Après #MeToo il y a 9 ans et le procès des 96 violeurs l’année passée, c’était pas forcément la news qu’on espérait pour débuter 2026, mais on ne peut pas faire d’angélisme. On sait que les courants comme le masculinisme sont actuellement poussés par des lobbies qui y ont des intérêts, qu’on ne peut sans doute pas défaire à l’échelle individuelle (raison pour laquelle le travail du HCE est important sur le sujet). Néanmoins, l’éducation à l’échelle individuelle ne peut pas faire de mal et l’un des leviers de cette éducation est le sujet plus spécifique de l’éducation à la sexualité.
Autrice : Shi Jiu Yuan 时玖远 Titre courant : Shuang Gui
Dans mon précédent billet, je vous racontais que, après avoir vu la série Speed and Love, je me suis plongée dans la lecture du roman dont il est adapté : 双轨. Ce n’est pas quelque chose que je fais souvent (aller lire le roman), mais de temps en temps : par exemple, lorsqu’il a fallu attendre un an entre les deux saisons de Lost You Forever, dès que j’ai eu fini la saison 1, j’ai englouti le roman pour savoir comment tout se terminait. Là, j’avais passé un vraiment bon moment avec cette romance et c’était une occasion de voir si l’expérience pouvait être prolongée. Puis vous connaissez mon intérêt pour le décorticage de la narration : comparer deux œuvres (un roman et son adaptation visuelle) est toujours amusant / instructif et permet de plonger dans les différences entre écrire et tourner un film.
Cette lecture m’a donné envie de revenir sur le traitement de la sexualité. Déjà, donc, autour de la question des « vierges effarouchées », évoquée l’autre jour, mais également pour comparer deux œuvres a priori équivalentes pour voir comment ça peut déraper…
Premier point : La série adapte vraiment le roman, au sens littéral : on retrouve les scènes (mais leur ordre peut être modifié) et les répliques. Avant de poursuivre, je vous invite vraiment à lire ma chronique de la série puisque ce nouvel article est dans sa suite. A priori, on pourrait se dire qu’il n’y a pas tant de changements que ça entre les deux versions : – dans le roman, la Mère part en Australie au lieu du Canada (mais il se passe peu de choses là-bas dans tous les cas) ; – le Père ne s’est pas installé en Thaïlande, mais dans le Nord de la Chine ; – Mu n’a pas eu son bac (équivalent ?), mais redouble sa Terminale.
Après le premier tome où Jennifer Strange rencontre les derniers dragons, la jeune narratrice, gérante provisoire de l’agence de magie Kazam, nous raconte ses nouvelles aventures. Je ne reviendrai pas sur les défauts que je trouve propres à Fforde et dont j’ai déjà parlé dans mes diverses chroniques. Toujours présents, ils ne m’empêchent pas d’apprécier pleinement son imagination vraiment particulière. Cette fois-ci, les soucis viennent de Blix, un magicien antipathique et ambitieux qui a décidé de s’approprier toute la magie du royaume pour la commercialiser au mieux de son portefeuille. On y ajoute la découverte d’un anneau maudit, l’arrivée en ville du quarkon jumeau de celui que Jennifer a perdu au tome 1, des accumulateurs d’énergie magique protégés par un mot de passe et qui pétrifient les malheureux qui tentent d’en craquer le code… Tandis que Jennifer garde la tête froide et s’efforce de rester fidèle aux idées de Zambini, le gérant qu’elle remplace tant qu’il est « perdu » dans une série d’apparitions-disparitions, les évènements prennent des tours bien inattendus… pour former un tout fort sympathique quand le livre se termine. Très subjectivement (parce que j’ai lu le précédent il y a un an !), j’ai l’impression que ce deuxième tome est meilleur que le premier (ou j’étais d’avantage d’humeur à me laisser embarquer). À lire, sans doute possible, pour découvrir ce monde où les téléphones portables ne seront remis en route que quand les micro-ondes marcheront enfin grâce au retour de l’énergie magique, pour le plaisir de tous ces petites billes posées sur le chemin et qui forment un tout si amusant.
