Un Rêve étrange… (1999)

Temps de lecture : 24 minutes

A Jérôme

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre…
— Verlaine

La pause de midi était un moment privilégié, un moment de laisser-aller entre l’oubli qu’elle trouvait dans le travail et l’inquiétude qui la gagnait, le soir, dans l’appartement silencieux, quand le petit Damien était endormi.
L’horloge de l’ordinateur indiquait douze heures trente. Elle enfilait son vieux manteau gris, attrapait son petit sac à dos noir, dans lequel un volumineux portefeuille écrasait un vieux carnet de photos qu’elle n’osait plus regarder, et sortait avec un « bon appétit » faussement joyeux à l’attention de ses collègues.
Elle marchait le long du trottoir, le regard vague ou fixé sur l’impact du bout de ses escarpins sur le goudron. À hauteur du distributeur automatique de billets, elle faisait une pause devant la façade miroir, passait la main dans ses cheveux courts ébouriffés, songeait qu’un détour par le coiffeur devenait indispensable, lissait d’un geste maladroit une jupe droite puis repartait.
À douze heures trente-six, elle poussait la porte de la Librairie des Mondes Imaginaires sur un tintement léger. La boutique était petite, mais la décoration, choisie par la jeune femme quelques mois plus tôt, créait une ambiance chaleureuse.
Marc se tenait derrière le comptoir ou rangeait quelques nouveautés sur les rayonnages. Au bruit léger de la porte, il se retournait, souriant, et lançait un « Bonjour, Corinne » tout en venant vers elle pour lui faire la bise.
Depuis qu’elle venait déjeuner régulièrement avec lui, il s’était découvert des talents de cuisinier et éprouvait une certaine satisfaction à imaginer leurs repas froids, les crudités mélangeant leurs couleurs, ou des plats plus gras qui passaient en quelques secondes du réfrigérateur au micro-ondes. C’était sa façon à lui d’aider son amie, de lui redonner envie de plaisirs simples, de lui interdire de s’éteindre, mais le veuvage avait creusé les joues autrefois souriantes et il semblait au libraire qu’il y avait une éternité que Corinne ne lui avait souri.
Au fil des jours, pourtant, elle réussissait à s’inventer de fausses distractions et, lorsqu’il avait eu ce projet financièrement audacieux d’ouvrir une nouvelle librairie en centre-ville, elle en avait assuré la décoration, mais l’avait également aidé au choix des livres, aux branchements informatiques, à tout ce qui pouvait occuper son esprit.
Maintenant, elle y trouvait une compagnie régulière, au déjeuner, mais parfois aussi le soir après avoir pris Damien à l’école. Et Marc de se laisser aller aux pitreries qu’il adorait et qui prouvaient à l’enfant que la vie était joie et rire.

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État d’âme ; où je vous parle un peu d’En batifolant dans un drama, elle pioche un PDG

Pendant de nombreuses années, j’ai vécu dans un cercle (celui de l’imaginaire — j’en fais toujours partie, hein) où l’auto-édition était mal considérée. J’ai toujours trouvé ça… stupide ? mais, quand t’es pas nombreux dans un camp, parfois… tu gardes ton opinion pour toi1.
On ne devait pas s’auto-éditer et, si on était éditeur (ce qui est mon cas), on ne devait pas s’éditer soi-même.
Surtout si on était une femme peut-être en fait… parce que, finalement, je me demande si ce ne sont pas que des nanas qui se sont prises une sauce2.
C’est en partie pour ça que, lorsque j’ai sorti Femme & Imaginaire en 2000, j’ai signé ma propre nouvelle Un Rêve étrange du nom de Michelle Cendré.

C’est un petit peu inexact : j’adore utiliser des noms différents, en permanence, donc j’aurais forcément choisi l’un d’entre eux, mais, pour celui-ci, spécifiquement, je m’étais gardé de dire que c’était moi3.

Cette époque est révolue. Et c’est tant mieux.
Alors… ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne pense pas que l’auto-édition ne produise que des merveilles. Comme l’édition, en fait, y’a souvent des publis catastrophiques.

Bref, maintenant, on a des jeunes femmes qui vendent des milliers d’exemplaires, en contrôlant la chaîne de bout en bout pour produire de gros bouquins jaspés.

