Il y a un peu plus d’une semaine, j’ai posté deux articles sur la situation du JdR (jeu de rôle) au FIJ.
Le lendemain de mon 2e billet, plongé dans mes réflexions, j’ai écrit une publication sur FB que je n’ai pas reproduite ici. Les jours ont passé, j’ai fermé mon compte FB et, hier, j’ai évoqué cette affaire d’une autrice qui a vendu un roman, contenant a priori des passages pédocriminels, sous l’étiquette Dark Romance (DR).
Je copie/colle donc d’abord ma publication du 17 février :
Ce matin, sur le chemin du taf, je songeais au terme jeux de simulation.
— Tu as de drôles de pensées…
Hier, j’ai blogué sur le divorce JdR / FIJ et, en fait, ce matin, je repensais à cette couleur rose sur le plan du festival avec « Figurines, JdR, Wargames ».
En tant que personne féministe, queer et neuroatypique, on va dire que j’ai une conscience particulière de la nécessité de maîtriser les narratifs / définitions et de l’auto-détermination ou, plutôt, de l’auto-définition.
J’ai quitté le GRAAL il y a un ou deux ans (je ne sais plus), mais, avant cela, il y avait un désaccord profond entre Jérôme Gayol, l’un des fondateurs et piliers historiques de cette fédération, et quelques membres.
Le GRAAL a été fondé à la suite de la FFJdR et j’en parlais un peu en 2022.
La FFJdR est pour le JdR et le national et l’idée du GRAAL était d’être plus local (régional), mais aussi moins spécialisé (tous les jeux de simulation (JdS) et pas que le JdR).
La position de Jérôme était que cette notion de JdS était importante. C’était ce qui faisait le cœur de la fédération régionale
alors que d’autres membres disaient que la fédération était pour toutes les associations ludiques au sens large de tous les jeux.
Et des jeux, je ne vous apprends rien, il y a en de toutes sortes, à commencer par les échecs, la belote…
Tous les jeux n’ont pas besoin qu’on les défende / protège / chouchoute.
Aujourd’hui, on fait le constat que le FIJ a piétiné allègrement les JdS en y incluant ce qu’il voulait (dont un éditeur de BD, vous racontai-je)
mais le terme lui-même (jeux de simulation) n’existe plus ?
Parce que l’étiquette rose n’affiche pas ce terme.
J’ai souvent trouvé que Jérôme avait de bonnes intuitions et j’ai donc tendance à le suivre en me disant que je comprendrais mieux plus tard. J’ai donc soutenu l’idée de l’importance de défendre les JdS sans forcément en comprendre tous les tenants et aboutissants. (Oui, je suis comme tout le monde, je donne la priorité à mes proches et à leurs idées.)
Aujourd’hui, ça me saute aux yeux. On ne peut pas défendre les idées dont on perd les mots. De fait, au cœur du FIJ, il ne semble plus y avoir l’influence de cette fédération régionale qui était légitime à défendre l’auto-définition des JdS et le souci dans les choix du FIJ, ce n’est pas que le JdR, mais bien tous les JdS dans leur ensemble.
Parce qu’on peut dire « une boîte d’ésotérisme ne fait pas de JdR », mais le FIJ a mis un tag plus large (et l’ésotérisme n’est pas non plus de la figurine ou du wargame, mais on a perdu une voix légitime à représenter cette idée).
Est-ce que le terme a disparu ?
Quand est-il apparu ?
Je l’associe à la revue Jeux et Stratégie, mais je me trompe peut-être.
Est-ce qu’on peut se réapproprier ce terme et le remettre au goût du jour, un peu comme on avait perdu autrice et qu’il est bien vivant aujourd’hui ?
Est-ce qu’on a un terme équivalent et plus efficace car déjà utilisé par la GenZ (par exemple) ?
/fin de la publi initiale
Je parlais donc de l’auto-définition nécessaire pour défendre un genre / art.
Hier, cette fois, je mentionnais l’idée que la dénonciation d’un roman pédopornographique ne devait pas être le cheval de Troie qui s’attaque à un genre comme la dark romance et c’est hélas pourtant exactement ce qui est en train de se passer.
Des médias, mais également des « gens bien intentionnés », au lieu d’entendre ce que les autrices et lectrices de Dark Romance expliquent, à savoir que le roman pointé du doigt n’est pas de la DR et que son autrice a utilisé à tort cette étiquette, s’attaquent au genre.
Je vous partage une publi de Fleur Hopkins-Loféron qui l’explique très clairement.
