Le Lecteur

14.000 signes

(panneau de gauche)

Depuis quand est-il là ? Et comment est-il entré, s’il est jamais entré ? Peut-être un jour par aventure a-t-il poussé la porte d’une superbe tour, ou d’un vaste mas ensoleillé ou d’une vague cabane au fond d’un jardin… Il est là, simplement, dans un vaste fauteuil, au centre d’une vaste salle aux murs couverts de livres. Par les hautes fenêtres étroites entre un jour clair et d’improbables ouvertures donnent sur d’autres salles emplies de livres, ou des escaliers courant vers d’autres salles et d’autres livres encore. Alors, peut-être n’est-il jamais entré ou n’a-t-il jamais voulu sortir ?
Dans ce fauteuil profond, auprès de cette table patinée, près de cette haute lampe qu’il allumera à l’approche du soir, est-il seulement conscient d’être heureux ? Heureux comme nul ne saurait jamais l’être. Parfois, une ombre de chagrin l’effleure pourtant : pourra-t-il jamais lire tous ces livres ? Il serait affreux de ne le pouvoir et il y en a tant ! À l’infini peut-être. Mais cette crainte demeure fugitive car il sait, de façon très confuse, que sa vie ne saurait s’éteindre qu’il ne les ait lus.

Parfois, il interrompt sa lecture, laisse errer son regard vers une riante campagne qu’on entrevoit au loin et ses pensées dériver vers des souvenirs. Des souvenirs qu’il a peut-être vécus s’il ne les a lus. Mais, toujours, il revient à ses livres. Certains alignent soigneusement leurs reliures nervurées dorées au fer, d’autres se poussent ou s’écrasent, parfois gonflés de feuillets de notes intercalaires qui dépassent un peu, d’autres même sont posés à plat, empilés avec une petite touche désordonnée qui leur donne ce charme si particulier.

Il s’est parfois tancé de cette exclusive passion et s’est décidé à sortir… le fameux esprit sain dans un corps sain. En a-t-il lu des livres pour l’affirmer ! Ces fois-là, il s’est levé, presque désorienté, avant de se diriger vers la porte. Celle de droite ? Celle de gauche ? Oui, celle-ci. Il a longé un couloir jusqu’à la toute dernière porte. La porte de sortie. Brune, d’un brun chaud et profond. Luisante, comme cirée et polie par des générations et des générations de ménagères appliquées. La porte de sortie vers le monde lumineux qu’assurent ses souvenirs. Il a tendu la main vers la poignée, soudain poussé par un murmure tout à la fois encourageant et un rien moqueur. Comme si tous ces livres le mettaient là au défi de sortir. Il fait si beau dehors, susurrait l’un. Te souviens-tu ? C’est comme ce passage, tu sais, où l’on évoque le velours de la brise qui vous effleure ou la caresse d’un tendre soleil de printemps… Va, disait l’autre, tu entendras ces oiseaux au chant mélodieux que tant de voyageurs ont contés. Et si t’attendait une tendre amie pour partager tes rêves, insistait un autre, ou t’emporter dans une passion brûlante et des aventures étranges, taquinait un autre encore.

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Guardian: The Lonely and Great God | 쓸쓸하고 찬란하神-도깨비 (2016)

En commençant à m’intéresser aux séries coréennes, j’ai très rapidement entendu parler de Goblin (l’autre titre de la série — c’est assez fascinant le nombre de titres qu’on trouve pour une même oeuvre) qui raconte l’histoire d’un dokkaebi (et pas du tout d’un gobelin — à quelle époque reculée quelqu’un a-t-il cru bon de traduire l’un par l’autre ???) et j’étais forcément curieuse d’une histoire portant le nom d’une créature mythique. Mais je suis paresseuse et la série n’est pas diffusée sur Netflix. Puis, récemment, j’ai pris un abonnement à Viki et j’ai donc enfin satisfait ma curiosité.

