Le droit d’auteur est en danger…

… et ce danger vient de trop d’endroits différents pour que ça n’en devienne pas inquiétant.

Il est menacé par l’Etat lui-même et sa loi sur les indisponibles. On en a parlé sur plusieurs supports, je regrette un peu de ne pas avoir pris le temps de m’en faire vraiment l’écho ici.

Il est hélas aussi menacé par des gens pleins de bonne volonté (mais ne dit-on pas que l’Enfer est pavé de bonnes intentions ?) et j’en parlais un peu dans un billet daté de septembre en rappelant qu’écrivain est un métier.
L’idée qui circule, qui enfle et… qui m’inquiète désormais, c’est cette idée de « réduire le droit d’auteur ».
A titre d’exemple, Numerama s’en faisait l’écho mercredi. (1)

Alors, déjà, quand on parle de ce droit d’auteur, à quoi fait-on référence en pratique ?
Mon but n’est pas de répondre d’une façon « parfaite », mais « pratique » : dans la pratique, donc, ça veut dire que, si j’écris un livre aujourd’hui et que vous le lisez dans vingt ans, dans vingt ans, vous allez l’acheter un certain prix n et, sur cette somme n, un pourcentage me reviendra. Parce que vous « profitez » de mon travail, qu’il vous apporte plaisir, joie ou que-je-sais quand vous lisez.
Parce que nous vivons dans une société où l’on considère que c’est normal de profiter du fruit de son travail, qu’on fasse des économies, qu’on rembourse un prêt immobilier…
Le droit d’auteur, donc, est valable 70 ans après la mort de l’auteur : il peut profiter de son travail sa vie durant et ses héritiers pendant 70 ans, ce qui est peut-être long ou pas, mais le débat n’est hélas pas là…

Le débat qui a lieu en ce moment veut retirer le droit d’auteur durant le vivant de l’écrivain.
Comme si vous remboursiez un prêt immobilier et que, brusquement, on vienne vous voir en vous disant que vous avez assez profité de cette maison que vous avez payée et que vous devez la rendre à la communauté.
Ceux-là même qui veulent réduire le droit d’auteur sont-ils prêts à rendre leurs biens ?

Concrètement, si le droit d’auteur est réduit de 20 ans après publication, j’ai 40 ans, je publie un roman et, à 60 ans, attendant ma petite retraite bien méritée, je suis dépossédée de mon bien, sans raison, parce que c’est un roman et pas une maison.
Et le lecteur serait vraiment réticent à me laisser un ou deux euros à la lecture ? Je ne crois pas…
Je ne sais pas les intérêts de qui cette idée croit défendre, mais elle ne fait que du tort à des travailleurs souhaitant vivre de leur travail, honnête, et je doute qu’un lecteur refuse de payer pour un livre qu’il a envie de lire (parce que la somme qui revient à l’auteur sera de 2 ou 3 € tout au plus, pas de 20 !).

Dans la pratique, si je sais que je vais être dépossédée de mes droits dans 20 ans, je ne publierais plus sans assurance d’un profit immédiat, donc adieu aux petits éditeurs. Pourquoi risquer de « manger mon capital vente » (déjà faible) pour vendre 100 ou 200 exemplaires ? Je garderais mes écrits pour un cercle de privilégiés, choisis par mes soins, et ne lâcherais ma prose qu’à un gros éditeur à gros tirages.
Tant pis pour les lecteurs, curieux, puisqu’un tel système m’obligera à attendre des lancements très commerciaux pour « sortir en public ».
Car un roman ou un recueil, ça n’est pas un produit consommable avec DLC. Il peut ne trouver son public, son « moment »… que des années plus tard. Tout simplement, par exemple, quand l’auteur devient connu et qu’on (re)découvre ses premières œuvres.

Déposséder le créateur, lui faire peur et le presser, ce n’est pas ma vision de l’art.
Carrément pas.
J’aime savoir qu’il existe de petits éditeurs, qu’il se publie de la poésie, de la nouvelle…
J’aime ce système qui m’assure la variété et la place pour toutes les formes d’art et de littérature.

