JdR et FIJ, c’est fini ?

Est-ce de bon goût d’annoncer la fin d’une idylle un jour de Saint-Valentin ?

Ça fait plusieurs semaines (années ?) que je savais que j’allais écrire ce billet et j’ai déjà teasé quand j’ai livré mon retour d’Octogônes. Donc, en octobre, j’écrivais que le Festival International des Jeux (FIJ) de Cannes n’était hélas plus un des évènements importants du jeu de rôle (JdR) en France et je savais que je reviendrai sur ce point à l’occasion de son édition 2026.

Quelques éléments :

Le FIJ 2026 se tiendra dans deux semaines (du 27 février au 1er mars).
On savait déjà que plusieurs éditeurs de JdR ne viendraient pas, mais ils ne souhaitaient pas communiquer dessus et il fallait donc attendre que les plans soient connus pour constater l’ampleur de la désertion.

Le FIJ est organisé par une structure liée à la mairie.
Et on peut dire que la mairie de Cannes a les moyens de faire de gros festivals, dans un palais dédié au bord de la mer, à quelques minutes de la gare.

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Cher·es orgas de Trolls & Légendes

Suite au débat qu’a suscité votre choix d’illustration pour votre affiche 2026, j’ai écrit un précédent billet, mais, en parallèle, j’ai relayé pas mal d’infos sur mon mur FB, notamment les prises de parole d’artistes ou le fait que, dans un premier temps1, sur votre Insta, vous avez choisi de supprimer les commentaires qui vous étaient défavorables.

Note :
Je supprime aussi des commentaires sous mes publis. Je supprime les provocs qui n’ont pour but que de mener à la bagarre, pas les interpellations et questions.

Des trolls sont venus me harceler sur FB.
Je ne parle pas d’une discussion un peu énervée, mais bien de pur harcèlement : par exemple, mettre une réaction « en colère » sur TOUTES mes publis (même celles qui n’ont aucun rapport avec le sujet de leur fureur), puis, quand je bloque (parce qu’il n’y a rien d’autre à faire), revenir avec un autre compte et recommencer.

J’ai souvent pris la parole sur plusieurs affaires, certaines plus « graves », et je n’ai jamais eu à faire à ce type de comportements auparavant.
Forcément, ça pose des questions.

Je ne pense pas qu’une orga bénévole soit responsable de ses soutiens / fans, surtout ceux qui ont un tel comportement.
Par contre, je pense que vous êtes responsables de votre com (forcément).
La façon dont vous avez annoncé ne pas accepter le harcèlement, couplée à votre suppression des commentaires qui vous étaient défavorables, a laissé entendre que vous considériez que celleux qui n’étaient pas d’accord avec vous étaient les harceleurs.

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Trolls & Légendes : qui te soutient ?

Allez, si ce n’est pas votre première visite sur ce blog, vous savez que je m’intéresse à l’écosystème des festivals d’imaginaire.

Contexte :
Trolls & Légendes est un festival d’imaginaire très connu, belge, qui a plus de 20 ans. On va dire que, dans le milieu, c’est un « gros morceau ».
L’une de ses particularités est qu’il est plus large que pas mal de salons littéraires : il y a un marché médiéval, des spectacles et concerts…

Olivier Ledroit est un dessinateur né en 1969. Il est vraiment très connu en Fantasy et on va dire que… il est le produit de son époque : il met en scène, entre autres, des femmes dénudées. Parce que le monde de la fantasy (et de l’imaginaire en général et la société tout entière, c’est pas un scoop) a longtemps considéré la femme comme un objet sexualisé.
De plus, on sait que ses idées tirent bien à droite, donc clairement pas un élément de la team progressiste.

Sauf qu’on est en 2026.
Le festival a confié l’illustration de son affiche à un vieux gars et le vieux gars a fait ce qu’il savait faire : une femme à poil.
Bon, en vrai, c’est une succube peu vêtue, incarnant le male gaze d’une époque, et qui serait un hommage à feu-Froideval, histoire de jouer sur des cordes sensibles (l’hommage à un ami en double combo avec « si tu ne saisis pas la réf, c’est que t’es pas cultivé »).

Bref, en faisant le choix de s’adresser à Ledroit sans un minimum de réflexion en amont sur ce qui peut être cool ou non sur l’affiche d’un festival grand public, qu’est-ce qui pouvait mal se passer ?

