« Puissiez-vous vivre des temps intéressants »

— Le Monde va si mal. Je perds espoir. Je suis anxieux·se.

Je comprends. Je me sens concerné. Rien ne va plus et…
Est-ce que ça a déjà été bien ?
Est-ce que, depuis 1945 (par exemple), il n’y avait plus aucune guerre dans le monde ?
Est-ce que les gens, durant la Peste noire, avaient le moral ?
Est-ce que tout était OK en l’an 536 ?
Est-ce que, il y a 20 ou 30 ans, les pauvres étaient bien soignés ? Les handicapés bien intégrés dans la société ? Les enfants d’immigrés bien accueillis dans les écoles ?

Il y a quelques années, « on » nous a dit qu’il fallait éviter de tout confier à de grosses boites étasuniennes, mais il y avait un certain confort à utiliser leurs services.
On a délaissé nos blogs, on a migré vers Gmail parce que… ça fonctionne bien, en vrai, on ne peut pas le nier.
Et puis… bam !
En ce début 2025, ces boites auxquelles on avait trop fait confiance (alors qu’on savait depuis le début que ce n’était pas une bonne idée) ont arrêté leurs politiques inclusives et ont fait sauter les gardes-fous.

Sur les réseaux sociaux (toujours utilisés), le nom d’Infomaniak, entreprise suisse, est sorti comme alternative aux produits Google (mail, drive…).
Hier, j’ai reçu leur pub : « Vous pouvez à présent soutenir votre alternative éthique aux GAFAM ».
Sont-ils sincères ? Je n’en sais rien et ça n’a pas d’importance car ils peuvent être sincères aujourd’hui et changer de dirigeant·es demain.
Je salue leur intelligence évolutive : c’est le moment idéal pour reprendre des parts de marché à Google. C’est malin et ça m’arrange d’avoir accès à un cloud.

J’ai supprimé mon compte Instagram, mais pas mon compte Facebook. Mais je n’utilise plus ce dernier « publiquement ». (En gros, je m’en sers désormais comme une messagerie qui me permet de partager un contenu à plus de contacts sans envahir leur boite mail.)
Un auteur que je suis y postait qu’il ne savait pas quoi faire, qu’il voulait quitter Meta, mais que la perte (contacts professionnels ? liens avec les lecteurices ?) était trop importante.

Nos vies ne sont pas stables.
Nous perdons en permanence des choses, des relations… dont nous pensions ne jamais pouvoir nous passer. Parfois, ça n’est pas « trop » grave comme un chagrin d’amour et, pourtant, il arrive qu’on ne s’en remette pas. Parfois, on doit vous ôter un organe, ça fait très peur et, ensuite, on se sent mieux sans s’y attendre.
— T’es vraiment en train de comparer quitter Facebook à se faire opérer ?
— Y’a pas une échelle des pertes.
Tu peux être fragilisé·e par des petites pertes parce qu’elles se sont accumulées et que tu as perdu la force d’y faire face ou quitter un réseau social peut être lourd de conséquences si ta joie passe par le contact avec tes fans et que tu vas en perdre une partie.

On nous a bourré la tête avec des fantasmes d’un monde stable où on pouvait tou·tes aller à l’école, se soigner, manger… Un monde où notre principale préoccupation serait de choisir notre dernier modèle de téléphone.
Pendant ce temps-là, y’avait toujours des guerres, des épidémies, des famines… et une voisine violentée.

— Bon, du coup, où tu veux en venir avec ton long billet sans queue ni tête ? T’es pas en train de poster ici parce que t’as trop la flemme d’aller étendre le linge ?
— J’ai pris l’exemple de quitter Facebook parce que je le trouve plutôt parlant.
En tant qu’artiste, nous avons besoin de nous exprimer et le fait que nous nous exprimions peu changer les choses. Si nous faisons attention à nos paroles, nous pouvons porter et amplifier des messages.
Les blogs avaient perdu leurs attraits face aux réseaux sociaux, mais ils n’ont pas disparu.
Il est toujours possible d’y poster des paroles, des images rigolotes, des vidéos…
Ce que les réseaux sociaux font, c’est dans leur nom, ils « font réseau ». Ils nous ont rendu paresseux et c’est OK. Je préfère largement être paresseux et laisser une machine laver mon linge plutôt qu’aller tremper mes mains dans une rivière glaciale.
Mais, face à une perte, on doit changer, faire autrement, choisir un nouveau chemin.

Par exemple, nous pouvons faire réseau en… partageant d’autres blogs, d’autres contenus…
Il n’est pas interdit (au contraire) de faire un billet pour parler du contenu d’un·e autre blogueur·se en expliquant pourquoi on y adhère et en donnant le lien.

Les humains n’ont pas changé.
Il y a toujours eu ceux qui n’en ont rien à faire des autres et je suis bien sûr que des gens ont fait fortune pendant la Peste noire et il y a toujours eu des personnes solidaires, généreuses.
Je ne blâme personne de se décourager, de se dire que c’est trop cette fois, d’avoir les épaules qui s’affaissent. C’est vrai, la vie est dure. Ça parait bébête formulé ainsi, mais c’est vrai.
Il faut faire face à des tas de choses dans une société où tout le monde n’est pas solidaire, où il y en a même qui créent des soucis aux autres volontairement. (Et je dédicace ce passage à cette dame qui m’est passé devant à la pharmacie ce matin, simplement, parce que l’existence des autres ne l’intéresse pas1.)

Bref, c’est OK d’être découragé ou ne pas avoir envie.
Mais, quand on a un regain d’énergie, quand on est un peu dispo, il faut continuer à penser, à partager, à trouver des solutions ensemble.
Comme si toutes les années étaient l’année 536.
— Tu nous laisses vraiment avec cette conclusion ? C’est horrible…
— J’trouve pas. Cette année-là, tout ne pouvait qu’être mieux ensuite…

  1. — Mais c’est super anodin ! — Oui, justement, c’est parce que c’est anodin que c’est frappant. Elle n’avait rien à perdre à attendre juste que je récupère un truc, j’en avais pour peu de temps, mais c’était déjà trop pour elle de juste me laisser ma place. ↩︎

A propos Cenlivane

Ecrivain·e, Poète·sse, Blogueur·se
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