C’était hier l’un des gros sujets sur les réseaux sociaux. Je vous mets un lien vers un post FB qui reprend les faits et livre une opinion que je partage.
En quelques mots : sur LinkedIn, Tara reçoit un nième message d’insultes d’un random guy et, lassée que les créatrices de contenus soient perpétuellement harcelées par des hommes, elle affiche l’indélicat.
Jusque là, le mot qui te vient, c’est « cheh ».
Sauf que le gars, au lieu de réaliser que ses actions ont des conséquences, il obtient de la Justice que sa victime soit condamnée. Et la décision intervient en 72 heures.
Quand on songe au nombre de femmes qui se font harceler tous les jours sur la Toile, ce délai de 72 heures, clairement, c’est une véritable claque.
Mais ce n’est pas le point qui m’intéresse dans ce billet.
Hier, sur BS, un avocat relativement connu (30.000 abonné·es sur BS, des articles dans des journaux…) défend la décision de la Justice, dans le sens qu’elle est correcte : il est interdit de publier une correspondance privée sans l’accord de son auteur et, à ce titre, Tara est en tort.
Oui.
Nous sommes alors plusieurs personnes à interpeller / souhaiter débattre avec cet avocat.
Sur la question du droit, elle est en tort, mais le droit ne doit-il pas évoluer ?
Le droit n’est pas un objet figé. Il change avec la société dont il reflète les valeurs et ce changement se vit notamment à travers les débats.
L’avocat, un homme de 50 ans, nous bloque après nous avoir accusé de soutenir des « méthodes fascistes » (sic).
Reprenons.
Il est interdit de dévoiler une correspondance privée et c’est normal :
Vous êtes en couple, très amoureux, et vous envoyez des sextos à votre amant, dévoilant vos fantasmes.
Quelques années plus tard, vous vous êtes séparés. Serait-il correct que votre amant publie vos messages ?
Non. Évidemment.
Parce que là n’est pas la question.
La question est : des messages d’insultes (ou la photo de votre pénis) adressés à des inconnues doivent-ils être protégés comme une correspondance privée ?
Derrière la correspondance privée, il y a un contrat social : si j’écris à ma maitresse, c’est pour ses seuls yeux.
Est-ce qu’un spam ou un message agressif peut bénéficier de ce contrat social ?
Ce qui déplait à notre avocat connu, c’est l’idée que les femmes puissent se faire justice elles-mêmes.
‘fin, je suppose, je n’ai pas spécialement de compétences pour me mettre dans la tête d’un vieux gars pétri de certitudes, mais j’essaie de situer son accusation de « méthodes fascistes ».
Il y a deux concepts :
– se faire justice soi-même ;
– partager une info utile.
Quand un journalise rapporte un fait, il ne fait pas justice. Il informe.
La souci, derrière la question de faire soi-même justice, ça n’est évidemment pas l’idée en soi, mais ses possibles dérives.
Si tu me dois 500 € et que je prends 500 € dans ton portefeuille, ça n’est pas problématique en soi. Ça le devient car peut-être que ces 500 €, c’était l’argent pour la cantine de tes enfants ou pour des soins ou…
Le rôle de la Justice est de poser des cadres : on reconnait la dette (tu me dois bien…), mais, si tu ne peux pas honorer cette dette car tu n’en as pas les moyens, je ne dois pas passer outre.
L’avocat a cité le cas d’un commerce qui afficherait un voleur. Le risque ici est que ce voleur pourrait, par exemple, se faire molester.
Un jour, un homme m’a raconté qu’il savait qu’Untel était un agresseur sexuel parce qu’il avait entendu plusieurs infos dans ce sens, mais, quand je lui ai demandé l’identité d’Untel, il a refusé de me la communiquer.
Je lui ai alors fait remarquer que, en refusant de me dire qui c’était, il me mettait en danger : si je croisais Untel, j’ignorais que je devais m’en méfier.
Je vais résumer ça à l’arrache, mais je ne vois pas comment le formuler autrement : certains hommes pensent que l’on peut tenir certaines infos secrètes au nom des libertés individuelles, alors que beaucoup de femmes savent que dévoiler ces infos, c’est protéger les autres.
Dans le silence, les monstres se nourrissent.
C’est assez documenté, on sait qu’il y a en France un véritable souci avec la question des violences sexistes et sexuelles.
Personnellement, je vais donc simplement dire que la défense des libertés individuelles ne peut pas se faire au détriment du droit à l’information.
Le droit à l’information n’est pas une vengeance et ne revient pas à se faire justice soi-même.
Afficher qu’un gars peut envoyer des messages d’insultes à des inconnues, c’est mettre en garde toutes les personnes qui auraient pu se retrouver à travailler avec lui.
Laisser des hommes se servir du secret de la correspondance pour cacher leurs agressions (car c’est de cela dont il s’agit) est un détournement manifeste de l’esprit de cette loi. Et un message qui leur dit : ne vous gênez pas, ça n’aura aucune conséquence.
Les agresseurs, les violeurs… utilisent des procédures bâillon pour tenter de faire taire leurs victimes.
Et des avocats connus, bien établis, nous martèlent que ce serait OK que le secret de la correspondance s’applique à des agressions.
— Mais comment peut-on distinguer un vrai message privé d’une agression ?
— Dans une affaire, il y a une enquête et des preuves. Il y a un juge qui lit, examine, détermine.
S’il y a ambiguïté entre droit à l’info et vengeance, des personnes dont c’est le métier le diront.
Bref… et si on faisait évoluer la loi ?
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