8 minutes #fantastique
Marie rectifia sa position pour se caler le plus confortablement possible dans le siège métallique de l’aéroport. Elle jeta un coup d’œil à la grande horloge et replongea dans sa lecture. À la dernière page, elle referma l’ouvrage avec un petit claquement de langue satisfait.
L’horloge. Il lui restait encore une bonne demi-heure avant l’embarquement. Elle fouilla dans une de ses poches à la recherche d’un stylo puis commença à écrire sur la page de garde :
Cher inconnu,
J’espère que tu trouveras dans ce roman…
Quand elle eut fini de rédiger le petit mot qu’elle laissait au lecteur suivant, elle ne signa pas, se relut, puis déposa le livre sur le siège vide à côté. En réalité, à cette heure-ci, tout l’aéroport était vide. Seul le vol pour Paris avait attiré quelques voyageurs.
Elle remit son stylo dans sa poche, attrapa son sac-à-dos et se rapprocha de la porte d’embarquement. Un seul bagage. Elle avait abandonné une bonne partie de ses affaires dans les toilettes publiques où elle s’était changée quelques heures plus tôt, laissant l’identité de Jessica dans le seul pays qui l’aurait connue.
Marie aimait embarquer dans l’avion qui la ramenait vers son pays.
Le ciel était bas et gris. Marie avait décidé de passer quelques jours dans la capitale, histoire de se réacclimater avant de rentrer vraiment chez elle : faire du shopping et débarquer avec une valise pleine de vêtements, acheter un téléphone portable pour qu’on puisse la joindre comme un être humain ordinaire, prendre deux ou trois livres, du maquillage peut-être ? Elle avait même poussé la fantaisie jusqu’à choisir d’élégants escarpins. En se regardant dans le miroir de la boutique, elle trouva qu’elle avait tout d’une dame élégante.
Lorsqu’elle prit l’avion pour Nice, son corps avait réintégré le bon méridien et elle était délicieuse dans son tailleur hors de prix. Il y eut même un beau brun pour lui conter fleurette, l’avion étant en retard.
Marie aimait bien être une dame lorsqu’elle était en France.









