Jennifer Strange, dresseuse de quarkons (2011)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Michel Pagel

Après le premier tome où Jennifer Strange rencontre les derniers dragons, la jeune narratrice, gérante provisoire de l’agence de magie Kazam, nous raconte ses nouvelles aventures.
Je ne reviendrai pas sur les défauts que je trouve propres à Fforde et dont j’ai déjà parlé dans mes diverses chroniques. Toujours présents, ils ne m’empêchent pas d’apprécier pleinement son imagination vraiment particulière.
Cette fois-ci, les soucis viennent de Blix, un magicien antipathique et ambitieux qui a décidé de s’approprier toute la magie du royaume pour la commercialiser au mieux de son portefeuille. On y ajoute la découverte d’un anneau maudit, l’arrivée en ville du quarkon jumeau de celui que Jennifer a perdu au tome 1, des accumulateurs d’énergie magique protégés par un mot de passe et qui pétrifient les malheureux qui tentent d’en craquer le code…
Tandis que Jennifer garde la tête froide et s’efforce de rester fidèle aux idées de Zambini, le gérant qu’elle remplace tant qu’il est « perdu » dans une série d’apparitions-disparitions, les évènements prennent des tours bien inattendus… pour former un tout fort sympathique quand le livre se termine.
Très subjectivement (parce que j’ai lu le précédent il y a un an !), j’ai l’impression que ce deuxième tome est meilleur que le premier (ou j’étais d’avantage d’humeur à me laisser embarquer).
À lire, sans doute possible, pour découvrir ce monde où les téléphones portables ne seront remis en route que quand les micro-ondes marcheront enfin grâce au retour de l’énergie magique, pour le plaisir de tous ces petites billes posées sur le chemin et qui forment un tout si amusant.

Fleuve Noir – Territoires
ISBN : 978-2-265-09307-2
308 pages – 16,50 €

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons (2010)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Michel Pagel

Fforde, c’est l’auteur des aventures de Thursday Next, une imagination décalée et bluffante. Du coup, en apprenant qu’un nouveau roman de sa plume était paru, j’étais curieuse, forcément, d’autant que le titre lui-même me plaisait.
Naïvement, j’ai cherché Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons au rayon SF/fantasy, avant qu’un tilt ne me fasse songer à le chercher en Jeunesse.
Jennifer est donc paru dans une collection non-destinée aux adultes, pour l’un de ces mystères éditoriaux qui me sont inaccessibles. Peut-être parce que l’ensemble est court. Peut-être parce que le personnage principal a 16 ans. Peut-être parce qu’il n’y a aucune évocation sexuelle. Je ne sais pas.
Toujours est-il que ce roman est simplement tout public.
Dans un 21ème siècle décalé, où la magie se meurt doucement (des mages, autrefois brillants, en sont réduits à vendre leurs services pour réparer l’électricité dans les maisons particulières), où les Royaumes Désunis s’entredéchirent, Jennifer Strange est une jeune fille de bientôt 16 ans, enfant trouvée donnée en servitude à l’agence de magie Kazam, qu’elle gère comme elle peut, remplissant de la paperasse pour la moindre incantation.
Mais voilà qu’une prophétie annonce que le dernier dragon vivant sera tué dimanche midi et, alors que notre jeune héroïne est persuadée que cela a un rapport avec la diminution de la magie, elle apprend qu’elle est la dernière tueuse de dragons.
Tout d’abord, le point négatif : comme je l’écrivais pour Thursday Next, Fforde ne sait pas « situer » ses personnages. Jennifer a 16 ans et son acolyte en a 11. Mais notre auteur n’a visiblement aucune idée de ce que peut être une adolescente ou un enfant. Les deux personnages se comportent comme des adultes asexués. Du coup, ce détail, un peu agaçant, aurait pu être facilement évité en faisant de Jennifer une jeune adulte…
Mais, sinon, l’ensemble est fort plaisant. Le monde et les situations sont décalés, l’imagination est flambante et le tout se lit facilement, le rythme est bon. On s’inquiète du devenir de Jennifer, du dernier dragon… et la surprise est bien au rendez-vous sur la fin. Les mages, repliés dans leur vieil hôtel délabré, inspirent la sympathie, le roi est méchant ce qu’il faut…
Fforde a un talent indéniable, même si je regrette toujours qu’il ne trouve pas un co-auteur ou une équipe pour bâtir ses personnages.

Fleuve Noir – Territoires
ISBN : 978-2-265-09306-5
295 pages – 15,90 €

Ce billet a également été publié dans la #TribuneVdR.

Le Début de la fin (2009)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Jean-François Merle

Pour ceux qui ne connaitraient pas (?) et pour resituer un peu dans le contexte, le Début de la fin est le cinquième tome des aventures de Thursday Next. J’ai chroniqué le tome 3, Le Puits des histoires perdues, et le tome 4, Sauvez Hamlet !, ici même.
Ce qui m’ennuie, c’est que je ne peux pas en faire la chronique cette fois : l’exercice demande en effet d’avoir eu une lecture relativement rapide pour avoir bien en tête les différents éléments du livre, de l’intrigue… sauf que cela fait des mois que je suis sur cette lecture (vu que je l’ai acheté à sa sortie en juin, je crois bien).