Réduire le droit d’auteur à 20 ans (2) après publication, c’est
– déposséder un travailleur ;
– et lui faire peur. Lui faire douter qu’il soit jamais temps de publier.

Parce qu’une création littéraire/artistique n’est pas un bien public, mais le fruit du travail d’un auteur.
Les auteurs font la littérature, les romans et nouvelles que nous aimons lire. Pourquoi voudrait-on les punir ?
Pourquoi ne travaillons-nous pas à des mesures qui, au contraire, les encouragent, les soutiennent, leur donnent envie de nous donner le meilleur d’eux-mêmes ?

Voilà, depuis le temps que je voulais prendre le temps de parler de ça, c’est chose faite.
Faites tourner, parlez-en, ne laisser pas les artistes sans protection !

Et je vais quand même conclure en rappelant le deuxième alinéa de l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme :

Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.

(1) Est-ce que « Ceux vivant de la rente du droit d’auteur verront en revanche leur avantage s’effondrer » a un sens pour quelqu’un ? o_O
Il n’existe aucune « rente du droit d’auteur », ça ressemble à un beau contresens, mais lequel… Le mystère s’épaissit, mais notre envoyée spéciale ne s’endormira-t-elle pas avant de le résoudre ?
(2) 20 ans en littérature, ce n’est pas 20 ans en informatique ou en mode, c’est vraiment peanuts. Un exemple ? Le premier volume du Trône de Fer, qui a le succès qu’on connait aujourd’hui est paru en 1996, soit il y a 17 ans !

Le Droit du Serf dépose un Recours pour Excès de Pouvoir

Le Droit du Serf dépose un Recours pour Excès de Pouvoir contre le décret d’application de la loi relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du 20e siècle.

Paris le 6 mai 2013 · Le collectif du Droit du Serf, fondé en 2000 avec pour vocation de défendre les droits des auteurs, annonce que deux de ses représentants, Sara Doke et Ayerdhal ont déposé une requête le 2 mai dernier auprès du Conseil d’État.

Me Stéphanie Delfour, mandatée par les deux représentants du collectif, a déposé un Recours pour Excès de Pouvoir contre le décret publié au JO le 1er mars 2013 portant application de la loi du 1er mars 2012 sur la numérisation des œuvres indisponibles du XXe siècle.

Considérant, depuis la présentation du projet de loi, que cette législation porte atteinte au droit d’auteur, le collectif du Droit du Serf a choisi de saisir le Conseil d’État pour tenter d’obtenir l’annulation du décret d’application, estimant qu’il est fondé sur la violation des principes généraux du droit.

La requête pointe les multiples violations de la loi présentes dans le décret. Ainsi, le Droit du Serf montre que plusieurs textes internationaux sont bafoués par le décret d’application, tels que la Convention de Berne, le traité d’organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) mais également le droit de l’Union européenne et la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.

En outre, le recours démontre que le décret lui-même n’est pas conforme à la loi du 1er mars 2012.

Le Droit du Serf s’étonne par ailleurs qu’aucun autre recours n’ait été déposé par les différentes organisations représentatives des auteurs, quand bien même certaines d’entre elles avaient émis de vives critiques contre la loi.

« Le décret d’application définit les modalités dans lesquelles doit s’appliquer la loi qui autorise à numériser et exploiter commercialement des œuvres indisponibles du XXe siècle. Au travers de l’établissement d’une liste arbitrairement conçue, la loi impose aux auteurs de justifier de leur identité pour réclamer que leurs œuvres
soient retirées de la base de données. Le Droit du Serf a toujours considéré cette pratique comme une atteinte au droit d’auteur », explique Ayerdhal.

À présent que la requête a été déposée, il reviendra au Conseil d’État de la communiquer au gouvernement,
celui-ci disposant alors d’un délai d’un à deux mois pour répondre aux arguments développés. Il sera alors possible de présenter des observations complémentaires et de déposer une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC).

« Toute personne qui le désire sera, dans les jours prochains, en mesure de se joindre à la requête pour
lui apporter plus de poids. Les auteurs, les éditeurs, les ayants droit considérant que leurs droits sont lésés pourront faire valoir leurs arguments. Plus on est de serfs, moins nous sommes taillables et corvéables à merci », conclut Ayerdhal.