Alors… même si ce n’est pas l’histoire d’un gobelin, on est bien dans de la fantasy :
Il y a environ 900 ans, un Général était si puissant qu’il a fini par devenir un dieu (littéralement) de la guerre pour le peuple, mais le Roi, mariée à sa Sœur et conseillé par le très vilain Méchant, jaloux qu’un simple général puisse passer pour l’équivalent d’un dieu, le tue (et sa sœur aussi, il fait un lot groupé).
A sa mort, le Général est transformé en dokkaebi et la vie ne pourra lui être ôtée que par sa fiancée (i.e. s’il rencontre l’amour).
C’est simple, classique et ça fonctionne.
A notre époque, le Général sauve la vie d’une femme enceinte et de l’enfant qu’elle portait. Ledit enfant, par cette magie, devient sa Fiancée, fiancée qui n’est même pas inscrite dans les registres de la Mort puisqu’elle n’aurait pas dû venir au monde/n’avait même pas de nom.
La Fiancée échappe aux faucheurs, atteint le bel âge de 19 ans, rencontre le Dokkaebi qui vit désormais en coloc avec un faucheur…

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W: Two World Apart | 더블유 (2016)

(L’observateurice notera que notre narrateur a évoqué cette série dans son billet précédent, déjà.)

Le résumé disait : « Après avoir été aspirée dans le monde du webtoon de son père, une interne en chirurgie se retrouve prise dans une mystérieuse histoire de meurtre impliquant le héros. »
Je l’avais repéré, mais sans plus et puis, y’a pas longtemps, Mère Dragon me dit qu’elle a adoré, que c’est vraiment bien… alors j’ai commencé à regarder… jeudi soir ? et j’ai fini hier soir.
Et c’est juste un très gros coup de cœur.
Pour refaire un peu le résumé, un auteur tente de tuer son héros après l’avoir mené en bateau depuis des années (i.e. l’auteur ne sait absolument pas qui est le tueur sur lequel le héros enquête), mais le héros s’accroche à la vie… et à la fille, médecin, de l’auteur qui passait près de la tablette graphique de son père.
Et c’est juste absolument… super bon.
Y’a les mondes parallèles, le héros, doté de tonnes de qualités, qui émet des hypothèses sur les liens entre les mondes pour s’en sortir, la problématique de l’auteur-dieu, du suspens, des méchants très méchants…
Le truc, en fait, pour vous donner un ordre de grandeur sur l’échelle de mes goûts, c’est que j’ai regardé les deux premières saisons de Stranger Things quand elles sont sorties… parce que, en fantastique, perso, je pense qu’il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent.
Genre je les ai regardées faute de mieux, avec les mondes parallèles, toussa. Parce que, au fond, moi, ce que j’aime, c’est le fantastique. Je n’ai toujours pas regardé la saison 3.
Elle est dans ma liste, hein… mais, quand je vois une série comme W: Two World Apart, ben… Stranger Things m’ennuie, tout simplement.
Après, clairement, j’apprécie pas mal de choses dans les séries coréennes, les méthodes narratives, le découpage assez fréquent en 16 épisodes de 60+ min. et puis on boucle, etc.
Bref, je ne vois pas comme un écrivain pourrait ne pas aimer ce truc 😉

Coming-out

– T’as appris pour Lucile ?
– Rien de récent, non.
– Elle se désolait que sa lignée s’arrête avec elle car la vie ne lui a donné que deux garçons.
– Oui ?
– Ben, son aîné lui a annoncé… qu’il se savait femme. Du coup, elle l’accompagne dans son parcours médical et elle n’arrête pas de se vanter partout qu’elle a une fille de vingt ans, qu’elle a une héritière…
– C’est plutôt chouette pour elle, non ? Même si ça doit faire grincer des dents. T’as pas mal de jeunettes qui rêvaient de sa succession.
– Ouais, c’est vrai que c’est chouette. Reste juste à gérer le coming-out…
– Quel coming-out puisque sa fille lui a dit ?
– Ben, son coming-out. Quand t’élèves ta môme depuis la naissance en lui expliquant qu’elle est une sorcière, ça passe crème. Mais comment tu annonces ça à une jeune adulte ?

