De la pulsion monogame et de l’étrangeté des fans

Attention, ce billet contient des spoilers sur Lost You Forever.

Dans une romance, A et B s’aiment. C aime A, mais ce n’est pas réciproque. Evidemment, pour la tension narrative, B va le croire (que A aime C), mais ce sera un malentendu.
En bonus, si la romance est voulue particulièrement feel good, C doit trouver l’amour à son tour avant THE END.

J’ai longuement parlé de Lost You Forever dans un premier billet et je suis revenue dessus dans un second.
Tout en ayant vraiment beaucoup aimé et la saison 1 du drama (la saison 2 n’est pas encore dispo) et le roman, je reste sur deux gros reproches.

Mon 1er reproche est la fin inutilement triste et qui qualifie LYF en drame et non en romance.
Même si l’héroïne, XY, finit avec l’un des deux hommes qu’elle aime (TSJ), le second (XL) meurt sans qu’elle sache jamais ce qu’il aura fait pour elle et… il en aura vraiment fait des tonnes : il la ressuscite lorsqu’elle est assassinée la première fois, il lui apprend le tir à l’arc et lui procure un arc supra-génial, il (lister ici plein de choses que j’ai oubliées tellement il y en a)… mais, en plus de tout cela, il sauve la vie de son fiancé !
L’amour nous sécurise parce qu’on éprouve ce que les gens qui nous aiment font pour nous et je trouve ça cruel / inutilement dramatique que XY ignore combien elle a été aimée.
De plus, même si l’amour de XY pour CX n’est pas de « nature romantique », il reste très fort et, franchement, quand, sur 3 hommes que l’héroïne aime, 2 finissent mal, il est difficile de parler d’une happy end.

Si mon 1er reproche est donc personnel, j’en ai un second plus… général.

L’un des intérêts de LYF est l’intrigue polyamoureuse et la mise en scène de plusieurs types d’amour.
Sentimentalement, il y a donc le triangle XY + TSJ / XL, mais il y a également l’amour (ou haine) entre adelphes, l’amour d’un père pour sa fille non-biologique (le Grand Empereur élève XY comme sa fille, d’abord par culpabilité envers son ex-femme, mais il l’aime réellement comme son enfant), etc.
A ce titre, la relation entre XY et son cousin germain CX est très réussie puisque leur amour est à la fois réciproque et non-réciproque : CX aime sa cousine d’un amour romantique (accompagné d’un désir sexuel) alors que XY l’aime comme un frère, mais cet amour fraternel n’est pas moins puissant que ce qu’elle peut ressentir pour TSJ ou XL : quand elle découvre que CX a assassiné TSJ, son fiancé, elle est incapable de se venger.
De plus, on ne saura jamais si XY aurait pu aimer CX autrement : elle ne le voit comme un frère que parce que lui-même ne se déclare que beaucoup trop tard.

— Et, du coup, c’est quoi ton deuxième reproche ?

Je l’ai cité dans mon billet où j’évoque la notion de bad boy.

Tong Hua, l’autrice de LYF, réussit vraiment l’aspect polyamoureux de XY : elle aime TSJ et XL romantiquement pour des raisons très différentes. Quand elle est avec chacun d’eux, elle ne pense pas à l’autre et, quand son grand-père et son père l’interrogent sur ses amours / le mariage, elle cite les deux.
Et les trois hommes qui l’aiment représentent vraiment 3 façons d’aimer :
– XL est le plus dramatique / sacrificiel : il fait tout pour la personne qu’il aime et, comme je l’écrivais plus haut, sauve même son fiancé de la mort pour s’assurer qu’elle soit heureuse ;
– TSJ (le fiancé) est l’amour généreux et patient qui la sécurise et lui apprend à ouvrir son cœur ;
– tandis que CX est l’amour toxique puisqu’il ira jusqu’à tenter d’assassiner1 son rival.

Sauf que… consciemment ou inconsciemment, l’autrice cède à une pulsion monogame :
– XY et XL n’auront que des baisers manqués : quand il veut, elle ne veut pas et, quand elle veut enfin, il ne veut plus…
– comme l’héroïne aime deux hommes, l’un des deux doit mourir.