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De retour d’Octogônes 15 et quelques pensées sur les conventions de jeu de rôle

Il existe au moins 3 façons de nommer un évènement : festival, convention, salon…
On pourrait se dire que ces termes désignent chacun une réalité différente, mais ça n’est pas tout à fait le cas : disons que cela peut désigner des concepts différents en fonction du milieu concerné. Et de l’envie « esthétique » des organisateurices dudit évènement.
Le week-end dernier se tenait donc la convention Octogônes, mais, dans le milieu du jeu de rôle (JdR), convention est le terme le plus générique et cela ne préjuge pas du tout de la taille / contenu.

Photo prise pendant la convention : beaucoup de tables de jeux, remplies, avec des stands au fond
Octogônes 15 by SylDrax
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« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

Le 19 septembre, les Utopiales ont annoncé, notamment sur FB, que, lors de l’édition qui arrive, des rencontres auteurices débutant·es avec un éditeur seraient proposées.
L’éditeur est GD, directeur chez AMI1.

Les Utopiales
Le festival est présenté dans le milieu de l’imaginaire2 comme le plus gros évènement du genre.
C’est un festival où je suis allé à plusieurs reprises et où je pense retourner à l’occasion.
Je ne sais juste pas quoi faire de cette idée de « plus gros » (si ça a un sens ?), sachant que, sur le site de la Cité des Congrès de Nantes, on peut lire : « le palais des congrès vous propose des espaces permettant d’accueillir tous vos événements de 200 à 4.000 participants ».
— Pour toi, ce serait quoi le plus gros évènement du genre en France ?
— La Japan Expo de Paris ?

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Les gens, il faut qu’on parle…

Si vous aimez une série / livre / film / chanson… c’est super sympa de le dire
mais il est peu probable, statistiquement, que ce soit la meilleure de tous les temps
Et vous savez quoi ?
On n’a pas besoin d’être « le meilleur » pour être « bien »

Et c’est pareil pour les festivals / conventions / expositions / conférences… si vous avez passé un bon moment, si vous vous êtes bien amusé ou avez beaucoup appris ou, juste, vous vous sentiez bien… c’est OK et ça n’a pas besoin d’être le plus mieux, que l’orga était la meilleure, que…

Avoir des « préférés », c’est bien pour faire de la préconisation : je veux conseiller une série à quelqu’un qui a peu de temps, je ne peux aller qu’à un festival par an et, du coup, ça aide à choisir…
Tant que c’est pour aider à faire des choix, ça a du sens : si tu hésites entre ça et ça, alors, le premier, tu vois, y’a plus de ceci et le second…

Mais les « formidable », « époustouflant », « génial »… quel sens ça prend si on les utilise à toutes les sauces ?
A-t-on besoin de classer des évènements ? Y’a un podium ?

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D’Étrange Grande et de Harry Potter

Mon billet sera sans doute un peu long et ça ne m’arrange pas du tout.
Poster en réaction sur un réseau social, ça prend quand même du temps, mais ça peut se faire pendant une pause ou…
Rédiger un article / billet, ben… si on ne veut pas faire à l’arrache, il faut poser le contexte, donner quelques liens… et, du coup, forcément, ça veut dire qu’il y a un investissement en temps… qui va se répercuter sur mon lecteurice : plus je prends du temps, plus vous en avez à lire… mais le sujet est important (au sens que c’est bien de se poser).

Le festival Étrange Grande
En voulant le décrire un peu, je découvre qu’il a une page Wikipédia (depuis le mois de juillet). Ça me semble un peu étrange (Nice Fictions n’en a pas, par exemple), mais, du coup, je vous mets le lien pour plus d’infos.
L’édition de cette année est ce week-end.

Ce n’est pas un secret :
en tant qu’auteurice et amateurice d’imaginaire et en tant que président·e des Vagabonds du Rêve x Nice Fictions, je soutiens forcément l’existence des festivals du genre.
Ils apportent une réelle plus-value à notre milieu, notamment à sa branche littéraire, et je pense que nous n’en avons hélas pas assez en France.
J’ai moi-même dirigé les 10 éditions de Nice Fictions : je pose cette info ici dans le sens que
non seulement j’ai un a priori favorable envers toute équipe de bénévoles qui se lance dans l’aventure,
mais j’ai tout à fait idée des contraintes et du boulot que ça représente.

