Jennifer Strange, dresseuse de quarkons (2011)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Michel Pagel

Après le premier tome où Jennifer Strange rencontre les derniers dragons, la jeune narratrice, gérante provisoire de l’agence de magie Kazam, nous raconte ses nouvelles aventures.
Je ne reviendrai pas sur les défauts que je trouve propres à Fforde et dont j’ai déjà parlé dans mes diverses chroniques. Toujours présents, ils ne m’empêchent pas d’apprécier pleinement son imagination vraiment particulière.
Cette fois-ci, les soucis viennent de Blix, un magicien antipathique et ambitieux qui a décidé de s’approprier toute la magie du royaume pour la commercialiser au mieux de son portefeuille. On y ajoute la découverte d’un anneau maudit, l’arrivée en ville du quarkon jumeau de celui que Jennifer a perdu au tome 1, des accumulateurs d’énergie magique protégés par un mot de passe et qui pétrifient les malheureux qui tentent d’en craquer le code…
Tandis que Jennifer garde la tête froide et s’efforce de rester fidèle aux idées de Zambini, le gérant qu’elle remplace tant qu’il est « perdu » dans une série d’apparitions-disparitions, les évènements prennent des tours bien inattendus… pour former un tout fort sympathique quand le livre se termine.
Très subjectivement (parce que j’ai lu le précédent il y a un an !), j’ai l’impression que ce deuxième tome est meilleur que le premier (ou j’étais d’avantage d’humeur à me laisser embarquer).
À lire, sans doute possible, pour découvrir ce monde où les téléphones portables ne seront remis en route que quand les micro-ondes marcheront enfin grâce au retour de l’énergie magique, pour le plaisir de tous ces petites billes posées sur le chemin et qui forment un tout si amusant.

Fleuve Noir – Territoires
ISBN : 978-2-265-09307-2
308 pages – 16,50 €

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.

Les Faucheurs sont les anges

Auteur : Alden Bell
Traducteur : Tristan Lathière

Dans un monde envahi par les zombies, Temple, adolescente solitaire, parcourt les USA. Trouvant refuge dans une petite communauté cachée au cœur de grands immeubles, elle doit rapidement s’enfuir après avoir tué Abraham, sale individu qui tente d’abuser d’elle. Poursuivie par Moïse, le frère d’Abraham qui veut venger sa mort, elle croise Maury, un idiot qui vient de perdre sa grand-mère et qu’elle prend sous son aile. Direction : l’adresse de parents que Maury trimbale sur un papier dans sa poche.
Ainsi résumée, cette histoire pourrait être un roman d’action, bourré de courses-poursuites.
Écrit au présent, sans un seul tiret de dialogue ou guillemet, les Faucheurs sont les anges est en réalité une sorte de long poème mélancolique sur les beautés de la nature, les humains, la vie et la mort.
Temple fuit les autres, persuadée qu’elle est mauvaise alors qu’elle est juste une adolescente qui tente de survivre, terriblement forte quoique menue (une Buffy like ?), et on chemine avec elle, au fil de ses rencontres. Moïse, quant à lui, semble suivre une sorte de code de l’honneur qui l’oblige à tuer celle qui a tué son frère sans que cela le réjouisse particulièrement.
La lecture est plaisante et on est curieux de ce monde post-apo, même si certaines choses laissent dubitatif, comme les centrales électriques qui marchent toujours, le carburant qui reste disponible… Le personnage de Temple, adolescente attachante, peine à convaincre : a priori livrée à elle-même très jeune, ne sachant pas lire, elle semble néanmoins connaître beaucoup trop de choses et aucune révélation finale ne viendra véritablement expliquer tout cela. Le déroulé des évènements aussi (les 25 ans depuis le début de la catastrophe — qui ne sera pas expliqué, mais ce point n’est pas gênant) : je n’imagine pas que des biscuits au fromage restent intacts si longtemps (ou le vernis à ongle, comme je l’ai lu dans certaines critiques)…
Si l’immersion est facile, si l’on tourne les pages sans voir le temps passer, au final, on reste avec un « tout ça pour ça ? » L’auteur s’est fait plaisir en mettant en scène des survivants, désespérés ou, au contraire, pleins de vie, en parlant de Dieu et de la beauté du monde… mais ça fait beaucoup de pages pour une simple contemplation.
Je ne saurais donc conclure en vous conseillant de le lire ou pas, car je ne sais pas bien si les amateurs d’histoires de zombies et de mondes post-apo aiment les longs poèmes mélancoliques. Personnellement, j’ai satisfait une curiosité car ce n’est clairement pas le genre d’ouvrages auxquels je suis habituée, mais je ne suis pas certaine de retenter l’expérience.

Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-559-8
18 € – 283 pages

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

La Fantasy, l’Univers et le reste

Nous avons tous des plaisirs un petit peu pervers. Personnellement, mon côté pervers s’exprime dans le partage d’articles ALC sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas forcément une activité follement enrichissante, mais il n’y a pas de mal à se moquer de textes que leurs auteurs ont délibérément rendu publics.
Or donc, hier, ce petit plaisir s’est joué au détriment d’un blogueur qui, au prétexte de vanter un ouvrage, n’en parlait pas et préférait démontrer sa méconnaissance et son désamour d’un genre littéraire en particulier.
De façon tout à fait directe, ce genre de propos me ramène toujours à la question : et, toi, t’en penses quoi des genres littéraires ?

Je commencerai par une déclaration préliminaire : je n’ai pas les connaissances requises pour définir un genre en exposant des exemples, des références… Mon rapport aux genres est purement théorique.

Et, déjà, la définition de genres a-t-elle un sens ?
Pour moi, clairement, oui. Alors que je pense que tous les ouvrages littéraires ne forment qu’un vaste ensemble nommé « littérature ». Les genres ont autant de sens que lorsqu’une collègue vous déclare :
— Je ne vois pas de qui tu parles…
— Mais, si, tu sais ? La petite brune qui est toujours à la machine à café quand on y va !
Aucun être humain ne peut se définir simplement de cette façon, mais… c’est rudement pratique quand on cause entre humains.

Là, naturellement, je glisse vers les genres que l’on nomme maladroitement « genres de l’imaginaire » ou SFFF, puisque ce sont les genres dans lesquels j’ai tendance à nager.
Cela dit, même si je comprends qu’on puisse ne pas aimer un genre littéraire en particulier, je ne partage pas ce(t) (dés)intérêt. Potentiellement, j’aime tout et chaque histoire, chaque roman… doit me séduire individuellement. Mais, pour des raisons diverses et variées, je lis plus de SFFF et, jusqu’alors, je n’ai écrit que dans cette bulle.
Bref, je pense qu’un genre se définit par certains éléments du récit : tout n’est que littérature, mais, s’il y a une machine à vapeur, c’est peut-être du steampunk. Et j’ai tendance à croire que la Fantasy regroupe toute histoire qui n’aurait pas pu se produire, soit qu’elle se déroule dans un monde qui n’existe pas, soit qu’elle incorpore des éléments que la science actuelle considère comme improbables.
Sauf que ma définition de la Fantasy englobe allègrement la Science-Fiction et le Fantastique et que le côté « pratique quand on cause » s’y fracasse pesamment.
Du coup, je m’imagine le Fantastique comme une Fantasy light, où les éléments introduits par rapport à notre réalité sont relativement peu nombreux… mais ça ne marche pas toujours : si Buffy est clairement de la fantasy urbaine, avec le côté mythique de son monde, je ne sais pas bien où situer Supernatural et ses Apocalypses.
Quant à la Science-Fiction, j’y vais au feeling, en fonction de mon interlocuteur : s’il aime la SF et déteste la Fantasy, suivant si je veux qu’il ouvre un livre ou le fuit… Bon, ce n’est pas satisfaisant sur le plan intellectuel, mais, comme je l’ai écrit en préambule, j’imagine une théorie où je puisse m’y retrouver, je ne suis pas une experte.