C’est une idée que l’on retrouve hélas trop souvent quand un personnage en aime sincèrement deux autres. L’un des deux amours est tué.
C’est d’autant plus dommage que Tong Hua a réussi sa description de l’amour : le seul homme possessif est CX et il est éliminé des prétendants. TSJ et XL aiment suffisamment XY pour ne vouloir que son bonheur et, dans cette société décrite comme polygame, XL aurait pu rester un gars qui passe de temps en temps ou, au moins, qui ne meure pas / avoue ses sentiments.

Au final, c’est donc assez frustrant d’apprécier tout du long un polyamour bien traité pour qu’il finisse en queue de poisson.

Mais, donc, comme j’ai apprécié cette histoire, je me suis amusée un peu à trainer sur la Toile, à lire des commentaires de fans et…

On a le droit d’aimer ce qu’on veut.
On peut aimer les romances monogames et, du coup, ne pas aimer LYF et c’est tout à fait légitime.

Mais le gros intérêt narratif de cette histoire repose sur son polyamour (deux des males leads) et sur son amour contrarié (le 3e).
C’est parce que CX aime XY que la principale femme de CX (l’impératrice) veut la tuer.
C’est parce que CX aime XY qu’il veut assassiner son fiancé.
C’est parce que XL aime XY qu’il la sauve quand elle est assassinée une première fois, qu’il empêche qu’elle puisse se suicider, qu’il sauve TSJ.
Sans ces relations amoureuses, il n’y a juste pas d’histoire.
D’ailleurs, CX ne veut accéder au pouvoir que parce qu’il aime à sa façon tordue / toxique XY.

Que des fans se passionnent pour savoir quel male lead doit l’emporter, disons… OK.
Même si j’ai déjà un peu de mal : je préfère forcément XL car c’est le pur héros romantique, mais j’ai pleuré pour les 3. Même CX, qui est un connard, quand il a le cœur brisé, j’ai le cœur brisé. (Bon, y’a quand même pas mal de fans qui partagent mon avis qu’elle devrait finir avec les 3 ! mdr)
Mais il y a des fans qui expliquent qu’ils savent bien que XY n’aime que (mettons) TSJ et n’aime pas vraiment XL et que les fans de XL sont bien bêtes et…
WHAT ???
Quelle histoire ont-ils vue / aimée ?

Si tu ôtes l’amour de XY pour TSJ ou XL, tu n’as juste plus d’histoire.

Alors je sais bien, hein, que de la même façon que l’autrice a cédé à une pulsion monogame au moment de conclure, les fans peuvent avoir le même biais.
Mais leur attrait pour cette histoire m’évoque un peu un amateur de tiramisu qui n’aimerait ni le mascarpone ni le café ni les biscuits et qui serait allergique aux œufs.

En clair, si vous n’aimez que les relations monogames, ne perdez pas votre temps avec LYF.
On peut avoir des tonnes de lecture différentes d’une même œuvre, mais l’héroïne aime vraiment et sincèrement deux hommes.

  1. Je ne sais pas si je dois écrire que CX a tenté d’assassiner TSJ ou l’a assassiné : XL sauve TSJ, mais il disparait quelques années pendant lesquelles XY et CX vont croire qu’il est réellement mort (et agir comme tel). ↩︎

Le bad boy est-il un homme toxique ?

Si la fiction peut éclairer le réel, si la fiction peut souvent avoir pour objectif de nous en parler, à sa façon, elle ne le décrit pas de manière réaliste et fidèle. Le premier exemple tout bête est que les personnages ne vont pas aux toilettes, sauf si cela sert l’histoire (les ralentit, les piège, ouvre un rebondissement).
Dans une romance, on peut faire une demande en mariage en public et tout le monde de s’émouvoir et d’applaudir. Alors que, dans la réalité, c’est un truc ultra-cringe puisque la personne sollicitée ne pourrait alors pas refuser sans être embarrassée devant des tas de témoins. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faut plus utiliser ce genre de scènes en fiction, mais bien que cela ne doit juste pas être reproduit dans la réalité. De même que Superman vole, mais c’est un ET.
D’ailleurs, le genre de la romance a ceci de particulier qu’on aurait tendance à le comparer à la réalité, ce qu’on ne ferait pas pour une histoire d’Horreur ou de Super-Héros. Or la romance est une fiction comme les autres.

