit : hier, en passant sur Instagram, je vois que Netflix annonce la sortie de Drôle, une série qui parle de l’histoire de quatre stand-upeur·ses.
Donc, forcément, je regarde.

6 épisodes de 40+ minutes
La durée est vraiment bonne, l’histoire est copieuse, sans être délayée.

Lui1 (Younes Boucif), le pivot central, est un gars un peu “idéal” : posé, travailleur, il est intelligent. Musulman, il ne boit pas, vit seul avec son père handicapé. Il est bienveillant, aidant. Mais ça passe crème, il n’est pas “beau gosse” ou trop confiant.
Sa meilleure amie, Elle1 (Mariama Gueye), noire, perce brusquement grâce à un sketch sur le plaisir prostatique, au grand dam de son mari qui se sent “ridiculisé” puisqu’elle parle de leurs ébats.
Elle2 (Elsa Guedj) est étudiante, blanche, issue d’une famille très aisée. Contrainte par sa mère à des études spécifiques, elle rêve de faire rire. Elle croise Lui1, ils se plaisent…
Lui2 (Jean Siuen), d’une famille vietnamienne bosseuse dont il est le vilain petit canard, est sur la pente descendante : après avoir eu du succès, il n’arrive plus à faire rire, enchaine les comportements désastreux, fâche son entourage…

Avec l’arrivée du succès, l’amitié entre Lui1 et Elle1 se tend, le mariage d’Elle1 semble fragile. Elle2 se perd dans les mensonges pour ne pas décevoir sa mère. Lui2 va s’accrocher à Lui1 pour remonter en selle.

Et la sauce prend, le tout est vraiment réussi.
Pas mal de sujets vont être abordés, sans être parachutés, juste parce qu’ils font partie de la vie, comme l’IVG ou la vulnérabilité mentale. Ou même la répartition des tâches au sein du couple hétéro.
On est touché, les personnages sont des “gens ordinaires” et le message est bienveillant : chacun·e est rattrapé·e même s’iel chute, chacun·e a sa chance/place, chacun·e est aimé·e (avec plus ou moins de maladresse).
Il n’y a pas de personnages toxiques, hormis un seul qui sera puni sans cruauté.

Du bon travail, à regarder sans hésiter.

PS : Par contre, je lis qu’une saison 2 est prévue et… je ne l’attends pas forcément. Ce besoin de continuer une oeuvre qui se suffit ne me semble pas évident, mais on verra bien…

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Autrices et jeu de rôle, en route ?

Je suis une “jeune” féministe. Comprendre que je ne suis pas jeune du tout, mais que je suis venue tardivement à la compréhension de cet engagement.
Oh, bien sûr, enfante, j’étais déjà révoltée par toutes les injustices que je percevais, mais je n’avais pas les mots / le bagage culturel suffisant. J’étais juste une ado, née au début des années 1970, dans une petite ville, avec pour seules ressources les ouvrages de mon CDI. Puis j’ai été une maman solo et le temps m’a absorbée.
Aujourd’hui, je réalise donc pleinement mon décalage avec les jeunes femmes qui ont acquis tout cela très tôt.

Depuis quelques années, au sein de la programmation du festival #NiceFictions, nous prenons le temps de parler de féminisme, de genres et de différents sujets de société et cela me semblait… hé bien… pas mal ? ma part du colibri ?

Très honnêtement, en prenant la parole après Nydenlafee au #FIJ2022, je n’y ai pas accordé tant d’importance que ça.
Je ne sais pas comment le rendre exactement… Oui, c’était important, oui, le milieu du jeu de rôle manque d’autrices, mais cela ne me coûtait rien, en fait, de parler quelques minutes sur une scène, je n’avais rien préparé, je ne m’étais pas investie, je pouvais oublier ce geste aussi rapidement que je l’avais eu.

Hier, j’ai écrit sur le sujet et, à l’heure où je rédige ce billet, les réactions (de soutien) sont plus nombreuses que d’habitude.
Ces réactions, ces attentes… m’ont fait réaliser qu’il y avait (forcément) plus à faire.

Sur Terre, nous sommes à peu près autant de femmes que d’hommes. Donc, sans être pointue en stats, dans chaque activité humaine, si elle n’était pas impactée par le sexisme systémique de notre société, nous trouverions à peu près autant des deux genres.
Ce qui n’est pas le cas.

Comme je l’ai écrit, je vis à cheval sur deux mondes : celui du jeu de rôle et celui de la littérature SFFF.
Côté littérature, l’Observatoire de l’imaginaire a notamment travaillé sur ces questions et, sans surprise, il n’y a pas 50 % d’autrices.
Le milieu est vaste. Il y a de très grosses maisons, une chaine du livre dont l’équilibre financier est parfois tendu, des tas de gens impliqués.
Alors, oui, il faut commencer à faire changer les choses, mais, avec autant d’acteurices dans le paysage, ce sera forcément long.

