Le girlcott, ça ne sert à rien !

Souvent, j’ai entendu dire que le boycott, ça ne servait à rien, voire que c’était contre-productif.
Ça m’a toujours étonné, voire mis mal à l’aise. Comment un boycott pourrait être inutile ? Si lae consommateurice ne veut pas de ton produit, s’iel te boude, bien sûr qu’il va se passer quelque chose.
Protester n’est pas quelque chose d’aisé. Une personne riche et puissante qui n’est pas contente d’une décision (de justice par exemple) peut écrire un livre et passer sur les plateaux télé. Elle jouait déjà la partie en mode /facile et, quand elle a été contrariée, elle a pu enclencher les cheat codes pour que rien de désagréable ne lui arrive jamais.
Pour les autres / les nous, ben…
Boycotter est la solution la plus facile et la plus safe :
1/ c’est facile parce que tu ne dois juste PAS FAIRE / acheter / consommer ;
2/ tu n’as pas le risque (non nul) qu’il peut y avoir lors d’une manifestation.

La première fois que cette expression du doute concernant le boycott m’a vraiment dérangé / marqué, c’est lors de l’affaire Marsan.
Puisque Marsan était le propriétaire et directeur de son entreprise, hormis ne plus lui acheter de livres, que pouvions-nous faire concrètement ?
— Si tu n’achètes plus de livres chez Bragelonne, les employé·es et les auteurices vont en souffrir.
— Bon, ben, OK, on ne s’offusque plus de rien alors…

Je ne comprends pas ce genre d’attitudes : oui, l’intérêt collectif se fera, hélas, au détriment d’intérêts individuels. A la marge. Car si ce n’est pas marginal, ça n’est pas l’intérêt collectif.
Je ne dis pas que c’est marrant, je ne comprends juste pas que ce soit un argument.

Et le résultat a été que Marsan a quitté ses fonctions, pas que Bragelonne s’écroule.
Parce que la pression / le boycott, ça fonctionne.
Et ça a fonctionné à nouveau, le concernant, quand il s’est associé avec Elder Craft. Je ne sais pas si les parts ont bien été revendues (je suis râleur, pas journaliste), mais l’expression populaire a fait bouger les lignes.

De même que lors de l’affaire des Imaginales. Bien sûr, la pression n’a pas permis que Stéphanie Nicot réintègre son poste (je ne sais même pas si ça aurait eu du sens après un tel divorce), mais la direction actuelle n’est pas celle qui avait été pressentie alors.
— Mais ça n’est pas une rumeur, ça ?
— Oui, oui, bien sûr.

J’ai à peine évoqué le girlcott du festival de la BD d’Angoulême.
Pas parce que ça ne m’intéressait pas, au contraire. Mais parce que je ne parle quasi jamais de bande dessinée sur ce blog et je me disais que je n’étais pas forcément un relais pertinent.
Quand je parle d’imaginaire ou de jeu de rôle, je me sens à l’aise car je visualise le milieu, ses acteurices… Je ne connais pas les éditeurs de BD, quasi pas d’auteurices… alors j’étais content pour elleux, mais pour le principe, pas en tant que concerné ou proche d’un·e concernée.

Lundi, le Syndicat de la librairie française a annoncé qu’il se retirait du festival du livre de Paris suite à son partenariat avec Amazon.
Je vous laisse lire leur communiqué.
Aujourd’hui (16h41), le festival a annoncé que le partenariat était annulé.
Je ne sais pas si ça résout tout (j’ai tendance à penser que non, ce genre d’affaires doit être plus complexe), mais disons que, ça, c’est plié.

Le girlcott fonctionne.
C’est un effet mécanique. Si je coupe un robinet, l’eau s’arrête de couler.
Après, évidemment, il y a des questions d’échelle : ça n’a pas le même poids si on est 1 sur 1 million de client·es ou 1 sur 500 créateurices invitées quelque part.
Mais même 1 million, c’est 1+1+1+…

Je repense forcément à l’affaire Étrange Grande.
L’indignation a été très faible. Il s’agissait seulement de déprogrammer une expo pour montrer qu’on ne s’asseyait pas sur les droits et la vie des personnes trans, mais, visiblement, c’était déjà trop.
A priori, le festival avait une carte joker « oui, mais les orgas sont gentils » qui t’exonère de toute responsabilité sociétale.
Il n’y a eu aucune excuse, aucune prise de conscience, rien. En tout cas publiquement, info qui aurait été relayée, consultable, exploitable.
La prochaine édition est annoncée et le festival va continuer sa vie tranquillement.
— Si, il y a eu des choses qui ont été faites, tu ne le sais juste pas !
— Si je ne le sais pas… comment dire…
Je ne peux que vous renvoyez à la bannière de ce blog.
L’Histoire est écrite par les vainqueurs. Ce qui n’est pas tracé dans les annales, c’est emporté par le vent.
En tant que barde, je ne peux que faire du bruit…

P…, je suis lyrique, moi, ce soir.
Ça doit être le plaisir de voir que les girlcotts, bien sûr que ça fonctionne.
Dans le silence, les monstres se nourrissent.

Auteur/autrice : Cenlivane

Ecrivain·e, Poète·sse, Blogueur·se