Dans un monde envahi par les zombies, Temple, adolescente solitaire, parcourt les USA. Trouvant refuge dans une petite communauté cachée au cœur de grands immeubles, elle doit rapidement s’enfuir après avoir tué Abraham, sale individu qui tente d’abuser d’elle. Poursuivie par Moïse, le frère d’Abraham qui veut venger sa mort, elle croise Maury, un idiot qui vient de perdre sa grand-mère et qu’elle prend sous son aile. Direction : l’adresse de parents que Maury trimbale sur un papier dans sa poche. Ainsi résumée, cette histoire pourrait être un roman d’action, bourré de courses-poursuites. Écrit au présent, sans un seul tiret de dialogue ou guillemet, les Faucheurs sont les anges est en réalité une sorte de long poème mélancolique sur les beautés de la nature, les humains, la vie et la mort. Temple fuit les autres, persuadée qu’elle est mauvaise alors qu’elle est juste une adolescente qui tente de survivre, terriblement forte quoique menue (une Buffy like ?), et on chemine avec elle, au fil de ses rencontres. Moïse, quant à lui, semble suivre une sorte de code de l’honneur qui l’oblige à tuer celle qui a tué son frère sans que cela le réjouisse particulièrement. La lecture est plaisante et on est curieux de ce monde post-apo, même si certaines choses laissent dubitatif, comme les centrales électriques qui marchent toujours, le carburant qui reste disponible… Le personnage de Temple, adolescente attachante, peine à convaincre : a priori livrée à elle-même très jeune, ne sachant pas lire, elle semble néanmoins connaître beaucoup trop de choses et aucune révélation finale ne viendra véritablement expliquer tout cela. Le déroulé des évènements aussi (les 25 ans depuis le début de la catastrophe — qui ne sera pas expliqué, mais ce point n’est pas gênant) : je n’imagine pas que des biscuits au fromage restent intacts si longtemps (ou le vernis à ongle, comme je l’ai lu dans certaines critiques)… Si l’immersion est facile, si l’on tourne les pages sans voir le temps passer, au final, on reste avec un « tout ça pour ça ? » L’auteur s’est fait plaisir en mettant en scène des survivants, désespérés ou, au contraire, pleins de vie, en parlant de Dieu et de la beauté du monde… mais ça fait beaucoup de pages pour une simple contemplation. Je ne saurais donc conclure en vous conseillant de le lire ou pas, car je ne sais pas bien si les amateurs d’histoires de zombies et de mondes post-apo aiment les longs poèmes mélancoliques. Personnellement, j’ai satisfait une curiosité car ce n’est clairement pas le genre d’ouvrages auxquels je suis habituée, mais je ne suis pas certaine de retenter l’expérience.
Bragelonne ISBN : 978-2-35294-559-8 18 € – 283 pages
Sans Honte est un troisième tome qui fait suite à Sans Âmeet Sans Forme. Alexia, humaine sans âme, découvre qu’elle est enceinte de son loup-garou de mari, Lord Maccon. Évidemment, celui-ci, en bon mort-vivant n’imaginant pas qu’il puisse être le père, chasse l’épouse qu’il croit infidèle. Notre héroïne n’est pas du genre à se laisser abattre et elle retourne s’installer chez sa mère et son beau-père. Mais elle est à nouveau chassée car sa prétendue infidélité a fait le tour des journaux. Elle tente donc de trouver refuge chez son ami vampire, Lord Akeldama, mais celui-ci a disparu. Poursuivie par des vampires qui tentent de la tuer à cause de sa grossesse « étrange », elle prend finalement la direction de l’Italie en compagnie de son fidèle majordome et de Mme Lefoux, l’inventrice française devenue son amie au tome précédent. En résumé, notre petite troupe joue les courses-poursuites avec de méchants vampires pour finir dans les griffes des Templiers, installés à Florence, dont ils espèrent des