Le monde du JdR est différent : il est très petit.
Même les plus grosses boîtes sont à taille humaine, on va se croiser en conventions, discuter…

Donc cette taille humaine nous permet d’aller plus vite, d’être tout simplement plus progressistes.

— Mais, s’il y a moins de femmes qui envoient leurs jeux à des éditeurs, ils ne vont pas pouvoir en publier plus ?

J’ai lu quelque part que l’une des différences dans l’éducation reçue en fonction du genre, c’est que l’homme est éduqué à candidater / postuler même s’il pense qu’il n’a pas les capacités / le talent alors que la femme est éduquée à l’inverse et va se freiner.
Donc on peut par exemple commencer par aider les jeunes créatrices à lutter contre leur syndrome de l’imposture…

Le label #NiceFictions est en train de se développer comme propulseur dans les domaines de l’art, de la culture et donc des jeux.
Et cela fait donc partie des initiatives que nous allons soutenir. Avec nos moyens, toujours en restant collaboratif, avec votre aide et vos envies.

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Encounter (2018)

16 épisodes de 60+ minutes

… ou comme quoi une bonne recette et de bons ingrédients ne garantissent pas de réussir un plat.

Préambule
A priori, je ne vois pas l’intérêt de prendre du temps pour rédiger un billet sur une œuvre que je n’ai pas l’intention de vous conseiller… mais, parfois, un échec interpelle.
Qu’est-ce qui cloche dans Encounter ?

Elle (Song Hye-kyo) est la très riche PDG d’un hôtel. Lui (Park Bo-gum) est le fils d’un modeste marchand de fruits.
Ils se rencontrent par hasard à Cuba, elle s’est faite voler son sac, il la dépanne et ils passent une merveilleuse soirée. De retour en Corée, il a été retenu à un entretien d’embauche dans l’hôtel qu’elle dirige.

On a de vraies méchantes : Elle2, la mère de Lui2, l’ex-mari d’Elle, qui est très très riche ; Elle3, la mère d’Elle qui est prête à la vendre, littéralement, pour plus de pouvoir…
On a deux triangles amoureux : Lui2 est toujours fou amoureux d’Elle ; Elle4, l’amie d’enfance de Lui, en est forcément amoureuse…
On a des histoires d’amour secondaires…

Les acteurs sont beaux, le générique est illustré par Jamsan (It’s OK to not be OK), la BO me convient (mais je n’y connais rien en musique, alors, bon, ça ne veut rien dire…).
L’histoire est simple, mais devrait fonctionner : la rencontre fortuite qui masque les différences sociales, l’amour rendu difficile par ces mêmes différences…
mais on dirait que… tout le monde s’en fout, en fait.
Les méchantes n’agissent quasi jamais : Elle3 se contente de râler/pleurer et Elle2 est juste en mode “je vais frapper bientôt… un jour… peut-être… demain, si je n’ai pas piscine”.
Les triangles amoureux sont… vides ? Lui2 est décrit comme vraiment super in love, mais il ne va absolument rien faire de touchant : Elle est son ex-femme, ils ont vécu ensemble, il doit bien avoir un souvenir tendre pour la faire vaciller ???
Elle4 est… en fait, rien, son béguin pour le héros n’apporte absolument aucune péripétie, même pas un dialogue troublant.
Les histoires d’amour secondaires n’avancent pas. Y’a une tentative d’humour avec l’une d’elles, mais ça se calme très vite, visiblement, les scénaristes ont peur d’un trop plein d’émotions/rires/quoique ce soit.

Je suis allée jusqu’au bout.
Etonnamment. Et assez lentement.
Je n’ai même pas détesté. Il n’y a rien. Donc rien à détester.

Pourquoi je vous en parle ce soir ?
Parce que ce drama devrait marcher. Il a absolument tout ce qu’il faut.
Sauf de bons scénaristes.

En fait, il n’y a pas de bons ou de mauvais éléments narratifs. Tu as le droit de tout utiliser.
Mais, quand tu décides de prendre un élément, tu dois en faire quelque chose. Ca, c’est obligatoire.
Là, par exemple, Lui2 est suffisamment amoureux pour se confronter au héros et lui dire que son désespoir va le porter, lui assurer la victoire. Une fois que tu as introduit un truc pareil, il faut qu’il se passe quelque chose. Que tu pleures quand il est rejeté tellement il s’est donné à fond. Mais il n’y aura pas une micro-seconde où le coeur d’Elle va vaciller. Même quand elle découvre un truc attendrissant sur lui, ça va rester genre “ah, OK !”

