De retour d’Octogônes 15 et quelques pensées sur les conventions de jeu de rôle

Il existe au moins 3 façons de nommer un évènement : festival, convention, salon…
On pourrait se dire que ces termes désignent chacun une réalité différente, mais ça n’est pas tout à fait le cas : disons que cela peut désigner des concepts différents en fonction du milieu concerné. Et de l’envie « esthétique » des organisateurices dudit évènement.
Le week-end dernier se tenait donc la convention Octogônes, mais, dans le milieu du jeu de rôle (JdR), convention est le terme le plus générique et cela ne préjuge pas du tout de la taille / contenu.

Photo prise pendant la convention : beaucoup de tables de jeux, remplies, avec des stands au fond
Octogônes 15 by SylDrax
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Et si on sortait un peu des « familles » et autres « bandes de potes » ?

Le monde du jeu de rôle français est un tout petit milieu donc, quand deux personnes s’engueulent, ça devient vite l’histoire du moment.
En juillet 2022, j’avais parlé d’un buzz (très relatif) autour de JdR Mag1.
A ce moment-là, je ne m’étais pas étendue sur la défense du magazine car ça ne me semblait pas un élément pertinent. ‘fin, je veux dire « la nature de la défense ».
Je n’avais retenu que l’idée principale : l’absence de ligne éditoriale (ce qui est un comble pour une revue).

Cette semaine, un Youtubeur a pris le parti de chroniquer un jeu de rôle en financement participatif réalisé avec des IA génératives2.
Des critiques sont arrivées : décider de parler d’un tel jeu, même sans en dire du bien, est un choix éditorial / politique qui lui donne de la visibilité.

Le Youtubeur a fermé3 sa chaine avec une vidéo où il dit que…
En vrai, je ne peux pas résumer son contenu, bourré de red flags AMHA, parce que je ne pourrais être qu’acide / cinglante.

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Du prix du livre, de l’édition d’imaginaire, du JdR et de la CNL…

Hier, l’émission La Science, CQFD recevait Jérôme Vincent (ActuSF), Mireille Rivalland (l’Atalante) et Olivier Girard (le Bélial).
Si ActuSF a fermé ses portes début septembre, Jérôme annonce qu’il y a actuellement l’examen de deux offres de repreneurs et ces trois maisons d’édition sont plus que représentatives de l’édition indépendante en littérature de l’imaginaire.
L’émission, titrée « Littératures de l’Imaginaire : des éditions sur le fil », est plutôt technique car elle parle surtout du métier, des chiffres…

Le fait est assez connu, mais de récentes discussions sur les réseaux m’ont fait douter des idées répandues sur le sujet alors j’ouvre une parenthèse :
En France, nous avons la loi sur le prix unique du livre. Je vous mets le lien vers la fiche sur le site de Service-public.
C’est une spécificité nationale et, concrètement, il en découle que
en tant que lecteurice, peu importe où tu achètes le produit (petite librairie de quartier, grande surface, site en ligne…), le prix sera toujours le même donc tu n’as aucune raison de comparer les prix : tu vois, ça te plait, tu peux acheter… donc tu vas volontiers acheter dans un magasin de quartier ;
la rémunération de l’auteurice est un pourcentage du prix public du livre donc, peu importe où tu l’achètes, lae créateurice est rémunérée de la même façon.
Concrètement, c’est donc une mesure qui permet principalement que les librairies continuent d’exister puisqu’elles restent concurrentielles : la différence, pour l’acheteur·se ne se fait jamais sur le tarif, mais sur les services associés (conseils, accueil, praticité…).

Dans l’émission, les 3 éditeurices abordent la question du retour des livres. Iels expliquent bien le truc donc je ne vais pas m’étendre dessus et, sur la fiche de Service-public, il y a un onglet sur ce point.