Tout ça pour conclure que, lorsqu’on n’a pas fait d’études littéraires, mais qu’on aime bloguer, le plus sage est sans nul doute de ne parler que du livre qu’on a lu sans essayer de le resituer dans un contexte genré qu’on ne maîtrise pas du tout.
Car, pour répondre au billet qui m’a fait rire hier, mais dont les propos se retrouvent parfois sous diverses plumes, la Fantasy est peut-être « ce qui est imaginaire et n’est pas la SF ou le Fantastique », ou bien complètement autre chose, mais on peut quand même affirmer sans se tromper que :
– elle ne se définit pas par la longueur du texte : comme dans toute la littérature, on trouve des sagas de 50 tomes et des nouvelles de 10.000 signes ;
– elle ne nécessite pas forcément un univers complet avec background détaillé ;
– elle n’est liée qu’indirectement à la magie puisqu’il ne peut y avoir magie hors des genres de l’imaginaire ;
– elle peut être le terrain de chefs-d’œuvre ou de daubes (évidemment)…
Et, surtout, on peut ne pas aimer l’imaginaire et préférer « avoir les pieds sur Terre », mais on ne peut pas annoncer péremptoirement qu’une bonne œuvre de Fantasy serait une sorte de miracle peu probable.

Sans Honte – Le protectorat de l’ombrelle III

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Sans Honte est un troisième tome qui fait suite à Sans Âme et Sans Forme.
Alexia, humaine sans âme, découvre qu’elle est enceinte de son loup-garou de mari, Lord Maccon. Évidemment, celui-ci, en bon mort-vivant n’imaginant pas qu’il puisse être le père, chasse l’épouse qu’il croit infidèle.
Notre héroïne n’est pas du genre à se laisser abattre et elle retourne s’installer chez sa mère et son beau-père. Mais elle est à nouveau chassée car sa prétendue infidélité a fait le tour des journaux. Elle tente donc de trouver refuge chez son ami vampire, Lord Akeldama, mais celui-ci a disparu. Poursuivie par des vampires qui tentent de la tuer à cause de sa grossesse « étrange », elle prend finalement la direction de l’Italie en compagnie de son fidèle majordome et de Mme Lefoux, l’inventrice française devenue son amie au tome précédent.
En résumé, notre petite troupe joue les courses-poursuites avec de méchants vampires pour finir dans les griffes des Templiers, installés à Florence, dont ils espèrent des réponses, mais qui se révèlent être d’horribles fanatiques.
Comme dans le tome précédent, j’ai eu cette impression de déséquilibre : le début met en place plein de petits détails, puis, brusquement, hop, grande magie : Lord Maccon, qui a sombré dans l’alcool (ou, plutôt, dans le formol étant donné sa constitution de loup-garou) s’en extirpe pour avouer qu’il n’a jamais douté de sa femme (!), le mystère qui a fait fuir Lord Akeldama de Londres est résolu en deux coups de cuillère à thé (et, en réalité, je n’ai pas réellement compris pourquoi il avait fui), tout le monde se tombe dans les bras et… what ?
On notera aussi que Paris-Nice peut se faire rapidement dans un ridicule petit engin volant !
Pourtant, malgré les grosses ficelles, la lecture est plaisante : on a envie de tourner les pages et, plus d’une fois, je me suis surprise à rire d’une image incongrue.
Finalement, en relisant mon billet sur Sans Forme, je me rends compte que j’adresse les mêmes reproches aux deux tomes : c’est une oeuvre plaisante, dont l’ambiance se distingue, mais, si c’est un polar, c’est trop léger, si le seul but est de nous faire rire, ce n’est pas clairement assumé, si le plaisir est dans l’exotisme, il n’est pas à la hauteur… et l’autrice semble absolument vouloir conclure à la fin de son tome par une happy end précipitée comme si on lui avait compté le nombre de pages.
Il est donc probable que je me pencherai sur la suite (la série compte cinq tomes en tout), mais vraiment sans hâte.

Orbit
ISBN : 978-2-36051049-8
310 pages – 16,90 €

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Films d’action

Fille : « Si, dans un film d’action, aucun des personnages principaux ne fait partie des forces de l’ordre, elles ne servent à rien ou constituent le camp adverse. »

Creusois

  • 150 g de sucre
  • 60 g de farine
  • 60 g de beurre
  • 125 g de noisettes en poudre
  • 5 œufs

Mélangez la farine, le sucre, la poudre de noisettes et une pincée de sel.
Ajoutez les jaunes d’œufs et le beurre fondu, puis les blancs en neige.
Cuire 25 min. à 180°.