C’est quoi ce sort ?

Coup d’un soir. Le titre me semble assez explicite, non ?
– Oui, OK, vu comme ça, mais il n’y a pas de description, c’est bizarre, non ? Ça va faire quoi ? Faire apparaître un mec magnifique ? Deux ? Un démon lubrique bardé de tentacules ?
– Tu m’agaces ! Tu vois bien que ce n’est pas documenté ! On prendra des notes après avoir testé.
– T’as pas peur du démon à tentacules, genre qui te dévore après t’avoir baisée ?
– Si la nana qui a noté ce sort avait été dévorée juste après, je pense que la suivante aurait décrit la manière dont elle a trouvé le grimoire.
– Arrête de rire ! Parfois, je me dis que t’es un peu inconsciente et que tu vas mal finir !
– Bah, je finirai tôt ou tard, tu sais, aucune de nous n’a vécu éternellement !
– A la place de coup d’un soir, t’as pas plutôt amour ? Ça serait plus pérenne, non ?
– Tu oublies toujours les bases ! La magie ne fonctionne pas avec les concepts, ça ne marche que sur le pratique. Si tu veux être riche, tu n’auras pas de formule pour « devenir riche », tu ne peux que faire apparaître de l’or ou tuer quelqu’un dont tu dois hériter…
– Tu parles de magie qui ne fait même pas apparaître l’amour
– Ben, justement, c’est de la magie. Pour les miracles, t’as les religions !

Si tu devais faire un vœu, ce serait quoi ?

– On ne peut pas répondre à une question pareille !
– Pourquoi ?
– Imagine que ton destin, ce soit de te retrouver à un moment de ta vie où tu dois faire un choix et, de ce choix, à 50/50, dépend le reste : soit tu rencontres le Grand Amour, soit tu deviens une écrivaine ultra-célèbre ?
– Et ?
– Si tu fais ton vœu, genre « Je veux rencontrer le Grand Amour », tu annihiles la probabilité à 50 % de devenir une écrivaine…
– C’est idiot ce que tu dis : si ton destin est de te retrouver à un moment où tu as un choix à faire et tu es à 50/50, ben, c’est ce moment-là, du coup, le moment où tu dois faire un vœu ! T’as deux options et t’en choisis une…
– Tu parles ! On est programmées à attendre le Prince Charmant, tu ne vas jamais demander la célébrité !
– Alors tu crois que tu pourrais, genre, faire le vœu d’être une écrivaine « pas trop célèbre » ? Comme ça, tu rencontres quand même un chéri.
– C’est idiot ! Être une écrivaine « pas trop célèbre », c’est déjà cool. Mais quel intérêt de trouver un mec qui n’est pas vraiment le bon ? L’amour, c’est pas le genre de truc où t’as une option « presque ça, mais en fait pas du tout » !
– Du coup, si tu devais faire un vœu, ce serait quoi ?

Jennifer Strange, dresseuse de quarkons (2011)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Michel Pagel

Après le premier tome où Jennifer Strange rencontre les derniers dragons, la jeune narratrice, gérante provisoire de l’agence de magie Kazam, nous raconte ses nouvelles aventures.
Je ne reviendrai pas sur les défauts que je trouve propres à Fforde et dont j’ai déjà parlé dans mes diverses chroniques. Toujours présents, ils ne m’empêchent pas d’apprécier pleinement son imagination vraiment particulière.
Cette fois-ci, les soucis viennent de Blix, un magicien antipathique et ambitieux qui a décidé de s’approprier toute la magie du royaume pour la commercialiser au mieux de son portefeuille. On y ajoute la découverte d’un anneau maudit, l’arrivée en ville du quarkon jumeau de celui que Jennifer a perdu au tome 1, des accumulateurs d’énergie magique protégés par un mot de passe et qui pétrifient les malheureux qui tentent d’en craquer le code…
Tandis que Jennifer garde la tête froide et s’efforce de rester fidèle aux idées de Zambini, le gérant qu’elle remplace tant qu’il est « perdu » dans une série d’apparitions-disparitions, les évènements prennent des tours bien inattendus… pour former un tout fort sympathique quand le livre se termine.
Très subjectivement (parce que j’ai lu le précédent il y a un an !), j’ai l’impression que ce deuxième tome est meilleur que le premier (ou j’étais d’avantage d’humeur à me laisser embarquer).
À lire, sans doute possible, pour découvrir ce monde où les téléphones portables ne seront remis en route que quand les micro-ondes marcheront enfin grâce au retour de l’énergie magique, pour le plaisir de tous ces petites billes posées sur le chemin et qui forment un tout si amusant.

