L’Odyssée (2026)

Je n’ai pas détesté car on peut toujours faire pire, mais je ne comprends pas clairement pas la hype autour parce qu’il me semble daté / obsolète
2h53
Réalisateur : Christopher Nolan

Je vais beaucoup moins au cinéma qu’avant, pour deux raisons sans lien :
1/ le prix, forcément, puisqu’une place de ciné, c’est un mois d’abonnement à une plateforme et que je suis juste financièrement ;
2/ mais aussi la compagnie : je n’aime pas aller au ciné tout·e seul·e et je ne trouve pas forcément de potes dispo pour.
Cependant, comme tout le monde parlait de l’Odyssée, la curiosité a commencé à me titiller. Et on m’a proposé d’y aller vendredi soir.

Je dois poser quelques éléments.
Je connais Ulysse et la mythologie grecque comme… tout le monde. Très basiquement, en fait. Je sais qu’Athéna n’est pas apparue pour la première fois dans les Chevaliers du Zodiaque et qu’Ulysse a existé avant Ulysse 31 (que, je crois, je n’aimais pas beaucoup, mais on avait si peu de choix à cette époque).
J’ai toujours détesté, aussi loin que je remonte dans ma mémoire, les deux (Ulysse et la mythologie grecque), si bien d’ailleurs que, pendant longtemps, j’ai cru à tort que c’était l’idée même de mythologies en général qui me dérangeait.

Mes raisons étaient hyper simples : Ulysse était un coureur qu’une épouse attendait fidèlement et Zeus avait engrossé je ne sais combien de femmes, souvent sans leur consentement, tandis qu’Apollon avait puni Cassandre parce qu’elle se refusait à lui.
A cette époque (quand j’étais enfant), évidemment, je n’aurais pas pu expliquer mes sentiments avec tout un tas d’arguments, mais, à plus de 50 ans, je peux dire que j’étais tout simplement en colère qu’on cherche à me convaincre que mes racines (en tant que personne éduquée en France) devaient inclure des mythes et légendes patriarcaux.
Bref, vous ne tomberez pas des nues si je vous dis que je suis team Mulan et pas team Ulysse.

Ce blog a deux fonctions (à mes yeux) : c’est avant tout mon journal, donc ça me permet d’écrire mes pensées, de relire mon passé, mais c’est également, à travers mes chroniques, un moyen de vous faire découvrir des œuvres.
Or, tant de jours après sa sortie, il n’y a rien qui n’ait pas déjà été dit sur cette Odyssée.
Je veux dire : quand je critique une série coréenne ou chinoise, je vais peut-être vous amener à la regarder, mais, là, ce n’est pas mon avis qui va vous décider ou non à aller au ciné.

La journée d’hier, j’ai vu quelques vidéos, j’ai discuté sur les réseaux et… je me dis qu’il y a des choses sur lesquelles je peux passer vite et développer plutôt ce qui sous-tend mes articles en général : le traitement des personnages féminins et la narration.

Sur le seul plan de la narration d’aventure, je pense que le film a tout simplement échoué. J’ai failli partir à la moitié (d’ennui) et je ne suis resté que parce que je n’étais pas venu tout seul. J’ai fini par trouver que ça bougeait enfin un peu quand Ulysse arrive à Ithaque (la fin, quoi).
Le « ce n’est pas un film d’aventure », je le résumerai au traitement des sirènes – Charybde – Scylla : c’est rushé sur quelques minutes sans quasi d’émotions.

Je n’ai pas du tout apprécié les fonds sonores sur les batailles et elles étaient la plupart du temps sombres / illisibles.
— Parce qu’il faut le voir sur des écrans spéciaux !
— Quand je vais au ciné, c’est pas à moi de fournir l’écran. Tu dois livrer un film que tout le monde pourra regarder.

Les deux points que je valide (je n’ai pas tout détesté et, en vrai, les acteurices sont bien, ça reste un travail honnête) :
1/ le choix narratif : l’histoire commence un peu avant le retour final, de deux points de vue : celui de Télémaque qui s’inquiète de son père et écoute des récits ; celui d’Ulysse, sur le point de quitter Calypso, qui revient sur ses souvenirs. Ce n’est volontairement pas linéaire et, à mon avis, ça fonctionne ;
2/ la réécriture d’Ulysse.
Le héros grec n’est plus un homme rusé et frivole, mais un homme brisé par la guerre et sa culpabilité et, du coup, ses traumas et la dépression sont de bonnes raisons qu’il n’ose pas rentrer chez lui.

