Ah, ce domaine public…

Puisque je suis lancée sur le sujet, un petit billet pour conclure cette journée 😉

Numerama a titré : le domaine public est bien une chance pour l’oeuvre.
Et j’ai envie de répondre : même sans chiffre, on aurait pu le deviner.
Le domaine public, c’est des Alice au pays des merveilles, des Sherlock Holmes, Molière… Des classiques qu’on vendra encore pendant longtemps et qui ne sont que sécurité pour l’éditeur qui n’a pas à verser de droits d’auteur et est certain d’avoir un public.

Cette comparaison n’a, tout simplement, pas de sens.
1/ L’auteur d’Alice n’a pas de facture d’électricité à payer (quoique ? dans un monde parallèle ?) ;
2/ il est forcément plus célèbre que n’importe quel auteur moderne qui doit faire sa place au soleil ;
3/ si les auteurs ne sont plus payés, la littérature moderne ne gagnera pas la postérité car… il n’y en aura plus.

Voilà, c’est un peu un coup d’épée dans l’eau car Numerama est un site qui a de l’audience et, moi, je pousse juste un cri d’alarme sur un blog confidentiel.
Mais, au moins, je l’ai dit.
A force de tout confondre, de se tromper de combats, on fonce dans le mur.
Les auteurs sont amalgamés aux grosses sociétés et ce sont eux qui paieront les pots cassés.
Mais Cassandre était une sibylle, ça a dû déteindre sur moi…

L’oeuvre littéraire, résultat d’un travail…

Normalement, dans mes bonnes résolutions à moi que j’ai, y’avait noté “essayer de ne pas dire deux fois la même chose”. A l’oral, j’en suis bien incapable et mes amis ont menacé plusieurs fois de m’étrangler, mais, sur ce blog, je comptais bien y arriver, ne serait-ce qu’avec la fonction “recherche” 😛
J’avais donc écrit, en septembre 2012, qu’écrivain était un métier. C’est une petite chose banale et évidente, mais ça ne faisait pas de mal de l’écrire noir sur blanc.

Vendredi, je répondais à Calimaq au sujet d’un billet qu’il avait publié sur son blog et il m’a répondu à son tour, dans les commentaires. Et, dans sa réponse, il file un lien : l’interview d’un auteur pseudomisé Pouhiou.
Comme je suis curieuse et en vacances, je suis allée voir et je me suis figée :

Enfin, j’ai pris conscience, vivant moi-même à l’époque d’allocations Assedic, que tous les artistes que je connais créaient sur de l’argent solidaire. Retraite, cours et boulots associatifs, fonctionnariat, intermittence, art et emplois subventionnés, souscriptions (l’ancêtre du crowdfunding). Le temps pour créer, on le dégage toujours sur des plans et de l’argent mis en commun. On ne l’a jamais vraiment mais on le prend sur ce qu’on peut. Si ce temps, cet argent me vient de la communauté, pourquoi ne pas lui rendre ce qui s’y est produit ?

J’imagine que le retraité, qui a bossé toute sa vie et peut enfin profiter du fruit de son labeur, appréciera.
Pour ma part, je vais la jouer solo et me contenter de rappeler qu’être fonctionnaire (mais vous pouvez mettre ici “intermittent du spectacle” ou…) n’est pas un “plan pour profiter de l’argent commun”, mais un emploi pour gagner honnêtement sa vie, nourrir sa famille, payer l’eau et l’électricité…
Quand l’écrivain est à son boulot de fonctionnaire, il fait son boulot. Pour lequel il est rémunéré.
Quand il écrit et qu’il a un autre travail, c’est sur son “temps de loisir”, temps qui est à lui. Tout seul.
C’est déjà souvent délicat à gérer car avoir deux métiers n’est pas évident, mais je ne sais pas ce qui me fait le plus réagir, de l’idée que le fonctionnaire est un glandeur payé à ne rien faire ou que l’écrivain est un profiteur qui abuse d’un système…

Enfin, dans sa réponse, Calimaq avait un mot de fin :

Hannah Arendt a écrit dans Condition de l’homme moderne : “Nous avons transformé l’œuvre en travail”. Dans son esprit, c’est une catastrophe pour la civilisation.

J’ignore le contexte de cette déclaration donc ne me prononcerait pas sur elle sans savoir, mais, clairement, je nous invite tous à défendre notre travail, à le faire respecter en tant que tel.
L’écrivain est un travailleur qui a des droits.