Un document plus détaillé figure sur le blog du Droit du Serf.

Contact presse : droitduserf[at]gmail.com

Écrivain est un métier, sans doute possible…

Une discussion lors d’un repas, sur un forum, au détour d’un réseau social… et voilà que j’ai envie de mettre par écrit, soigneusement posée, ma réponse. Sans doute parce que je suis bavarde, mais la définition reste vague.
Le statut d’écrivain pose problème.
Tout simplement parce que leurs droits sont mis à mal et, quand il faut se défendre, il devient souvent nécessaire de poser des définitions.
A priori et avant tout, l’écrivain est un artiste qui crée.
Sauf que…
Sous le prétexte que l’écrivain se fait plaisir, certaines personnes peu scrupuleuses trouvent normal de ne pas le rémunérer… ou, sous prétexte qu’il a créé de l’art, des gens bien intentionnés estiment que les droits d’auteur devraient tomber dans le domaine public… alors que personne n’exige que les riches milliardaires remettent leurs villas dans le domaine public, comme si le bien de l’artiste n’était pas un bien qui mérite d’être défendu.
L’écrivain crée et, même s’il se fait plaisir à cette occasion, son travail n’est pas moins méritoire que celui de l’avocat plaidant une affaire, d’une caissière au supermarché…
L’écrivain est un artisan et, petit à petit, il se constitue un patrimoine qui lui rapportera des droits d’exploitation au fil des années.
Le souci, donc, c’est que, croyant bien faire, certains auteurs éprouvent le besoin d’en exclure d’autres au prétexte qu’écrivain est un métier.
Et, en réalité, la vraie question est bien plutôt : qu’est-ce qu’un métier ?
Assez sobrement, on pourrait dire que c’est ce qui paie les factures, mais « rentier » ou « gagnant du loto » rentrent difficilement dans la case…
Une femme au foyer qui élève trois enfants est-elle plus compétente qu’une mère au boulot prenant qui rentre tard le soir ? Un mauvais boulanger peut-il me faire un meilleur pain que ma mère si elle est motivée ? Est-ce que l’électricité dans mon appartement a été refaite par quelqu’un de compétent ou quelqu’un du métier ? Est-ce qu’un rentier qui écrit huit heures par jour est un meilleur écrivain qu’un prof de maths ?
Le monde des humains n’aime pas les valeurs absolues : tout est possible.
Par hasard, je suis rentrée dans une grosse administration et c’est là ce qui me nourrit.
Comme pour tout le monde, il y a eu des années difficiles, des doutes, mais… avec le recul, l’un des aspects que j’apprécie est la diversité des métiers, la possibilité de les exercer tour à tour.
Qu’est-ce qui paie mes factures ? Ben, ça dépend des années, de mes choix au moment des vœux de mutation… Suis-je juriste quand je travaille avec du droit ? Oui et non, non et oui. Suis-je comptable quand je manipule des chiffres ?
Alors, non, je ne pense pas que chacun de nous peut tout faire. Parce que je pense que nous sommes tous merveilleusement différents et, pour ma part, je ne connaîtrai aucun métier du bâtiment car je suis terriblement maladroite dans toutes les activités manuelles.
Je pense juste que, si l’on se forme, si l’on est prêt à apprendre dans les domaines pour lesquels nous avons des dispositions, tous les métiers nous sont accessibles.
A mes yeux, donc, toute personne qui écrit n’est donc pas un écrivain, non… mais toute personne qui écrit avec le sérieux qu’elle met dans n’importe quel autre métier est un écrivain, sans doute possible.
Et elle est donc bien la seule à savoir si, oui ou non, elle s’investit dans la tâche 😉
Et donc la seule à pouvoir décider si c’est légitime de l’indiquer dans la case qui va bien sur son profil de réseau social…

La Fantasy, l’Univers et le reste

Nous avons tous des plaisirs un petit peu pervers. Personnellement, mon côté pervers s’exprime dans le partage d’articles ALC sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas forcément une activité follement enrichissante, mais il n’y a pas de mal à se moquer de textes que leurs auteurs ont délibérément rendu publics.
Or donc, hier, ce petit plaisir s’est joué au détriment d’un blogueur qui, au prétexte de vanter un ouvrage, n’en parlait pas et préférait démontrer sa méconnaissance et son désamour d’un genre littéraire en particulier.
De façon tout à fait directe, ce genre de propos me ramène toujours à la question : et, toi, t’en penses quoi des genres littéraires ?

