JdR et FIJ, c’est fini ?

Est-ce de bon goût d’annoncer la fin d’une idylle un jour de Saint-Valentin ?

Ça fait plusieurs semaines (années ?) que je savais que j’allais écrire ce billet et j’ai déjà teasé quand j’ai livré mon retour d’Octogônes. Donc, en octobre, j’écrivais que le Festival International des Jeux (FIJ) de Cannes n’était hélas plus un des évènements importants du jeu de rôle (JdR) en France et je savais que je reviendrai sur ce point à l’occasion de son édition 2026.

Quelques éléments :

Le FIJ 2026 se tiendra dans deux semaines (du 27 février au 1er mars).
On savait déjà que plusieurs éditeurs de JdR ne viendraient pas, mais ils ne souhaitaient pas communiquer dessus et il fallait donc attendre que les plans soient connus pour constater l’ampleur de la désertion.

Le FIJ est organisé par une structure liée à la mairie.
Et on peut dire que la mairie de Cannes a les moyens de faire de gros festivals, dans un palais dédié au bord de la mer, à quelques minutes de la gare.

Quand on organise un évènement, la question du lieu et du matériel est très importante.
Pendant de très nombreuses années (au moins depuis avant 1998 et mon premier FIJ), la direction en place aimait sincèrement les jeux et tous les jeux. Dans un billet sur un autre sujet, je raconte comment, en tant que FFJdR (Fédération Française de JdR), nous avions rencontré le FIJ et comment était né le GRAAL (GRoupement Azuréen des Associations Ludiques) par la suite. La volonté de promouvoir le JdR et les jeux de simulation (figurines, wargames, etc.) était donc là depuis longtemps et elle s’est maintenue dans une longue collaboration FIJ/GRAAL.

Pour bien comprendre les enjeux, si l’on considère Octogônes (par exemple), l’association qui l’organise (et donc ses bénévoles) doit s’occuper des tâches en lien avec le lieu / matériel et c’est la question la plus difficile.
Parce que c’est celle qui ne peut pas forcément se résoudre avec de la bonne volonté. Si le lieu est loué, disons 20.000 € (je dis ça complètement au hasard), vous ne pourrez rien faire si vous n’avez pas 20.000 sur votre compte. Vous pouvez rechercher des subventions, mais, tant qu’elles ne vous sont pas accordées, vous êtes bloqué.

A ce titre, le FIJ était donc du pain béni : un lieu mis à disposition où le GRAAL pouvait évoluer en se concentrant sur le programme / la proposition.
L’accord était que le GRAAL jouait le rôle de fédérateur des associations locales pour que le FIJ ait un interlocuteur unique.
Évidemment, plus d’éditeurs (de jeux de simulation, donc) devenaient intéressés et plus l’espace du GRAAL pouvait se réduire, mais c’était l’objectif : développer les JdS dans un gros évènement.

Ça a fonctionné. Et puis, il y a quelques années, la direction a changé. Le festival est devenu payant et ce n’est plus l’amour des jeux qui a primé.
Ça ne signifie pas qu’il n’y a plus de jeux, évidemment, mais que ce n’est plus de montrer l’étendu des jeux qui est important, mais davantage ceux qui sont le plus rentable.

End of the game.

Côté associatif, je ne sais pas si on peut décorréler le déclin du tissu local avec la diminution de l’appétence du FIJ pour le JdR.
Si tu as rendez-vous pour un évènement annuel, tu vas sans doute plus facilement motiver des bénévoles que s’il n’y a pas de moments marquants qui t’attendent.
Dans le bénévolat, réunir les gens autour de projets concrets est fondamental.

Alors, attention, le GRAAL est encore présent cette année au FIJ (donc il y aura des parties de JdR) et il doit y avoir 3 (ou plus ?) éditeurs… mais ça n’est pas une proposition qui puisse te faire traverser la France (et te trouver un hôtel dans une ville saturée pour le festival) ou, si tu es de la région, te motiver assez pour payer une entrée et faire une queue super longue…

Cet état n’est pas du tout une surprise puisque ça s’est passé sur plusieurs années où des éditeurs doutaient de plus en plus de pouvoir investir argent/temps pour un stand.

Personnellement, je suis donc triste ET soulagé.
Triste parce que le FIJ a été pendant longtemps un moment important de mon année, où j’allais retrouver des ami·es.
Soulagé parce que je n’ai aucune patience et cette longue agonie me pesait.
En 2013, j’écrivais que c’était le lieu d’un grand rassemblement rôliste et ça n’était plus le cas depuis un moment, mais il était difficile d’en parler sans élément concret. Aujourd’hui, on peut regarder le plan et dire « OK, c’est fini ».
Pouvoir faire le deuil, c’est une étape pour reconfigurer les propositions locales ou jeter l’éponge si elle doit être jetée.

Auteur/autrice : Cenlivane

Ecrivain·e, Poète·sse, Blogueur·se