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Sainte Emmerderesse (2026)

Autrice : Audrey Alwett

Un récit « léger » bourré de choses très sérieuses et finalement assez satisfaisant puisqu’il laisse imaginer une sainte châtiant les méchants

Je n’avais encore rien lu d’Audrey Alwett que je suis néanmoins sur les réseaux, disons depuis au moins 2016 puisque je la cite dans l’un de mes billets : Avez-vous peur des quotas ?
Ce qui signifie que j’ai un a priori favorable la concernant.
J’ai acheté Sainte Emmerderesse pour le titre, clairement, sans forcément savoir ce dont il retournait et il est présenté comme de la littérature générale (blanche ?).

Lorsque Suzanne gagne au Loto, elle décide de fuir sa famille abusive et achète, près du village de Rançon-sur-Seine, le manoir qui appartenait à Lucie de Saint-Ange, baronne qui vécut au temps de Louis XIV.
Le manoir est vide de tout meuble et, pour son entretien, elle doit se décider à prendre 3 colocataires qui vont la rejoindre de différentes façons : Jean-Machin, le médecin du village, juif, divorcé, qui la drague ; Diane, la narratrice algérienne-allemande-française, lesbienne, écrivaine, qui la drague ; Ludwig, pompier, drag queen, chassé par ses parents.
Cet étrange petit groupe, étonnamment safe et gentil, découvre que la baronne était en réalité sainte Emmerderesse qui vient au secours des malmenés par les autres.

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The Ordinary Jackpot 로또1등도 출근합니다 (2026)

10 épisodes de 45 minutes

Lui (Lee Joon-hyuk) est une personne ordinaire : né dans un milieu ni riche ni pauvre, il n’est pas sot, mais pas super intelligent non plus. Pour avoir un bon niveau de vie, il a donc toujours beaucoup travaillé. Il possède un petit studio, il est chef d’équipe, ses journées se ressemblent toutes.
Et puis, un jour, parce que le vendeur du supermarché n’a plus la monnaie, il lui vend un ticket de Loto pour faire l’appoint.
Il gagne 870.000 € (environ).

Très souvent, une fiction raconte l’histoire d’une personne exceptionnelle ou à laquelle il va arriver quelque chose d’exceptionnel. Si notre héroïne est pauvre et galère, elle va rencontrer un riche PDG qui va prendre soin d’elle.
Pas ici.
Lui n’est pas exceptionnel et il ne lui arrivera rien d’exceptionnel.
Il a la chance de gagner au Loto (ce n’est pas tout à fait rien), mais il ne gagne pas genre 15 millions, non, juste un peu moins d’un million.
C’est cool, mais ça ne bouleverse pas ta vie en profondeur : si tu décides d’arrêter de travailler, tu devras gérer ton argent, tu ne pourras pas juste te la couler douce.

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真千金一心搞钱,全家都崩溃了 (2026)

65 épisodes – 2h23 au total

Elle (Tang Qi Qi), employée qui a grandi à l’orphelinat, apprend brusquement qu’elle est la fille de la riche famille Shen, qui, triste de sa disparition, a adopté Elle2, née le même jour. Les Shen sont odieux et débarque Lui (Chu Zi Jun), à qui elle devrait être fiancée par un accord conclu entre les grands-parents de leurs deux familles, qui veut annuler leurs fiançailles car elle n’est pas digne de lui (i.e. « élevée à la campagne »).
Elle accepte l’argent avec enthousiasme et commence une histoire a priori « classique » où Elle2 s’en prend à elle par jalousie tandis que Lui la poursuit.
Elle est accompagnée d’un Système (une mignonne interface chat) qui évoque qu’elle a transmigré dans une fiction, mais on n’en saura pas plus.

L’histoire est évidemment complètement improbable (avec des personnages qui peuvent passer d’une salle de classe à un bar à une entreprise), mais elle est pleine de charme. Notre FL ne se laisse jamais faire, tout en faisant preuve d’un pragmatisme qui m’évoque l’héroïne de No Gain No Love.
Et le message de fond est bien sûr que les femmes ne doivent compter que sur elles-mêmes.

Complètement WTF, mais ça m’a mis de bonne humeur !

L’affaire Tara Heuzé-Sarmini et le secret des correspondances

C’était hier l’un des gros sujets sur les réseaux sociaux. Je vous mets un lien vers un post FB qui reprend les faits et livre une opinion que je partage.
En quelques mots : sur LinkedIn, Tara reçoit un nième message d’insultes d’un random guy et, lassée que les créatrices de contenus soient perpétuellement harcelées par des hommes, elle affiche l’indélicat.
Jusque là, le mot qui te vient, c’est « cheh ».
Sauf que le gars, au lieu de réaliser que ses actions ont des conséquences, il obtient de la Justice que sa victime soit condamnée. Et la décision intervient en 72 heures.

