Puis-je utiliser le présent de narration pour le futur ?

Je commence par un petit rappel de la définition :
Le présent de narration (également appelé présent historique1) est le fait d’utiliser le présent pour raconter des évènements passés.
Qui devraient être racontés au passé, du coup.
L’objectif est tout simplement de rendre le récit plus vivant.

Lorsque l’on communique (par exemple pour annoncer le programme d’un festival), j’ai tendance à également conseiller l’usage du présent, pour le futur donc.
En faisant une recherche rapide, je trouve des explications pour l’usage passé, mais pas pour l’usage futur.
Je répare donc cet « oubli ».

Quand vous faites une annonce de type « tel artiste se produira et proposera une revisitation de… », je préconise un « se produit et propose ».
Votre évènement à venir est a priori situé dans le temps. Vous avez annoncé les dates, elles sont facilement accessibles. Vous n’avez donc pas besoin du futur pour confirmer que ça ne se passe pas tout de suite / en ce moment.
Le présent est plus fluide, plus court et vous emmène au cœur de l’action.

Une collègue doit partager une capsule de 30 secondes où un artiste est interviewé et partage ses rêves / les feats qu’il aimerait faire. Elle cherche un titre et, après une petite discussion, elle s’arrête sur « c’est quoi ton feat ? »
Je trouve que ça convient très bien : le titre est la question qui est posée, c’est court, on comprend rapidement le contenu qu’on va trouver.

La nuit passe et le doute lui murmure à l’oreille :
Est-ce que ce présent convient puisque l’artiste ne va pas partager aux spectateurices un feat qu’il est en train d’enregistrer en ce moment, mais qu’il évoque ses rêves ?

L’important, en communication, est de t’assurer que, dans un message, quand la personne à laquelle tu t’adresses a fini de le recevoir, elle ait toutes les données en main.
Si tu mettais un texte avec « c’est quoi ton feat ? » suivi d’une liste de noms sans explication, ton message serait inexact, voire trompeur.
Sauf que, ici, après le titre / la question lancée, l’artiste développe ce qu’il aimerait et pourquoi. Le message dans son ensemble est sans ambiguïté.

Le présent est donc permis (il n’y a aucune erreur d’interprétation possible) et même plus agréable / court / percutant qu’un « c’est quoi le feat dont tu rêves ? » (par exemple).

Vous aurez toujours des vieux grincheux qui essaieront de vous convaincre que l’usage du présent est paresseux avec cette notion délétère qu’il faut souffrir pour que ce soit bien/bon donc que ça serait mieux un autre temps (passé ou futur) puisque plus difficile à conjuguer.
Ou que c’est plus exact ou…
Il y a des langues qui n’ont pas de conjugaison différente en fonction du temps et elles n’en produisent pas moins de grand·es écrivain·es ou penseur·ses.
J’ai un indice pour vous : ces vieux grincheux sont les mêmes qui vont critiquer l’écriture inclusive, les néologismes et autres expériences de pensées.
Traduction : Ils sont incapables d’exercices complexes.
En utilisant le présent pour un passé ou un futur, tu obliges ta/ton lecteurice à faire un petit exercice de contextualisation.
Spoiler : iel y arrive très bien !

  1. J’ignorais l’existence de ce 2nd terme jusqu’à aujourd’hui et la rédaction de cet article… ↩︎

Auteur/autrice : Songe au bord du fleuve

Ecrivain·e, Poète·sse, Blogueur·se