Que ce soit donc pour les jeux de simulation ou pour la dark romance… mais au final aussi pour… tout ? il est important que les personnes concernées soient entendues et, pour cela, représentées.
Je pense aussi au cas des personnes autistes qui font valoir aujourd’hui qu’elles ne peuvent pas être représentées par des associations de tiers / de parents / etc. Elles sont seules légitimes à parler… pour elles-mêmes.
Évidemment qu’écrire un article ne va rien changer à court terme, mais je crois qu’on ne peut qu’avancer plus on parle d’un sujet, plus on s’exprime, plus on met des mots sur les situations.
Il est nécessaire que, quelque soit le sujet (passion, art, maladie, handicap, métier, discrimination…), on abandonne enfin l’idée que quelques hommes dominants sauraient tout sur tout et qu’on légitime que l’expertise vient avant tout de celle ou celui qui vit / expérimente :
un festival de jeu généraliste ne peut pas définir le JdS sans consulter les joueur·ses de JdS,
aucun média / journaliste / personne bien intentionnée ne peut savoir ce qu’est la dark romance mieux que ses autrices et lectrices.
Je souhaite néanmoins terminer ce long billet en ouvrant sur la question des contenus « autorisés » ou non.
Dans sa vidéo que j’ai partagée ici, Marouchka mentionne le porno consommé par les adolescents et fait un parallèle intéressant avec la DR consommée par les adolescentes.
On peut s’interroger sur la régulation des contenus accessibles aux mineurs, mais, concernant les adultes, peut/doit-on interdire la DR et, dans ce cas, aussi toute la pornographie, l’Horreur, les films de guerre ? Les thrillers avec des tueurs en série ?
Parce que, si on interdit la DR au prétexte de relations (entre adultes) potentiellement toxiques, on doit avant interdire la pornographie actuelle.
Je ne prends même pas position, je pose juste la question : est-ce que les personnes / médias qui souhaitent interdire la dark romance militent de la même façon pour interdire le porno ?
— Mais, toi, en tant qu’auteur, lecteur, citoyen… en vrai, t’en penses quoi ?
— Je mets de côté la question de la pédocriminalité car j’espère que ça ne fait pas débat.
Concernant les œuvres à destination des adultes, je crois à la plus grande liberté.
Même si certaines choses peuvent me choquer / déranger, si je pense qu’il y a souci, je peux débattre, informer, bloguer.
Parce que, si on commence à réguler les contenus (hors limites légales telles que la pédocriminalité, hein), qui va décider pour qui ?
N’y a-t-il pas des gens qui vont venir dire que ce qui est choquant, c’est… par exemple des relations homosexuelles ou hors mariage ou inter-ethnies ou… ?
La liberté ne signifie pas une absence d’informations et j’évoquais hier la question des TW. La liberté ne signifie pas non plus une absence de questionnement, de documentation, de recherche.
— Et pour la protection des mineurs ?
— Je suis prudent.
Il y a des choses qui peuvent sembler « simples » (genre le porno, disons), mais je me dis que des gens pourraient affirmer que (je reprends les mêmes exemples) montrer deux femmes qui s’embrassent est problématique.
Qui va réguler pour qui ?
Qu’ai-je fait, moi, en tant que parent ?
Et, déjà, d’où je parle : j’ai des enfants qui sont aujourd’hui adultes donc, quand je donne mon avis sur l’éducation et les enfants, c’est un vécu au passé, qui a été expérimenté et dont je peux observer les résultats « après ».
Les seules règles non négociables que j’ai posées était d’attacher sa ceinture de sécurité, d’attendre avant de traverser la rue d’avoir vérifié qu’aucune voiture n’arrive et de ne pas boire d’alcool tant que la croissance n’est pas finie.
Je n’ai rien interdit.
Pour le porno, par exemple, j’ai dit :
« Ce sont des contenus destinés aux adultes / pas à vous. Je pense que, si vous en regardez, vous risquez d’être choqué·es / perturbé·es / mal à l’aise. »
L’idée, fondamentale à mes yeux, est de transmettre qu’on ne souhaite pas interdire quoique ce soit, mais qu’on se préoccupe de la santé (physique et mentale).
Plus généralement, la question n’est pas juste « qu’est-ce que tu consommes ? »
mais que peux-tu me dire de ce que tu consommes ?
Le porno (par exemple, toujours) est une fiction mise en œuvre par des acteurices, pas un mode d’emploi ni une éducation à la sexualité.
Sais-tu ce que tu vois ? Le comprends-tu ? Sais-tu dire ce que tu ressens ?
Es-tu éduqué·e aux médias ?