Sans Âme – Le protectorat de l’ombrelle I

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Dans une Angleterre alternative du 19e siècle, Mlle Tarabotti est une belle latine complexée par son physique pas assez britannique, au caractère bien trempé et persuadée qu’elle est condamnée au célibat. Mais sa caractéristique principale, dans ce monde où les loups-garous et les vampires vivent au grand jour (si je puis dire), est son absence d’âme qui fait que, lorsqu’elle touche une créature surnaturelle, celle-ci devient, le temps du contact, simplement humaine.
La première impression, c’est celle de plonger dans du Jane Austen : notre héroïne, auto-proclamée vieille fille, tombe sous le charme de Lord Maccon, Alpha de sa meute de loups-garous, noble à la fois riche, mais délicieusement brute. Elle le dispute et le boude alors que le bon parti ne rêve que de l’épouser.
A cette romance qui sent bon la dentelle et les tasses de porcelaine, on ajoutera un peu de fantasy urbaine (mais le surnaturel joue plus du décor que du propos), une enquête policière avec son lot de savants fous et de société secrète et une bonne dose de chick lit, Alexia Tarabotti découvrant l’érotisme en même temps qu’elle se fait courtiser d’une manière fort « directe » qui ressemble plus aux canons actuels qu’à ceux qu’on peut trouver dans Orgueil et Préjugés.
En réalité, Sans Âme forme un mélange au premier abord surprenant, avec un ridicule plein de charme, un manque de sérieux assumé, de longues descriptions de toilettes excentriques et de plats divers… Au final, on se laisse prendre au jeu et on s’amuse de la petite touche steampunk.
Alors, clairement, si vous n’aimez pas lire une histoire d’amour en dégustant une tasse de thé et des pâtisseries, ce roman n’est pas fait pour vous car la romance en est le cœur central. Mais si, comme moi, vous assumez de temps en temps votre côté midinette, vous devriez aimer le côté décalé et gentiment absurde de cette fantasy urbaine à l’eau de rose.

Orbit
ISBN : 978-2-36051-026-9
314 pages – 16,50 €

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.

Le Début de la fin (2009)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Jean-François Merle

Pour ceux qui ne connaitraient pas (?) et pour resituer un peu dans le contexte, le Début de la fin est le cinquième tome des aventures de Thursday Next. J’ai chroniqué le tome 3, Le Puits des histoires perdues, et le tome 4, Sauvez Hamlet !, ici même.
Ce qui m’ennuie, c’est que je ne peux pas en faire la chronique cette fois : l’exercice demande en effet d’avoir eu une lecture relativement rapide pour avoir bien en tête les différents éléments du livre, de l’intrigue… sauf que cela fait des mois que je suis sur cette lecture (vu que je l’ai acheté à sa sortie en juin, je crois bien).

Fforde est génial, au sens où les aventures de son héroïne sont bourrées d’imagination, de choses surprenantes, dingues… mais, définitivement, ses personnages ne sont pas attachants. J’ai vu la différence récemment : j’ai lu en quelques jours la Nuit de la lune bleue alors que l’intrigue est très simple, mais je voulais savoir ce qui arrivait aux personnages.
Avec Thursday Next, je m’émerveille devant le monde, l’inventivité déployée, je jubile de détails de fou… mais je me contrefiche des persos, même de l’héroïne..
Bref, il faut lire Fforde parce que les idées sont géniales, mais c’est tout. Perso, j’ai tendance à considérer que c’est un peu du gâchis car la place de cet auteur serait d’avantage au sein d’une équipe où d’autres pourraient pallier ses défauts, menfin, c’est comme ça…

Puis je dois dire que c’est un auteur qui m’émerveille techniquement, dans le sens où il démontre qu’on peut rendre un livre en 4D, mais je ne sais pas si je suis bien compréhensible, là.

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.