Je commencerai par une déclaration préliminaire : je n’ai pas les connaissances requises pour définir un genre en exposant des exemples, des références… Mon rapport aux genres est purement théorique.

Et, déjà, la définition de genres a-t-elle un sens ?
Pour moi, clairement, oui. Alors que je pense que tous les ouvrages littéraires ne forment qu’un vaste ensemble nommé « littérature ». Les genres ont autant de sens que lorsqu’une collègue vous déclare :
— Je ne vois pas de qui tu parles…
— Mais, si, tu sais ? La petite brune qui est toujours à la machine à café quand on y va !
Aucun être humain ne peut se définir simplement de cette façon, mais… c’est rudement pratique quand on cause entre humains.

Là, naturellement, je glisse vers les genres que l’on nomme maladroitement « genres de l’imaginaire » ou SFFF, puisque ce sont les genres dans lesquels j’ai tendance à nager.
Cela dit, même si je comprends qu’on puisse ne pas aimer un genre littéraire en particulier, je ne partage pas ce(t) (dés)intérêt. Potentiellement, j’aime tout et chaque histoire, chaque roman… doit me séduire individuellement. Mais, pour des raisons diverses et variées, je lis plus de SFFF et, jusqu’alors, je n’ai écrit que dans cette bulle.
Bref, je pense qu’un genre se définit par certains éléments du récit : tout n’est que littérature, mais, s’il y a une machine à vapeur, c’est peut-être du steampunk. Et j’ai tendance à croire que la Fantasy regroupe toute histoire qui n’aurait pas pu se produire, soit qu’elle se déroule dans un monde qui n’existe pas, soit qu’elle incorpore des éléments que la science actuelle considère comme improbables.
Sauf que ma définition de la Fantasy englobe allègrement la Science-Fiction et le Fantastique et que le côté « pratique quand on cause » s’y fracasse pesamment.
Du coup, je m’imagine le Fantastique comme une Fantasy light, où les éléments introduits par rapport à notre réalité sont relativement peu nombreux… mais ça ne marche pas toujours : si Buffy est clairement de la fantasy urbaine, avec le côté mythique de son monde, je ne sais pas bien où situer Supernatural et ses Apocalypses.
Quant à la Science-Fiction, j’y vais au feeling, en fonction de mon interlocuteur : s’il aime la SF et déteste la Fantasy, suivant si je veux qu’il ouvre un livre ou le fuit… Bon, ce n’est pas satisfaisant sur le plan intellectuel, mais, comme je l’ai écrit en préambule, j’imagine une théorie où je puisse m’y retrouver, je ne suis pas une experte.

Tout ça pour conclure que, lorsqu’on n’a pas fait d’études littéraires, mais qu’on aime bloguer, le plus sage est sans nul doute de ne parler que du livre qu’on a lu sans essayer de le resituer dans un contexte genré qu’on ne maîtrise pas du tout.
Car, pour répondre au billet qui m’a fait rire hier, mais dont les propos se retrouvent parfois sous diverses plumes, la Fantasy est peut-être « ce qui est imaginaire et n’est pas la SF ou le Fantastique », ou bien complètement autre chose, mais on peut quand même affirmer sans se tromper que :
– elle ne se définit pas par la longueur du texte : comme dans toute la littérature, on trouve des sagas de 50 tomes et des nouvelles de 10.000 signes ;
– elle ne nécessite pas forcément un univers complet avec background détaillé ;
– elle n’est liée qu’indirectement à la magie puisqu’il ne peut y avoir magie hors des genres de l’imaginaire ;
– elle peut être le terrain de chefs-d’œuvre ou de daubes (évidemment)…
Et, surtout, on peut ne pas aimer l’imaginaire et préférer « avoir les pieds sur Terre », mais on ne peut pas annoncer péremptoirement qu’une bonne œuvre de Fantasy serait une sorte de miracle peu probable.