Variante : à la place des 125 g de noisettes en poudre, utilisez 125 g de noix de coco en poudre.

Sauce bolognaise

Pour 100 g de viande de bœuf hachée

  • 1 livre de tomates (débitées en dés) ou, mieux, 2 petites boîtes de pulpe de
  • tomate
  • un oignon
  • une gousse d’ail
  • sel
  • poivre
  • thym
  • persil
  • 1/2 feuille de laurier
  • une cuillère à café d’huile d’olive
  • une carotte coupée en petits dés ou un peu de sucre

Faire blondir l’oignon émincé dans l’huile puis le retirer. Faire dorer la viande, y rajouter l’oignon, puis les tomates, sel, poivre, etc… Baisser le feu et laisser mijoter jusqu’à épaississement (de une à quatre heures selon le temps disponible).

En variante, on peut ajouter un peu de viande de veau, des lardons fumés, un filet de vin blanc, une carotte coupée en dés et/ou des champignons.

Sans Forme – Le protectorat de l’ombrelle II

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Avant de chroniquer un tome 2, j’ai toujours une petite hésitation : déjà, le billet ne peut intéresser que ceux qui se sont laissés convaincre de lire le premier (voir ma chronique de Sans Âme) ; de plus, la tentation est grande de dire « relisez ce que j’ai écrit précédemment ». Car, sauf virage à 180°, un deuxième tome n’est qu’une suite, à lire si on a aimé le précédent.
Alexia, plantureuse italienne décalée dans la bonne société britannique, est devenue Lady Maccon en épousant l’Alpha d’une meute de loups-garous.
Elle doit désormais faire face à de nouvelles responsabilités domestiques quand une étrange « maladie » s’abat sur le pays : les créatures surnaturelles sont humanisées sans que l’on sache pourquoi.
Pour les besoins de son enquête, notre lady va donc partir en Écosse et, bien malgré elle, elle s’y rendra en compagnie de sa meilleure amie, ravissante idiote, et de sa peste de sœur.
Le début de ce tome s’attarde sur la relation entre Lady et Lord Maccon (oui, oui, on a compris qu’ils étaient amoureux et que l’expression de cet amour était principalement sexuelle) et les personnages secondaires, d’abord bien présents, disparaissent ensuite de la scène au profit d’une résolution d’intrigue toute simple.
Si je devais retenir un sentiment de cette lecture, c’est avant tout une impression de déséquilibre, de mauvais dosage… Les toilettes extravagantes, les personnages caricaturaux (les lesbiennes sont forcément françaises), les tasses de thé… s’effacent brusquement et on ne suit plus que le seul fil d’Alexia comme si l’autrice, brusquement, s’était dit qu’elle allait écrire un polar du point de vue du détective. Un polar très ordinaire qui n’est certainement pas la raison pour laquelle les lecteurices ont ouvert ces pages.
Cela dit, la lecture de l’ensemble n’est pas rédhibitoire : des mystères sont posés pour les tomes suivants, celui-ci étant clairement un à suivre contrairement au précédent. Mais je ne sais pas bien l’objectif poursuivi par Carriger et mon impression dépendra probablement de la façon dont la suite des évènements est traitée. Car, en l’état, je n’ai pas retrouvé le charme romanesque du premier et pas encore assez d’aventures et de suspens pour m’éclater.

Orbit
ISBN : 978-2-3605-1039-9
320 pages – 16,50 €

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Que devient le temps après 21 heures ?

