Qu’est-ce que je raconte ?

Je sais qu’il y a des romancièr·es qui ont une « écriture libre » : iels ne savent pas forcément où iels vont d’entrée de jeu et iels se laissent porter. Iels suivent leurs personnages, iels s’arrêtent pour contempler un décor.
Si ça se fait pour un roman, assez long par définition, ça doit être encore plus envisageable quand on écrit une nouvelle.

Pourtant, perso, si j’avais un conseil, ce serait de ne pas le faire.
Je ne dis pas qu’on doit forcément avoir un plan structuré et tout, hyper précis… mais, quand tu écris, j’aimerais que tu te poses une question : qu’est-ce que tu me racontes ? Où vas-tu ?
Je suis bien sûr que je ne suis pas le seul à tomber sur des fins décevantes.
Alors on pourrait se dire que c’est « obligé » : statistiquement, il y aura forcément des fins qui nous déçoivent.

Je n’ai pas vu la fin de la série Lost.
J’ai entendu dire que, finalement, les personnages étaient morts / au Paradis.
Du coup, je suis content de ne pas avoir perdu mon temps à tout regarder et, quelque part, je ne suis pas super surpris car je pense que ça se sentait dès le début : ça n’allait nulle part.

Continuer la lecture de « Qu’est-ce que je raconte ? »

« Comme » est ton pire ennemi

Je n’ai pas parlé ici des évènements autour du Festival International de la BD d’Angoulême, dont l’édition 2026 ne devrait a priori pas se tenir suite à un boycott réussi. Je n’en ai pas parlé parce que, comme je l’écrivais déjà fin octobre, je n’ai a priori pas vocation à parler de BD en général ici… mais, si vous vous posez la question, oui, je soutiens le girlcott lancé par les artistes et j’ai plutôt partagé les infos que je voyais passer sur les RS.
Donc le sujet m’intéresse et je tombe sur une publi Facebook du Monde.
Y’a plein de choses qui ne vont pas dans cette publi, qui suinte les red flags, mais je n’ai pas vocation à commenter la presse et je veux juste m’attarder sur cette vignette :

"Le Festival International de la bande dessinée d'Angoulême est au bord du précipice, au point qu'au moment où on écrit ces lignes l'édition 2026, prévue fin janvier, est peut-être déjà morte. Et si elle survit, ce sera en version réduite, comme un blessé portant sur le corps des tigmates de rudes combats."

Quand je relis / corrige une nouvelle (ou n’importe quel texte, même un texte de présentation dans le cadre de mon boulot alimentaire), l’un des conseils que je donne le plus souvent, c’est de faire la chasse aux « comme ».
J’en suis arrivé à les surligner systématiquement, par réflexe.

Je trouve que cet exemple illustre particulièrement bien pourquoi c’est mauvais.
Normalement, quand tu racontes quelque chose, ton propos doit se suffire. Comme un grand1.
A la rigueur, exceptionnellement, tu peux t’aider d’une image ou d’une métaphore. EXCEPTIONNELLEMENT.

Le propos doit se suffire. Comme ici.
Quand tu lis cet exemple, tu ne peux plus jamais avoir envie de faire ce genre de phrases.
— Qu’est-ce qui cloche dans cette phrase ?
— « un blessé portant sur le corps blabla » ? Vraiment ?
(Non, je n’ai pas envie de commenter aussi l’usage de « morte » au lieu de « annulée »…)

  1. J’ai honte… ↩︎

Mon tout premier conseil d’écriture, ce serait : « Tu t’adresses à un·e pote »

Tu lui écris. Est-ce que tu lui dirais ceci ou cela ? Que penses-tu qu’iel doit savoir pour comprendre où tu veux en venir ?
Si tu ne le dirais pas à un·e pote car c’est « ridicule » ou que « c’est trop long et ça lae saoulerait »… ne le dis pas à la lecteurice.

L’erreur la plus fréquente que je rencontre chez les auteurices débutant·es, c’est la… tentative de lyrisme ?
Et ma question est donc : « est-ce que tu écris ça quand tu racontes à un·e pote ce qui t’est arrivé dans la journée ? »

Je ne dis pas qu’on n’a pas le droit de poser un romantique au bord du fleuve pour qu’il s’émerveille sur les feuilles fanées et les canards trop nourris qui viennent lui piquer son sandwich.
Je dis juste que le gars, là, au bord de l’eau, il ne peut pas se retrouver partout, tout le temps, même au milieu de ta scène de poursuite en voiture1.

J’ai le sentiment que, trop souvent, notre débutant·e oublie qu’iel parle à quelqu’un, en fait2.

  1. C’est tellement dans ce genre de moments où je regrette de ne pas savoir dessiner… ↩︎
  2. Oui, je sais, pas que les débutant·es, mais les autres, iels s’en foutent un peu de mon avis… ↩︎