Dans le secteur ludique, il y a des boîtes de jeux de société, mais il y a également des livres de jeux de rôle. Ce qui entraine une petite spécificité : les livres de JdR sont des livres, donc sont soumis à cette loi sur le prix unique, mais sont diffusés par des boutiques de jeux et non des librairies.
Pourquoi je vous glisse cette info ici ? Parce que les boutiques et les librairies ne sont pas dans la même chaine économique et je vais vous en reparler un peu plus en détails plus bas, mais, déjà, au niveau des Vagabonds du Rêve, nous avons fait le choix d’avoir un distributeur pour nos jeux, mais pas pour nos livres.

Le Centre National du Livre (CNL) est un organisme d’Etat pour soutenir le livre et la lecture. Si l’on va sur son site et que l’on regarde les domaines littéraires soutenus, on y lit explicitement que les jeux de rôle n’en font pas partie.
La Fédération Française de Jeu de Rôle (FFJdR, dont je suis l’une des administratrices au moment où je rédige ce billet) a décidé de s’attaquer à cette question.
Pourquoi le livre de JdR ne serait pas subventionnable comme n’importe quelle autre création littéraire ?
Ici, je ne vais pas préjuger de la suite. Je pense que c’est un dossier sur le long terme, je ne sais pas s’il aboutira ou non, mais l’essai me semble tout à fait légitime.

Une chose très curieuse s’est produite.
Lorsque la FFJdR a communiqué sur ce projet (qui peut ne pas aboutir, mais qui ne nuit strictement aux intérêts de personne), des gens se sont offusqués :
Leur point de discorde était que, si le JdR devenait subventionnable par le CNL, la politique des retours s’appliqueraient désormais au jeu.
Hein ? WHAT ???
La loi sur le prix unique du livre s’applique déjà aux livres de JdR, la question des retours est en lien avec cette loi et ça n’a absolument rien à voir avec ce que le CNL soutient ou pas.

Le souci actuellement avec la décision du CNL, c’est que cela revient à classer les JdR avec les manuels et autres dictionnaires, comme s’ils rendaient compte de faits et comme si ce n’était pas des œuvres artistiques — alors que c’est ce qu’ils sont.

Mais, du coup, pourquoi les livres de JdR ne sont pas soumis aux retours ?
« Le droit de retour est un usage commercial qui autorise un libraire à renvoyer un livre non vendu. »
C’est un usage commercial, pratiqué par les librairies et les distributeurs qui travaillent avec les librairies — et lié au système particulier de l’office ; je vous mets le lien vers Wikipédia où c’est clairement expliqué.
Ce n’est pas une pratique du secteur ludique. Quand une boutique de jeux achète des jeux, elle achète des jeux de plateau, des boîtes, des cartes… et des livres, donc.

Ensuite… Lors de l’émission, Olivier explique que cette politique des retours est lié à la loi sur le prix unique, que cette loi protège les librairies, mais, comme l’émission en parle, les retours sont un souci structurel de la chaine du livre.

Je vais vous faire un aveu ? Je ne m’étais jamais posé la question.
Comme je ne fais que de la vente ferme avec les Vagabonds (donc pas de retours possibles), je ne suis pas allé regarder le détail des textes sur ce point. C’est ce que je vous précisais plus haut : si nous avions un distributeur pour notre activité Littérature, nous devrions nous soumettre à la politique des retours, ce que nous refusons catégoriquement (pour les raisons financières, éthiques, écologiques…).
Et, ce soir, je découvre :
« Les ouvrages invendus pouvant bénéficier du droit de retour sont les suivants : L’office (service d’envoi aux libraires par les diffuseurs de nouveautés ou de réimpressions), sauf exceptions (livres scolaires par exemple). Ces ouvrages figurent dans la grille d’office, qui indique la quantité voulue par le libraire pour chaque ouvrage.
Le noté (commande supplémentaire d’ouvrages faisant partie de l’office) bénéficie généralement des mêmes conditions que l’office. »
Les retours ne peuvent pas s’appliquer aux commandes « normales », i.e. quand on te contacte pour avoir quelques exemplaires parce qu’un·e client·e a parlé de ton bouquin.
Sauf que, en tant qu’éditrice, souvent, quand une librairie me contacte, elle me demande mes conditions et c’est à moi de lui opposer que nous ne faisons que de la vente ferme alors que… ça ne peut être que le cas !