Ne me dites pas que vous ne vous êtes jamais posé la question !
Il est 21:00. Vous avez dîné avalé quelques restes planqués dans le frigo et même chargé le lave-vaisselle ; vous êtes en pyjama ; vous avez fini les deux urgences que vous vous étiez imposé pour la journée ; vous avez même répondu à Marie que, non, vous n’étiez pas libre à déjeuner demain et à Raoul que, oui, la partie de jeu de rôle était toujours prévu ce samedi.
Vous êtes libre ! Et il vous reste le temps de regarder deux épisodes de votre série préférée avant de vous coucher merveilleusement raisonnablement tôt !
Là, évidemment, vous auriez dû fermer votre lecteur de méls, FaceBook… mais une idée perverse vous traverse l’esprit : vous n’avez pas vérifié sur Wikipédia le nombre de variétés de cornichons qui existent dans le monde et c’est vrai que Vincent en a parlé à la cantine ce midi. Vous NE POUVEZ PAS aller vous coucher sans savoir, sans être sûr que…
Une petite recherche, ça prend quoi ? Deux minutes ?
FB est resté ouvert, tiens ? C’est quoi cette notification ?
Bah, vous avez bien le temps de regarder cette petite vidéo sur Youtube… Ça va vous prendre quoi ? Cinq minutes ?
La vidéo ne se charge pas, saleté d’ordi ! Vous cliquez sur celle d’à-côté : le petit chaton vraiment cro cro mignon. Non, vous ne la connaissez pas.
Thunderbird est resté ouvert aussi, tiens, et Marie vient de vous répondre. Lisez son mél, y’en a pour quoi ? Deux secondes ?
Un bref coup d’œil à l’horloge, en bas de l’écran : il est 21:45 !!! Oui, vous doutez quelques secondes de vos yeux, ces traîtres, mais, non, il n’est pas 21:10 comme il DEVRAIT, il est 21:45.
Désespéré par votre capacité à laisser le temps vous filer entre les doigts (où ? comment ? à quel moment vous êtes vous endormi ?), vous lancez un seul malheureux épisode de 40 minutes.
Vous avez été raisonnable, vous vous êtes couché tôt, vous êtes un héros ! Oh, évidemment, juste un héros du quotidien, mais, demain, quand vous serez en forme au boulot, c’est vos collègues qui pourront apprécier. La couette sous le nez, le crâne calé dans l’oreiller, vous jetez un dernier coup d’œil au radio-réveil… Il est 23:00 !
Mais il ne devrait être que 22:30, maxi…
Oui, quelqu’un pique le temps après 21:00. Mais vous ne savez pas qui.

Pourquoi les Vagabonds du Rêve ?

Ces jours-ci, je songeais à revenir un peu sur le chemin parcouru pour en arriver aux actuels Vagabonds du Rêve, ne serait-ce que pour répondre un peu aux questions implicites de mon entourage qui pense que je travaille pour Parchemins & Traverses ou CitronMeringue.
Alors, décidée à un peu d’égocentrisme et de nostalgie, je me lance.

1990 – J’ai 17 ans et je crée mon premier fanzine, Des Lyres et des Poètes, consacré aux poèmes et aux nouvelles, mais mon réseau est inexistant et les poètes ne viennent pas frapper à ma porte. Je lance également La Tribune des Vagabonds du Rêve et, là, grâce à Casus Belli et à sa chronique de fanzines, le réseau naît.
Donc, voilà, mystère levé : les Vagabonds du Rêve, ça me semblait cool comme idée, vagabonder dans les rêves…

2000 – La Tribune a vécu 14 numéros, j’ai participé au France Sud Open (une belle convention de jeu de rôle qui se passait à Toulon), on a lancé la Fédération Française de Jeu de Rôle, j’ai trouvé un travail, déménagé plusieurs fois… j’ai mis au monde Grande et Petite… et il est temps que je lance Oxalis éditions qui publiera un roman et trois numéros des Vagabonds du Rêve (la Tribune a disparu au passage), une revue-anthologie à thème.
Mais ça coûte trop cher et je préfère arrêter avant de ruiner ma famille…

2000 aussi – Lancement d’Onire.com, un site web qui se consacrera à l’actualité de nos genres favoris avec des chroniques de livres et la publication de nouvelles et d’anthologies numériques.
La sauce ne prend pas, l’équipe ne se trouve pas… et l’aventure s’arrête en 2004.

2004 – Lancement de Parchemins & Traverses qui va mélanger édition numérique et papier.
Une revue au format PDF avec des nouvelles, sans thème particulier, et des anthologies-papier à thème.
Et des chroniques, toujours.
Juin 2004, c’est la parution du n°1 de la revue qui comptera 4 numéros (le dernier étant de juillet 2007).
La formule ne me satisfait pas complètement et, en septembre 2007, elle devient donc Un mois, une nouvelle : les nouvelles athématiques ne sont donc plus regroupées, mais paraissent individuellement, toujours illustrées et au format PDF.