Fleuve Noir – Territoires
ISBN : 978-2-265-09307-2
308 pages – 16,50 €

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.

Les Faucheurs sont les anges

Auteur : Alden Bell
Traducteur : Tristan Lathière

Dans un monde envahi par les zombies, Temple, adolescente solitaire, parcourt les USA. Trouvant refuge dans une petite communauté cachée au cœur de grands immeubles, elle doit rapidement s’enfuir après avoir tué Abraham, sale individu qui tente d’abuser d’elle. Poursuivie par Moïse, le frère d’Abraham qui veut venger sa mort, elle croise Maury, un idiot qui vient de perdre sa grand-mère et qu’elle prend sous son aile. Direction : l’adresse de parents que Maury trimbale sur un papier dans sa poche.
Ainsi résumée, cette histoire pourrait être un roman d’action, bourré de courses-poursuites.
Écrit au présent, sans un seul tiret de dialogue ou guillemet, les Faucheurs sont les anges est en réalité une sorte de long poème mélancolique sur les beautés de la nature, les humains, la vie et la mort.
Temple fuit les autres, persuadée qu’elle est mauvaise alors qu’elle est juste une adolescente qui tente de survivre, terriblement forte quoique menue (une Buffy like ?), et on chemine avec elle, au fil de ses rencontres. Moïse, quant à lui, semble suivre une sorte de code de l’honneur qui l’oblige à tuer celle qui a tué son frère sans que cela le réjouisse particulièrement.
La lecture est plaisante et on est curieux de ce monde post-apo, même si certaines choses laissent dubitatif, comme les centrales électriques qui marchent toujours, le carburant qui reste disponible… Le personnage de Temple, adolescente attachante, peine à convaincre : a priori livrée à elle-même très jeune, ne sachant pas lire, elle semble néanmoins connaître beaucoup trop de choses et aucune révélation finale ne viendra véritablement expliquer tout cela. Le déroulé des évènements aussi (les 25 ans depuis le début de la catastrophe — qui ne sera pas expliqué, mais ce point n’est pas gênant) : je n’imagine pas que des biscuits au fromage restent intacts si longtemps (ou le vernis à ongle, comme je l’ai lu dans certaines critiques)…
Si l’immersion est facile, si l’on tourne les pages sans voir le temps passer, au final, on reste avec un « tout ça pour ça ? » L’auteur s’est fait plaisir en mettant en scène des survivants, désespérés ou, au contraire, pleins de vie, en parlant de Dieu et de la beauté du monde… mais ça fait beaucoup de pages pour une simple contemplation.
Je ne saurais donc conclure en vous conseillant de le lire ou pas, car je ne sais pas bien si les amateurs d’histoires de zombies et de mondes post-apo aiment les longs poèmes mélancoliques. Personnellement, j’ai satisfait une curiosité car ce n’est clairement pas le genre d’ouvrages auxquels je suis habituée, mais je ne suis pas certaine de retenter l’expérience.

Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-559-8
18 € – 283 pages

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Sans Honte – Le protectorat de l’ombrelle III

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Sans Honte est un troisième tome qui fait suite à Sans Âme et Sans Forme.
Alexia, humaine sans âme, découvre qu’elle est enceinte de son loup-garou de mari, Lord Maccon. Évidemment, celui-ci, en bon mort-vivant n’imaginant pas qu’il puisse être le père, chasse l’épouse qu’il croit infidèle.
Notre héroïne n’est pas du genre à se laisser abattre et elle retourne s’installer chez sa mère et son beau-père. Mais elle est à nouveau chassée car sa prétendue infidélité a fait le tour des journaux. Elle tente donc de trouver refuge chez son ami vampire, Lord Akeldama, mais celui-ci a disparu. Poursuivie par des vampires qui tentent de la tuer à cause de sa grossesse « étrange », elle prend finalement la direction de l’Italie en compagnie de son fidèle majordome et de Mme Lefoux, l’inventrice française devenue son amie au tome précédent.
En résumé, notre petite troupe joue les courses-poursuites avec de méchants vampires pour finir dans les griffes des Templiers, installés à Florence, dont ils espèrent des réponses, mais qui se révèlent être d’horribles fanatiques.
Comme dans le tome précédent, j’ai eu cette impression de déséquilibre : le début met en place plein de petits détails, puis, brusquement, hop, grande magie : Lord Maccon, qui a sombré dans l’alcool (ou, plutôt, dans le formol étant donné sa constitution de loup-garou) s’en extirpe pour avouer qu’il n’a jamais douté de sa femme (!), le mystère qui a fait fuir Lord Akeldama de Londres est résolu en deux coups de cuillère à thé (et, en réalité, je n’ai pas réellement compris pourquoi il avait fui), tout le monde se tombe dans les bras et… what ?
On notera aussi que Paris-Nice peut se faire rapidement dans un ridicule petit engin volant !
Pourtant, malgré les grosses ficelles, la lecture est plaisante : on a envie de tourner les pages et, plus d’une fois, je me suis surprise à rire d’une image incongrue.
Finalement, en relisant mon billet sur Sans Forme, je me rends compte que j’adresse les mêmes reproches aux deux tomes : c’est une oeuvre plaisante, dont l’ambiance se distingue, mais, si c’est un polar, c’est trop léger, si le seul but est de nous faire rire, ce n’est pas clairement assumé, si le plaisir est dans l’exotisme, il n’est pas à la hauteur… et l’autrice semble absolument vouloir conclure à la fin de son tome par une happy end précipitée comme si on lui avait compté le nombre de pages.
Il est donc probable que je me pencherai sur la suite (la série compte cinq tomes en tout), mais vraiment sans hâte.

Orbit
ISBN : 978-2-36051049-8
310 pages – 16,90 €

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Sans Forme – Le protectorat de l’ombrelle II

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Avant de chroniquer un tome 2, j’ai toujours une petite hésitation : déjà, le billet ne peut intéresser que ceux qui se sont laissés convaincre de lire le premier (voir ma chronique de Sans Âme) ; de plus, la tentation est grande de dire « relisez ce que j’ai écrit précédemment ». Car, sauf virage à 180°, un deuxième tome n’est qu’une suite, à lire si on a aimé le précédent.
Alexia, plantureuse italienne décalée dans la bonne société britannique, est devenue Lady Maccon en épousant l’Alpha d’une meute de loups-garous.
Elle doit désormais faire face à de nouvelles responsabilités domestiques quand une étrange « maladie » s’abat sur le pays : les créatures surnaturelles sont humanisées sans que l’on sache pourquoi.
Pour les besoins de son enquête, notre lady va donc partir en Écosse et, bien malgré elle, elle s’y rendra en compagnie de sa meilleure amie, ravissante idiote, et de sa peste de sœur.
Le début de ce tome s’attarde sur la relation entre Lady et Lord Maccon (oui, oui, on a compris qu’ils étaient amoureux et que l’expression de cet amour était principalement sexuelle) et les personnages secondaires, d’abord bien présents, disparaissent ensuite de la scène au profit d’une résolution d’intrigue toute simple.
Si je devais retenir un sentiment de cette lecture, c’est avant tout une impression de déséquilibre, de mauvais dosage… Les toilettes extravagantes, les personnages caricaturaux (les lesbiennes sont forcément françaises), les tasses de thé… s’effacent brusquement et on ne suit plus que le seul fil d’Alexia comme si l’autrice, brusquement, s’était dit qu’elle allait écrire un polar du point de vue du détective. Un polar très ordinaire qui n’est certainement pas la raison pour laquelle les lecteurices ont ouvert ces pages.
Cela dit, la lecture de l’ensemble n’est pas rédhibitoire : des mystères sont posés pour les tomes suivants, celui-ci étant clairement un à suivre contrairement au précédent. Mais je ne sais pas bien l’objectif poursuivi par Carriger et mon impression dépendra probablement de la façon dont la suite des évènements est traitée. Car, en l’état, je n’ai pas retrouvé le charme romanesque du premier et pas encore assez d’aventures et de suspens pour m’éclater.

