Ce matin, j’ai vu passer des publis du genre « j’ai réussi grâce à mon travail, je veux donner espoir aux autres »…
Suis sûr qu’il y a des gens de bonne volonté dans le lot, mais, en 2026, avec l’accès qu’on a aux études en sciences sociales, vraiment, quelle flemme !
Mon père est workaholic, je ne le suis pas (probablement pour des raisons de santé).
Il a travaillé dur / beaucoup toute sa vie.
Comme c’était une personne racisée dans une petite ville, plusieurs de ses clients ne l’ont pas payé en sachant que la Justice ne le soutiendrait pas.
La Justice est nécessaire, mais, pour autant, on sait que… c’est compliqué, on va dire.
Bref, sur plusieurs décennies, le bilan est surtout de grosses pertes d’argent.
Le travail peut faire fructifier une réussite, mais une réussite vient avant tout de la chance et des privilèges.
Côté artistique, je me suis longtemps défini comme nouvelliste de SFFF,
mais le milieu de la SFFF / Imaginaire était aux mains d’hommes et je n’avais aucune chance d’y percer.
— Mais je connais une fille qui…
— C’est pas le point, Jean-Mi…
En ce moment, quand je vois le milieu de la Romance, avec plein de jeunes femmes auto-éditées, j’ai conscience que c’est tout à la fois un fouillis et un Eldorado.
Je conteste toujours aussi fermement le terme de Romantasy, mais, au fond…
Au début, j’ai d’abord noté que ça permettait à des auteurs / éditeurs « classiques »1 de disqualifier des œuvres écrites par des femmes et qui avaient du succès. Genre « ouin ouin, on perd des ventes à cause de la méchante Romantasy ».
J’ai vu passer plusieurs témoignages de femmes qui, ayant écrit de la Fantasy (au sens classique où on l’entend), se sont retrouvées en Romantasy du fait qu’elles étaient des femmes.
Puis d’autres conversations parce que, si la Romantasy existe (non), à partir de quels pourcentages on sort de la Fantasy et de la Romance pour basculer en Romantasy ?
J’ai pensé au gros succès de cette année : Pursuit of Jade.
C’est clairement de la Fantasy avec les codes attendus : guerre, combats, héroïne puissante…
Il y a de la Romance puisque les deux personnages principaux sont liés par une relation romantique, mais
1/ c’est assez banal de coller une relation romantique hétérosexuelle entre deux personnages principaux : est-ce que ça change vraiment le genre de l’histoire ?
2/ souvent, si la relation romantique était remplacée par une forte amitié, on pourrait garder le gros de l’histoire, mais, comme ce serait de l’amitié et qu’il n’y a pas d’étiquette pour ça, on laisserait l’œuvre sagement en Fantasy sans qu’il y ait débat.
Sur ma chronique de Pursuit of Jade, j’ai donc mis une étiquette Fantasy parce que c’est ce que c’est et j’ai mis en étiquette Romance parce qu’il y a une histoire d’amour, mais ça n’est pas de la Romantasy…
Puis j’ai pensé à Game of Thrones.
En toute transparence, je ne l’ai pas lu/vu. Aînée l’a lu puis vu et on en a un peu discuté, elle a voulu que je vois quelques épisodes avec elle, mais j’ai laissé tomber parce que ça ne me plaisait pas.
Tout le monde dira que c’est de la Fantasy.
Elle contient de nombreuses relations non-consenties.
Je vais troller, mais…
Du coup, la Fantasy, ce serait un genre pour les mecs avec des relations non-consenties (agressions sexuelles et viols) et la Romantasy, ce serai un genre pour les filles car, s’il y a des relations, elles sont consenties ?
— Tu ne trolles pas vraiment, là ?
— Je n’en sais vraiment rien.
Si je mets une étiquette Romance sur PoJ, c’est parce qu’il y a une relation respectueuse entre les personnages principaux, mais ça n’est pas le sujet : c’est clairement une quête de fantasy où une jeune bouchère finit générale.
Je n’ai pas lu de romans classés en Romantasy à ce jour donc je spécule peut-être beaucoup trop, mais je doute que toutes les œuvres de Romantasy soient blindées de scènes exclusivement autour de la relation des persos.
Je repense aux Légendes de Dragonlance que j’ai lues à l’adolescence.
J’avais adoré en partie à cause de la relation Raistlin / Crysania. Ce n’est pas de la Romance puisque ce n’était pas un amour réciproque, mais c’était compliqué / sulfureux.
Bref, ce mot de Romantasy m’agaçait beaucoup car il est clairement là pour déclasser des œuvres de manière arbitraire, mais… ces jours-ci, je me mets à penser : et si c’était une chance ?
Le monde de la Fantasy est (encore) verrouillé par des hommes.
Si le Romantasy ouvrait un espace de travail pour les femmes2, que les hommes ne pensent pas à investir ?
- lire : « des hommes bien insérés socialement » ↩︎
- et les personnes non-binaires, ne me laissez pas sur le côté ! ↩︎
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