Où je décide de ma définition de la Romance

Cette aprem, j’ai lu une publi Insta de l’autrice Flora Peony :

Je regrette le choix de la police / fond qui m’en ont rendu la lecture difficile, mais ça n’est pas le sujet ici.

Je vous résume ce que j’en ai compris :
1/ Si l’on défend l’usage des TW, une fin triste doit faire l’objet d’un TW parce que cela peut tout autant choquer que d’autres sujets ;
2/ Les codes de la romance incluent une fin heureuse donc, si la fin est triste, l’histoire doit être indiquée comme « drame sentimental » et non comme « romance ».
La dernière vignette indique que Roméo et Juliette est une tragédie et non une romance.

Alors… j’ai beaucoup de choses à dire et je vais essayer de garder le fil.

Tout d’abord, TW est l’abréviation de trigger warning et je vous mets le lien vers la fiche Wikipédia, ça me semble le plus simple / sage. Bon, la fiche en question m’interroge, mais vous aurez une définition.

Ce que j’en pense :
L’usage des TW est courant pour les films / séries / jeux vidéo et la littérature est une fiction comme les autres.
Je trouve sécurisant de permettre aux personnes qui souhaitent éviter certains sujets de se préserver. Par exemple, si tu viens de perdre un de tes proches à cause de quelque chose de spécifique, tu n’as pas forcément envie de te confronter à cette chose alors que tu cherches à passer un moment pour te détendre, voire te réconforter.

En règle générale, je trouve tout à fait sain de savoir ce que l’on va consommer.
On trouve ça normal quand on va manger et je ne vois pas trop pourquoi ce serait différent quand on va lire.
Je sais que certains vont évoquer le plaisir ou la nécessite de surprendre / choquer / interpeller… dans l’Art, mais je n’ai même pas tellement envie d’argumenter autour de cette idée : d’où tu déciderais pour les autres de ce qu’iels doivent trouver dans l’art ?
On a par exemple le droit de ne pas aimer les surprises.
Ça peut sembler tout bête formulé ainsi, mais t’as le droit de lire de la fiction et de ne pas aimer les surprises.
Je garde la comparaison avec la nourriture : si tu as des allergies ou des intolérances, tu ne peux pas te laisser surprendre comme quelqu’un qui peut tout manger.
— Mais personne n’est « allergique » à une lecture !
— Si. Si ça te procure de l’inconfort, voire des anxiétés (par exemple), il y a une conséquence qui t’affecte.

Le gros reproche adressé aux TW (en général et quand on est de « bonne foi ») est le risque de spoiler l’intrigue.
Je pense que ça n’est qu’une question de présentation : on a les moyens, facilement, de veiller à ce que les TW soient tout à la fois accessibles et que la personne qui ne veuille pas les voir puisse les passer / laisser son regard glisser dessus.
Par exemple en veillant à ce qu’ils se trouvent sur une page dédiée qui ne contienne pas d’autres infos qui puissent manquer au/à la lecteurice qui la sauterait.

Je suis donc d’accord avec le point central soulevé par Peony : une fin triste doit faire l’objet d’un TW.
Perso, depuis que je suis tout petit (et j’en ai déjà parlé), je vérifie la fin des histoires juste après les avoir commencées et quand je sais que je veux les finir.

Je ne la rejoins cependant pas sur la définition de la romance.
J’en ai parlé ici et il y a donc deux définitions. Peony utilise celle ancienne où la romance est codifiée et l’un de ces codes est la Happy End et, pour ma part, j’ai décidé d’adopter la définition plus moderne et plus large de l’intrigue amoureuse.

Il y a une raison à ça.
Les genres sont artificiels et leur existence a pour utilité de guider le choix des lecteurices.
Seulement des lecteurices. Oui oui, j’insiste.

En tant que critique / prescripteurice, il est important de rapprocher une œuvre de titres similaires pour la placer dans un contexte, mais il est impossible d’avoir un genre pour chaque groupe d’œuvres similaires.
J’essaie de développer :
Imaginons que je lise une très bonne histoire. L’intrigue est solide, les personnages sont réussis. Sauf que cette histoire est la copie conforme d’une œuvre plus ancienne.
Si je suis ignorant d’un groupe de textes en particulier, je peux juger un livre original alors qu’il ne l’est pas.
On peut estimer le style, l’écriture… indépendamment du contexte, mais pas l’intrigue ou les personnages.

