Le FIJ lance un concours pour son affiche…

… et je ne pense pas que ce soit OK.

Je vous ai parlé à plusieurs reprises du Festival International des Jeux de Cannes (FIJ) car c’est un festival qui a de l’importance dans ma vie : la première édition à laquelle j’ai participé était celle de 1998 et, depuis, j’y ai un vécu, des ami·es qui y vont chaque année (quasi), etc.
L’année passée, je vous ai parlé du souci de la disparition du jeu de rôle car c’était à mes yeux le point le plus important (par rapport aux thématiques que j’observe et documente), mais ils avaient été dans la sauce pour avoir eu une affiche réalisée via IA (changée suite à la levée de boucliers).
C’est problématique d’utiliser l’IA dans la création, mais l’argument souvent invoqué (et mauvais) est « je n’ai pas les moyens », ce qui n’est évidemment pas le cas de la SEMEC qui organise le FIJ.

Je n’aime pas les concours.
Je ne parle bien évidemment pas d’un tirage au sort pour gagner quelque chose.
Je déteste les concours qui mettent en compétition des artistes.
Je peux comprendre l’idée pour des scolaires : tu motives les enfants, l’un·e d’elleux sera récompensé. Parce que tu n’en récompenses qu’un ou deux, ça peut être pris comme un jeu et ça ne dit pas aux autres qu’ils sont dans l’échec.

Qu’est-ce qu’une affiche pour un festival ?
Sur les 10 éditions de Nice Fictions, nous avons repéré un·e artiste dont le travail nous plaisait, nous l’avons contactée pour nous assurer que ses tarifs calent avec notre budget, nous lui avons proposé une exposition…
C’est un choix éditorial / artistique : on choisit quelqu’un pour parler de son art / travail.

Cette année, pour son affiche, le FIJ organise… un concours.
Ils soumettent au public le travail de 9 artistes professionnels. Au lieu de dire : on aime tel artiste que l’on vous présente, 8 artistes vont se trouver non-sélectionnés pour un travail qu’iels ont déjà fait.

J’ai vu l’info, je suis allé voir mes collègues (artistes) et je leur ai demandé : « C’est moi qui râle tout le temps ou quoi ? »
Parce que, à force de voir passer des choix problématiques, je finis par douter, genre est-ce que je ne comprends plus ce qu’est un festival ou un choix artistique / éditorial ?
Iels ont été unanimes, hein… Ce n’est tellement pas correct de procéder ainsi.

Quand, en tant qu’éditeurice, je choisis ou refuse un texte, je ne dis pas à son auteurices qu’iel est meilleur ou moins bon qu’un autre.
Je regarde deux critères :
1/ est-ce que c’est bon d’un point de vue littéraire ? (mon travail d’éditeurice)
2/ est-ce que ça colle à notre ligne ? (et, ça, OK, c’est subjectif)
Si je crois en un travail, je l’accompagne et le soutiens.

Quand un festival choisit un·e ou des artistes, il présente un choix qu’il doit défendre / auquel il doit croire en premier.

On est dans une époque compliquée, anxiogène. On manque d’argent et donc on en manque dans la Culture. Les artistes sont déjà volés par l’IA.
Et, maintenant, au lieu que tu reçoives une commande où on te dit « j’aime ton taf », c’est : « tiens, je te jette dans l’arène ? »

On ne peut pas faire mieux ?

PS : Mes collègues sont dans la musique / spectacle vivant.
Vous imaginez qu’iels contactent des groupes / artistes / troupes et leur disent : « est-ce que vous êtes d’accord pour vous produire sur telle date et vous venez si le public vote pour vous ? »


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Auteur/autrice : Songe au bord du fleuve

Ecrivain·e, Poète·sse, Blogueur·se