Mercredi, je vous parlais du drama Lost You Forever (attention, je vais spoiler aussi dans ce billet) et je suis en train de lire le roman (traduit en anglais du chinois par un amateur). Etant donné les conditions de traduction, je n’en jugerai pas le style, mais le drama semble fidèle au roman où je retrouve le sens du timing / de la narration qui en fait une œuvre parfaitement addictive (dans le bon sens du terme).
Hier, par hasard, je tombe sur une vidéo (de la toute nouvelle chaine Décalée) qui parle / décrypte le personnage de Xiang Liu, le démon à 9 têtes.
Et je vous laisse la regarder :

Si je ne rejoins juste pas le propos sur l’idée que le démon n’est qu’un personnage secondaire (mais, bon, la question de qu’est-ce qu’un personnage secondaire mériterait, à mon sens, un billet dédié), elle rappelle que le personnage du bad boy (démon tentateur) n’est pas et n’a pas à être réaliste. C’est un fantasme dans un monde de fantasy.

Petit retour en arrière :

Dans la série culte Buffy contre les vampires (que j’ai adorée et revue plusieurs fois), le premier rapport sexuel entre Buffy, l’héroïne, et Spike, le bad boy, a lieu après un combat assez impressionnant (ils font s’effondrer une maison autour d’eux). La scène est à la fois violente et… érotique.
Si la violence ne serait pas du tout acceptable dans d’autres circonstances, elle est ici partie du récit car les deux protagonistes sont… deux forts guerriers, des Super-Héros. Buffy et Spike sont à peu près de force / puissance équivalentes et il n’y a donc aucun rapport de dominant / dominé, mais juste une pulsion sexuelle qui nait lors d’un affrontement (ou quelque chose comme ça).

Récemment, j’ai eu l’occasion de revoir Blade Runner, la version finale que je ne pense pas avoir vu auparavant, sur grand écran. J’aime ce film pour des tas de raisons, notamment l’esthétique cyberpunk et il y a des scènes assez violentes (combats) en lien avec la narration. Elles ne m’ont donc pas dérangée alors que la scène d’amour entre Deckard et Rachel m’a dégoûtée.
Je ne pense pas que cela m’avait fait cette impression les premières fois.
A l’époque, la consentement de la femme n’existait tout simplement pas. C’était ainsi dans la société et cette réalité sociale baignait la fiction.
(Et je ne m’aventurerais pas sur le chemin « Oui, mais, quand même, à l’époque, y’avaient des mecs instruits qui avaient conscience de ce que c’était le consentement » car, encore aujourd’hui, ce n’est pas une notion qui semble si évidente pour tout le monde…)

Bref, si la scène dans Blade Runner me fait horreur car, clairement, un homme plus fort abuse d’une femme, la scène dans Buffy reste érotique car elle n’a jamais été basée sur l’abus d’un plus faible, mais sur la dimension épique de la rencontre entre deux guerriers.

Vous voyez où je veux en venir ?
Spike incarne le bad boy alors que Deckard est un homme toxique « ordinaire » (dans une scène qui se veut romantique).

Lost You Forever fait couler beaucoup d’encre numérique et, dans les commentaires, deux teams s’affrontent : Xiang Liu vs Tu Shan Jing.
Si Xiang Liu incarne le bad boy, Tu Shan Jing représente l’homme amoureux, fidèle et dévoué. C’est d’ailleurs lui qui finira avec l’héroïne car il incarne la sécurité.
Narrativement, ce choix est tout à fait cohérent : c’est expliqué plusieurs fois, ce que Xiao Yao recherche dans une relation de couple. Elle le propose même à Xiang Liu : s’il abandonne tout pour elle, elle part avec lui.

(J’ouvre ici une parenthèse :
La fin choisie par l’autrice obéit à une pulsion monogame. Pour que l’héroïne devienne monogame, l’un des deux prétendants doit mourir.
Je n’ai pas fini la lecture du roman, donc je n’affirme pas à 100 %, mais je ne crois pas qu’elle soit amoureuse du 3e homme — son cousin qu’elle voit comme un frère. Elle est néanmoins clairement polyamoureuse de deux hommes qui ne se ressemblent pas du tout. Et, d’ailleurs, le traitement de ce polyamour me semble satisfaisant.
Dans un monde où les nobles peuvent avoir une épouse et des concubines, il n’était pas impossible qu’une princesse épouse le plus noble des deux (Jing), mais prenne en concubin le second — puisque le démon a une autre identité, celle d’un noble qui lui a laissée.
Si cette happy end avait été choisie, nous aurions là une belle romance polyamoureuse plutôt qu’un drame un poil excessif et je ne peux pas cacher ma déception sur ce point.)

