Le jour où je me suis mis·e en paix avec mes objectifs de nano-éditeurice

La question de la surproduction littéraire n’est pas récente, mais, avec l’été qu’on vient de vivre, on peut imaginer (espérer ?) une accélération de la prise de conscience écologique.
En parallèle, en France, ces derniers mois, on a vu la fermeture de plusieurs grandes chaînes de librairies et la faillite (probable ? avérée ?) du distributeur Makassar. Il y a plusieurs papiers sur le sujet, mais, très rapidement, ce distributeur avait dans son giron plus de 200 maisons d’édition indépendantes qui se retrouvent avec de gros impayés menaçant leur survie.

Hier, j’ai écouté la vidéo de Marouchka et je vous la partage car je rejoins pas mal ce qu’elle y exprime :

Cette histoire de surproduction, elle n’est pas nouvelle et elle n’est pas insoluble.
Tous les jours, tu dois manger et, si tu ne le fais pas, tu meurs. Donc tu ne peux pas forcément choisir ce que tu consommes dans ce domaine car cela va dépendre de tes moyens, de ta localisation, etc.
Côté lecture, je pense que c’est rare d’être pris à la gorge : on est sans doute nombreux à avoir déjà une Pile à Lire assez conséquente donc, si on achète moins demain, on ne va pas mourir d’ennui.

Je ne parle pas de ne plus acheter de livres car l’Art est vivant et on ne va pas le figer. Mais prendre le temps de mieux consommer, quand notre vie n’est pas menacée, ça ne me semble pas insurmontable.
Qu’est-ce que j’achète ? Pourquoi ? A qui ?
Et ce n’est même pas la question de ne pas consommer la dernière nouveauté dont tout le monde semble parler ; en vrai, cette nouveauté, on peut très probablement l’emprunter à un pote ou en bibliothèque.

J’ai toujours été très critique par rapport à la librairie telle que pratiquée, disons, dans la chaîne du livre traditionnelle : une place où les nouveautés défilent beaucoup trop vite.
Marouchka évoque une trêve où des librairies redeviennent pleinement prescriptrices et c’est ainsi que j’imagine la « librairie idéale ».
Je vous mets le lien vers le site de l’association Pour l’écologie du livre. (Je ne l’ai pas encore entièrement exploré de mon côté.)

Côté éditeurices, il y a des choses à réfléchir et je vous partage le billet que Stéphanie Chaptal a récemment écrit sur les éditions Askabak qui ont, pareillement, une vraie réflexion autour de leurs pratiques.

En tant qu’éditeurice pour les Vagabonds du Rêve, j’ai longtemps priorisé le papier. Cela ne me convenait pas, mais je m’y sentais obligé·e, genre « pour faire plaisir aux auteurices et aux lecteurices ».
La position de nano-éditeurice est assez étrange (en tout cas pour moi). Une part de nous veut se conformer aux attendus généraux de l’édition, un peu « faire comme les autres », alors ça n’a pas de sens puisque, justement, on n’est pas « comme les autres ».

Je ne me suis jamais qualifié·e d’anticonformiste parce que je pensais que cela supposait une démarche active de renverser la table et je ne proteste que lorsque je pense être confronté·e à une injustice (et je trouve ça conforme de refuser l’injustice).
Néanmoins, j’arrive à un âge où, en tant que personne neurodivergente et queer, je dois bien me dire que, n’ayant jamais voulu suivre les règles traditionnelles, donc notamment celle de l’édition tradi, il est temps que je n’en fasse qu’à ma tête et que je vois où ça nous mène.

Bref, je suis resté·e bloqué·e quelques temps (et y’a eu d’autres facteurs), mais je me sens désormais à l’aise pour suivre nos « nouvelles » règles.

Dans un souci de décroissance, l’édition numérique m’apparaît comme la solution qui convient à un catalogue comme le nôtre, avec peu de titres, sur une longue durée de vie.
L’ouvrage est disponible et nous pouvons faire de tous petits prix qui ne fragilisent pas votre budget.
Cela nous libère également de toutes les injonctions autour de longueurs imposées. Avec un ouvrage papier, tu dois optimiser la taille d’un livre par rapport au prix que tu peux le vendre, aux frais de port, etc.

Mais aussi, très égoïstement, le numérique répond à mes besoins de personne malvoyante.
Mes lectures ont décru parce que je peinais souvent à lire sur papier, voire je n’ai carrément pas pu lire des livres que j’avais achetés.
J’aime les livres papier, hein, je continuerai très certainement à les regarder, à en offrir… mais je n’essaie plus de les lire (et de me frustrer en essayant). Et, s’il nous arrivera sans doute d’en refaire à l’occasion, ce n’est plus notre objectif.

Bref, je me sens désormais aligné·e dans notre façon d’aborder désormais l’édition et nous ne nous limiterons plus à l’imaginaire, mais à toutes les « sous-cultures » qui matchent avec nous.

Ce billet est également paru dans la #TribuneVdR.


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Auteur/autrice : Songe au bord du fleuve

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