Genres, mes amis, ou la découverte de l’arcanepunk

L’exercice de classification en genres est un exercice difficile, souvent périlleux, mais tout de même assez pratique.
Pratique parce que, par exemple, quand j’explique à mes amis que j’aimerais changer la déco de mon salon en steampunk, je n’ai pas besoin de plus que ce mot, pas besoin de me lancer dans des tonnes d’explications.
Périlleux parce que chacun va le revoir à sa sauce, en fonction de ses goûts, de ses objectifs…
Il y a quelques mois, je rédigeais un petit billet d’humeur pour dire que Buffy n’était pas de la bit-lit. En effet, si la bit-lit est de la chick-lit avec des bouts de créatures fantastiques dedans, Buffy n’a rien de la célibataire trentenaire qui se regarde le nombril en faisant du shopping. Buffy peut être apparentée aux super-héros, aux héros mythologiques (en avançant dans les saisons et en suivant Angel, on voit bien cet aspect de guerriers élus des dieux se développer), à la fantasy urbaine pour son monde proche du nôtre où la magie existe… Pourtant, suivant les chroniqueurs, Buffy est placée allègrement en bit-lit. Si cela ne correspond pas à ma propre qualification, cela convient forcément à ceux qui la font.
Toute classification est donc à prendre avec précaution et bonne humeur, en se disant que chacun agrémentera le tout à sa sauce et c’est bien le moins qu’on puisse attendre d’amateurs d’imaginaire 😉

Dans ce besoin de nommer le genre, je restais perplexe devant World of Warcraft : si c’est un univers où l’on retrouve certains éléments de l’heroic fantasy, la présence de vaisseaux spatiaux, de tramway, de dirigeables, de motos… ne laissait aucun doute sur le fait que ça n’en était pas.
Le genre le plus proche me semblait bien celui du steampunk où des machines à vapeur sophistiquées côtoient des ambiances un peu vieillottes. Mais quelque chose ne collait pas tout à fait…
Puis, il y a quelques jours, ma soeur m’a apporté le mot manquant : arcanepunk, un mot pour désigner ces mondes si proches du steampunk, mais où la magie prend une place importante.

Sur ce, et sans aucun lien logique, le moment semble adéquat pour vous souhaiter à tous un bon réveillon, si vous fêtez la Saint-Sylvestre, ou juste une bonne dernière journée en 2010 pour les autres 😉

A l’année prochaine.

World of Warcraft vs FarmVille ?