Le 8 septembre, l’auteurice CM Deiana annonçait sur sa page Facebook pourquoi iel annulait sa venue à Étrange Grande : le festival a choisi de programmer une exposition Harry Potter.
Pour vraiment les plus distraits d’entre vous — je le mentionnais déjà ici –, quel est le souci avec Harry Potter ?
Cette œuvre a clairement marqué une génération (on ne peut pas nier son influence), mais son autrice, Rowling, a montré ses dernières années une haine féroce contre les personnes trans, utilisant son argent et son influence pour nuire à des gens innocents, déjà souvent minorisés.

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On s’en fout qu’un festival disparaisse… non ?

Il n’existe pas de Grande Famille de l’Imaginaire.
Il existe un ensemble de personnes qui oeuvrent dans ce domaine (auteurices, traducteurises, éditeurices, illustrateurices, etc.) et qui le font vivre et un ensemble de personnes qui l’aiment et qui veulent qu’il soit plus présent et prospère.
Mais cet intérêt commun ne crée pas forcément de liens.
L’idée qu’une passion commune lie les gens est finalement un fantasme que l’on retrouve pas mal dans la branche réac de la sphère rôliste : il aurait existé un âge mythique où, rassemblés par la passion du JdR, tout le monde aurait joué ensemble.
Quand on y regarde de plus près, c’est tout le monde sauf… les femmes, les queer, les racisés, les…
En réalité, en général, quand quelqu’un parle d’une grande famille, c’est un peu dans le sens qu’il faut entendre quand on veut te silencier car ce ne serait que « des histoires de famille ».

Le mythe de la Grande Famille, c’est une injonction pour faire taire celles et ceux qui sont différents, qui dénoncent les agressions ou le harcèlement ou les brimades…
Si tu veux en faire partie, tu dois accepter les règles édictées par les dominants.

C’est « amusant » parce que ce choix du terme « famille » n’est pas anodin du tout.
Quand arrivent les fêtes de fin d’année, sur les réseaux, tu vois tout un tas de gens se lamenter qu’ils vont devoir supporter des « repas de famille » et, dans ce qu’ils décrivent, il n’y a rien de réjouissant : ils vont entendre des propos haineux, par exemple, ils vont subir des remarques ou des reproches…
Cet imaginaire est très loin de me faire rêver.

Bref, il n’y a pas de grande famille et c’est tant mieux.
Il y a des clans, des groupes liés par des intérêts ou des affects, des accords ponctuels ou durables…
Néanmoins, dans la récente affaire des Imaginales, dont j’ai déjà pas mal parlé, il y a eu une réaction collective et unifiée.
Comme plusieurs personnes l’ont dit, que l’on soit ami ou non de Stéphanie Nicot, que l’on ait aimé aller aux Imaginales ou non, quand un objet (festival, média…) disparait, surtout de cette taille, cela nous impacte tou·tes collectivement.

Si donc cette affaire crée une unanimité inquiétante (quand on est unanime, c’est que ça craint vraiment !), il y a toujours un ou deux trolls dissonants.
Je ne parle pas des quelques rares personnes restées silencieuses par intérêt : ils pensent qu’ils vont récupérer quelque chose de ces Imaginales mourantes, peut-être en faire un festival à leur image ou intérêt. Ou juste profiter quelques années de la somme que la mairie est prête à verser.
Non, je parle de deux trolls bien connus de nos services. L’un est écrivain, l’autre est rôliste. Si le deuxième ne comprend pas pourquoi les gens parlent de l’affaire/se sentent concernés, le premier a écrit sur les réseaux que l’objectif d’un festival n’était pas de créer, mais seulement de passer un bon moment et qu’il n’y avait donc aucune raison de s’indigner.

Alors j’ignore si le gars pense sincèrement ce qu’il dit. C’est un peu l’inconvénient des trolls : ils créent un perso public dans la provoc et il est difficile de distinguer s’ils sont de mauvaise foi pour alimenter leur image ou s’ils sont de bonne foi et sont simplement ignares.

Mais, en fait, le sujet mérite qu’on en parle.
Bon, OK, je pourrais prendre une approche plus glamour, faire péter une belle intro au lieu de rebondir sur un commentaire un peu bébête, mais, bah…

Le sujet des festivals/conventions m’intéresse particulièrement et j’en parle quelque fois sur ce blog. C’est le gros de mon activité associative.