Orbit
ISBN : 978-2-3605-1039-9
320 pages – 16,50 €

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons (2010)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Michel Pagel

Fforde, c’est l’auteur des aventures de Thursday Next, une imagination décalée et bluffante. Du coup, en apprenant qu’un nouveau roman de sa plume était paru, j’étais curieuse, forcément, d’autant que le titre lui-même me plaisait.
Naïvement, j’ai cherché Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons au rayon SF/fantasy, avant qu’un tilt ne me fasse songer à le chercher en Jeunesse.
Jennifer est donc paru dans une collection non-destinée aux adultes, pour l’un de ces mystères éditoriaux qui me sont inaccessibles. Peut-être parce que l’ensemble est court. Peut-être parce que le personnage principal a 16 ans. Peut-être parce qu’il n’y a aucune évocation sexuelle. Je ne sais pas.
Toujours est-il que ce roman est simplement tout public.
Dans un 21ème siècle décalé, où la magie se meurt doucement (des mages, autrefois brillants, en sont réduits à vendre leurs services pour réparer l’électricité dans les maisons particulières), où les Royaumes Désunis s’entredéchirent, Jennifer Strange est une jeune fille de bientôt 16 ans, enfant trouvée donnée en servitude à l’agence de magie Kazam, qu’elle gère comme elle peut, remplissant de la paperasse pour la moindre incantation.
Mais voilà qu’une prophétie annonce que le dernier dragon vivant sera tué dimanche midi et, alors que notre jeune héroïne est persuadée que cela a un rapport avec la diminution de la magie, elle apprend qu’elle est la dernière tueuse de dragons.
Tout d’abord, le point négatif : comme je l’écrivais pour Thursday Next, Fforde ne sait pas « situer » ses personnages. Jennifer a 16 ans et son acolyte en a 11. Mais notre auteur n’a visiblement aucune idée de ce que peut être une adolescente ou un enfant. Les deux personnages se comportent comme des adultes asexués. Du coup, ce détail, un peu agaçant, aurait pu être facilement évité en faisant de Jennifer une jeune adulte…
Mais, sinon, l’ensemble est fort plaisant. Le monde et les situations sont décalés, l’imagination est flambante et le tout se lit facilement, le rythme est bon. On s’inquiète du devenir de Jennifer, du dernier dragon… et la surprise est bien au rendez-vous sur la fin. Les mages, repliés dans leur vieil hôtel délabré, inspirent la sympathie, le roi est méchant ce qu’il faut…
Fforde a un talent indéniable, même si je regrette toujours qu’il ne trouve pas un co-auteur ou une équipe pour bâtir ses personnages.

Fleuve Noir – Territoires
ISBN : 978-2-265-09306-5
295 pages – 15,90 €

Ce billet a également été publié dans la #TribuneVdR.

Traquée – Rebecca Kean I (2011)

Autrice : Cassandra O’Donnell

En voyant l’épaisseur du bouquin dans la pile de services de presse, j’ai eu un gros moment d’hésitation : je ne suis pas fan de bit-lit et le volume est bien épais. Mais, en le feuilletant, il n’abrite que 474 pages. Du coup, par curiosité, je l’emporte.