De sa période juillettiste loin du net, ma Grande a ramené de vrais magazines, avec du papier et des pages qu’on doit tourner. Du coup, je me suis installée pour feuilleter le numéro du 20 juillet de Canard PC, une revue consacrée aux jeux vidéo PC.
Comme vous le savez peut-être (ou pas), je suis ce qu’on qualifie de joueuse casual (i.e. joueuse à petite consommation).
Pourquoi ? Tout simplement parce que je suis rarement fan de quelque chose : si j’ai des amis qui dévorent des tonnes de livres ou d’autres qui jouent de longues heures ou… pour ma part, j’aime jouer un peu, lire un peu, regarder la télé un peu… Puis, tout simplement, je n’ai plus 20 ans, âge auquel, je l’avoue, je m’éclatais sur un vieil Amiga 500.
Bref, je joue un peu dans une maison contenant sa bonne dose de titres pour une Grande qui, elle, est une vraie gameuse 😉
Hormis World of Warcraft, dont j’apprécie l’univers arcanepunk et dans lequel j’ai trouvé une guilde qui ne me regarde pas de travers malgré mes faibles performances, je peux aussi m’amuser de jeux comme les Sims 3 ou… Le seul genre auquel je sois hermétique, je crois, c’est quand il faut tirer sur des bonshommes à coup de mitraillette. Transpercer l’ennemi de mon épée pour sauver une relique, ça me va. Mais faire la guerre, non.
Mais, à côté de ces jeux vidéo traditionnels, je joue aussi à… FarmVille, Treasure Isle…
Tout ça pour en revenir au numéro de Canard PC que je parcourais tantôt. Un article y est consacré aux jeux sociaux via FaceBook qui, d’une certaine façon, nuisent aux vrais jeux. D’une manière toute bête : si un jeu social, torché en quelques mois, rapporte plus qu’un jeu complexe, quel est l’avenir des jeux complexes et, surtout, les sociétés commerciales continueront-elles à investir dedans ?
Perso, je pense surtout que le problème est mal posé…
Quand on regarde le monde du livre ou du film, il y a bien, cohabitant sur le marché, des oeuvres perfectionnées destinées aux connaisseurs et des oeuvres grand public, souvent plus « accessibles » (on va dire).
Petit retour dans le passé…
Quand j’étais enfant, c’était l’époque des albums Panini. Pour des raisons que j’ai oubliées (je n’avais peut-être pas demandé ou c’était trop cher pour ce que c’était), je n’en avais pas et cela me manquait car, dans la cour de récré, je n’avais rien à échanger avec mes petits camarades.
Aujourd’hui, au boulot (dans la cour de récré ?)… je ne peux pas raconter que, hier soir, dans WoW, j’ai eu une nouvelle hache magnifique. Par contre, je peux dire que j’ai trouvé un nouveau cochon rose dans FarmVille. Parce que le « social » de « jeu social » n’est pas seulement à prendre dans le sens que nos voisins de ferme sont aussi nos amis réels. C’est un jeu qui passe bien dans la société, auprès des… non-joueurs.
S’il n’y a pas de stratégie ni rien qui donne un peu de peps, on y fait des collections (comme avec les albums). Un nouvel animal apparaît et tout le monde se précipite pour l’avoir.
Tout ça pour dire que les jeux vidéo complexes ne sont pas comparables aux jeux sociaux, parce que ce n’est ni le même public ni les mêmes besoins. Quand je rentre du travail, crevée, non, je n’ai pas la force d’aller mener à bien une quête ou quoique ce soit de complexe. Mais je peux me détendre en faisant mes récoltes et en envoyant des cadeaux.
Même si vendre des pommes rapporte plus que de vendre des kiwis, on continue à pouvoir acheter des kiwis. De la même manière, si les bénéfices générés par FarmVille peuvent faire pleurer d’autres sociétés conceptrices de jeux, il y a toujours le marché des vrais gamers.
Au fond, cet article (de Canard PC, oui oui, c’est le fil conducteur de ce billet) me fait un peu penser à un nouvelliste de SF qui se plaindrait que Musso ou Levy génèrent plus de profits. FarmVille s’adresse à plus de gens. Point. C’est un fait. Pas parce que c’est plus moche ou moins complexe, mais parce que tout le monde n’est pas gamer (bon, yep, je pourrais écrire « joueur », mais joueur est trop générique).
Alors… il en faut pour tous les goûts. Si les concepteurs de jeux sont trop accros au fric et que ça les démoralise, attendons une nouvelle génération qui retrouvera le plaisir de créer des jeux complexes et passionnants.

Pourquoi Buffy n’est pas de la bit-lit…

… ou comment Cenlivane se lança dans un billet à 23h passées pour répondre à une copine sur une question inutile donc indispensable.

Parfois, d’un simple échange de deux lignes, on en vient à se poser de drôles de questions…
Bref… hier soir, France 2 diffuse Castle. Objectivement, ce n’est pas une « bonne » série, mais elle a le mérite d’être gentille (comme on l’entend ici, dans le midi ?). Gentille, on va dire, au sens de reposante, pleine de bons sentiments.
Et, ce qui ne gâche rien pour les yeux, le personnage principal est interprété par Nathan Fillion. Bien sûr que vous voyez qui c’est, il joue le méchant dans la dernière saison de Buffy contre les vampires et le héros de Firefly/Serenity !