Et, maintenant, je vais en venir au coeur de mon sujet : les femmes.

Je commence par les deux plus « faciles » : Calypso et Athéna.
La puissante reine Calypso est ici une gueuse qui vivote sur une plage, genre Robinson Crusoé en plus pauvre encore. Alors… ce n’est donc pas du tout le personnage du récit original, mais une… allégorie de la dépression ? Dans ce rôle, elle fonctionne. Je l’ai perçue comme molle et triste.
Athéna, quant à elle, est une allégorie de la culpabilité : elle est là, elle te regarde en te faisant te sentir coupable.
Je trouve que ces deux allégories ont du sens (dans ce récit), mais ce ne sont pas des femmes.

Clytemnestre
Son horrible mari a tué leur fille et, quand il rentre, elle le tue : bel arc de vengeance et tout.
Ah, ben, non ! Mettons lui un amant pour lui retirer toute agentivité. Du coup, au lieu d’une mère folle de rage, on a un pauvre mari victime d’adultère…
OK

Circé
Au lieu d’une puissante sorcière qui règne sur son île, tu as une pauvre femme (décidément, t’auras pas une femme avec un beau manoir, y’avait que des cabanes miteuses dispos)… paranoïaque.
Parce que, si elle transforme les hommes d’Ulysse en porcs, c’est uniquement parce qu’elle a peur alors… qu’ils ne manifestent absolument aucun signe d’agressivité !
Du coup, Ulysse lui explique qu’elle a tort et elle lui obéit.
Quelle fatigue…

Note : la scène où Circé transforme les hommes est une scène de body horror. Je déteste le body horror, mais y’a des gens qui aiment.
Perso, juste, je dirais que je ne vois pas ce que ça vient faire dans un film d’aventure.

Pénélope
Alors, déjà, quand on est à -20 ans dans la chronologie, Ulysse a droit à un coup de maquillage pour avoir l’air plus jeune. Visiblement, Pénélope a 50 ans depuis sa naissance.
Sur les réseaux, comme je soufflais très fort sur son perso, une pote m’a demandé comment j’aurais vu les choses sans tout dénaturer puisque ça reste une femme qui attend avec son tissage, là…

Cela fait 20 ans qu’elle règne. Elle attend sans doute son mari, mais l’héritier du trône est son fils. Donc, si elle défend la place, ce devrait être au moins à 50 % en tant que mère.
Ses interactions avec son fils sont… incompréhensibles, limite elle lui reproche de vouloir être roi. Elle semble ne pas l’aimer et n’aimer que son mari.
J’ai un avis très négatif sur des persos de femmes, soumises à leur mari et faisant passer leurs besoins en priorité, au détriment de leurs enfants, forcément vulnérables, dont elles portent la responsabilité.
Alors, oui, à un moment, elle a une réplique qui dit que c’est injuste que les femmes n’héritent pas du pouvoir. Mais ça n’en fait pas une figure féministe, ça fait juste une réplique qui sort de nulle part et qui ne cale pas au contexte.
Télémaque est innocent, il n’incarne pas le patriarcat.

Sans changer son personnage qui attend, elle a dû prendre des décisions sur 20 ans. Forger des alliances. Recruter des fidèles.
Genre tu lui mets… aller 3 servantes fidèles qui espionnent pour elle et agissent dans l’ombre.
Non.
Elle a juste une servante qui la trahit.

En vrai, comme je l’ai entendu, Nolan ne sait pas écrire les femmes. Et il vaudrait mieux qu’il n’en mette aucune.
Perso, je préfère un récit 100 % masculin, qui pose son cadre, qu’un récit qui ne me propose que ça. (Sauf que tu ne peux pas raconter l’Odyssée sans ses nanas, mais, en vrai, est-ce qu’on a besoin d’adapter ce récit ultra-connu quand on a tant de contes et légendes qui ne sont jamais revisitées ?)

Je terminerai avec le gars (un des méchants) qui troue le plancher d’un château en pierre de quelques coups. Je pense que le film ne fait rien de pire.


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Auteur/autrice : Songe au bord du fleuve

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