C’est un roman inédit et les crédits m’indiquent qu’une Nathalie Gendre a dû souhaiter signer du nom de plume de Cassandra O’Donnell, sans doute plus « glamour » (ou pour ne pas se commettre en littérature de genre ?). Donc de la littérature francophone, d’une autrice débutante ? Google ne m’aide pas beaucoup…

Alors…
Rebecca Kean (Pourquoi ce nom de Kean alors qu’elle est française ? Un nom d’emprunt ? La suite du roman ne me l’apprendra pas, mais je le suppose puisqu’elle se cache…) est une sorcière de guerre surpuissante qui a fuit son clan et la France parce qu’elle avait eu une liaison avec un vampire, ennemi mortel des siens (et accessoirement un enfant, une fille prénommée Leonora).
Elle arrive dans une petite ville des USA où vit une concentration impressionnante de créatures surnaturelles : vampires, démons, loups-garous, muteurs (pourquoi y’a-t-il un clan de muteurs pour toutes les créatures garous différent du clan des loups ?), chamans (les grands absents de l’intrigue) et potionneuses (alors Rebecca est une super-sorcière, mais, dans ce trou paumé, on ne trouve que des sorcières à potions).
Puis des créatures sont enlevées et on demande son aide à Rebecca parce que, sinon, il n’y aurait pas de roman.
Le super-vampire du coin tombe amoureux d’elle, mais un démon veut se la faire aussi, ainsi qu’un loup-garou et… un muteur ? On dirait bien, yep.
L’intrigue, même si elle n’est pas follement originale, pourrait néanmoins se défendre pour un honnête roman de détente sans prise de tête. L’autrice arrive même à trouver une explication à l’attrait de Super-Vampire pour l’héroïne.

Sauf que…
L’autrice devait être pressée par un délai imaginaire car elle n’a pas jugé utile de se relire. Et personne, dans l’équipe de son éditeur, ne l’a jugé utile non plus. Du coup, l’action laisse souvent la place à un agacement justifié.
Les loups-garous se transforment ? Ben, sans se déshabiller, c’est évident, ils ont les moyens de perdre toute leur garde-robe régulièrement, même une petite robe de créateur.
Le temps ? C’est pour les mauviettes : pourquoi l’action devrait-elle se plier à un enchaînement normal des heures ? Rebecca a un vrai boulot, mais, visiblement, elle n’a pas besoin d’y justifier ses absences de plus en plus fréquentes.
Un exemple de nimportenawak flagrant : notre sorcière bien-aimée est allergique aux félins. Couverte de poils, éternuant, elle pense qu’elle doit absolument rentrer chez elle se doucher et prendre des médocs. Mais, la seconde suivante, elle part faire autre chose et n’éternue plus du tout. L’autrice aurait pu nous glisser un « une heure plus tard », mais c’était sans doute trop simple ?
Bien sûr, on a aussi le droit à la même phrase à une page d’intervalle, aux effets de style douteux et répétitifs… et, au milieu du roman, brusquement, Rebecca aime les séries télé… et, là, cerise sur le gâteau : dans ce déroulé de bit-lit très moyen, Buffy est qualifiée de kitsch (hôpital ? charité ?).

En conclusion, et à mon propre étonnement, je suis allée jusqu’au bout parce que je voulais trouver les justifications à toutes les pistes posées, mais la fin annonce une suite…
Si l’autrice ou l’éditeur ont une prise de conscience et s’aperçoivent que publier un roman, c’est un vrai travail, je crois presque que c’est jouable et qu’on pourrait avoir une petite série sans prétention avec sa dose d’action. Mais, en l’état, c’est médiocre. (Et, comme le tome 2 parait incessamment sous peu, je pense que c’est cuit…)

J’ai lu
ISBN : 978-2-290-03206-0
474 pages – 12 €

Ce billet est paru dans la #TribuneVdR.