Quand on songe au nombre de femmes qui se font harceler tous les jours sur la Toile, ce délai de 72 heures, clairement, c’est une véritable claque.
Mais ce n’est pas le point qui m’intéresse dans ce billet.

Hier, sur BS, un avocat relativement connu (30.000 abonné·es sur BS, des articles dans des journaux…) défend la décision de la Justice, dans le sens qu’elle est correcte : il est interdit de publier une correspondance privée sans l’accord de son auteur et, à ce titre, Tara est en tort.
Oui.
Nous sommes alors plusieurs personnes à interpeller / souhaiter débattre avec cet avocat.
Sur la question du droit, elle est en tort, mais le droit ne doit-il pas évoluer ?

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A Century of Swords ou une nième occurrence de l’IA, c’est caca

Mardi, sur FB et sur son blog, l’autrice Mireille Calmel a annoncé un gros projet : une anthologie A Century of Swords, faisant l’objet d’un financement participatif sur Kickstater, avec 35 auteurices de 4 pays, nous dit-on, dont des français : elle-même, Jean-Luc Bizien, David S. Khara…
Je ne partagerai pas ici de liens vers le projet ou les visuels, mais l’annonce est accompagnée d’images réalisées par IA et absolument… laides.

L’IA pose des questions éthiques et écologiques et des tas de gens en parlent très bien.
A un moment donné, il va aussi falloir évoquer sa laideur.
Certains l’utilisent dans des projets non-artistiques, genre menu de resto ou affiche de kermesse, en arguant du manque de moyens, comme si, avant ça, on n’avait jamais eu d’affiches ou de cartes.
On se retrouve submergé de visuels pisseux, laids, vus et revus… mais la discussion peut tourner dans le vide.

Sur un projet artistique, commercial, le registre change.
Non seulement c’est une faute éthique, mais cela en devient également une faute de goût.
Car, quand une illustration est surchargée de détails incohérents / impossibles, on peut parler de laideur objective.

En tant qu’auteurices pro, utiliser des illustrations générées par IA témoigne d’un manque de solidarité vis-à-vis des collègues illustrateurices, mais… si tu utilises l’IA pour produire des images, à quel moment peut-on penser que tu ne l’utilises par pour produire du texte ?

A noter que les illustrations que je dénonce ici sont utilisées par l’autrice française, mais je n’en trouve aucune trace sur la page du projet, ce qui ne rend pas clair lae responsable de ce choix.

Maintenant, en tant que consommateurice, que voulez-vous ?

Le jour où je me suis mis·e en paix avec mes objectifs de nano-éditeurice

La question de la surproduction littéraire n’est pas récente, mais, avec l’été qu’on vient de vivre, on peut imaginer (espérer ?) une accélération de la prise de conscience écologique.
En parallèle, en France, ces derniers mois, on a vu la fermeture de plusieurs grandes chaînes de librairies et la faillite (probable ? avérée ?) du distributeur Makassar. Il y a plusieurs papiers sur le sujet, mais, très rapidement, ce distributeur avait dans son giron plus de 200 maisons d’édition indépendantes qui se retrouvent avec de gros impayés menaçant leur survie.

Hier, j’ai écouté la vidéo de Marouchka et je vous la partage car je rejoins pas mal ce qu’elle y exprime :

Cette histoire de surproduction, elle n’est pas nouvelle et elle n’est pas insoluble.
Tous les jours, tu dois manger et, si tu ne le fais pas, tu meurs. Donc tu ne peux pas forcément choisir ce que tu consommes dans ce domaine car cela va dépendre de tes moyens, de ta localisation, etc.
Côté lecture, je pense que c’est rare d’être pris à la gorge : on est sans doute nombreux à avoir déjà une Pile à Lire assez conséquente donc, si on achète moins demain, on ne va pas mourir d’ennui.

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The Early Spring 早春晴朗 (2026)

24 épisodes de 45 minutes
Adapté du roman 早春晴朗 de Gu Niang Bie Ku 姑娘别哭

Le 24e et dernier épisode vient d’être diffusé aujourd’hui et c’est un peu LA série du moment, genre gros succès d’audience sur Netflix et des conversations enflammées sur les réseaux.
Shang Zhitao aka Flora (Sun Qian), jeune femme fraîchement diplômée, débarque à Pékin pour un job dans la très prestigieuse Lime, une boite de publicité. Son CV n’est pas au top des exigences, mais c’est ce que recherche Tracy, la DRH, qui souhaite de la diversité dans l’entreprise, des gens issus de parcours différents.
Luan Nian aka Luke (Jing Boran), son directeur, pense que c’est une mauvaise idée et, dès le premier jour, il dit à Flora de démissionner. Ce qu’elle ne fera pas, forcément.