— Mais, au fait, c’est quoi la différence entre « festival » et « convention » ?
— Ca m’amuse parce que, il y a pas mal d’années, je m’étais faite prendre de haut car j’avais dit qu’il n’y avait pas de différence fondamentale. J’avais été pointée du doigt comme ignare ou trop novice ou… alors que cela faisait déjà plusieurs années que j’étais dans le milieu, mais, fidèle à mon syndrome de l’imposture (dont j’estime la disparition vers mes 45 ans), je m’étais répétée que j’avais mal dû comprendre et…
Il n’y a pas de différences fondamentales, c’est plus un choix esthétique en fonction des milieux.
Dans la littérature, on va parler de « festival » quand on veut faire venir du monde et de « convention » quand c’est sur inscription/à destination des fans. Mais il y a des festivals payants et les gens qui paient l’entrée sont bien des fans 😉
Dans le JdR, on va parler de « convention » même pour les gros events (comme Octogônes).
— Donc je résume : festival si littérature et convention si jeux ?
— Yep, plus ou moins. Du coup, quand je parle à des écrivain·es, je vais dire que #NiceFictions est un festival et, à des rôlistes, que c’est une convention 😉
(Pour vrai, je privilégie souvent « event » qui compacte « évènement » sans qu’il y ait débat sur le sens des accents — poke Timothée Rey.)

Bref, si l’on n’y prête pas attention, un event pourrait effectivement être juste le moyen de passer un bon moment (et, si ce n’était que ça, en fait, ça serait quand même dommage que l’un d’eux disparaisse pour de mauvaises raisons, comme les Imaginales aujourd’hui).

Récemment, j’ai abordé le sujet sous l’angle : si les events ne sont pas des lieux safes pour les femmes, elles sont entravées dans leur carrière.
Je l’ai d’abord dit un peu à l’arrache lors de la remise des Graal d’or au #FIJ2022, mais, à l’occasion de #NiceFictions22, j’ai proposé une table ronde sur le sujet.

En fait, c’est Ayerdhal qui m’a ouvert les yeux le premier sur le sujet. C’était lors d’Imaginales (décidemment).
Je n’avais aucun doute qu’il était un grand écrivain et je n’avais pas besoin de le voir pour m’en souvenir.
Il m’a expliqué qu’il avait été « absent de la scène » quelques temps et que, dès que tu t’absentais, les gens t’oubliaient.
Ouah ! Un écrivain comme lui pouvait être oublié, en fait…
Je n’ai pas eu l’occasion de participer à beaucoup d’events. Sur mes moyens financiers persos, je suis bloquée financièrement (la vie d’une maman solo) et je n’ai jamais été invitée car, même si mes écrits sont appréciés, je n’ai jamais eu d’œuvres à vendre/promouvoir, mes parutions étant plutôt en revues/antho.

Je ne regrette rien car je n’avais pas les moyens de me déplacer donc me soucier de quelque chose que je ne pouvais de toute façon pas faire m’aurait fait du mal pour rien.
Mais, pour le peu de déplacements que j’ai faits et des témoignages de… tout le monde ? c’est lors de ces rencontres que la création avance.
Non seulement cela peut te donner des idées d’œuvres lors des échanges avec les collègues, mais cela te met en contact avec d’autres acteurices pour des projets communs, de la basique rencontre avec ta/ton futur·e éditeurice à des projets plus complexes.
Lionel Davoust en parle dans son billet hier au sujet des Imaginales. C’est lors d’une room party aux Utopiales que les Imaginales sont apparues.
— Oui, mais Stéphanie aurait pu motiver les gens en leur envoyant des mails…
— J’ai rejoint l’orga de ma première convention en 1991, y’a plus de 30 ans.
La rencontre irl est fondamentale et les années n’ont fait que me le confirmer.
A titre personnel, je n’imagine pas aujourd’hui travailler sur Nice Fictions sans mon codirecteur, mais, en réalité, je lui ai demandé de me rejoindre parce que je l’ai croisé par hasard au FIJ2014.
— Ouais, il aurait fini par entendre parler du projet et vous aurait rejoint…
— Peut-être. Mais nous fonctionnons collectivement de cette façon.
— Et dans le JdR, tout ça, ça n’est pas pareil parce que tu nous parles de la carrière d’écrivain·es, là…
— En fait, ça joue un peu moins car la scène est plus limitée et un auteur n’est pas oublié dès qu’il ne se montre plus, mais, néanmoins, la rencontre avec de nouvelles joueuses, les tests, les échanges… sont importants et nourrissent la créativité.