Sinon, dans les autres points intéressants que j’ai notés, il y a une comparaison qui est faite entre les nécessités des éditeurs indépendants et celles des grands groupes et je vais extraire :

1/ Pour faire face à ce problème de risque d’emballement lié à cette existence des retours, Mireille et Olivier évoquent le fait que, chaque année, iels ne publient qu’un nombre limité (bien défini) de titres. Iels ne font pas de course à la trésorerie.
C’est à la fois sain, mais… impératif, je dirais.

2/ En parallèle avec ce 1/, il apparait que, contrairement aux autres secteurs du livre, la part du chiffre d’affaire liée au fond (en concurrence avec les nouveautés) est plus importante (50 % au lieu de 30 si j’ai bien entendu/retenu).

Je crois que c’est Olivier qui précise que l’édition indépendante doit donc travailler sur des années, voire des décennies, et il cité notamment le succès tardif de Game of Thrones.

Voilà, je vous ai livré ici quelques retours parce que cette émission est intéressante et cela fait également suite aux échanges que j’ai pu avoir à Octogônes, notamment avec des éditeurices et ma casquette FFJdR.

Plus haut, il y a des points techniques (juridiques ?) sur lesquels je peux avoir commis une erreur d’interprétation. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me les signaler en commentaires (et j’éditerai au besoin).
Comme ce billet est crossposté sur mon blog et sur la #TribuneVdR, afin de ne pas perdre d’éventuelles discussions, les commentaires ne seront ouverts que sur la Tribune.

Dans le JdR, les illustrations générées par IA popent…

En ce moment, dans le monde du jeu de rôle, on voit fleurir des projets illustrés via des appli-IA.
Je n’ai rien contre l’IA (au sens donné dans ce contexte), a priori, c’est un outil et un outil n’est ni bon ni mauvais par essence. Le souci actuel de ces applis, c’est qu’elles volent le travail d’artistes1. Donc qu’on l’utilise pour un usage perso, genre illustrer sa partie de JdR entre potes, pourquoi pas ? Ou par curiosité…
Mais qu’on l’utilise sciemment pour commercialiser un produit, clairement, on franchit une ligne éthique.

— Oui, mais, moi, j’ai écrit un super JdR et je n’ai pas les moyens de payer un·e illustrateurice et, sans ça, mon projet n’est pas valide…

En fait… il n’y a rien qui va dans cette démarche.
On écrit un jeu de rôle, sachant que c’est un jeu qui va se transmettre à l’oral, via des mots.
En dehors des mots (et des tables de résolutions si besoin), il n’y a rien d’indispensable.

— Oui, mais, sans illustrations qui claquent, personne ne va venir vers mon stand en convention !

Quand on mène un projet, il faut savoir où l’on va.
Si l’objectif est d’écrire un jeu et, une fois qu’il est écrit, de le mettre à disposition du public, il n’y a absolument pas besoin de le faire illustrer. Parce qu’on ne vend pas des illustrations, on vend un matériel écrit (un monde, des idées de scénarios…).
Soit on estime que c’est suffisant, soit on pense qu’on a besoin d’illustrations pour s’immerger, pour compléter le propos… et on se met en quête : d’illustrateurices qui aiment notre jeu et veulent participer à l’aventure, d’un·e éditeurice qui y croit et investit…

Parce que, en vrai, quand on choisit de passer par une appli-IA pour doter son jeu de dessins tout en couleur qui pètent, on ne recherche pas une équipe, des artistes… pour bosser avec nous. On ne recherche pas un·e autre artiste qui va renforcer ou compléter notre propos.
On pense que le jeu ne vaut pas grand chose, on n’y croit pas vraiment et on cherche des visuels pour vendre des visuels aux joueur·ses. Parce que lae joueur·se lambda, iel va être impressionnée, iel va penser que c’est un « beau » produit.
Sauf que ce qu’iel achète, ça n’a rien à voir avec notre jeu.