2008 – Je ne me retrouve pas dans les anthologies à thème et Parchemins & Traverses tel qu’il existe.
Une équipe reprend donc, en gardant le nom de P&T, les anthos-papier et je garde les chroniques et Un mois, une nouvelle sous le label de l’Axiome imaginaire (qui fut, longtemps auparavant, une association destinée à l’édition de jeu de rôle, avant Oxalis).
Mais l’Axiome imaginaire devient très vite CitronMeringue, nom de mon ancien site perso et de l’ancien forum qui a existé avant celui de P&T.

Et je continue de chercher la formule qui me convient, la bonne plate-forme pour le site…
Les chroniques deviennent les Chroniqueurs vagabonds, Un mois, une nouvelle devient les Vagabonds du Rêve.

Et puis le nom CitronMeringue disparaît et les Vagabonds prennent leur forme actuelle : un site avec des chroniques, des nouvelles…

Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Pour le plaisir, voyons 😉

Non, plus sérieusement, je vous raconte tout ça pour que vous ne vous demandiez pas pourquoi nos premières Publications portent le logo de P&T.

Ce billet a été également publié dans la #TribuneVdR.

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons (2010)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Michel Pagel

Fforde, c’est l’auteur des aventures de Thursday Next, une imagination décalée et bluffante. Du coup, en apprenant qu’un nouveau roman de sa plume était paru, j’étais curieuse, forcément, d’autant que le titre lui-même me plaisait.
Naïvement, j’ai cherché Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons au rayon SF/fantasy, avant qu’un tilt ne me fasse songer à le chercher en Jeunesse.
Jennifer est donc paru dans une collection non-destinée aux adultes, pour l’un de ces mystères éditoriaux qui me sont inaccessibles. Peut-être parce que l’ensemble est court. Peut-être parce que le personnage principal a 16 ans. Peut-être parce qu’il n’y a aucune évocation sexuelle. Je ne sais pas.
Toujours est-il que ce roman est simplement tout public.
Dans un 21ème siècle décalé, où la magie se meurt doucement (des mages, autrefois brillants, en sont réduits à vendre leurs services pour réparer l’électricité dans les maisons particulières), où les Royaumes Désunis s’entredéchirent, Jennifer Strange est une jeune fille de bientôt 16 ans, enfant trouvée donnée en servitude à l’agence de magie Kazam, qu’elle gère comme elle peut, remplissant de la paperasse pour la moindre incantation.
Mais voilà qu’une prophétie annonce que le dernier dragon vivant sera tué dimanche midi et, alors que notre jeune héroïne est persuadée que cela a un rapport avec la diminution de la magie, elle apprend qu’elle est la dernière tueuse de dragons.
Tout d’abord, le point négatif : comme je l’écrivais pour Thursday Next, Fforde ne sait pas « situer » ses personnages. Jennifer a 16 ans et son acolyte en a 11. Mais notre auteur n’a visiblement aucune idée de ce que peut être une adolescente ou un enfant. Les deux personnages se comportent comme des adultes asexués. Du coup, ce détail, un peu agaçant, aurait pu être facilement évité en faisant de Jennifer une jeune adulte…
Mais, sinon, l’ensemble est fort plaisant. Le monde et les situations sont décalés, l’imagination est flambante et le tout se lit facilement, le rythme est bon. On s’inquiète du devenir de Jennifer, du dernier dragon… et la surprise est bien au rendez-vous sur la fin. Les mages, repliés dans leur vieil hôtel délabré, inspirent la sympathie, le roi est méchant ce qu’il faut…
Fforde a un talent indéniable, même si je regrette toujours qu’il ne trouve pas un co-auteur ou une équipe pour bâtir ses personnages.

Fleuve Noir – Territoires
ISBN : 978-2-265-09306-5
295 pages – 15,90 €

Ce billet a également été publié dans la #TribuneVdR.

Traquée – Rebecca Kean I (2011)

Autrice : Cassandra O’Donnell

En voyant l’épaisseur du bouquin dans la pile de services de presse, j’ai eu un gros moment d’hésitation : je ne suis pas fan de bit-lit et le volume est bien épais. Mais, en le feuilletant, il n’abrite que 474 pages. Du coup, par curiosité, je l’emporte.