Notre temps est limité.
En permanence, nous faisons des choix : quel livre va-t-on lire ? Avec qui va-t-on travailler sur tels projets ?
Par exemple, je n’ai jamais été sollicitée pour une antho à appel fermé (i.e. quand l’appel à textes n’est pas rendu public, mais l’anthologiste contacte des auteurices qu’il a sélectionnées en amont).
— Ben, c’est que personne n’aime ton travail.
— Sérieux, ça n’est pas la réponse.
Devant un projet, on va réfléchir aux noms qu’on y associerait et notre mémoire va remonter dans ses dernières rencontres/échanges. Il aurait suffi de partager un diner, un soir de festival, avec l’une ou l’autre pour qu’iel se dire : « Ah, tiens, oui, y’a elle aussi qui est nouvelliste ! »

— Ouais, mais, là, finalement, tu nous parles des carrières et de la réussite de projets. En quoi, moi, amateur d’imaginaire, ça me concerne ? Si je ne lis pas telle écrivaine, je lirais tel auteur. Si un event ne se fait pas, j’irais à un autre !
— Personnellement, je pense que rien ne s’enrichit et n’évolue sans la pluralité. Je pense que cantonner l’art (par exemple) à la production des seuls hommes blancs valides aisés est une erreur. Je pense qu’il n’y a pas tant d’events que ça et que, moins il y en a, plus les gens modestes n’y ont pas accès car ils ne peuvent aller facilement qu’à ce qui se passe près de chez eux. Je pense qu’il n’y a, de la même façon, pas tant de médias que ça.
Si la pluralité et/ou la diversité vous dérange ou vous indifférent, nous ne sommes juste pas compatibles et, comme je l’écrivais en intro, nous ne faisons pas partie de la même famille.

Autour des Imaginales, quelques paroles d’auteurices et acteurices de l’imaginaire

Il y a un peu moins d’un an, j’expliquais que j’étais plus dans l’éphémère et que j’avais peu de traces des choses qui s’étaient passées.
Du coup, les réseaux sociaux, par exemple, me conviennent plutôt bien : j’écris une longue humeur, mais, quelques jours plus tard, par l’enfouissement naturel sur ce genre de plateformes, le texte s’est envolé comme un message écrit à la craie qui n’a pas survécu à la première pluie.
(Bon, en réalité, je vous mens un peu pour jouer les poétesses : quand je songe « éphémère », je songe à… de la pâtisserie…)
Bref, depuis cette prise de conscience, parfois, avant de supprimer un post de Facebook, mettons, je le copie/colle dans un billet de blog.

Avant-hier, je vous parlais de l’affaire concernant les Imaginales et je vous donnais notamment le lien vers l’interview de Stéphanie Nicot (à lire vraiment).
En parallèle, sur la page Facebook de Nice Fictions, nous avons pris le temps de relayer plusieurs paroles de soutien.
Et je me dis que, d’ici quelques jours, ces messages seront balayés par le temps si je ne les archive pas.

Donc voici un billet « Archives » que j’éditerai si nécessaire et, bien évidemment, n’hésitez pas à me contacter à ce sujet pour le corriger ou l’enrichir.

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La lettre ouverte des auteurices « coups de coeur » des Imaginales n’a été rendue publique sur le site d’ActuSF qu’aujourd’hui, mais elle est datée du 3/6.

Ainsi, en dépit de nos vives inquiétudes, sur lesquelles nous nous devions d’attirer votre attention, nous tenons à vous dire tout l’attachement que nous avons pour ce formidable festival qui a amplement contribué à la dynamique de l’imaginaire français, et qui, nous en sommes persuadés, peut encore s’épanouir davantage à l’avenir, en s’appuyant toujours davantage sur les valeurs qui l’ont fondé. Avec Stéphanie Nicot et l’équipe talentueuse qu’elle a rassemblée !

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Yuyine, qui était coordinatrice du prix Imaginales de la bande dessinée des bibliothécaires ainsi que membre du jury de sélection du prix Imaginales des bibliothécaires, poste sur son blog le 11/7.