Sauvez Hamlet ! (2008)

Auteur : Jasper Fforde
Traductrice : Roxane Azimi

Il y a quelques semaines, je vous parlais du Puits des histoires perdues, le troisième tome des aventures de Thursday Next. Cette détective littéraire (agent de police chargée de veiller sur la littérature, trésor s’il en est) passait sa grossesse à l’intérieur d’un livre tout en travaillant pour la Jurifiction (les forces de l’ordre du Monde des livres).
Au début de Sauvez Hamlet !, Thursday, maintenant maman du petit Friday, est lasse du monde des livres et souhaite revenir dans la réalité… et tout faire pour retrouver son mari disparu avant de l’avoir rencontrée.
Accompagnée d’Hamlet, curieux de découvrir comment les humains le perçoivent et comment les différents acteurs interprètent son rôle, Thursday va donc lutter contre un futur dictateur échappé d’un mauvais roman, empêcher qu’Hamlet (l’œuvre) ne disparaisse pendant l’absence de son personnage-titre, explorer le monde des semi-morts, tenter d’échapper à un tueur-à-gages…

En fait, rien ne peut résumer la folie débridée d’un tel roman. Et c’est ce qui fait tout son charme. Dans ce monde parallèle au nôtre, qui frôle parfois doucement la folie, tout peut arriver avec une logique désarmante. Ce savant mélange d’une réalité parallèle, de voyage dans le temps et de voyage dans les livres est… bluffant !
Bien sûr, le défaut que je relevais dans le tome 3 est toujours là : Thursday, un peu trop « je peux tout réussir sauf le tricot », n’est pas un personnage profond. L’auteur a choisi de la marier puis, dans ce livre, d’en faire une mère sans que cela ait un quelconque intérêt. Friday semble transparent et une méchante petite voix me souffle que l’auteur ne doit avoir aucune idée de ce que l’on ressent à être parent.
Mais on ne suit pas Thursday Next pour trouver une quelconque profondeur de sentiment. On la suit parce qu’elle est la seule à vivre de pareilles aventures.
A lire donc, sans hésitation possible.
Perso, j’attends avec impatience le 5e tome qui doit paraître en juin en édition de poche.

10/18
ISBN : 978-2-264-04862-2

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.

Le Puits des histoires perdues (2007)

Auteur : Jasper Fforde
Traductrice : Roxane Azimi

Le Puits des histoires perdues est la troisième aventure de Thursday Next et fait donc suite à l’Affaire Jane Eyre et Délivrez-moi ! Wikipédia m’apprend même qu’il s’agit là d’une première saison, dont le 4e tome (Sauvez Hamlet !) m’attend sagement, et que le 5e tome débute une nouvelle saison.
Honte à moi, je n’ai pas chroniqué les deux premiers volumes et il est difficile de parler d’un tome 3 sans évoquer ceux qui l’ont précédé.

Tout d’abord, Fforde est… merveilleux. Je ne trouve pas d’autre qualificatif pour cette imagination débridée et passionnante, surprenante. Thursday Next vit dans un monde parallèle au nôtre où la littérature occupe une place prépondérante (un peu comme si elle était notre cinéma couplé au monde de la musique) et où l’on peut voyager dans les livres.
Dans le premier tome, Thursday poursuit donc un criminel dans Jane Eyre dont elle change la fin. Dans le tome 2, on va se régaler de la manipulation de l’entropie et du temps.
Au début du Puits des histoires perdues, notre héroïne et narratrice se réfugie dans un pâle roman policier pour mener sa grossesse à l’abri de ses nombreux ennemis.
Encore une fois, l’auteur carbure à fond et nous présente les Génériques, personnages interchangeables dans les histoires, le Puits des histoires perdues où tombent les chutes des histoires non-publiées et où l’on peut acheter des procédés narratifs, etc.
D’un façon tout à fait partiale, je n’aurais qu’une seule chose à dire : il faut lire les aventures de Thursday.

Cependant, la perfection n’existe pas. Si ces lectures sont des petits bonheurs de découverte, ils ne feront pas battre notre coeur : Fforde a choisi une narratrice féminine. Effet de mode ? Je ne saurais dire, mais il n’avait visiblement aucune intention créatrice derrière ce choix car, dans ce monde fabuleux mis en scène avec délice, Thursday Next est… plate. Elle n’a aucune particularité et n’a absolument rien d’une femme… et c’est vraiment dommage. Si j’ai été curieuse des évènements à venir, mon coeur ne s’est pas enflammé. Une sorte de personnage de roman policier très propre sur elle qui se marie « facilement » à la fin du tome 1 ?
Voilà, même s’il n’y a pas de psychologie, ce serait dommage de bouder son plaisir car le monde lui-même vaut la peine, le tout sur fond d’enquête policière.

Fleuve noir
ISBN 2-265-08284-8

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.