Récemment, j’ai vu passer une aide de jeu ou monde (je n’ai pas fait attention) où, a priori, il y avait quelques textes et une blinde de visuels générés par IA. Et les joueur·ses étaient contentes parce que ça claquait et la personne productrice se présentait comme autrice-illustratrice de… deux/trois lignes ?

Et vous savez quoi ?
Je ne vais pas lancer de tomates sur ces auteurices qui veulent se croire aussi grosses que le boeuf (parce que, bon, déjà, au prix des tomates, je ne les lance sur personne !). Ce qu’ils font est vide ou ils le perçoivent comme vide.
S’ils n’ont pas assez confiance en leurs textes pour les présenter tels que, s’ils n’y croient pas, pourquoi y croirais-je à leur place ?

Ce qui me gêne, c’est l’attitude du consommateur.
Parce qu’on doit acheter de la nourriture et d’autres trucs indispensables et qu’on ne peut pas toujours consommer éthique, faute de moyens ou d’informations.
Mais, quand on choisit d’alimenter l’égo et le porte-monnaie de fake créateurices, on agit consciemment et pas pour un monde meilleur.

  1. Je précise que je parle ici des Midjourney-like et non d’applis alimentées de manière correcte. ↩︎

40 ans de JdR ? Et moi, et moi…

Aujourd’hui, Psychée a publié un billet à l’occasion de ses 40 ans de jeu de rôle.
J’imagine que je ne suis pas la seule : en lisant ce genre de témoignage, on se dit forcément « et moi ? » et l’on fouille dans sa mémoire, on cherche ses anecdotes.
J’ai souvent raconté que la date où j’ai découvert le JdR était sans ambiguïté puisque c’est à Noël 1982 que Mère Dragon a offert la boîte rouge de D&D à ma sœur (et moi ?).
— Et donc ?
— En y réfléchissant bien, D&D n’a pas été ma découverte du jeu de rôle même si je n’avais pas mis le terme dessus précédemment.
Je ne sais pas quand, nous avions acheté (probablement au rayon livres d’Euromarché) la Grotte du temps. La date d’impression est octobre 1981 (j’étais en CM1 alors) et je me souviens que, en classe de CM2 (1982-1983), à la cantine, j’avais proposé à deux camarades que nous explorions des… donjons ? Je ne suis pas sure du tout d’avoir donné ce nom, je leur disais qu’ils avaient deux portes devant eux, laquelle voulaient-ils franchir ?
La mémoire est trompeuse, mais je relie ce jeu que je leur ai proposé à cette première aventure dont vous êtes le héros que j’avais dû parcourir des centaines de fois, pas à D&D…
Ses pages ont jauni, mais il est toujours là, précieux, dans ma bibliothèque.
— Et ensuite ? Le JdR et toi à l’adolescence ?
— Rien.
Les garçons ne me voulaient déjà pas au club d’informatique du collège et il n’y avait pas de club de jeu… alors je dévorais les LDVELH, achetais des jeux à la boutique de jouets d’Angoulême (AdC, Paranoïa…) ou à la boutique (proprement magique à mes yeux) de JdR de Toulon quand nous y allions en vacances, cherchais du JdR dans les jeux vidéo (un peu en vain, mais je faisais semblant que…) et lançais mon propre fanzine.
Pour vrai, je ne me suis lancée complètement dans le JdR que quand ma fille aînée s’y est mise (vers 12 ou 13 ans ?). J’ai pu aller en conventions ou en clubs car je l’accompagnais et, là en tant que mère, avec une ado à la table, les gens n’avaient pas de comportements déplacés…
— Mais… t’avais des tas d’amis rôlistes, ils ne t’ont jamais proposé de les rejoindre ou… avant ça ?
— Ben… non…
Je rêvais de faire des GN et un ami proche, GNiste passionné, ne m’a jamais emmenée avec lui car « il n’aurait pas été à l’aise que j’entende les blagues que racontaient ses potes » (mais, oui, il y avait des filles avec eux, hein, mais, à ses yeux, moi, je ne pouvais pas venir).
Je crois qu’il faudra encore beaucoup de temps avant que les hommes de ma génération ne prennent conscience de tout ce qu’ils ont fermé comme portes devant nous.
Parce que, si tu penses qu’une amie ne peut pas jouer parce que tes potes la mettraient mal à l’aise, ça te convient vraiment comme situation ?