La question n’est donc pas vraiment qui, nous, spectateurs, préférons puisque Xiang Liu a clairement tous les atouts pour lui, mais bien que Xiao Yao a balisé ses attentes très clairement.
Or les fans s’affrontent autour d’arguments « du réel » : ceux qui préfèrent Jing disqualifient Xiang Liu car c’est un… bad boy.
Souhaiterions-nous une relation toxique à l’une de nos amies ?

Pause.
Xiao Yao n’est pas une de nos amies. C’est une princesse, une divinité, dont le sang peut guérir un démon. Ce n’est pas une personne réelle, mais le pivot central d’un drame.
Quand elle chute d’un arbre, ce n’est pas une humaine qui chute, mais une divinité.
Xiang Liu incarne le bad boy. Complètement.
C’est un démon, il est beau, il est puissant, mais aussi délicat et élégant. Il a les attributs du vampire (il va sucer le sang de l’héroïne pour se soigner). C’est moins explicite dans le drama, mais tout a fait dit dans le roman : Xiao Yao ressent, lorsqu’il boit son sang, une excitation (sexuelle), elle se laisse faire, elle n’est pas effrayée.

Que ce soit Spike (dans Buffy) ou Xiang Liu, si, au début, leurs motivations sont assez égoïstes, au fil du récit, leur amour passionnel prend le dessus et ils vont se sacrifier pour l’héroïne.
Le bad boy en fiction n’est pas l’homme toxique de la réalité. Il ne le représente pas. Il n’a aucun lien avec lui donc il n’a pas pour objectif de nous mettre en garde.

Hélas, dans la réalité, l’homme toxique est sordide. Il ne va pas changer par amour, il n’aime pas. Sa « partenaire » est sa victime — pas son amoureuse ! — qu’il va isoler, dénigrer, violenter. L’objectif de ce billet n’est pas de s’étendre sur ce phénomène, fort bien documenté par ailleurs, mais de remettre l’église au centre du village : le personnage-type du bad boy ne représente pas et ne doit pas représenter l’homme toxique.
L’homme toxique (inspiré de la réalité) est un méchant en fiction : un criminel que l’on va arrêter, un ex-petit-ami qui menace l’héroïne ou l’une de ses amies, un patron abusif…
Le bad boy n’est pas l’un des méchants : comme l’explique la vidéo que je vous ai linkée plus haut, il est là pour réveiller des choses (pouvoirs, sexualité…) chez l’héroïne. Il est souvent sympathique ou drôle, il est very very hot, il va changer en bien, il va souvent résoudre une situation grave (Spike permet de gagner le combat final, Xiang Lu va sauver l’héroïne de la mort).

— Mais où veux-tu en venir ?

Il y a une critique des bads boys qui seraient un mauvais exemple pour la jeunesse et les femmes. Cela les inciterait à aimer des hommes toxiques en se persuadant qu’ils vont changer par amour.
Je n’ai pas lu 50 nuances de bidule et 365 jenesaisquoi et je vais être honnête : je n’ai pas le courage de me les infliger, mais, du coup, ce que je dis est peut-être erroné. De ce que j’en ai compris, ces romans mettent en scène des hommes toxiques (manipulateurs, harceleurs) et c’est un souci qu’ils soient donc les héros et pas les méchants qui se font punir à la fin.
Attention, je ne dis pas qu’on n’a pas le droit d’écrire des histoires glauques. Seulement, si l’on écrit une histoire où un méchant n’est pas puni, mais récompensé, on ne peut pas vendre ça sous l’étiquette Romance, il doit y avoir un avertissement de sécurité ou une catégorisation sans ambiguïté.
Mais ces hommes toxiques ne rentrent pas dans l’archétype du bad boy : le bad boy est un amoureux sincère qui va changer par amour. De même qu’il amène l’héroïne à l’âge adulte, l’héroïne lui permet de devenir mature / responsable dans ses relations affectives.