C’est un roman inédit et les crédits m’indiquent qu’une Nathalie Gendre a dû souhaiter signer du nom de plume de Cassandra O’Donnell, sans doute plus « glamour » (ou pour ne pas se commettre en littérature de genre ?). Donc de la littérature francophone, d’une autrice débutante ? Google ne m’aide pas beaucoup…

Alors…
Rebecca Kean (Pourquoi ce nom de Kean alors qu’elle est française ? Un nom d’emprunt ? La suite du roman ne me l’apprendra pas, mais je le suppose puisqu’elle se cache…) est une sorcière de guerre surpuissante qui a fuit son clan et la France parce qu’elle avait eu une liaison avec un vampire, ennemi mortel des siens (et accessoirement un enfant, une fille prénommée Leonora).
Elle arrive dans une petite ville des USA où vit une concentration impressionnante de créatures surnaturelles : vampires, démons, loups-garous, muteurs (pourquoi y’a-t-il un clan de muteurs pour toutes les créatures garous différent du clan des loups ?), chamans (les grands absents de l’intrigue) et potionneuses (alors Rebecca est une super-sorcière, mais, dans ce trou paumé, on ne trouve que des sorcières à potions).
Puis des créatures sont enlevées et on demande son aide à Rebecca parce que, sinon, il n’y aurait pas de roman.
Le super-vampire du coin tombe amoureux d’elle, mais un démon veut se la faire aussi, ainsi qu’un loup-garou et… un muteur ? On dirait bien, yep.
L’intrigue, même si elle n’est pas follement originale, pourrait néanmoins se défendre pour un honnête roman de détente sans prise de tête. L’autrice arrive même à trouver une explication à l’attrait de Super-Vampire pour l’héroïne.

Sauf que…
L’autrice devait être pressée par un délai imaginaire car elle n’a pas jugé utile de se relire. Et personne, dans l’équipe de son éditeur, ne l’a jugé utile non plus. Du coup, l’action laisse souvent la place à un agacement justifié.
Les loups-garous se transforment ? Ben, sans se déshabiller, c’est évident, ils ont les moyens de perdre toute leur garde-robe régulièrement, même une petite robe de créateur.
Le temps ? C’est pour les mauviettes : pourquoi l’action devrait-elle se plier à un enchaînement normal des heures ? Rebecca a un vrai boulot, mais, visiblement, elle n’a pas besoin d’y justifier ses absences de plus en plus fréquentes.
Un exemple de nimportenawak flagrant : notre sorcière bien-aimée est allergique aux félins. Couverte de poils, éternuant, elle pense qu’elle doit absolument rentrer chez elle se doucher et prendre des médocs. Mais, la seconde suivante, elle part faire autre chose et n’éternue plus du tout. L’autrice aurait pu nous glisser un « une heure plus tard », mais c’était sans doute trop simple ?
Bien sûr, on a aussi le droit à la même phrase à une page d’intervalle, aux effets de style douteux et répétitifs… et, au milieu du roman, brusquement, Rebecca aime les séries télé… et, là, cerise sur le gâteau : dans ce déroulé de bit-lit très moyen, Buffy est qualifiée de kitsch (hôpital ? charité ?).

En conclusion, et à mon propre étonnement, je suis allée jusqu’au bout parce que je voulais trouver les justifications à toutes les pistes posées, mais la fin annonce une suite…
Si l’autrice ou l’éditeur ont une prise de conscience et s’aperçoivent que publier un roman, c’est un vrai travail, je crois presque que c’est jouable et qu’on pourrait avoir une petite série sans prétention avec sa dose d’action. Mais, en l’état, c’est médiocre. (Et, comme le tome 2 parait incessamment sous peu, je pense que c’est cuit…)

J’ai lu
ISBN : 978-2-290-03206-0
474 pages – 12 €

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Sans Âme – Le protectorat de l’ombrelle I