Où elles prirent la parole pendant le #FIJ2022

Ce vendredi, pendant le #FIJ2022, a eu lieu la cérémonie des Graal d’or, organisée par le #GRAALSud.
Des présentateurices montent sur scène pour annoncer les nominé·es, les résultats…
Je l’ai fait l’année dernière, en petit comité devant la caméra, et j’ai volontiers redit « oui » pour cette année.
Je n’envisage pas (encore) de carrière de présentatrice, mais ça me fait plaisir de participer pour quelques mots/secondes : une manière de dire que je soutiens le GRAAL, que je suis heureuse qu’il y ait de chouettes jeux de rôle qui voient le jour… une manière de dire que j’aime ce monde créatif du JdR et que je le soutiens, quoi.
Dans la journée, avant donc la cérémonie, Nydenlafee m’a lu le discours qu’elle avait préparé pour l’occasion.
Je me suis sentie très bête : une remise de prix est effectivement un moment public, favorable à la prise de parole engagée/politique, et je n’y avais tout simplement jamais songé.
Et, si je n’y avais jamais songé auparavant, ça m’a semblé évident que je voulais plussoyer les propos de mon amie et collègue artiste.
Alors je suis passée après elle et j’ai ajouté mon petit mot.
Et la salle était bienveillante et a bien reçu nos paroles.
Et les auteurs, artistes, acteurs du monde du JdR masculins nous ont manifesté leur soutien, largement, chacun à sa manière.

Et, aujourd’hui, j’ai envie de parler de ça parce que c’est important.
Comme vous le savez (ou pas), je vis à cheval sur deux mondes : le Jeu de Rôle et la littérature SFFF.
En littérature, les prises de parole sont difficiles : public indifférent, voire parfois hostile, collègues masculins peu présents ou carrément en désaccord…
Alors tous ces gars, là, ces rôlistes, connus, fameux… qui te disent « on est à vos côtés »… c’est précieux, ça n’est pas anodin, ça n’est pas rien.

Merci.
Merci aux artistes et éditeurs, acteurs du milieu du JdR, d’être à nos côtés car, évidemment, l’art est politique et la politique, c’est penser un monde meilleur pour demain.

Nos mots, bien innocents, ont froissé quelques mascus sur les réseaux.
On a eu un classique « qui sont ces pouffes ? », quelqu’un a suggéré que mes propos devaient être la conséquence de mon célibat (hein ?) ou que nous n’assumerions pas un discours tenu en public, filmé, lors d’une cérémonie (quoi ???), mais j’ai noté un petit truc au milieu de ces insultes random.
Pour l’un de ces tristes sires, nos propos ne pouvaient être que le résultat de notre échec dans la carrière d’artiste du JdR puisque ce serait un monde dur, âpre, concurrentiel (pour les vrais bonhommes ?).

