Comment communique-t-on autour de la rémunération d’un appel à projets ?
Contexte
A propos du roman Du thé pour les fantômes (Chris Vuklisevic), l’éditeur a décidé de lancer un appel à fanarts, notamment via une publi Insta :
J’ai pris connaissance de cette info sur le forum d’Elbakin.
La publi renvoie vers une page web qui donne plus de détails et qui renvoie elle-même vers un règlement.
Sur la 1ère page, on lit donc :

et cette info est reprise / confirmée dans le règlement lui-même :

Je poste donc, sur le fil du forum où j’ai lu l’info, une intervention très succincte :

L’éditeur (PG, je présume) me répond :

Et, ensuite, après ma réponse un peu verte :

Analyse
Alors…
Je vais d’abord déblayer l’aspect juridique de façon tout à fait flemmarde sans vérifier les faits.
Le service juridique de l’éditeur lui dit que, s’il y a rémunération, cela change la catégorie en « concours avec gain d’argent ».
Éditeur qui me précise : « Désolé que tu n’en puisse plus des lois et des règlements. »
En tant que juriste… je n’ai absolument rien contre les règlements. Je nage dedans depuis 32 ans et même avant / enfant, quand j’ai réalisé que comprendre les textes juridiques était notamment nécessaire pour se défendre d’une grand-mère toxique / abusive1.
Si tu organises un concours et que tu ne souhaites pas qu’il entre dans la catégorie « avec gain d’argent »… il ne doit pas y avoir de gain d’argent.
Ce n’est pas qu’il faut le cacher dans le règlement, c’est que ça ne doit pas avoir lieu.
Il existe de nombreux concours artistiques avec prix. Ils ont une forme règlementaire et je suis sûr que le service juridique de l’éditeur peut la trouver…
(Je fais une parenthèse peut-être un peu hors de propos, mais, dans mon monde à moi, les juristes d’une entreprise / d’un établissement, sont au service de la structure. Si la structure a besoin d’organiser quelque chose, les juristes cherchent la solution qui convient le mieux à la démarche… ici à la démarche éditoriale.)
Maintenant, passons à la forme…
En vrai, je crois que tout est déjà exposé.
Il n’y avait aucun moyen de comprendre que les œuvres retenues seraient rémunérées puisque l’éditeur explique lui-même qu’il a caché cette info.
Si vous suivez un peu mon taf, vous savez que je travaille sur un aspect « alerte ».
Ce qui donne des actions assez basiques du style : appel à illustrations d’un gros éditeur sans annonce de rémunération = alerte.
Je dirais même que le fait de préciser que ce qui était à gagner était des exemplaires du livre impliquait que c’était « tout » ce qu’il y avait à gagner.
On a un éditeur qui reconnait qu’il a caché une info, mais me reproche d’avoir affirmé de façon péremptoire quelque chose de faux.
J’ai affirmé de façon péremptoire les infos publiques mises à ma disposition. Sorry.
— Et, du coup, tu en conclus quoi ?
— Je pense que, sociologiquement, c’est un bon exemple de la communication qu’on a trouvé « normale » pendant longtemps et qui n’est plus acceptable aujourd’hui.
Au quotidien, je bosse avec des jeunes (moins de 25 ans) et, si je communique mal, je m’excuse de ne pas avoir été clair et je reformule.
Vraiment, vous pouvez penser que je parle souvent de féminisme, de patriarcat, de vieux gars trop à l’aise… mais je crois qu’on a vraiment là un exemple de la fracture sociale actuelle et un bon « cas » pour décrypter ce qu’il ne faut pas faire en com.
Cet éditeur, c’est un type qui « compte dans le game ». Il occupe une place dans le milieu de l’édition et de l’imaginaire.
On a le même âge, je sais dans quelle époque il a évolué. Il a l’habitude que ça roule pour lui.
Si on décrypte un peu, on voit que la publi Insta n’a que 700 likes, ce qui n’est pas foufou après une semaine et que le compte lui-même est à 12.000 abonné·es pour une grosse maison…
Les quelques commentaires viennent de lecteurices qui ont aimé le roman, pas forcément d’illustrateurices…
Dans la bulle où tout se déroule, aucune vague ne vient troubler un petit monde bien lisse. Un petit monde parisien, déjà obsolète, mais qui ne le sait pas.
Ou alors c’est juste moi qui suis un sale gaucho woke anti-capitaliste énervé, allez savoir…
Bref, si vous pensez que je ne suis pas juste un sale gaucho perpétuellement énervé, je vous invite à observer ce qui ne va pas ici et à y trouver la motivation pour communiquer en toute transparence avec les artistes.
Merci, bisous, coeur avec les doigts.
PS : PG me reproche d’avoir omis la mention de l’article 5 du règlement dans l’objectif de fausser la lecture de la situation.
Je m’empresse de le copier/coller ici du coup :

Ce serait ma mauvaise lecture qui m’empêcherait de capter que la cession incluait forcément une rémunération…
- 0 blague ici… ↩︎