réponses, mais qui se révèlent être d’horribles fanatiques. Comme dans le tome précédent, j’ai eu cette impression de déséquilibre : le début met en place plein de petits détails, puis, brusquement, hop, grande magie : Lord Maccon, qui a sombré dans l’alcool (ou, plutôt, dans le formol étant donné sa constitution de loup-garou) s’en extirpe pour avouer qu’il n’a jamais douté de sa femme (!), le mystère qui a fait fuir Lord Akeldama de Londres est résolu en deux coups de cuillère à thé (et, en réalité, je n’ai pas réellement compris pourquoi il avait fui), tout le monde se tombe dans les bras et… what ? On notera aussi que Paris-Nice peut se faire rapidement dans un ridicule petit engin volant ! Pourtant, malgré les grosses ficelles, la lecture est plaisante : on a envie de tourner les pages et, plus d’une fois, je me suis surprise à rire d’une image incongrue. Finalement, en relisant mon billet sur Sans Forme, je me rends compte que j’adresse les mêmes reproches aux deux tomes : c’est une oeuvre plaisante, dont l’ambiance se distingue, mais, si c’est un polar, c’est trop léger, si le seul but est de nous faire rire, ce n’est pas clairement assumé, si le plaisir est dans l’exotisme, il n’est pas à la hauteur… et l’autrice semble absolument vouloir conclure à la fin de son tome par une happy end précipitée comme si on lui avait compté le nombre de pages. Il est donc probable que je me pencherai sur la suite (la série compte cinq tomes en tout), mais vraiment sans hâte.
Avant de chroniquer un tome 2, j’ai toujours une petite hésitation : déjà, le billet ne peut intéresser que ceux qui se sont laissés convaincre de lire le premier (voir ma chronique de Sans Âme) ; de plus, la tentation est grande de dire « relisez ce que j’ai écrit précédemment ». Car, sauf virage à 180°, un deuxième tome n’est qu’une suite, à lire si on a aimé le précédent. Alexia, plantureuse italienne décalée dans la bonne société britannique, est devenue Lady Maccon en épousant l’Alpha d’une meute de loups-garous. Elle doit désormais faire face à de nouvelles responsabilités domestiques quand une étrange « maladie » s’abat sur le pays : les créatures surnaturelles sont humanisées sans que l’on sache pourquoi. Pour les besoins de son enquête, notre lady va donc partir en Écosse et, bien malgré elle, elle s’y rendra en compagnie de sa meilleure amie, ravissante idiote, et de sa peste de sœur. Le début de ce tome s’attarde sur la relation entre Lady et Lord Maccon (oui, oui, on a compris qu’ils étaient amoureux et que l’expression de cet amour était principalement sexuelle) et les personnages secondaires, d’abord bien présents, disparaissent ensuite de la scène au profit d’une résolution d’intrigue toute simple. Si je devais retenir un sentiment de cette lecture, c’est avant tout une impression de déséquilibre, de mauvais dosage… Les toilettes extravagantes, les personnages caricaturaux (les lesbiennes sont forcément françaises), les tasses de thé… s’effacent brusquement et on ne suit plus que le seul fil d’Alexia comme si l’autrice, brusquement, s’était dit qu’elle allait écrire un polar du point de vue du détective. Un polar très ordinaire qui n’est certainement pas la raison pour laquelle les lecteurices ont ouvert ces pages. Cela dit, la lecture de l’ensemble n’est pas rédhibitoire : des mystères sont posés pour les tomes suivants, celui-ci étant clairement un à suivre contrairement au précédent. Mais je ne sais pas bien l’objectif poursuivi par Carriger et mon impression dépendra probablement de la façon dont la suite des évènements est traitée. Car, en l’état, je n’ai pas retrouvé le charme romanesque du premier et pas encore assez d’aventures et de suspens pour m’éclater.