Je suis triste mais surtout en colère. En colère face aux décisions rétrogrades d’une administration, de politique et d’un directeur de festival qui n’ont pas compris nos inquiétudes ou les discours de l’édition 2021 et qui décident finalement de nous envoyer nous faire foutre par leur décision. En colère parce que ce sont les idées nauséabondes et les copinages honteux qui l’emportent cette fois encore sur les belles valeurs.

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Charlotte Bousquet sur Facebook

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Fabien Fernandez sur Facebook le 12/7.

Je suis de ces chanceux : blanc, hétéro, mec ! Je n’ai pas eu à subir les personnes comme Marsan (ou autres). Tout ce que j’ai pu faire, comme me l’a rappelé une amie il n’y a p as si longtemps, c’est prévenir de garder ses distances avec ce genre de prédateurs laches. J’ai rongé mon frein, et l’année dernière, des voix courageuses se sont élevées pour dénoncer publiquement le harcèlement qu’elles avaient subi.

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Ellen Kushner et Delia Sherman s’associent aux propos de Robin Hobb sur Twitter le 15/7.

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Bernard Visse sur Facebook le 15/7.

Il faut qu’un festival évolue, évidemment. Mais cela doit se faire sans qu’il perde son âme, dans le respect de celles et ceux qui l’ont patiemment bâti. Et l’âme des Imaginales est forte.
La Ville d’Épinal cultive l’art de se tirer une balle dans le pied. Alors qu’il aurait été plus simple – et tellement plus élégant – de travailler avec Stéphanie à sa succession et à l’avenir de cette manifestation. Je ne sais pas pourquoi je me mêle de ça. Épinal, la belle image ?

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Silène Edgar sur Twitter le 17/7.

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Francis Berthelot sur Twitter le 17/7.

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Adrien Tomas sur Facebook le 19/7.

Je ne voulais rien dire avant que Stéphanie Nicot décide de s’exprimer sur ce sujet. C’est chose faite. Maintenant, ouvrons les vannes.

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Dominique Lémuri sur son blog le 19/7.

Et je ne retournerai plus à Epinal. Les Imaginales sans Stéphanie Nicot, son énergie et sa vision, je ne vois pas trop ce que cela peut devenir. D’ailleurs, voici une interview édifiante de l’intéressée, parue sur le site d’ActuSf, qui vous donnera une idée de la manière dont la directrice artistique d’un des plus gros salons littéraires de France a été débarquée après 20 années de service, et dans quelles conditions elle a travaillé depuis tout ce temps.

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Lionel Davoust sur Twitter le 20/7

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Plusieurs acteurices du monde de l’imaginaire (dont ma pomme), mais également des festivalier·es, ont signé un mot de soutien pour Stephanie Nicot et il a été publié hier sur le site d’Actualitté.
Je trouve très fâcheux le NB ajouté sous les signatures :
NB : Stéphanie Nicot a accordé une interview à Actusf, faisant part de multiples récriminations et apportant nombre de précisions. « Dans un article de Télérama qui évoquait, le 24 mai 2022, la rumeur de mon éviction, le Directeur de la Culture et du Patrimoine d’Épinal, Stéphane Wieser, affirmait au journaliste : je “jure qu’il n’en est rien”. Quelques semaines plus tard, dans Actualitté, le même lançait un appel d’offres destiné à me remplacer. »
Non seulement l’interview de Stéphanie n’est pas vraiment relayée, juste jetée au bas de l’article, mais l’emploi du terme « récriminations » montre clairement à qui vont les sympathies de ce site.
Du coup, je regrette pas mal le choix de cette plateforme pour la diffusion…

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Edit au 25/7 : Télérama en parle aujourd’hui.

Le 24 mai dernier, dans nos colonnes, Stéphane Wieser, le directeur des affaires culturelles d’Épinal, assurait qu’il n’était pas question d’évincer Stéphanie Nicot, directrice artistique et cheville ouvrière des Imaginales depuis le début, en 2002. Un mois plus tard, la Ville publiait un appel d’offres pour la remplacer, le nom le plus fréquemment cité en coulisses étant celui du journaliste Lloyd Chéry. La désormais ex-directrice réagit à cette annonce.

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Edit au 1/8 : Lionel Davoust revient sur la suite prévisible de l’évènement dans un billet de blog.

