Aucun·e écrivain·e / artiste ne peut parler pour toutes les autres. Donc, quand on cause « processus », évidemment, on parle de SOI.
Quand « j’ai une histoire », cela se fait en très peu de temps car… tout le long de ma vie, des jours qui passent… j’accumule des tas de détails : dans une série que je regarde, quelque chose que je remarque dans la rue, une anecdote que me raconte quelqu’un…
Tous ces petits items sont là. J’oublie des tas de trucs, mais pas ça.
Je marche pour aller au boulot. Je me dis « et si quelqu’un faisait ceci ou cela ? » Le temps du trajet, je m’imagine la personne, ce qu’elle veut, comment elle agit…
Je peine à m’endormir un soir ? Et alors il y aurait Untel qui…
Ça s’accumule paisiblement, sans direction artistique.
Et puis l’autre jour j’ai eu une injection de fer un matin. Boulot l’aprem et, le soir… il pourrait se passer ceci et cela et il y aurait ce personnage qui… A minuit, je ne dormais pas…
Je n’ai pas inventé toute une histoire en une soirée. J’avais un fil et j’ai péché : comme la rivière était pleine, la prise était généreuse.
Et, là, je me suis retrouvé avec une histoire dont je me dis, à vue de nez, avec toutes les scènes prévues, que ce pourrait être un roman.
J’allais dire « j’écris peu », mais c’est faux. J’écris peu de fictions.
On imagine que les sportif·ves (à un certain niveau) s’entraînent chaque jour, font des exercices spécifiques… Je crois que j’en ai déjà parlé, mais l’écriture (et les arts en général ?), c’est pareil.
Plus tu es entraînée, plus tu vas vite.
Je n’ai pas de difficultés dans l’expression orale, mais je préfère vraiment écrire. Et donc j’écris tous les jours. Souvent de très longs messages.
Là, par exemple, en même temps que je rédige ce billet, j’échange avec Mère Dragon. Et c’est comme ça que je me sens le mieux : je peux tout à la fois travailler sur mon propos et échanger avec une proche sans que la conversation (si elle était téléphonique) ne perturbe mon avancée.
J’écris peu de fictions, disais-je, et je suis très OK avec ça.
Si je pensais mon activité d’auteurice en termes de carrière, ce serait une catastrophe car je serais le plus petit producteur du monde, mais d’où écrivain·e serait une carrière ?
Dans la fiction, il existe des tas d’histoires qui sont assez similaires. Et c’est tout à fait bien. Mais, souvent, je pense à quelque chose et, le temps que je m’y mette, ça ne me semble plus assez… valoir le coup, quoi.
Puis j’ai un autre obstacle à franchir : même si je tiens une histoire pas mal du tout…
Je m’ennuie très facilement. Donc, si je travaille plusieurs jours sur un projet, même s’il est vraiment cool en vrai, j’ai une forte probabilité de m’ennuyer avant d’avoir fini. Parce que, entre temps, sont passés des jours de boulot, d’autres conversations, de nouvelles séries à regarder…
Idéalement, pour moi, la longueur max est de 30.000 signes.
— C’est très précis.
— J’écris environ 5.000 signes / heure. L’esprit humain peut faire un travail mental de 6 heures dans une journée.
Sur un week-end, 60.000 semblent à ma portée, mais, une fois que lundi a sonné et que le quotidien m’a rattrapée…
— 5.000 signes / heure, c’est seulement le premier jet ?
— Oui. Mais, si j’ai réussi le premier jet, à ce moment-là, je peux le refourguer à mon moi-correcteurice-éditeurice. Mon moi-auteurice retourne batifoler.
Bref, premier moitié de juillet : me voilà avec 72.6001 signes déjà écrits et… tout le déroulé dans les détails d’une histoire un peu longue2.
Il me manquait un élément, une explication à quelque chose que je voulais garder et qui devait faire sens. Je suis à table avec Mère Dragon et je lui dis mes contraintes.
Aînée, qui est passionnée d’Histoire, me fournit un élément bien meilleur que ce que je cherchais a priori.
Là, je me dis que j’ai toute l’histoire et les motifs et… les congés d’été. Ce qui semble impossible pendant l’année où le travail te vide ton âme devient accessible au cœur d’un été beaucoup trop chaud, mais inoccupé.
Derniers checks : je raconte l’histoire à quelques personnes (autres que Mère Dragon et Aînée) pour vérifier si ça les intéresse, si elles se disent qu’elles auront envie de la lire.
Les retours sont bons.
L’intrigue s’amorce et se déroule parce que le male lead fait quelque chose qui n’est pas bien.
Amie-30 ans : « Mais ça ne va pas ! J’espère que la fille ne tombera pas amoureuse de lui ! »
Moi : « Ben, c’est une romance et… »
Amie-50 ans : « Pourquoi Amie-30 t’a dit ça ? Ça va, en vrai ! »
Moi : « Ben, non plus… Ce que fait le ML n’est pas OK, mais c’est la base de mon histoire. Un peu comme Queen of Tears3… Au début, le ML agit mal, mais ça fait partie de l’histoire… »
Je ne sais pas si j’en ai déjà parlé :
Quand j’avais 10 ans, je voulais écrire un roman et, à ce moment-là, je ne lisais quasi que des polars. Donc, du coup, pour écrire un roman, je devais… assassiner un personnage. Je n’ai pas pu…
Là, le projet est une Romance donc je n’ai pas de barrières… et, pourtant, je me pose mille questions. Notamment sur ce que peuvent se faire les personnages. Et je ne parle pas de sexe…
Il y a quelques mois, sur un réseau social, j’ai échangé avec des ami·es grand·es lecteurices ou écrivain·es ou…
Je réfléchissais au concept de Romance et j’ai partagé une de mes nouvelles pour en discuter. J’ai eu des retours qui m’ont beaucoup surprise.
Le texte plaisait… mais pas du tout en tant que Romance.
Quand je pratique l’humour, j’aime bien un certain cynisme et je suis en général les humoristes qui sont dans la critique (de la société, de l’univers…).
Bref, j’ai 4 semaines devant moi.
10.000 signes / jour, par exemple, ça représente 2 heures de concentration : si je loupe un jour, je peux rattraper un autre en y mettant 4 heures.
Est-ce que je vais réussir un objectif aussi long sans que mon esprit ne dérive et s’ennuie ?
Est-ce que c’est de la Romance, en vrai ?
Et si je mène le projet à terme, est-ce que je pourrais me permettre de dire « oh, ça ne représente qu’un mois de travail » ?
— Ben, tu viens de l’écrire en public sur ce blog !!!
— Ah, oui…
Une fois, j’ai vu passer une image qui disait un truc dans le genre :
Quand tu as 30 ans d’expérience dans un job et qu’on te paie « cher » pour un taf de 10 minutes, on ne paie pas 10 minutes. On paie 30 ans d’expérience qui te permettent de faire vite un truc complexe.
Je dis ça au cas où des fâcheux seraient tentés d’utiliser un billet où je raconte ma vie pour sortir des takes pétées genre « finalement, écrivain n’est pas un métier, ça se fait en quelques heures ».
J’anticipe.
PS : Rendez-vous fin août pour savoir si ce billet devient la documentation d’un processus ou disparaît sans laisser de trace !
- Je vous ai bien dit que l’idéal était 60.000… ↩︎
- que je n’ose pas encore appeler roman… C’est peut-être une novella ou… — Ou quoi ? ↩︎
- parce que c’est la série qu’on a regardé ensemble quand j’ai voulu lui faire découvrir les kdramas ↩︎
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