Parce que, quand je lis que Xiang Liu ne doit pas finir avec l’héroïne parce que leur relation est toxique, j’ai envie de hurler : leur relation n’est pas « toxique », leur relation est épique. C’est un gigantesque monstre marin à neuf têtes !!!
Il y a d’ailleurs une réplique où Xiao Yao lui dit qu’il n’est un monstre que parce que la norme est d’avoir une seule tête, mais qu’elle serait elle un monstre si la norme était d’en avoir 9.
S’il la fait fouetter au début de l’histoire car il est un général rebelle et il pense qu’elle est une espionne, une fois qu’il sera amoureux d’elle, il ne s’en prendra jamais à elle et n’outrepassera jamais son consentement.

— Mais, attends, Cenlivane, j’ai une question : c’est toi qui distingues le bad boy de l’homme toxique, qui te dit que tu ne fais pas un contresens sur le premier terme ?

Peu importe. Si bad boy n’est pas le terme approprié, je n’ai pas de souci à ce qu’on m’apprenne le bon.
Si bad boy désigne bien Xiang Liu ou Spike, c’est qu’il n’est pas synonyme d’homme toxique et, s’il est synonyme, on ne peut pas leur mettre cette étiquette.

(A noter que je reparle de Lost You Forever dans un 3e billet.)

Lost You Forever (2023) – LE drama de l’été 2023 ou le drame à très hautes doses

Attention, étant donné ce que j’ai l’intention d’écrire dans ce billet, je vais largement spoiler : vous voilà prévenu·es !

Je suis tombé sur ce drama complètement par hasard. Sur la page qui lui était dédiée, Viki annonçait 24 épisodes, la plupart était sous-titrée en français, j’ai cru naïvement qu’il s’agissait d’un ensemble fini (après tout, 24 épisodes, ça fait de quoi !).
(Edit au 21/8/23 : Il s’avère que c’est LE drama de cet été 2023. Je suis à la page malgré moi !)
J’ai donc commencé à binge-watcher tranquillou, c’était plutôt addictif… avant d’apprendre que :

Lost You Forever est l’adaptation récente du roman (2013) de l’autrice chinoise Tong Hua et la suite de A Life Time Love que je n’ai pas vu et qui raconte a priori l’histoire des parents de l’héroïne, Xiao Yao (XY).
Le drama est découpé en deux saisons pour une raison purement règlementaire : de ce que j’ai compris, afin d’éviter les délayages intempestifs, la Chine interdit de dépasser une certaine longueur par saison, mais tous les épisodes ont déjà été tournés et, dans tous les cas, l’histoire a bien une fin depuis 2013 donc.

Au moment où je rédige cette chronique, je n’ai vu que les 34 épisodes (sur les 39 de la saison 1) sous-titrés en français, mais j’ai été lire plusieurs spoilers et passages du roman (disponible en ligne en anglais).

Tout d’abord, je dois souligner le bonheur de découvrir le cadre (fantasy) de cette histoire.
On a des royaumes en guerre avec tout un tas de familles, liées les unes aux autres par des alliances ou des trahisons, et plusieurs sortes de divinités, de démons, d’animaux incarnés, de magies…
L’échelle de temps peut être un poil déroutante car les personnages principaux sont des divinités qui vivent plusieurs centaines d’années.

La narration tourne autour de Xiao Yao (Yang Zi) et de ses… quatre (QUATRE ???) prétendants.
Une romance fun et un poil débridée ?
Pas du tout.
Lost You Forever appartient au registre du Drame, un Roméo et Juliette sous amphétamines… et je crois que c’est le point qui me tracasse.

Reprenons…
XY est la fille adultère d’un démon, mais le roi dont elle est officiellement l’enfante l’aime tout à fait. Voilà déjà un premier point (son père biologique) pour lequel plusieurs personnes veulent la tuer.
XY et Cang Xuan (Zhang Wanyi) sont cousins germains et se sont retrouvés seuls à la mort de leurs parents. Ils se sont promis de ne jamais se quitter, mais ils vont être séparés malgré eux et, adulte, CX va aimer XY d’une façon passionnelle et non plus comme un frère (classique).
XY est perdue dans son enfance, fait face à des trucs super graves et glauques (genre prisonnière et torturée) puis, adulte, vit en tant qu’homme et médecin et rencontre Xiang Liu (Tan Jianci) et Tu Shan Jing (Deng Wei).
XL est un puissant démon marin à 9 têtes et 9 vies avec qui elle va développer une relation complexe d’amour-haine-amitié, mais qui va l’aimer passionnément (aussi, comme CX quoi).
TSJ est un noble, perdu pour un moment, dont elle va sauver la vie et qui va l’aimer inconditionnellement.