Ou alors ils se sont foirés sur le parti pris pour le caractère du héros.
Lui est tellement “je suis amoureux, toutes les épreuves me passent au dessus” que, toi, spectateurice, fasse à sa maîtrise nonchalante, tu en deviens indifférent·e : si le héros n’a pas peur, pourquoi j’aurais peur ?

Même une romance simple doit te secouer un minimum…
Bref, on peut avoir tout pour plaire et aucun charme au final…

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Où elles prirent la parole pendant le #FIJ2022

Ce vendredi, pendant le #FIJ2022, a eu lieu la cérémonie des Graal d’or, organisée par le #GRAALSud.
Des présentateurices montent sur scène pour annoncer les nominé·es, les résultats…
Je l’ai fait l’année dernière, en petit comité devant la caméra, et j’ai volontiers redit “oui” pour cette année.
Je n’envisage pas (encore) de carrière de présentatrice, mais ça me fait plaisir de participer pour quelques mots/secondes : une manière de dire que je soutiens le GRAAL, que je suis heureuse qu’il y ait de chouettes jeux de rôle qui voient le jour… une manière de dire que j’aime ce monde créatif du JdR et que je le soutiens, quoi.
Dans la journée, avant donc la cérémonie, Nydenlafee m’a lu le discours qu’elle avait préparé pour l’occasion.
Je me suis sentie très bête : une remise de prix est effectivement un moment public, favorable à la prise de parole engagée/politique, et je n’y avais tout simplement jamais songé.
Et, si je n’y avais jamais songé auparavant, ça m’a semblé évident que je voulais plussoyer les propos de mon amie et collègue artiste.
Alors je suis passée après elle et j’ai ajouté mon petit mot.
Et la salle était bienveillante et a bien reçu nos paroles.
Et les auteurs, artistes, acteurs du monde du JdR masculins nous ont manifesté leur soutien, largement, chacun à sa manière.

Et, aujourd’hui, j’ai envie de parler de ça parce que c’est important.
Comme vous le savez (ou pas), je vis à cheval sur deux mondes : le Jeu de Rôle et la littérature SFFF.
En littérature, les prises de parole sont difficiles : public indifférent, voire parfois hostile, collègues masculins peu présents ou carrément en désaccord…
Alors tous ces gars, là, ces rôlistes, connus, fameux… qui te disent “on est à vos côtés”… c’est précieux, ça n’est pas anodin, ça n’est pas rien.

Merci.
Merci aux artistes et éditeurs, acteurs du milieu du JdR, d’être à nos côtés car, évidemment, l’art est politique et la politique, c’est penser un monde meilleur pour demain.

Nos mots, bien innocents, ont froissé quelques mascus sur les réseaux.
On a eu un classique “qui sont ces pouffes ?”, quelqu’un a suggéré que mes propos devaient être la conséquence de mon célibat (hein ?) ou que nous n’assumerions pas un discours tenu en public, filmé, lors d’une cérémonie (quoi ???), mais j’ai noté un petit truc au milieu de ces insultes random.
Pour l’un de ces tristes sires, nos propos ne pouvaient être que le résultat de notre échec dans la carrière d’artiste du JdR puisque ce serait un monde dur, âpre, concurrentiel (pour les vrais bonhommes ?).

Je ne suis pas une artiste dans le monde du JdR.
Je suis une écrivaine, une poétesse, mais mon art ne s’exprime pas dans le JdR (j’y pense parfois, mais ça ne s’est encore jamais fait).
Dans le JdR, je suis une facilitatrice (avec mon frère, Jérôme Gayol, qui a œuvré 20 ans au GRAAL) : nous sommes là pour aider les artistes/éditeurs au travers de notre travail au sein de #NiceFictions et des #VagabondsduRêve.
Et, n’en déplaisent à ceux qui rêvent d’un monde viril de concurrence qui testerait le taille de nos gonades… comme dit plus haut, je ne me suis jamais sentie mal à l’aise dans ce milieu (au contraire de la littérature).
Mes amis sont des artistes (re)connus et ils n’ont pas la grosse tête ni rien.
Les auteurs, éditeurs/médias sont des gens agréables avec qui nous avons plaisir à nous rencontrer et échanger.
J’aime leur travail et je suis heureuse de ce milieu, créatif, où l’esprit ludique domine.

Parce que ce milieu est riche de ces personnes, nous sommes heureux·ses, au travers de nos labels, d’apporter un plus, des formats expérimentaux, parce que nous sommes à notre place, dans une équipe informelle, mais qui va dans le même sens.

Alors je me doute qu’un monde bienveillant, où la compétition ne donne pas le La, doit interroger et perturber ceux qui n’envisagent le monde que patriarcal, mais, dans le jeu, nous avons la chance d’être cette communauté.
Chérissons cette chance et entretenons-la.
Ca vaut le coût, vraiment.