Orbit ISBN : 978-2-3605-1039-9 320 pages – 16,50 €
Fforde, c’est l’auteur des aventures de Thursday Next, une imagination décalée et bluffante. Du coup, en apprenant qu’un nouveau roman de sa plume était paru, j’étais curieuse, forcément, d’autant que le titre lui-même me plaisait. Naïvement, j’ai cherché Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons au rayon SF/fantasy, avant qu’un tilt ne me fasse songer à le chercher en Jeunesse. Jennifer est donc paru dans une collection non-destinée aux adultes, pour l’un de ces mystères éditoriaux qui me sont inaccessibles. Peut-être parce que l’ensemble est court. Peut-être parce que le personnage principal a 16 ans. Peut-être parce qu’il n’y a aucune évocation sexuelle. Je ne sais pas. Toujours est-il que ce roman est simplement tout public. Dans un 21ème siècle décalé, où la magie se meurt doucement (des mages, autrefois brillants, en sont réduits à vendre leurs services pour réparer l’électricité dans les maisons particulières), où les Royaumes Désunis s’entredéchirent, Jennifer Strange est une jeune fille de bientôt 16 ans, enfant trouvée donnée en servitude à l’agence de magie Kazam, qu’elle gère comme elle peut, remplissant de la paperasse pour la moindre incantation. Mais voilà qu’une prophétie annonce que le dernier dragon vivant sera tué dimanche midi et, alors que notre jeune héroïne est persuadée que cela a un rapport avec la diminution de la magie, elle apprend qu’elle est la dernière tueuse de dragons. Tout d’abord, le point négatif : comme je l’écrivais pour Thursday Next, Fforde ne sait pas « situer » ses personnages. Jennifer a 16 ans et son acolyte en a 11. Mais notre auteur n’a visiblement aucune idée de ce que peut être une adolescente ou un enfant. Les deux personnages se comportent comme des adultes asexués. Du coup, ce détail, un peu agaçant, aurait pu être facilement évité en faisant de Jennifer une jeune adulte… Mais, sinon, l’ensemble est fort plaisant. Le monde et les situations sont décalés, l’imagination est flambante et le tout se lit facilement, le rythme est bon. On s’inquiète du devenir de Jennifer, du dernier dragon… et la surprise est bien au rendez-vous sur la fin. Les mages, repliés dans leur vieil hôtel délabré, inspirent la sympathie, le roi est méchant ce qu’il faut… Fforde a un talent indéniable, même si je regrette toujours qu’il ne trouve pas un co-auteur ou une équipe pour bâtir ses personnages.
En voyant l’épaisseur du bouquin dans la pile de services de presse, j’ai eu un gros moment d’hésitation : je ne suis pas fan de bit-lit et le volume est bien épais. Mais, en le feuilletant, il n’abrite que 474 pages. Du coup, par curiosité, je l’emporte.
C’est un roman inédit et les crédits m’indiquent qu’une Nathalie Gendre a dû souhaiter signer du nom de plume de Cassandra O’Donnell, sans doute plus « glamour » (ou pour ne pas se commettre en littérature de genre ?). Donc de la littérature francophone, d’une autrice débutante ? Google ne m’aide pas beaucoup… Alors… Rebecca Kean (Pourquoi ce nom de Kean alors qu’elle est française ? Un nom d’emprunt ? La suite du roman ne me l’apprendra pas, mais je le suppose puisqu’elle se cache…) est une sorcière de guerre surpuissante qui a fuit son clan et la France parce qu’elle avait eu une liaison avec un vampire, ennemi mortel des siens (et accessoirement un enfant, une fille prénommée Leonora). Elle arrive dans une petite ville des USA où vit une concentration impressionnante de créatures surnaturelles : vampires, démons, loups-garous, muteurs (pourquoi y’a-t-il un clan de muteurs pour toutes les créatures garous différent du clan des loups ?), chamans (les grands absents de l’intrigue) et potionneuses (alors Rebecca est une super-sorcière, mais, dans ce trou paumé, on ne trouve que des sorcières à potions). Puis des créatures sont enlevées et on demande son aide à Rebecca parce que, sinon, il n’y aurait pas de roman. Le super-vampire du coin tombe amoureux d’elle, mais un démon veut se la faire aussi, ainsi qu’un loup-garou et… un muteur ? On dirait bien, yep. L’intrigue, même si elle n’est pas follement originale, pourrait néanmoins se défendre pour un honnête roman de détente sans prise de tête. L’autrice arrive même à trouver une explication à l’attrait de Super-Vampire pour l’héroïne.