Le nom des Imaginales est irrémédiablement souillé et sa réputation ne cesse de sombrer de jour en jour – une tendance qui n’ira qu’en s’aggravant, à mesure que personne ne voudra risquer de se trouver associé à l’image désastreuse que le festival vient de prendre, surtout aux USA.

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Edit au 4/9 : Au tour de Locusmag.com de parler de cette affaire.

Où je parle des Imaginales, mais aussi de JdR Mag et d’autres trucs

Ce billet va probablement être un peu long, mais j’ai plein de choses à vous dire…

J’ai grandi à Angoulême. Ce détail a de l’importance : enfante, j’étais persuadée qu’un festival international sur un thème populaire (la bande dessinée) était quelque chose de banal/normal. Et j’avoue que je n’ai jamais trop remis cette idée en cause.

En 1990, j’avais 17 ans et j’ai lancé un fanzine consacré aux jeux de rôle et à l’imaginaire : la Tribune des Vagabonds du Rêve. A cette époque, dans le milieu rôliste (mais pas que), il y avait beaucoup de fanzines. J’ai rapidement été contactée par d’autres fanéditeurices qui me proposaient qu’on fasse connaissance, qu’on échange, qu’on s’entraide. Ne me demandez pas pourquoi (parce que je n’en sais rien), mais mon réflexe a été : fédération. Je leur ai proposé que nous nous regroupions en une fédération de fanzines pour rendre visible cette entraide, pour communiquer davantage. Je l’ai appelé UTOPIA.
Comme nous y avions de la famille, nous allions quelques fois en vacances à Toulon et j’y avais repéré une grosse convention de jeux de rôle (la plus grosse à l’époque ?) : le France Sud Open (FSO). Mais, encore mineure, assez timide, je n’avais pas osé y aller. Puis, finalement, notre famille a quitté la Charente pour le Var et, devenue majeure, je me suis pointée à une petite convention de quartier, en me présentant comme représentante d’UTOPIA. Et, là, François Toucas, le président du FSO, me rencontre et me demande si UTOPIA veut participer à la grande convention de jeux.
Oui, forcément oui.
Je me souviens de notre premier stand, immense dans le contexte, couvert de fanzines venus de Belgique, de Suisse… et des fanéditeurices suisses, d’ailleurs, venu·es pour l’occasion.

A mes yeux (naïfs), une telle convention, aussi importante, avait une légitimité qui ne pouvait être remise en cause.
En 1995, les habitants de Toulon ont élu un maire FN. Le FSO a eu une dernière édition sur La Garde, mais la fin de la partie avait sonné.
Or doncques une convention/un festival, ça avait besoin d’un lieu pour exister, un lieu qui peut accueillir beaucoup de gens d’un coup et celui qui possède le lieu a pouvoir de vie et de mort sur l’évènement.
A mes camarades d’infortune organisateurices, alors que nous discutions de la suite (car le coup était affreusement douloureux), j’ai glissé le mot « fédération ». Et s’il existait une Fédération Française de Jeu de Rôle (FFJdR) qui naitrait des contacts et de l’énergie que nous avions rassemblées ?
Créée en 1996.
Un bénévole nous rejoint. Il s’appelle Jérôme Gayol, il habite le département d’à côté (les Alpes-Maritimes). Il arrive trop tard pour connaître le FSO et il en est frustré. (Aujourd’hui, il est le vice-président de Nice Fictions et des Vagabonds du Rêve.)
Alors je lui dis : « Et si on contactait le Festival International des Jeux (FIJ), à Cannes, et qu’on leur proposait d’œuvrer sur le JdR ? »
On a rencontré l’organisateur du tournoi de JdR qui voulait passer la main et… quelques années plus tard, Jérôme a dit aux associations locales : « Et si on se fédérait ? »
Le Groupement Azuréen des Associations Ludiques (GRAAL) est né.

