Ce Jour-là (2011)

Temps de lecture : 7 minutes


Elle a réglé le radio-réveil sur cinq heures. C’est certes un peu tôt, mais ce n’est pas non plus une journée comme les autres. La première chose, c’est la douche. Elle y reste un long moment, comme si c’était la dernière avant longtemps. Elle se shampouine, sent avec une pointe de regret les divers gels douche parmi lesquels, chaque matin, elle s’amusait à choisir.
Ensuite, c’est le cappuccino, élaboré avec cette machine qui a coûté bien trop cher, et un assortiment qu’elle a acheté hier soir avant de rentrer, pour l’occasion : des scones qu’elle va copieusement tartiner de beurre et confiture, deux jolis muffins (un au chocolat et l’autre aux myrtilles), un minuscule brownie, terriblement fondant, deux croissants.
Elle prend son temps, le jour n’est pas encore levé, et, par habitude, elle débarrasse ensuite la table et met tout au lave-vaisselle, même si elle sait bien qu’elle ne le lancera pas. Puis elle s’habille : un jeans parce qu’il n’y a décidément pas vêtement plus pratique, un T-shirt qu’elle a toujours adoré et sur lequel un ours en peluche rebelle brandit un énorme fusil. Elle chausse ses DocMartens.
Elle ouvre les volets sur une nuit claire. Il n’y a pas un nuage et, sur la façade du bâtiment qui lui fait face, des pièces commencent à s’éclairer. Le travailleur prend son petit déjeuner avant d’attaquer sa longue journée.

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Vendredi 13 (2006)

Gestes matinaux et automatisés. Allumer l’écran puis l’ordinateur. Ranger le sac à main dans le tiroir du bureau. Mettre le téléphone portable sur mode discret et le poser à côté de l’ordinateur. Caler sa veste sur le dossier de la chaise. Tourner la page de l’éphéméride.
Vendredi 13 octobre 2006.
Martine passe son doigt sur le chiffre et s’arrête quelques secondes, ennuyée. La date lui semble familière, mais son esprit refuse de faire une quelconque association d’idées.
Elle oublie un anniversaire ? Elle a accepté une invitation à dîner ?
Ce sentiment l’agace, mais, ne pouvant le dissiper, elle décide de faire un tour à la machine à café. Bavardages avant la journée de travail, on prévoit le week-end, on se réjouit d’être un vendredi. Un superstitieux fera un loto tandis que Lydia, la petite blonde du quatrième, déclare d’un ton angoissé que le chiffre 13 lui fait peur.
Faire peur ? Martine imagine un psychopathe armé une tronçonneuse sans fil et éclate de rire.
Il est temps d’attaquer la journée.

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Il faut savoir écrire le mot FIN (2018)

TW suicide

Marie et Paul restèrent un instant à se regarder, installés à la table de la salle à manger. Ils avaient couché les enfants qui devaient s’être endormis maintenant et les restes du repas étaient toujours là.
— Ce n’est peut-être pas utile de tout ranger, fit enfin remarquer l’homme avec un sourire qu’il espérait heureux.
— C’est quand même mieux quand c’est tout propre, répondit Marie sans soutenir davantage son regard.
Elle avait parfaitement conscience qu’il y avait quelque chose de ridicule dans ce souhait, mais elle commença à débarrasser et son mari l’imita. Ils chargèrent le lave-vaisselle, il passa l’éponge sur la table tandis qu’elle donnait un rapide coup de balai. Ils n’arrivaient plus à se parler, ils avaient trop fait d’efforts tant que les enfants étaient réveillés.
Les enfants. Un gentil garçon, une gentille fille. Une vraie histoire de conte de fées.
— Il y a un film que tu as très envie de revoir ?
Ils avaient tout rangé et il n’y avait rien d’autre à faire. Elle prit une profonde inspiration et le regarda enfin bien en face :
— Est-ce que tu m’en veux si je préfère… tu sais… c’est fini, maintenant…
— Je comprends, fit-il simplement.
Ses yeux se gonflèrent de larmes qu’il fut incapable de retenir. Le cœur lourd, il se dirigea vers son bureau et il entendit qu’elle se rendait à l’étage. Il n’avait pas besoin de la voir pour savoir exactement ce qu’elle faisait : elle était entrée dans la chambre de Julia et avait déposé un baiser sur son front, puis elle avait eu exactement les mêmes gestes pour Thomas. Ensuite, elle s’était rendue dans leur chambre où elle l’attendait, en se forçant à ne pas pleurer pour qu’il ne soit pas plus triste qu’il ne l’était déjà. Il n’avait pas son courage.
Toutes ces années comme médecin, il n’avait jamais pu se forger une opinion définitive sur l’euthanasie. Et aujourd’hui…
Elle ferma les yeux avant qu’il n’enfonce l’aiguille, après qu’ils se soient dit « au revoir ». Ce n’était pas évident d’être le dernier, mais il était médecin, ce n’était pas elle qui allait faire ça…
Ils partaient juste un peu en avance parce qu’elle était chercheuse dans le bon laboratoire et avait su plus tôt. Les gouvernements ne pourraient pas cacher l’information très longtemps et ils ne seraient pas là pour voir la suite. C’était la fin du monde et les humains ne pouvaient plus réparer leurs erreurs. Marie et Paul étaient sincèrement désolés pour ceux qui assisteraient à la fermeture.

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N’oubliez pas votre serviette

– Tu ne dois t’attacher à rien de plus que ce que tu peux emporter…
– Pourquoi ?
– Apocalypse, attaque zombies, hiver nucléaire… L’esprit nomade, quoi, ta vie doit tenir dans un sac !
– ‘fin, par rapport au nomade qui devait se trimballer un troupeau et une tente en peaux de bête, on n’est pas mal cheaté aujourd’hui : ton smartphone avec tes photos… mieux tes photos-souvenirs précieux sur le cloud, avec tes documents… Même tes sous peuvent être sur ton téléphone, maintenant, tandis que ton nomade se traînait de lourds coffres remplis de pièces d’or !
– Du coup, juste ton téléphone et une serviette. On ne doit jamais oublier une serviette.
– Pfff, même la serviette, c’est cheaté, t’en as en microfibres et tout ! T’as même celle qui se transforme en sac-à-dos !
– Finalement, tu vois, si on tournait Indiana Jones de nos jours, deux fashionistas comme nous lui mettraient sa claque…