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Dans une Angleterre alternative du 19e siècle, Mlle Tarabotti est une belle latine complexée par son physique pas assez britannique, au caractère bien trempé et persuadée qu’elle est condamnée au célibat. Mais sa caractéristique principale, dans ce monde où les loups-garous et les vampires vivent au grand jour (si je puis dire), est son absence d’âme qui fait que, lorsqu’elle touche une créature surnaturelle, celle-ci devient, le temps du contact, simplement humaine.
La première impression, c’est celle de plonger dans du Jane Austen : notre héroïne, auto-proclamée vieille fille, tombe sous le charme de Lord Maccon, Alpha de sa meute de loups-garous, noble à la fois riche, mais délicieusement brute. Elle le dispute et le boude alors que le bon parti ne rêve que de l’épouser.
A cette romance qui sent bon la dentelle et les tasses de porcelaine, on ajoutera un peu de fantasy urbaine (mais le surnaturel joue plus du décor que du propos), une enquête policière avec son lot de savants fous et de société secrète et une bonne dose de chick lit, Alexia Tarabotti découvrant l’érotisme en même temps qu’elle se fait courtiser d’une manière fort « directe » qui ressemble plus aux canons actuels qu’à ceux qu’on peut trouver dans Orgueil et Préjugés.
En réalité, Sans Âme forme un mélange au premier abord surprenant, avec un ridicule plein de charme, un manque de sérieux assumé, de longues descriptions de toilettes excentriques et de plats divers… Au final, on se laisse prendre au jeu et on s’amuse de la petite touche steampunk.
Alors, clairement, si vous n’aimez pas lire une histoire d’amour en dégustant une tasse de thé et des pâtisseries, ce roman n’est pas fait pour vous car la romance en est le cœur central. Mais si, comme moi, vous assumez de temps en temps votre côté midinette, vous devriez aimer le côté décalé et gentiment absurde de cette fantasy urbaine à l’eau de rose.

Orbit
ISBN : 978-2-36051-026-9
314 pages – 16,50 €

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.

Genres, mes amis, ou la découverte de l’arcanepunk

L’exercice de classification en genres est un exercice difficile, souvent périlleux, mais tout de même assez pratique.
Pratique parce que, par exemple, quand j’explique à mes amis que j’aimerais changer la déco de mon salon en steampunk, je n’ai pas besoin de plus que ce mot, pas besoin de me lancer dans des tonnes d’explications.
Périlleux parce que chacun va le revoir à sa sauce, en fonction de ses goûts, de ses objectifs…
Il y a quelques mois, je rédigeais un petit billet d’humeur pour dire que Buffy n’était pas de la bit-lit. En effet, si la bit-lit est de la chick-lit avec des bouts de créatures fantastiques dedans, Buffy n’a rien de la célibataire trentenaire qui se regarde le nombril en faisant du shopping. Buffy peut être apparentée aux super-héros, aux héros mythologiques (en avançant dans les saisons et en suivant Angel, on voit bien cet aspect de guerriers élus des dieux se développer), à la fantasy urbaine pour son monde proche du nôtre où la magie existe… Pourtant, suivant les chroniqueurs, Buffy est placée allègrement en bit-lit. Si cela ne correspond pas à ma propre qualification, cela convient forcément à ceux qui la font.
Toute classification est donc à prendre avec précaution et bonne humeur, en se disant que chacun agrémentera le tout à sa sauce et c’est bien le moins qu’on puisse attendre d’amateurs d’imaginaire 😉

Dans ce besoin de nommer le genre, je restais perplexe devant World of Warcraft : si c’est un univers où l’on retrouve certains éléments de l’heroic fantasy, la présence de vaisseaux spatiaux, de tramway, de dirigeables, de motos… ne laissait aucun doute sur le fait que ça n’en était pas.
Le genre le plus proche me semblait bien celui du steampunk où des machines à vapeur sophistiquées côtoient des ambiances un peu vieillottes. Mais quelque chose ne collait pas tout à fait…
Puis, il y a quelques jours, ma soeur m’a apporté le mot manquant : arcanepunk, un mot pour désigner ces mondes si proches du steampunk, mais où la magie prend une place importante.

Sur ce, et sans aucun lien logique, le moment semble adéquat pour vous souhaiter à tous un bon réveillon, si vous fêtez la Saint-Sylvestre, ou juste une bonne dernière journée en 2010 pour les autres 😉

A l’année prochaine.