Le Domaine Public Vivant…

… mais… POURQUOI ?

Suite à mon billet publié un peu plus tôt dans la journée, des liens ont été filés lors de discussions et je les ai suivis et…
Si ma procrastination naturelle ne m’en empêche pas et les vacances aidant, il est possible que j’essaie de causer plus largement des problématiques autour du droit d’auteur.

Le temps de ce billet, je vais revenir sur un article publié il y a deux jours : Reconnaître le Domaine Public Volontaire sans fragiliser l’auteur dans les contrats d’édition (Réponse à la SGDL).
Une réponse à une réponse, en somme 😉

Actuellement, il existe un système : les licences Creative Commons. Et elles sont expliquées en détail sur un site dédié.
Le concept est tout bête, mais bien pratique : l’auteur annonce, sur la publication de son oeuvre, l’usage qui peut en être fait, si l’oeuvre peut être reproduite, modifiée, etc.
A côté de ce système avec un étiquetage simplifié, il reste le traditionnel échange de courrier : vous êtes libre, en tant que créateur, de contacter un autre créateur et de lui demander l’autorisation de travailler/modifier/que-sais-je une de ses créations. C’est ce qui est arrivé récemment à une amie qui a été contactée par un étudiant étranger qui souhaitait faire une BD à partir de l’un de ses textes.

Bref, nous avons une situation convenable, qui fonctionne, mais qui ne convient visiblement pas à tout le monde puisque Calimaq souhaite que l’auteur puisse laisser son oeuvre dans le domaine public… et ne jamais revenir en arrière. En mariage sans le droit de divorcer en quelque sorte.

La SGDL est certainement dans son rôle en recommandant la prudence au législateur et personne ne veut de fragiliser le statut des auteurs. Mais les traiter obstinément comme des éternels mineurs, incapables de faire des choix raisonnés concernant la diffusion des leurs créations, n’est pas un bon service à rendre au droit d’auteur lui-même.

Et je réponds juste “oui, mais non !”.
Le droit à l’erreur, le droit de changer d’avis… ce n’est pas considéré une personne comme un “éternel mineur”, cet argument n’est pas sérieux. On a le droit de se tromper ou de, juste, changer.

Alors je demande juste POURQUOI ?
Pourquoi vouloir changer une loi, qui ne pose pas de souci, pour fragiliser encore plus les auteurs en leur interdisant la possibilité de changer d’avis ?

Il est temps qu’on se réveille, qu’on dise juste “non” à tous ceux qui veulent changer un système pour que nous soyons les seuls perdants.
Nous sommes propriétaires de notre travail. Nous sommes libres d’en faire ce que nous voulons, aussi bien de le cacher dans un tiroir que de le mettre à la libre disposition des autres, de le publier sur du papier rose ou chez le gros méchant Amazon.
Nous sommes propriétaires du fruit de notre labeur.
Merde.

Le droit d’auteur est en danger…

… et ce danger vient de trop d’endroits différents pour que ça n’en devienne pas inquiétant.

Il est menacé par l’Etat lui-même et sa loi sur les indisponibles. On en a parlé sur plusieurs supports, je regrette un peu de ne pas avoir pris le temps de m’en faire vraiment l’écho ici.

Il est hélas aussi menacé par des gens pleins de bonne volonté (mais ne dit-on pas que l’Enfer est pavé de bonnes intentions ?) et j’en parlais un peu dans un billet daté de septembre en rappelant qu’écrivain est un métier.
L’idée qui circule, qui enfle et… qui m’inquiète désormais, c’est cette idée de “réduire le droit d’auteur”.
A titre d’exemple, Numerama s’en faisait l’écho mercredi. (1)

Alors, déjà, quand on parle de ce droit d’auteur, à quoi fait-on référence en pratique ?
Mon but n’est pas de répondre d’une façon “parfaite”, mais “pratique” : dans la pratique, donc, ça veut dire que, si j’écris un livre aujourd’hui et que vous le lisez dans vingt ans, dans vingt ans, vous allez l’acheter un certain prix n et, sur cette somme n, un pourcentage me reviendra. Parce que vous “profitez” de mon travail, qu’il vous apporte plaisir, joie ou que-je-sais quand vous lisez.
Parce que nous vivons dans une société où l’on considère que c’est normal de profiter du fruit de son travail, qu’on fasse des économies, qu’on rembourse un prêt immobilier…
Le droit d’auteur, donc, est valable 70 ans après la mort de l’auteur : il peut profiter de son travail sa vie durant et ses héritiers pendant 70 ans, ce qui est peut-être long ou pas, mais le débat n’est hélas pas là…