Une catégorisation fine est donc utile, mais aucun genre vaste ne peut répondre à ce besoin.
Je pense donc que c’est plus efficient de garder les « grands » genres comme des indicateurs larges : dans un Policier, je vais trouver un ou des crimes, une ou des enquêtes ; dans une Romance, la ou les relations amoureuses vont jouer un rôle important ; etc.

Je ne crois pas qu’il soit pertinent de diviser une même catégorie en deux genres distincts en fonction de la seule fin (positive ou négative).

De plus, je me demande dans quelle mesure on peut distinguer réellement les Happy Ends des Sad Ends et c’est pour cela que je serais plus à l’aise avec une notion de positive vs négative.
Parce qu’est-ce qu’une Happy End ?

Roméo et Juliette, pour en revenir à cette histoire classique et archi connue, est un cas « facile » : les deux personnages principaux meurent à la fin donc on peut dire que c’est 100 % négatif.

Est-ce qu’une histoire à fin positive doit forcément se terminer par le mariage des héros ?
Est-ce que ce n’est pas cool aussi que, mettons, une jeune femme termine l’histoire en s’affranchissant du modèle hétéropatriarcal et parte faire le tour du monde avec sa meilleure amie ?
Si l’un des héros a une maladie incurable en début d’histoire et qu’iel meurt après avoir connu l’amour, c’est positif ou négatif ?

J’avais déjà fait un billet sur le sujet de la conclusion des histoires d’amour en 2016.

Je vais reprendre une histoire dont j’ai déjà beaucoup parlé : Lost You Forever (version drama).
Il y a une héroïne et 3 intérêts amoureux masculins.
C’est une romance = les relations amoureuses sont importantes dans l’intrigue.
Sur les 3 hommes :
Lui1 finit avec Elle. Ils se marient et on peut imaginer qu’ils vivront longtemps ensemble ;
Lui2 n’épouse pas Elle, mais il lui déclare ses sentiments, accède à la fonction qu’il souhaitait et finit sa vie paisiblement auprès de sa sœur (non biologique) qu’il a épousée : il n’est donc pas amoureux de sa compagne, mais il éprouve pour elle une affection sincère ;
Lui3 meurt sans avoir déclaré ses sentiments à Elle.
C’est une Happy ou Sad End en fonction du personnage masculin que tu as préféré et pas en fonction de l’histoire elle-même. Ayant préféré Lui3 puis Lui2 et n’ayant pas aimé Lui1, je peux dire que c’est une fin triste ou douce amère, mais les fans de Lui1 y verront une HE.

— Du coup, tu termines cet article comment ?
— Je pense que c’est réellement important de ne pas chercher à traumatiser les lecteurices.
Traumatiser les autres n’est déjà pas un but dans la vie et choquer pour choquer n’est pas une démarche artistique.
On peut aussi avoir des presque HE (un mariage et tout) avec des morts sur le chemin. A combien de morts / de personnages secondaires laissés en plan évalue-t-on ce qui est positif ou négatif ?

Mais, comme je l’écrivais en 2016 et je le pense toujours, une histoire d’amour n’a pas de conclusion comme on peut en avoir dans un polar (par exemple) donc je ne suis pas favorable à ce que le terme Romance soit cantonné aux fins heureuses, à supposer qu’une définition existe (non).
Parce que cela nous forcerait à trouver un nouveau terme pour l’ensemble du genre où les relations amoureuses sont importantes et que Romance a déjà bien pris dans cet usage. Je n’aime pas trop réimaginer l’eau chaude.
Je me dis qu’il y a un travail à faire dans la manière dont lae lecteurice est informée des contenus.
Globalement (pour toutes les fictions). Et discrètement (pour ne pas spoiler non plus).
Laisser la surprise pour celleux qui la recherchent et sécuriser celleux qui veulent savoir où iels mettent les pieds.

Auteur/autrice : Cenlivane

Ecrivain·e, Poète·sse, Blogueur·se