Sauf que… L’autrice devait être pressée par un délai imaginaire car elle n’a pas jugé utile de se relire. Et personne, dans l’équipe de son éditeur, ne l’a jugé utile non plus. Du coup, l’action laisse souvent la place à un agacement justifié. Les loups-garous se transforment ? Ben, sans se déshabiller, c’est évident, ils ont les moyens de perdre toute leur garde-robe régulièrement, même une petite robe de créateur. Le temps ? C’est pour les mauviettes : pourquoi l’action devrait-elle se plier à un enchaînement normal des heures ? Rebecca a un vrai boulot, mais, visiblement, elle n’a pas besoin d’y justifier ses absences de plus en plus fréquentes. Un exemple de nimportenawak flagrant : notre sorcière bien-aimée est allergique aux félins. Couverte de poils, éternuant, elle pense qu’elle doit absolument rentrer chez elle se doucher et prendre des médocs. Mais, la seconde suivante, elle part faire autre chose et n’éternue plus du tout. L’autrice aurait pu nous glisser un « une heure plus tard », mais c’était sans doute trop simple ? Bien sûr, on a aussi le droit à la même phrase à une page d’intervalle, aux effets de style douteux et répétitifs… et, au milieu du roman, brusquement, Rebecca aime les séries télé… et, là, cerise sur le gâteau : dans ce déroulé de bit-lit très moyen, Buffy est qualifiée de kitsch (hôpital ? charité ?).
En conclusion, et à mon propre étonnement, je suis allée jusqu’au bout parce que je voulais trouver les justifications à toutes les pistes posées, mais la fin annonce une suite… Si l’autrice ou l’éditeur ont une prise de conscience et s’aperçoivent que publier un roman, c’est un vrai travail, je crois presque que c’est jouable et qu’on pourrait avoir une petite série sans prétention avec sa dose d’action. Mais, en l’état, c’est médiocre. (Et, comme le tome 2 parait incessamment sous peu, je pense que c’est cuit…)
Dans une Angleterre alternative du 19e siècle, Mlle Tarabotti est une belle latine complexée par son physique pas assez britannique, au caractère bien trempé et persuadée qu’elle est condamnée au célibat. Mais sa caractéristique principale, dans ce monde où les loups-garous et les vampires vivent au grand jour (si je puis dire), est son absence d’âme qui fait que, lorsqu’elle touche une créature surnaturelle, celle-ci devient, le temps du contact, simplement humaine. La première impression, c’est celle de plonger dans du Jane Austen : notre héroïne, auto-proclamée vieille fille, tombe sous le charme de Lord Maccon, Alpha de sa meute de loups-garous, noble à la fois riche, mais délicieusement brute. Elle le dispute et le boude alors que le bon parti ne rêve que de l’épouser. A cette romance qui sent bon la dentelle et les tasses de porcelaine, on ajoutera un peu de fantasy urbaine (mais le surnaturel joue plus du décor que du propos), une enquête policière avec son lot de savants fous et de société secrète et une bonne dose de chick lit, Alexia Tarabotti découvrant l’érotisme en même temps qu’elle se fait courtiser d’une manière fort « directe » qui ressemble plus aux canons actuels qu’à ceux qu’on peut trouver dans Orgueil et Préjugés. En réalité, Sans Âme forme un mélange au premier abord surprenant, avec un ridicule plein de charme, un manque de sérieux assumé, de longues descriptions de toilettes excentriques et de plats divers… Au final, on se laisse prendre au jeu et on s’amuse de la petite touche steampunk. Alors, clairement, si vous n’aimez pas lire une histoire d’amour en dégustant une tasse de thé et des pâtisseries, ce roman n’est pas fait pour vous car la romance en est le cœur central. Mais si, comme moi, vous assumez de temps en temps votre côté midinette, vous devriez aimer le côté décalé et gentiment absurde de cette fantasy urbaine à l’eau de rose.