Le débat qui a lieu en ce moment veut retirer le droit d’auteur durant le vivant de l’écrivain.
Comme si vous remboursiez un prêt immobilier et que, brusquement, on vienne vous voir en vous disant que vous avez assez profité de cette maison que vous avez payée et que vous devez la rendre à la communauté.
Ceux-là même qui veulent réduire le droit d’auteur sont-ils prêts à rendre leurs biens ?

Concrètement, si le droit d’auteur est réduit de 20 ans après publication, j’ai 40 ans, je publie un roman et, à 60 ans, attendant ma petite retraite bien méritée, je suis dépossédée de mon bien, sans raison, parce que c’est un roman et pas une maison.
Et le lecteur serait vraiment réticent à me laisser un ou deux euros à la lecture ? Je ne crois pas…
Je ne sais pas les intérêts de qui cette idée croit défendre, mais elle ne fait que du tort à des travailleurs souhaitant vivre de leur travail, honnête, et je doute qu’un lecteur refuse de payer pour un livre qu’il a envie de lire (parce que la somme qui revient à l’auteur sera de 2 ou 3 € tout au plus, pas de 20 !).

Dans la pratique, si je sais que je vais être dépossédée de mes droits dans 20 ans, je ne publierais plus sans assurance d’un profit immédiat, donc adieu aux petits éditeurs. Pourquoi risquer de “manger mon capital vente” (déjà faible) pour vendre 100 ou 200 exemplaires ? Je garderais mes écrits pour un cercle de privilégiés, choisis par mes soins, et ne lâcherais ma prose qu’à un gros éditeur à gros tirages.
Tant pis pour les lecteurs, curieux, puisqu’un tel système m’obligera à attendre des lancements très commerciaux pour “sortir en public”.
Car un roman ou un recueil, ça n’est pas un produit consommable avec DLC. Il peut ne trouver son public, son “moment”… que des années plus tard. Tout simplement, par exemple, quand l’auteur devient connu et qu’on (re)découvre ses premières œuvres.

Déposséder le créateur, lui faire peur et le presser, ce n’est pas ma vision de l’art.
Carrément pas.
J’aime savoir qu’il existe de petits éditeurs, qu’il se publie de la poésie, de la nouvelle…
J’aime ce système qui m’assure la variété et la place pour toutes les formes d’art et de littérature.

Réduire le droit d’auteur à 20 ans (2) après publication, c’est
– déposséder un travailleur ;
– et lui faire peur. Lui faire douter qu’il soit jamais temps de publier.

Parce qu’une création littéraire/artistique n’est pas un bien public, mais le fruit du travail d’un auteur.
Les auteurs font la littérature, les romans et nouvelles que nous aimons lire. Pourquoi voudrait-on les punir ?
Pourquoi ne travaillons-nous pas à des mesures qui, au contraire, les encouragent, les soutiennent, leur donnent envie de nous donner le meilleur d’eux-mêmes ?

Voilà, depuis le temps que je voulais prendre le temps de parler de ça, c’est chose faite.
Faites tourner, parlez-en, ne laisser pas les artistes sans protection !

Et je vais quand même conclure en rappelant le deuxième alinéa de l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme :

Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.

(1) Est-ce que “Ceux vivant de la rente du droit d’auteur verront en revanche leur avantage s’effondrer” a un sens pour quelqu’un ? o_O
Il n’existe aucune “rente du droit d’auteur”, ça ressemble à un beau contresens, mais lequel… Le mystère s’épaissit, mais notre envoyée spéciale ne s’endormira-t-elle pas avant de le résoudre ?
(2) 20 ans en littérature, ce n’est pas 20 ans en informatique ou en mode, c’est vraiment peanuts. Un exemple ? Le premier volume du Trône de Fer, qui a le succès qu’on connait aujourd’hui est paru en 1996, soit il y a 17 ans !