Fforde est génial, au sens où les aventures de son héroïne sont bourrées d’imagination, de choses surprenantes, dingues… mais, définitivement, ses personnages ne sont pas attachants. J’ai vu la différence récemment : j’ai lu en quelques jours la Nuit de la lune bleue alors que l’intrigue est très simple, mais je voulais savoir ce qui arrivait aux personnages.
Avec Thursday Next, je m’émerveille devant le monde, l’inventivité déployée, je jubile de détails de fou… mais je me contrefiche des persos, même de l’héroïne..
Bref, il faut lire Fforde parce que les idées sont géniales, mais c’est tout. Perso, j’ai tendance à considérer que c’est un peu du gâchis car la place de cet auteur serait d’avantage au sein d’une équipe où d’autres pourraient pallier ses défauts, menfin, c’est comme ça…

Puis je dois dire que c’est un auteur qui m’émerveille techniquement, dans le sens où il démontre qu’on peut rendre un livre en 4D, mais je ne sais pas si je suis bien compréhensible, là.

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.

Sauvez Hamlet ! (2008)

Auteur : Jasper Fforde
Traductrice : Roxane Azimi

Il y a quelques semaines, je vous parlais du Puits des histoires perdues, le troisième tome des aventures de Thursday Next. Cette détective littéraire (agent de police chargée de veiller sur la littérature, trésor s’il en est) passait sa grossesse à l’intérieur d’un livre tout en travaillant pour la Jurifiction (les forces de l’ordre du Monde des livres).
Au début de Sauvez Hamlet !, Thursday, maintenant maman du petit Friday, est lasse du monde des livres et souhaite revenir dans la réalité… et tout faire pour retrouver son mari disparu avant de l’avoir rencontrée.
Accompagnée d’Hamlet, curieux de découvrir comment les humains le perçoivent et comment les différents acteurs interprètent son rôle, Thursday va donc lutter contre un futur dictateur échappé d’un mauvais roman, empêcher qu’Hamlet (l’œuvre) ne disparaisse pendant l’absence de son personnage-titre, explorer le monde des semi-morts, tenter d’échapper à un tueur-à-gages…

En fait, rien ne peut résumer la folie débridée d’un tel roman. Et c’est ce qui fait tout son charme. Dans ce monde parallèle au nôtre, qui frôle parfois doucement la folie, tout peut arriver avec une logique désarmante. Ce savant mélange d’une réalité parallèle, de voyage dans le temps et de voyage dans les livres est… bluffant !
Bien sûr, le défaut que je relevais dans le tome 3 est toujours là : Thursday, un peu trop « je peux tout réussir sauf le tricot », n’est pas un personnage profond. L’auteur a choisi de la marier puis, dans ce livre, d’en faire une mère sans que cela ait un quelconque intérêt. Friday semble transparent et une méchante petite voix me souffle que l’auteur ne doit avoir aucune idée de ce que l’on ressent à être parent.
Mais on ne suit pas Thursday Next pour trouver une quelconque profondeur de sentiment. On la suit parce qu’elle est la seule à vivre de pareilles aventures.
A lire donc, sans hésitation possible.
Perso, j’attends avec impatience le 5e tome qui doit paraître en juin en édition de poche.

10/18
ISBN : 978-2-264-04862-2

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.

Le Puits des histoires perdues (2007)

Auteur : Jasper Fforde
Traductrice : Roxane Azimi

Le Puits des histoires perdues est la troisième aventure de Thursday Next et fait donc suite à l’Affaire Jane Eyre et Délivrez-moi ! Wikipédia m’apprend même qu’il s’agit là d’une première saison, dont le 4e tome (Sauvez Hamlet !) m’attend sagement, et que le 5e tome débute une nouvelle saison.
Honte à moi, je n’ai pas chroniqué les deux premiers volumes et il est difficile de parler d’un tome 3 sans évoquer ceux qui l’ont précédé.

Tout d’abord, Fforde est… merveilleux. Je ne trouve pas d’autre qualificatif pour cette imagination débridée et passionnante, surprenante. Thursday Next vit dans un monde parallèle au nôtre où la littérature occupe une place prépondérante (un peu comme si elle était notre cinéma couplé au monde de la musique) et où l’on peut voyager dans les livres.
Dans le premier tome, Thursday poursuit donc un criminel dans Jane Eyre dont elle change la fin. Dans le tome 2, on va se régaler de la manipulation de l’entropie et du temps.
Au début du Puits des histoires perdues, notre héroïne et narratrice se réfugie dans un pâle roman policier pour mener sa grossesse à l’abri de ses nombreux ennemis.
Encore une fois, l’auteur carbure à fond et nous présente les Génériques, personnages interchangeables dans les histoires, le Puits des histoires perdues où tombent les chutes des histoires non-publiées et où l’on peut acheter des procédés narratifs, etc.
D’un façon tout à fait partiale, je n’aurais qu’une seule chose à dire : il faut lire les aventures de Thursday.

Cependant, la perfection n’existe pas. Si ces lectures sont des petits bonheurs de découverte, ils ne feront pas battre notre coeur : Fforde a choisi une narratrice féminine. Effet de mode ? Je ne saurais dire, mais il n’avait visiblement aucune intention créatrice derrière ce choix car, dans ce monde fabuleux mis en scène avec délice, Thursday Next est… plate. Elle n’a aucune particularité et n’a absolument rien d’une femme… et c’est vraiment dommage. Si j’ai été curieuse des évènements à venir, mon coeur ne s’est pas enflammé. Une sorte de personnage de roman policier très propre sur elle qui se marie « facilement » à la fin du tome 1 ?
Voilà, même s’il n’y a pas de psychologie, ce serait dommage de bouder son plaisir car le monde lui-même vaut la peine, le tout sur fond d’enquête policière.

Fleuve noir
ISBN 2-265-08284-8

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.