Orbit ISBN : 978-2-36051-026-9 314 pages – 16,50 €
Pour ceux qui ne connaitraient pas (?) et pour resituer un peu dans le contexte, le Début de la fin est le cinquième tome des aventures de Thursday Next. J’ai chroniqué le tome 3, Le Puits des histoires perdues, et le tome 4, Sauvez Hamlet !, ici même. Ce qui m’ennuie, c’est que je ne peux pas en faire la chronique cette fois : l’exercice demande en effet d’avoir eu une lecture relativement rapide pour avoir bien en tête les différents éléments du livre, de l’intrigue… sauf que cela fait des mois que je suis sur cette lecture (vu que je l’ai acheté à sa sortie en juin, je crois bien).
Fforde est génial, au sens où les aventures de son héroïne sont bourrées d’imagination, de choses surprenantes, dingues… mais, définitivement, ses personnages ne sont pas attachants. J’ai vu la différence récemment : j’ai lu en quelques jours la Nuit de la lune bleue alors que l’intrigue est très simple, mais je voulais savoir ce qui arrivait aux personnages. Avec Thursday Next, je m’émerveille devant le monde, l’inventivité déployée, je jubile de détails de fou… mais je me contrefiche des persos, même de l’héroïne.. Bref, il faut lire Fforde parce que les idées sont géniales, mais c’est tout. Perso, j’ai tendance à considérer que c’est un peu du gâchis car la place de cet auteur serait d’avantage au sein d’une équipe où d’autres pourraient pallier ses défauts, menfin, c’est comme ça…
Puis je dois dire que c’est un auteur qui m’émerveille techniquement, dans le sens où il démontre qu’on peut rendre un livre en 4D, mais je ne sais pas si je suis bien compréhensible, là.
Auteur : Simon R. Green Traducteur : Cédric Perdereau
Le livre est là, posé sur une grosse pile de services de presse, et, sans trop savoir pourquoi, je le prends, parcours son quatrième de couverture : « Un fils cadet, un dragon fatigué, une licorne susceptible et une princesse avec un méchant crochet du gauche »… Bon, c’est aussi écrit « tome 1 » pour un roman de plus de 600 pages, mais gardons l’esprit ouvert : ce ne sera pas forcément du délayage…
Je commence ma lecture et me voilà séduite dès les premières pages (ce qui est rare) : Rupert est le fils cadet du roi. Comprendre : un fils encombrant qui ne peut hériter et, tout au mieux, finira assassiné dans des querelles de pouvoir. Pour devenir un héros (i.e. disparaitre avec honneur), il part chasser le dragon, chevauchant une licorne (et montrant donc publiquement qu’il est encore puceau !). Première rencontre du récit, avec le dragon donc, pour le moins surprenante car le dragon n’entend pas se faire tuer, mais a envie de se débarrasser d’une princesse au caractère trop bien trempé qu’on lui a livré pour qu’il la mange (une fille encombrante, donc). Le ton est posé.
L’histoire n’est pas follement originale : les démons envahissent le monde, il y a un traitre au château (un château dont les couloirs changent au fil des saisons)… mais il y a une alchimie qui prend bien : le héros est héroïque, mais ne tire pas la couverture à lui, la princesse est sympathique, les personnages secondaires sont bien campés, le dragon collectionne les papillons… et les 600 pages et quelques se lisent vite, plaisamment.
Une vraie bonne surprise, une évasion comme je les aime, avec des épées, des héros, du sang, des traitres… Et, quoique ce soit affiché « tome 1 », il s’agit d’un roman entier (une petite recherche Google m’a confirmé que le tome 2 n’avait pas les mêmes personnages). Un auteur que je ne connaissais pas, mais dans la production duquel je vais aller faire un petit tour !