CX et XL sont fous de XY, mais ne peuvent pas être avec elle, CX parce qu’il veut devenir empereur (et, franchement, suis pas sûr d’avoir compris le souci, vu qu’elle est princesse), XL parce qu’il est loyal à un ennemi de la famille maternelle de XY.
TSJ, lui, assume tout à fait ses sentiments, mais est fiancé avec une intrigante et…
Hop, on ajoute un 4e larron : Feng Long (FL) est un cousin de TSJ, allié indispensable de CX pour devenir empereur et le candidat « idéal » pour épouser XY.

Le truc, en fait, c’est que, au début de l’histoire, t’es saisi par le coté sympa/addictif : XY est super cool en médecin homme, ses interactions avec XL sont piquantes, TSJ est trop chou en toutou morfondu d’amour…
Et, là, si on était dans de la Romance, paf ! on terminerait sur une touche mignonne. Après tout, elle est princesse, elle pourrait largement avoir plusieurs maris et…

Mais Lost You Forever appartient au Drame.
CX finira bien empereur, mais marié à la soeur de FL, qui sera insecure car elle devine les sentiments qu’il a pour XY.
XY va finir par épouser TSJ, mais XL va… mourir. Sans jamais avoir avoué une seule fois ses sentiments.

Je suis à la fois envieux et fasciné par ce que je lis sur les forums : quand une oeuvre suscite autant de commentaires, de disputes… c’est qu’elle a quelque chose.
Tu as des fans qui espèrent une fin alternative au drama et d’autres qui leur font remarquer qu’ils sont idiots puisque le roman existe depuis 2013.
Ceux qui préfèrent TSJ qui est l’amoureux « sain » (ses détracteurs le diront « fade ») à XL qui représente le bad boy / la relation toxique.
(Edit au 20/8/23 : Quelques jours de réflexion et une vidéo visionnée plus tard, je reviens sur ce positionnement dramatique que je déplore et sur la figure du bad boy incarnée par XL.)
Les fans de XL parce que… ben, c’est le démon fou d’amour, qui sauvera la princesse jenesaiscombiendefois et l’autrice a avoué en interview que c’était son préféré.
Oui oui, le personnage préféré de l’autrice et de la majorité des fans meurt sans jamais avouer une seule fois à l’héroïne que son amour était sincère.

Et c’est là où je me demande si je suis OK avec ça.
Objectivement, quand on voit les sentiments qu’elle suscite, c’est une œuvre réussie, pas anodine. Le drama est beau, les acteurices jouent bien, le monde développé est chouette.

Mais j’ai le sentiment d’une surdose de drame, genre quelqu’un a renversé le bocal de larmes dans la préparation.
Parce que, oui, c’est clair que la mort de XL va forcément te faire pleurer toutes les larmes de ton corps, mais est-elle indispensable ? Il ne peut déjà pas être avec XY, c’était obligé qu’il n’ose jamais lui dire combien il l’aime et qu’elle se dispute lors de leur dernière interaction ? Ca aurait vraiment tué quelqu’un qu’ils s’embrassent genre une fois ?

Ce n’est pas super clair, mais (de ce qui transparait des 34 premiers épisodes que j’ai vus) XY « préfère » TSJ car c’est le seul qui soit capable de faire de l’Amour sa priorité.
Mais, bon, franche comme elle est, elle aurait pu… chais pas… être plus franche avec XL par exemple…

Et, encore, je suis sûr que je n’ai pas vu tous les aspects dramatiques, il doit y avoir encore quelques belles doses de larmes ici ou là.

Alors je pose ça ici car je n’ai pas fini d’y réfléchir.
Le monde est cool. Il y a plein de choses intéressantes. La narration, avec toutes ses intrigues, ses clans, ses rebondissements… ne peut pas laisser indifférente.
Mais est-il nécessaire de donner à une héroïne autant d’amoureux pour si peu d’amour ?
A mon avis, c’est le genre d’œuvres, qui, par sa nature même, génère de la fanfiction.
Et, au fond, je me dis que ça doit être un sacré accomplissement quand les gens se déchirent autant autour des personnages que tu as créés.

Ce billet a été également publié sur la #TribuneVdR.