État d’âme ; où je vous parle un peu d’En batifolant dans un drama, elle pioche un PDG

Pendant de nombreuses années, j’ai vécu dans un cercle (celui de l’imaginaire — j’en fais toujours partie, hein) où l’auto-édition était mal considérée. J’ai toujours trouvé ça… stupide ? mais, quand t’es pas nombreux dans un camp, parfois… tu gardes ton opinion pour toi1.
On ne devait pas s’auto-éditer et, si on était éditeur (ce qui est mon cas), on ne devait pas s’éditer soi-même.
Surtout si on était une femme peut-être en fait… parce que, finalement, je me demande si ce ne sont pas que des nanas qui se sont prises une sauce2.
C’est en partie pour ça que, lorsque j’ai sorti Femme & Imaginaire en 2000, j’ai signé ma propre nouvelle Un Rêve étrange du nom de Michelle Cendré.

C’est un petit peu inexact : j’adore utiliser des noms différents, en permanence, donc j’aurais forcément choisi l’un d’entre eux, mais, pour celui-ci, spécifiquement, je m’étais gardé de dire que c’était moi3.

Cette époque est révolue. Et c’est tant mieux.
Alors… ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne pense pas que l’auto-édition ne produise que des merveilles. Comme l’édition, en fait, y’a souvent des publis catastrophiques.

Bref, maintenant, on a des jeunes femmes qui vendent des milliers d’exemplaires, en contrôlant la chaîne de bout en bout pour produire de gros bouquins jaspés.

Pendant les congés d’été, j’ai écrit une novella : En batifolant dans un drama, elle pioche un PDG4. C’est un texte qui fait un petit peu plus de 200.000 signes.
— Heu… OK… C’est important ?
— Pour, moi, en tant qu’écrivain·e ? Oui.
La seule autre novella que j’ai écrite, Les dragonnets ne savent pas voler, en fait 164.000.

Dans mon rapport à l’écriture, moi qui ai surtout écrit du court, voire du très court, c’est quelque chose de vraiment nouveau.
Et, par rapport aux Dragonnets, je me suis senti plus efficace : j’ai avancé plus vite, en sachant mieux où j’allais.
C’est normal, c’est à ça que ça sert de vieillir : on a mal partout, mais on a plus d’expérience.
Mes premières nouvelles, je devais avoir 15 ou 16 ans. Y’a presque 40 ans qui sont passés5.

Cette novella, dont la peinture est encore fraîche, c’est disons Fantastique Romance Queer.
Pendant que je l’écrivais (et que j’avais du temps pour rêvasser, vu que c’était les vacances), je me suis dit que ce serait intéressant de la soumettre à une ou l’autre maison d’édition, sachant que la romance a le vent en poupe, pour tenter l’aventure côté auteurice, voir ce que ça signifiait et tout.

Sauf que c’était une rêvasserie.
Soumettre à des éditeurs, c’est attendre, attendre et attendre… alors que, de fait, j’ai déjà une équipe éditoriale autour de moi (ce qui peut être le gros obstacle quand on s’auto-édite) et, surtout, si j’ai confiance dans ce texte, si je crois en lui… pourquoi le confier à quelqu’un d’autre ?
S’il doit marcher, autant qu’il marche dans notre propre catalogue. Et, s’il est destiné à flopper, ben, c’est pas grave.
Ça vous semble évident ?
Pas à moi qui m’étais fait farcir la tête trop d’années de « c’est mal de se publier soi-même »6.

Bref, je ne vais pas chercher un éditeur pour ce texte puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Ces derniers temps, je teste une plateforme de fictions en ligne.
C’est Nocteller7, mais ça pourrait être une autre plateforme du même genre.

Pour moi (et c’est donc quelque chose de personnel qui ne se compare pas avec le ressenti des autres), je préfère un like à une vente.

C’est sans doute un « privilège » car je n’ai pas besoin de vendre, ayant un métier alimentaire en parallèle à mon métier d’écrivain·e, mais je mets privilège entre guillemets car c’est un peu faux.
Parce que je ne pouvais pas espérer gagner ma vie en tant qu’auteurice de textes courts (vous savez vous-même que vous achetez plus de romans que d’anthologies), j’ai toujours eu un métier alimentaire à côté.
J’ai donc renoncé à gagner ma vie avec mes textes. Ça ne signifie pas que je n’aimerais pas ; ça ne signifie pas que je n’en aurais pas besoin vu mes revenus modestes. Disons plutôt que, comme j’y ai renoncé, j’ai fini par oublier que c’était possible8.

Bref, comme je « peux choisir » entre la vente ou le like, j’ai réalisé que la vente est un espoir d’être lu, tandis que le like est une assurance d’avoir été lu et que ça ait plu.
Et je me trompe peut-être en pensant que les gens ne likent que quand iels ont fini de lire, mais j’ai décidé de croire en cette hypothèse.

Me voilà donc face à un choix :
soit publier par chapitre sur une plateforme,
soit publier un livre numérique au catalogue des Vagabonds du Rêve.

L’amie avec laquelle je déjeunais aujourd’hui m’a dit : « Tu peux faire les deux, ça ne se recoupe pas ! »
Et je pense qu’elle a raison.

Chaque format touchera un public différent et peut-être que lae lecteurice sur plateforme aura envie d’acheter ensuite le livre parce qu’il lui aura plu.

Écrire cette novella cet été a été un vrai bonheur.
J’ai pu y explorer des idées autour du féminisme, particulièrement dans le domaine de la sexualité9, de l’aromantisme, et je suis allé où je voulais.
J’ai pu demander de l’aide à Aînée et à Mère Dragon, cogiter avec elles et accueillir leurs bonnes idées.
J’ai vraiment passé un bon moment et discuté sur la base de cette fiction avec les copines.

Et, maintenant, je vais pouvoir m’amuser à offrir à ce récit deux vies complètement différentes : une sur un réseau spécifique, avec des likes et des commentaires, et une traditionnelle, dans notre joli catalogue10.

Je vous ai déjà dit combien être écrivain·e et éditeurice faisait partie des choses que j’aimais ?

  1. Toi ? Tu t’es déjà tu sur un sujet ??? ↩︎
  2. Étrange : le Wiktionnaire a une entrée « être dans la sauce », mais y’a rien à « se prendre une sauce » ? ↩︎
  3. Mais, du coup, t’es qui, toi ? ↩︎
  4. Pas sûr à 100 % que le titre soit définitif, mais il me plaît bien, là, comme ça ↩︎
  5. Quoi ??? Déjà ??? ↩︎
  6. Selon qui ? Pourquoi ??? ↩︎
  7. Le lien va directement vers mon profil tant qu’à faire… ↩︎
  8. J’ai vendu 2 nouvelles pour sûr, 3 ou 4 peut-être, mais gros doute ↩︎
  9. Il y aura un TW car j’ai pu être un peu cru·e parfois, pour les nécessités de l’histoire, mais j’ai essayé de ne pas aller « trop loin » pour que ça reste safe pour une majorité de lecteurices ↩︎
  10. sous le même nom de plume ou sous deux noms différents ? ↩︎

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Auteur/autrice : Songe au bord du fleuve

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