Sans Âme – Le protectorat de l’ombrelle I

Autrice : Gail Carriger
Traductrice : Sylvie Denis

Dans une Angleterre alternative du 19e siècle, Mlle Tarabotti est une belle latine complexée par son physique pas assez britannique, au caractère bien trempé et persuadée qu’elle est condamnée au célibat. Mais sa caractéristique principale, dans ce monde où les loups-garous et les vampires vivent au grand jour (si je puis dire), est son absence d’âme qui fait que, lorsqu’elle touche une créature surnaturelle, celle-ci devient, le temps du contact, simplement humaine.
La première impression, c’est celle de plonger dans du Jane Austen : notre héroïne, auto-proclamée vieille fille, tombe sous le charme de Lord Maccon, Alpha de sa meute de loups-garous, noble à la fois riche, mais délicieusement brute. Elle le dispute et le boude alors que le bon parti ne rêve que de l’épouser.
A cette romance qui sent bon la dentelle et les tasses de porcelaine, on ajoutera un peu de fantasy urbaine (mais le surnaturel joue plus du décor que du propos), une enquête policière avec son lot de savants fous et de société secrète et une bonne dose de chick lit, Alexia Tarabotti découvrant l’érotisme en même temps qu’elle se fait courtiser d’une manière fort « directe » qui ressemble plus aux canons actuels qu’à ceux qu’on peut trouver dans Orgueil et Préjugés.
En réalité, Sans Âme forme un mélange au premier abord surprenant, avec un ridicule plein de charme, un manque de sérieux assumé, de longues descriptions de toilettes excentriques et de plats divers… Au final, on se laisse prendre au jeu et on s’amuse de la petite touche steampunk.
Alors, clairement, si vous n’aimez pas lire une histoire d’amour en dégustant une tasse de thé et des pâtisseries, ce roman n’est pas fait pour vous car la romance en est le cœur central. Mais si, comme moi, vous assumez de temps en temps votre côté midinette, vous devriez aimer le côté décalé et gentiment absurde de cette fantasy urbaine à l’eau de rose.

Orbit
ISBN : 978-2-36051-026-9
314 pages – 16,50 €

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.

Le Début de la fin (2009)

Auteur : Jasper Fforde
Traducteur : Jean-François Merle

Pour ceux qui ne connaitraient pas (?) et pour resituer un peu dans le contexte, le Début de la fin est le cinquième tome des aventures de Thursday Next. J’ai chroniqué le tome 3, Le Puits des histoires perdues, et le tome 4, Sauvez Hamlet !, ici même.
Ce qui m’ennuie, c’est que je ne peux pas en faire la chronique cette fois : l’exercice demande en effet d’avoir eu une lecture relativement rapide pour avoir bien en tête les différents éléments du livre, de l’intrigue… sauf que cela fait des mois que je suis sur cette lecture (vu que je l’ai acheté à sa sortie en juin, je crois bien).

Fforde est génial, au sens où les aventures de son héroïne sont bourrées d’imagination, de choses surprenantes, dingues… mais, définitivement, ses personnages ne sont pas attachants. J’ai vu la différence récemment : j’ai lu en quelques jours la Nuit de la lune bleue alors que l’intrigue est très simple, mais je voulais savoir ce qui arrivait aux personnages.
Avec Thursday Next, je m’émerveille devant le monde, l’inventivité déployée, je jubile de détails de fou… mais je me contrefiche des persos, même de l’héroïne..
Bref, il faut lire Fforde parce que les idées sont géniales, mais c’est tout. Perso, j’ai tendance à considérer que c’est un peu du gâchis car la place de cet auteur serait d’avantage au sein d’une équipe où d’autres pourraient pallier ses défauts, menfin, c’est comme ça…

Puis je dois dire que c’est un auteur qui m’émerveille techniquement, dans le sens où il démontre qu’on peut rendre un livre en 4D, mais je ne sais pas si je suis bien compréhensible, là.

Ce billet est également paru sur la Tribune des Vagabonds du Rêve.