Ces derniers temps, je vois sur les réseaux sociaux traîner une légende urbaine : leur usage aurait disparu1 et il réapparaîtrait avec les IAgen ChatGPT-like, si bien que certains lecteurs accuseraient les auteurices d’avoir fait écrire leurs textes par l’IA.
Les tirets cadratins sont utilisés pour baliser les dialogues et les incises.
Ils n’ont jamais disparu car les romans récents ont toujours des dialogues.
Ils sont parfois remplacés par des semi-cadratins pour des raisons esthétiques, genre pages étroites.
Donc absolument toutes les écrivain·es en ont l’usage. C’est même pas une question.
Donc, là, on a des gens qui sont en train de justifier qu’ils existent depuis longtemps, comme si c’était un sujet, et qu’ils avaient… simplement disparu récemment, avec le développement de l’informatique.
Hein ???
Je suis fasciné par ce genre de moments / légendes urbaines.
Les gens semblent débattre, comme s’il y avait un sujet.
— Est-ce que la boule jaune dans le ciel est bien le Soleil ?
Dans le même genre, mais un poil moins WTF, on a de longues discussions sur les services de presse (SP).
Qu’est-ce qu’un SP ?
Quand un éditeur publie un livre, son intérêt est que des médias en parlent (forcément). Il envoie donc un exemplaire du livre à des gens qu’il a repérés dans cet objectif : journalistes, mais aussi, pourquoi pas, membres de jurys de concours, libraires connues…
Parfois, forcément, le SP tombe dans les oubliettes.
Il n’y a donc pas de bonne ou de mauvaise pratiques :
Tu peux ne pas les lire car tu en reçois trop ou, simplement, ce sont des envois non sollicités et voilà…
Tu peux, quand tu les lis, décider de ne pas en causer parce que ça ne t’a pas plu, ça n’est pas assez original, etc.
Avec l’arrivée des réseaux sociaux et des blogs, les usages ont forcément évolué.
Des lecteurices passionné·es sont devenues des prescripteurices sans forcément travailler pour une revue.
C’est important sur le plan logistique. Par exemple, si tu es éditeur d’imaginaire, si tu restes sur les revues papier, actuellement2, t’as deux revues : Bifrost et Galaxies. Tu publies un livre, tu leur envoies et c’est chaque rédaction3 qui va décider d’à qui la lecture est confiée.
Un blog, un compte Insta ou Tiktok, c’est 1 lecteurice. A priori, iel n’a pas de secrétariat et d’équipe à qui distribuer ce qu’iel reçoit. Iel a aussi des goûts et un ton.
Un rapport individuel s’établit donc : la personne (chez l’éditeur) ne peut plus envoyer juste 1 exemplaire à 2 revues. Elle doit sélectionner ses interlocuteurices, s’interroger sur la pertinence…
Ce lien individuel a permis assez facilement l’émergence de nouveaux rapports, où la maison d’édition proposait au lecteurice un partenariat / collaboration.
Alors… on ne va pas faire semblant que tout va bien en 2026.
Le pouvoir d’achat diminue et le prix des livres augmente. Si tu es un·e grosse lecteurice (que tu lis plusieurs livres dans un mois), sachant que leur prix peut tourner autour de 20 voire 30 €, recevoir des livres gratuitement, ça n’est pas négligeable.
Chroniquer ses lectures peut donc devenir un moyen de s’en sortir financièrement avec sa passion.
Sauf que, comme tout, c’est aussi un travail.
Le bénévolat, c’est un GROS sujet.
J’ai des idées assez arrêtées dessus, mais ce n’est pas forcément le moment où je veux me lancer pour l’aborder en détails.
Juste, on est dans l’une de ces situations où une entreprise capitaliste (destinée à faire du profit) envoie l’un de ses produits à une personne bénévole
et attend de cette personne un certain travail avec des délais et peut-être des contraintes (genre partage de pubs).
Dans le domaine de la culture, la notion de concurrence déloyale est touchy, je trouve, ou c’est peut-être un biais que j’ai car le sujet me touche plus qu’un autre.
Je ne pense pas que quelqu’un trouverait que je fais de la concurrence déloyale aux auteurices de nouvelles en publiant mes textes gratuitement sur mon blog. Parce que, dans la Culture, y’a cette idée qu’un produit n’en remplace pas un autre. La lecture de mes nouvelles ne va pas t’empêcher de lire d’autres textes du même genre.
Aussi, le fait qu’un lecteur passionné fasse des chroniques littéraires parce que ça lui fait plaisir n’interdit pas aux revues d’exister et presque… quand bien même… pouvoir dire qu’on aime (ou pas) un livre, c’est quand même une liberté pas vraiment contestable.
Sauf que, quand une activité est pratiquée de tant de façons différentes, parfois…
Dans un échange professionnel (mais pas que), quand une personne ne répond pas à ta proposition, c’est qu’elle n’est pas intéressée. Si c’est une personne que tu connais et avec laquelle tu as d’autres échanges, tu peux décider de lui demander ce qui ne convient pas dans ton produit / prestation, mais tu sais que c’est cuit.
Ce silence est une politesse de confort : cela évite à la personne non-intéressée de se justifier et cela évite à la personne proposante de se prendre un retour qui peut la blesser.
Un livre me tombe des mains. Je le passe à une autre lecteurice qui le lit et me dit que « bof ». S’il s’agissait d’un SP, je ne vois pas l’intérêt d’écrire à l’éditeur pour lui dire. Iel a peut-être entre temps vu passer des chroniques positives, tout va bien pour ellui et mon avis n’est pas une sorte de jugement divin que je me doive de répandre à travers le monde.
Ce matin, je me suis fait attraper la veste par une autrice, après que j’ai expliqué mon attitude silencieuse quand c’est mieux comme ça. En laissant de côté l’aspect un peu gênant des reproches qu’elle m’adressait, je me suis fait la réflexion qu’on se trouvait dans cette situation avec le glissement des pratiques.
A ses yeux, l’envoi d’un SP s’est accompagné de tout un avant : échange probable avec lae lecteurice, qui a été choisie / repérée… et un investissement émotionnel en guettant son retour.
— Une petite conclusion ?
— Non… Tu ne peux pas dire aux gens qu’iels s’investissent trop émotionnellement sur un sujet, c’est pas un truc sur lequel iels ont le choix. Iels le vivent comme ça.
Personnellement, je vais continuer de pratiquer le silence poli et, dans le cadre de la #TribuneVdR, on va continuer à accepter les SP, mais refuser toute collaboration commerciale.
— Ouais, mais, du coup, si tu oublies de répondre à quelqu’un, iel risque de croire que c’est un rejet de sa proposition. Comment on fait dans ce cas ?
— Je n’en ai aucune idée !
J’aurais tendance à dire qu’une ou deux relances polies, si on se sent de le faire, ça ne mange pas de pain…
- Quand ? Je n’ai jamais reçu le mémo ! ↩︎
- je ne crois pas me tromper ↩︎
- la personne dédiée à cette tâche, disons ↩︎
En savoir plus sur
Subscribe to get the latest posts sent to your email.