Week-end à la Japan Expo

Ainsi que je l’annonçais fin mai, j’avais prévu d’aller à la Japan Expo pour la première fois, Japan Expo qui a absorbé la Comic Con.
En introduction, je vais laisser la parole à Stéphane Gallay (et un lien vers ses photos) qui, contrairement à moi, est familier de l’évènement et en parle sur son blog.
Je reprendrais facilement son propos à mon compte : le côté « Japan Expo », j’avoue que je n’aurais pas traversé la France juste pour ça ; la Comic Con, par contre, yep, ça me parle beaucoup plus 😉
Alors : du jeu vidéo, du jeu de rôle, du manga, des costumes… Clairement, l’endroit avait toutes les raisons d’attirer la geek que je suis 😉

En me rendant à Geekopolis, un mois plus tôt, je m’étais dit que je comparerais les deux manifestations : venir à Paris pour un moment geek, OK, mais lequel ?
Clairement, si Geekopolis avait pour lui le soin apporté aux décors, à la présentation… la Japan Expo l’emporte sur
– les dates : au début des vacances scolaires, ça peut convenir à pas mal de monde ;
– le prix de l’entrée : plus grand et moins cher, ça n’est pas anodin ;
– la situation géographique.
N’étant pas du coin, je ne connaissais pas le parc des expositions de Villepinte, mais j’ai été conquise par la praticité du lieu : atterrissage à Roissy, deux stations de RER et on y est. Clairement, quand on vient de Nice (au hasard 😛 ), on peut faire ça dans la journée sans une organisation monstre et ça n’est pas rien.

Bon, je commence donc par le décor, qui est ici le gros point faible : juste un hangar démesuré et des tas et des tas de stands. Geekopolis affichait plus d’ambitions, d’envie d’immersion…

La foule, la foule, la foule…

Bref, hormis cette absence de décor…
Alors qu’il y avait une foule vraiment très impressionnante, nous n’avons pas fait la queue pour entrer et, s’il y avait de l’attente à certaines animations et des passages difficiles dans une foule pressée, pour le monde présent, ça restait quand même très convenable : la clim’ était là (heureusement, je n’ose imaginer la même situation sans) et il y avait de nombreux espaces pour se poser par terre et manger son sandwich.

La foule, donc.
J’ai été impressionnée. Ça fait sans doute petite provinciale, mais je n’avais jamais vu autant de monde. Du monde venu pour de « mauvais genres ».
Beaucoup de personnes costumées et les plus réussies étaient arrêtées par les autres qui prenaient des photos.
Plein de panneaux « free hugs »… Le geek est-il en manque d’affection ?
Et des stands à ne pas avoir le temps d’en faire le tour.

Qui n’aime pas les Lego ?

Il y avait des costumes de toute sorte (mangas, médiévaux…), des T-shirts sympas, des goodies à la pelle, des créateurs de bijoux, de costumes…
Un espace amateur avec des fanzines, beaucoup de fanzines… de mangas.
Des Youtubers, des web-séries…
Un espace jeu de rôle, un espace grandeur-nature, un espace figurines…
Des expositions.
Une convention Buffy beaucoup trop chère.

Et seulement deux éditeurs de littérature : Bragelonne et l’Homme Sans Nom.
Et je dois avouer que cette absence de la littérature m’a laissée un peu sur le c… : au milieu de cet espace gigantesque complètement dédié à l’imaginaire, où le jeu, la BD, la vidéo… pouvaient trouver leur place, la littérature n’a pas fait son nid.
On m’a dit que les stands étaient trop chers, pas assez rentables, que les visiteurs de la Japan Expo ne seraient pas intéressés… mais j’avoue que ça me laisse perplexe : si le public des littératures SFFF est quelque part, il est forcément là, au milieu de ces milliers de personnes amatrices d’imaginaire, venues sans doute d’un peu partout, avec un budget confortable.
Bref, j’imagine qu’il n’est pas évident de rivaliser avec un tel évènement et je ne peux donc que vous conseillez d’y faire un tour une année prochaine si vous ne connaissez pas (en prévoyant un petit budget costume/bijoux/goodies pour ne pas repartir les mains vides).

Notre envoyée spéciale avant d’embarquer à bord du Tardis !

Quant à la littérature, si elle ne se fait pas un nid au milieu d’autant de geeks, c’est qu’on a loupé quelque chose. Vraiment.
On se réjouit quand on capte quelques centaines de lecteurs alors qu’ils sont des milliers à rêver d’autres mondes.

(Hop, j’ajoute un lien vers l’album photo de Samantha Bailly, une autrice en dédicace 😉