Il y a quelques semaines, je vous parlais du Puits des histoires perdues, le troisième tome des aventures de Thursday Next. Cette détective littéraire (agent de police chargée de veiller sur la littérature, trésor s’il en est) passait sa grossesse à l’intérieur d’un livre tout en travaillant pour la Jurifiction (les forces de l’ordre du Monde des livres). Au début de Sauvez Hamlet !, Thursday, maintenant maman du petit Friday, est lasse du monde des livres et souhaite revenir dans la réalité… et tout faire pour retrouver son mari disparu avant de l’avoir rencontrée. Accompagnée d’Hamlet, curieux de découvrir comment les humains le perçoivent et comment les différents acteurs interprètent son rôle, Thursday va donc lutter contre un futur dictateur échappé d’un mauvais roman, empêcher qu’Hamlet (l’œuvre) ne disparaisse pendant l’absence de son personnage-titre, explorer le monde des semi-morts, tenter d’échapper à un tueur-à-gages…
En fait, rien ne peut résumer la folie débridée d’un tel roman. Et c’est ce qui fait tout son charme. Dans ce monde parallèle au nôtre, qui frôle parfois doucement la folie, tout peut arriver avec une logique désarmante. Ce savant mélange d’une réalité parallèle, de voyage dans le temps et de voyage dans les livres est… bluffant ! Bien sûr, le défaut que je relevais dans le tome 3 est toujours là : Thursday, un peu trop « je peux tout réussir sauf le tricot », n’est pas un personnage profond. L’auteur a choisi de la marier puis, dans ce livre, d’en faire une mère sans que cela ait un quelconque intérêt. Friday semble transparent et une méchante petite voix me souffle que l’auteur ne doit avoir aucune idée de ce que l’on ressent à être parent. Mais on ne suit pas Thursday Next pour trouver une quelconque profondeur de sentiment. On la suit parce qu’elle est la seule à vivre de pareilles aventures. A lire donc, sans hésitation possible. Perso, j’attends avec impatience le 5e tome qui doit paraître en juin en édition de poche.
Le Puits des histoires perdues est la troisième aventure de Thursday Next et fait donc suite à l’Affaire Jane Eyre et Délivrez-moi ! Wikipédia m’apprend même qu’il s’agit là d’une première saison, dont le 4e tome (Sauvez Hamlet !) m’attend sagement, et que le 5e tome débute une nouvelle saison. Honte à moi, je n’ai pas chroniqué les deux premiers volumes et il est difficile de parler d’un tome 3 sans évoquer ceux qui l’ont précédé.
Tout d’abord, Fforde est… merveilleux. Je ne trouve pas d’autre qualificatif pour cette imagination débridée et passionnante, surprenante. Thursday Next vit dans un monde parallèle au nôtre où la littérature occupe une place prépondérante (un peu comme si elle était notre cinéma couplé au monde de la musique) et où l’on peut voyager dans les livres. Dans le premier tome, Thursday poursuit donc un criminel dans Jane Eyre dont elle change la fin. Dans le tome 2, on va se régaler de la manipulation de l’entropie et du temps. Au début du Puits des histoires perdues, notre héroïne et narratrice se réfugie dans un pâle roman policier pour mener sa grossesse à l’abri de ses nombreux ennemis. Encore une fois, l’auteur carbure à fond et nous présente les Génériques, personnages interchangeables dans les histoires, le Puits des histoires perdues où tombent les chutes des histoires non-publiées et où l’on peut acheter des procédés narratifs, etc. D’un façon tout à fait partiale, je n’aurais qu’une seule chose à dire : il faut lire les aventures de Thursday.
Cependant, la perfection n’existe pas. Si ces lectures sont des petits bonheurs de découverte, ils ne feront pas battre notre coeur : Fforde a choisi une narratrice féminine. Effet de mode ? Je ne saurais dire, mais il n’avait visiblement aucune intention créatrice derrière ce choix car, dans ce monde fabuleux mis en scène avec délice, Thursday Next est… plate. Elle n’a aucune particularité et n’a absolument rien d’une femme… et c’est vraiment dommage. Si j’ai été curieuse des évènements à venir, mon coeur ne s’est pas enflammé. Une sorte de personnage de roman policier très propre sur elle qui se marie « facilement » à la fin du tome 1 ? Voilà, même s’il n’y a pas de psychologie, ce serait dommage de bouder son plaisir car le monde lui-même vaut la peine, le tout sur fond d’enquête policière.