Je ne suis pas une artiste dans le monde du JdR.
Je suis une écrivaine, une poétesse, mais mon art ne s’exprime pas dans le JdR (j’y pense parfois, mais ça ne s’est encore jamais fait).
Dans le JdR, je suis une facilitatrice (avec mon frère, Jérôme Gayol, qui a œuvré 20 ans au GRAAL) : nous sommes là pour aider les artistes/éditeurs au travers de notre travail au sein de #NiceFictions et des #VagabondsduRêve.
Et, n’en déplaisent à ceux qui rêvent d’un monde viril de concurrence qui testerait le taille de nos gonades… comme dit plus haut, je ne me suis jamais sentie mal à l’aise dans ce milieu (au contraire de la littérature).
Mes amis sont des artistes (re)connus et ils n’ont pas la grosse tête ni rien.
Les auteurs, éditeurs/médias sont des gens agréables avec qui nous avons plaisir à nous rencontrer et échanger.
J’aime leur travail et je suis heureuse de ce milieu, créatif, où l’esprit ludique domine.

Parce que ce milieu est riche de ces personnes, nous sommes heureux·ses, au travers de nos labels, d’apporter un plus, des formats expérimentaux, parce que nous sommes à notre place, dans une équipe informelle, mais qui va dans le même sens.

Alors je me doute qu’un monde bienveillant, où la compétition ne donne pas le La, doit interroger et perturber ceux qui n’envisagent le monde que patriarcal, mais, dans le jeu, nous avons la chance d’être cette communauté.
Chérissons cette chance et entretenons-la.
Ca vaut le coût, vraiment.

JdR et sororité 💜

Comptes à Rebours

Comme chaque écrivain, j’ai dans ma tête des « univers préférés » qui, au fil des années, s’enrichissent, se transforment…
A l’adolescence et pendant longtemps, l’un d’eux était un monde fantastique où des jeunes femmes (ou jeunes filles, quand on a 15 ans, on ne peut que devenir le maître du monde 😛 ), des sorcières, asservissaient des démons pour devenir… over badass 😀
En 1992 et 1993, j’écris donc deux textes mettant en scène Deirdre (La Belle et le Bête et Cendrillon II : le retour), personnage que je voulais humoristique.
En 1993 toujours, j’ai 20 ans et je continue sur cette lancée délibérément délirante (faire rire est déjà mon envie prioritaire) en déclinant cet univers dans un jeu de rôle : Comptes à Rebours.
Je voulais que les règles soient simples et partais sur la base d’un univers Simulacres et, puisqu’une enveloppe 20 g peut contenir trois feuilles A4, la bête ne devait pas dépasser six pages.
Comptes à Rebours est donc paru en juin 1993, illustré par Hélène Marchetto aka Elwing, qui avait également préparé une petite affiche pour une première version jamais parue 😛
Vous pouvez désormais le télécharger au format PDF en cliquant ICI.

Puis un ami rôliste, Patrick R., se propose pour m’aider à réaliser une version plus ambitieuse, encore plus délirante et…
Le temps passe, j’ai vécu d’autres aventures et cette nouvelle version, à laquelle j’avais donné le nom de code d’In Nomine Scolare/Magna Delirium, n’a jamais vu le jour.
En 1999, j’écris la Dernière (illustrée par Hélène encore), version beaucoup plus mélancolique, et je pense encore développer l’idée en deux versants : triste en littérature, dingue en jeu.
Alors que la saison 3 de Buffy contre les vampires est diffusée sur M6 (donc probablement en 2000 ou 2001), Patrick me convainc que je dois absolument regarder cette série et que je comprendrais pourquoi.
Et c’est là que tout a basculé 😉
Si Buffy est devenue ma série préférée, mon univers fantastique, qui m’avait probablement suivi une bonne quinzaine d’années… ne serait plus jamais comme avant.
En 2011, à 38 ans, j’écris enfin l’Héroïne n’a jamais quarante ans.
Ai-je fini ma boucle ?