JdR et sororité 💜

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Search: WWW (2019)

16 épisodes de 70+ minutes

Je vais d’abord évacuer la question du titre : quelque soit l’angle sous lequel je le prenne… je le trouve nul / non signifiant.
Ceci étant posé…

Ainsi, il est donc possible de raconter une histoire avec des femmes, et encore des femmes, sans que ça tourne autour des hommes ?

Deux entreprises (des portails web) se disputent le marché et Elle2, à la tête de l’entreprise qui domine, renvoie Elle1 pour de mauvaises raisons. Pas grave : Elle1 est embauchée dans la deuxième entreprise où elle va se lier à Elle3, très amie d’Elle2.

C’est l’histoire de trois femmes, trois cadres.
Elle1 ne souhaite jamais se marier. Pas parce qu’elle refuse les relations, mais parce qu’elle refuse ce formatage. Elle se consacre à sa carrière, mais, parfois, elle perd de vue ses propres valeurs.
Elle2 a été littéralement vendue par sa famille : ses parents, ruinés, l’ont marié à un riche héritier (Lui2) et elle se trouve à obéir malgré elle à sa belle-mère, la Méchante (moins méchante néanmoins que les parents vendeurs de leur propre fille) parce qu’il est possible que la Méchante soit aussi une femme.
Elle3 est l’innocence/la pureté : elle aime sincèrement, réagit avec violence quand c’est nécessaire (peut-être un peu trop), ne trahit jamais…

Côté romance, Elle1 sera confrontée à Lui1 : de dix ans plus jeune, il veut se marier, aimer sans se poser de questions… et ça donne un dialogue assez marquant où elle lui fait remarquer qu’elle doit se justifier de ne pas vouloir se marier alors que lui ne doit se justifier de rien, comme si se marier était un dû.
Lui2 est probablement amoureux d’Elle2, mais, comme ils ont été mariés de force, elle ne peut pas envisager de l’aimer.
Elle3 rencontrera Lui3, pur, mignon, et ce couple est vraiment l’incarnation de la tendresse innocente. (Bon, juste, ils mettent un peu trop de temps à se déclarer et ça frise l’insupportable.)

J’ai eu un peu de mal sur le démarrage car Elle1 n’est pas safe et j’avais quelques appréhensions.
Mais j’ai été emportée car ce choix narratif : des femmes, confrontées à d’autres femmes. Des femmes au sommet, qui ne sont pas là pour récupérer une place prise par les hommes, mais qui s’affrontent entre elles.

L’intrigue est très simple : alors que les deux entreprises s’affrontent, le Gouvernement (les méchants) va menacer les libertés individuelles et les deux entreprises devront s’allier pour le bien commun.
C’est simple, ça fonctionne.

Dans la description des rapports entre ces femmes-personnages-principales, ma lecture me montre des relations plus qu’amicales et, là, j’avoue, il me manque des codes.
A mes yeux, les trois héroïnes sont bisexuelles, mais la narration reste vague pour que tu y vois du lesbianisme si tu veux, mais rien du tout si tu ne veux pas. Il y a un jeu sur les mots, notamment.
Par exemple, souvent, en romance, une scène “codée” met en scène le garçon qui rattrape la fille parce qu’elle est renversée/bousculée et leurs yeux se remplissent d’étoiles. Là, cette scène se passe entre Elle2 et Elle3 qui ne sont pas “juste des amies”.

J’ai donc aimé cette découverte principalement pour ses choix : il y a des hommes, mais ils ne sont pas au cœur des intrigues. Lui2, par exemple, s’oppose à sa mère, la Méchante, mais sans jamais prendre le pas sur Elle2.
C’est un homme qui est le chef d’Elle1 et Elle3, mais il suit leurs avis, c’est elles qui décident des stratégies, des enjeux.
Le lesbianisme est caché (je pense qu’il y a des enjeux qui m’échappent, c’est un drama “tout public” dans un pays qui n’est pas ouvert sur toutes les questions — dans la série Hometown Cha-Cha-Cha qui est diffusée en ce moment sur Netflix (je n’ai pas vu les deux derniers épisodes du coup), la jeune femme lesbienne n’aura pas de fin heureuse/pas d’amoureuse à elle), mais il est clairement présent : les femmes ont des relations entre elles, sans forcément un “besoin des hommes”.
Puis j’ai été sensible à l’amour à sens unique de Lui2 qui n’est pas larmoyant (et tu ne peux pas t’empêcher de lui souhaiter que ça s’arrange).

Donc, sans être une histoire “incroyable”, c’est vraiment agréable de tomber sur “une histoire sans hommes” et de dérouler cet exercice avec des jeux de pouvoir, des intrigues. Même la rivalité entre femmes (Elle3 ayant été trompée avant de rencontrer son Lui3 parfait) sonne différemment de ce qu’on voit d’habitude.

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