Alors, on n’est pas dans une romance où nos héros se tournent autour pendant plusieurs épisodes. Là, très vite, ils tombent amoureux l’un de l’autre et couchent ensemble. Sauf que — et c’est toute l’histoire — aucun des deux ne veut admettre que c’est de l’amour.
Luke, qui a toujours été critiqué par son père, est incapable de dire quelque chose de gentil. Tout le long du récit, il va se montrer prévenant et faire énormément d’actions par amour, mais ses paroles seront souvent blessantes.
Flora, quant à elle, est incapable de lui faire confiance car c’est son supérieur, il est riche, il est puissant… et elle craint un rapport de domination.
Ils se racontent donc que leur relation n’est que sexuelle et Flora en exige le secret.

L’histoire se passe sur plusieurs années : très rapidement, la relation « simplement sexuelle » ne l’est clairement plus, mais la communication est catastrophique et on va les suivre tout au long de « l’hiver de ce couple ».

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My Bias, My Boss 최애의 사원 (2026)

12 épisodes de 60+ minutes

Nam Da Reum (Kim Hye Jun), jeune travailleuse, postule chez APPELLO où, croit-elle, son idole, Lee Chan (Cha Woo Min), ancien membre du groupe DNX et désormais acteur, est PDG. En réalité, Chan n’est que directeur et la boite est dirigée par Kang Ha Gi (Kang Hoon), son meilleur ami. Si Chan est chaleureux, Ha Gi semble un PDG froid et exigeant.
En toile de fond, on sait qu’il y a un traître dans l’équipe car leur méchant concurrent pique leurs idées.

On est sur une comédie romantique plutôt sympa avec, pour une fois, un vrai triangle amoureux. Je ne suis pas un·e fan absolu des triangles, mais, souvent, ils ne sont même pas un peu vrais, si bien que les rebondissements qu’ils sont censés apporter tombent à plat.
Là, les deux amis sont vraiment attirés par la même fille, pour des raisons différentes, et ça donne un vrai sens à l’intrigue.

J’ai bien aimé le début, mais j’ai assez vite décroché.
Il y a beaucoup de personnages, en majorité assez mignons : un petit couple parmi les collègues, une amie de Da Reum est draguée par un ami de Ha Gi et l’autre amie retrouve un des membres de DNX, etc.
et la durée est relativement courte,
mais c’était sans plus.
J’ai regardé au rythme de la diffusion (deux épisodes par semaine) et, pour ce genre de récit, je pense que quelques jours d’attente sont plus nocifs qu’emballants (me concernant).

Bref, tout à fait regardable, mais pas marquant non plus.

Le FIJ lance un concours pour son affiche…

… et je ne pense pas que ce soit OK.

Je vous ai parlé à plusieurs reprises du Festival International des Jeux de Cannes (FIJ) car c’est un festival qui a de l’importance dans ma vie : la première édition à laquelle j’ai participé était celle de 1998 et, depuis, j’y ai un vécu, des ami·es qui y vont chaque année (quasi), etc.
L’année passée, je vous ai parlé du souci de la disparition du jeu de rôle car c’était à mes yeux le point le plus important (par rapport aux thématiques que j’observe et documente), mais ils avaient été dans la sauce pour avoir eu une affiche réalisée via IA (changée suite à la levée de boucliers).
C’est problématique d’utiliser l’IA dans la création, mais l’argument souvent invoqué (et mauvais) est « je n’ai pas les moyens », ce qui n’est évidemment pas le cas de la SEMEC qui organise le FIJ.

Je n’aime pas les concours.
Je ne parle bien évidemment pas d’un tirage au sort pour gagner quelque chose.
Je déteste les concours qui mettent en compétition des artistes.
Je peux comprendre l’idée pour des scolaires : tu motives les enfants, l’un·e d’elleux sera récompensé. Parce que tu n’en récompenses qu’un ou deux, ça peut être pris comme un jeu et ça ne dit pas aux autres qu’ils sont dans l’échec.

Qu’est-ce qu’une affiche pour un festival ?
Sur les 10 éditions de Nice Fictions, nous avons repéré un·e artiste dont le travail nous plaisait, nous l’avons contactée pour nous assurer que ses tarifs calent avec notre budget, nous lui avons proposé une exposition…
C’est un choix éditorial / artistique : on choisit quelqu’un pour parler de son art / travail.

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