Où en étais-je ?
Oui, hier soir, donc, je vais m’affaler devant Castle et, dans les secondes qui précèdent, sur FaceBook, je conseille à une copine d’en faire autant, pour se changer les idées, se détendre, toussa. Jusque là tout va bien.
Sauf qu’elle me répond qu’elle préfère se mater True Blood.
Bon, en fait, c’est son droit le plus strict, je ne le conteste pas, sauf que, perso, les couvertures des livres de cette série ont un peu un effet répulsif sur moi. Je lui réponds donc que la bit-lit ne me tente pas (ce qui résume en fait assez bien l’idée que je m’en suis forgée au fil du temps) et que, quand même Castle, Fillion, beau mâle… (Oui, je sais, l’argumentaire est pauvre, mais vaut ce qu’il faut !)
Elle, forcément, elle tilte : Fillion = Firefly !
Un peu monomaniaque, je la reprends : Fillion est avant tout le méchant dans le final de Buffy…
Sauf que, à la mention de Buffy, ma copine me répond qu’elle n’a jamais vu/lu de bit-lit, hormis True Blood.
Sa réponse me laisse sans voix : Buffy, de la bit-lit ? Comment a-t-elle pu se méprendre ? C’est de la fantasy urbaine, voyons !

Ben, justement, voyons…
Hier encore, cette copine ignorait l’existence du terme « bit-lit » et a donc googlisé. Et a appris que Buffy était de la bit-lit…
Du coup, ce soir, tout en regardant des rediffusions de Bones (ouaips, décidément, je suis bien beaucoup télé en ce moment), j’ai tourné la question dans ma tête.
L’idée derrière la bit-lit, grosso modo, c’est de vendre de la chick-lit avec des vrais morceaux de vampires dedans. Donc les aventures pseudo sentimentales, plus ou moins fortement teintées sexe, d’une trentenaire célibataire ou un truc du genre. Avec des aventures pour que l’eau de rose passe mieux ou que le sexe fasse moins « je lis un livre parce qu’il y a des scènes de cul dedans ». (Oui, je sais, je caricature, y’a forcément des trucs de qualité, comme de partout, mais je me fais l’avocat de la partie adverse ce soir.)
Ce qui n’a rien à voir avec Buffy, série qui démarre sur la base des séries avec des vrais morceaux de lycéens dedans pour dériver sur de la fantasy urbaine de qualité, avec une belle construction mythologique et tout. C’est encore plus flagrant dans le spin-off Angel où la romance est quasi absente.

Du coup, suis retournée voir mon ami Google pour voir si d’autres personnes avaient billeté sur le sujet.
Suis tombée sur Pourquoi Twilight n’est pas de la bit-lit ?1
Même si je n’apprécie pas Twilight et n’aurais donc pas choisi ce titre pour attaquer le sujet, suis assez d’accord dans l’ensemble. Pas plus que Buffy, Twilight n’appartient à la bit-lit.

Alors, à la question « pourquoi avoir voulu fourguer de la bonne fantasy urbaine (i.e. Buffy) dans un genre très marketé comme la bit-lit ? », j’imagine que la réponse est tout simplement pour donner des « lettres de noblesse ». Je suppose que c’est de bonne guerre, au sens où ça fait de la pub et tout… au risque de décevoir quand même. Comme le souligne l’article linké un peu plus haut, la bit-lit a une forte composante sexuelle qui n’en fait pas particulièrement un genre pour ados (même si, comme entendu hier dans Castle – on a les références qu’on peut – l’ado de 15 ans d’aujourd’hui a l’éducation sexuelle de l’adulte de 25 ans d’il n’y a pas si longtemps).

Ce qui m’ennuie dans tout ça et la raison, au fond, de ce billet, c’est que ma copine a la malchance de me connaître. Elle a donc une chieuse à disposition, toute prête à lui expliquer pourquoi Buffy est de la fantasy urbaine et même pas du fantastique, pourquoi la bit-lit est plus de la romance que de la fantasy, pourquoi…
Mais, pour tous les autres pas-ma-copine, Google les conduira tout droit vers cette idée. Et si, comme moi, ils n’apprécient pas trop le genre bit-lit, ils risquent de ne jamais découvrir Buffy s’ils ont oublié de la regarder quand elle passait à la télé, il y a si longtemps…

  1. Le lien est cassé (au 31/10/24), mais je vous le remets dès qu’il revient 😉 ↩︎