Aux Imaginales 2013, je discute avec Ian Larue et on se dit : « Il n’existe pas de festival d’imaginaire de la nouvelle. Et, d’ailleurs, il n’y a pas tellement d’évènements d’imaginaire sur la Côte d’Azur. Si on en faisait un ? »
Puis je discute avec une autre amie et elle m’explique que l’université a cette possibilité légitime d’accueillir des évènements culturels et, d’ailleurs, le campus Saint-Jean-d’Angély, à Nice, reçoit des colloques, des séminaires…
J’avais été orga au FIJ 1998. Ensuite, la vie de maman de jeunes enfant·es puis maman solo m’avait éloigné de pas mal d’activités et je n’y venais plus qu’en tant que visiteuse et joueuse.
Me voilà donc au FIJ 2014, simple joueuse, et je recroise Jérôme qui, pendant ce temps, a tenu une boutique de JdR, a continué dans l’évènementiel et a appris des tas de choses.
Alors je lui dis : « Tu aimerais que mon festival de nouvelles ait un pôle Jeux ? »
A l’été 2014, Nice Fictions est né, avec Ian Larue, forcément, mais aussi, par exemple, avec Olivier ‘Akae’ Sanfilippo qui était dans l’orga du FIJ aux côtés de Jérôme ou avec Ugo Bellagamba (nous avions sympathisé entre « auteurices d’imaginaire niçois »).

Au printemps 2021, l’affaire Marsan est sortie. Même si « tout le monde savait », je pense que le voir écrit/détaillé/expliqué, ça fait un choc. Je faisais partie des gens « qui savaient un peu ». Je savais qu’il avait eu des comportements inappropriés, mais j’appartiens à une génération où les femmes étaient éduquées à penser que c’était normal qu’on abuse d’elles et, au fond, je me disais que cela devait être… limité ? C’est une erreur que, je pense, nous sommes nombreuses à avoir commise : nous ne percevions pas le côté systémique des agresseurs sexuels. Ils ne « dérapent pas quelques fois », c’est leur façon de vivre leur rapport aux femmes.
Au sein de Nice Fictions, je suis président·e : cela signifie que je peux dire ce que je veux, quand je veux, sans que personne ne vienne me le reprocher.
Alors il m’a été facile de dire que Nice Fictions condamnait ce genre de comportements, que nous avions mis en place une charte pour garantir un espace safe.
Mais, tandis que cette affaire bouleversait le monde de l’imaginaire, le silence de certains a été… bruyant ?
Oh, évidemment, que les ermites ne parlent pas, c’est logique, mais que des acteurs connus pour être diserts, des journalistes qui disent couvrir le domaine… ne parlent pas de quelque chose d’autre important, comment l’expliquer sinon par leur soutien affiché à un agresseur ?
A côté de ces silences complices, il y a eu les silences… de peur. Il y a eu des gens qui n’ont pas pu parler parce qu’iels ne le pouvaient pas.
Maintenant que c’est dit publiquement, nul besoin de le taire : dans l’interview que Stéphanie Nicot a donné aujourd’hui dans ActuSF (et je reviens dessus un peu plus bas dans ce billet), elle écrit : « Face au silence assourdissant de la Ville, j’ai écrit un post sur mon compte Facebook pour soutenir les victimes, d’abord par conviction personnelle, et ensuite pour exprimer les valeurs du festival. J’ai alors reçu un appel téléphonique d’une élue me parlant de « devoir de réserve », histoire de me museler, alors que je ne suis pas fonctionnaire de la Ville… »
Aussi certains se sont tus par complaisance, mais d’autres parce qu’iels étaient muselé·es.
J’ai donc posté sans réserve ici ou là en me disant que le peu que mes paroles portent, ce serait toujours ça de pris pour celles et ceux qui ne pouvaient pas.
Bien sûr, quelques supports comme ActuSF se sont fait le relais de l’info, mais j’ai été frappée par le peu de médias de notre milieu. En comptant ceux qui ont longtemps baigné dans le patriarcat (mais qui changent et c’est tant mieux), il restait bien peu d’endroits pour porter les paroles, toutes les paroles.
Aussi, à l’été, nous avons (re)lancé la Tribune des Vagabonds du Rêve, une webrevue consacrée à l’imaginaire, en nous disant qu’il n’y avait jamais trop de +1 en support ouvert et inclusif.

En mai, les Imaginales se sont tenues dans un climat particulier car, même sans être sur place, cela a beaucoup bruissé sur les réseaux : on annonçait que Stéphanie Nicot allait être renvoyée et même le nom de son successeur était donné (dans les personnes remarquées pour leur silence sur l’affaire Marsan parce que cette affaire n’est pas un point de détail, les femmes du milieu ont osé parler et, pour les dominants, c’est insupportable).
La Tribune n’existant pas au printemps 2021, je ne regrette pas mon absence de billet sur le sujet initial, mais, avec le recul, je regrette de ne pas avoir posé quelques notes ce mois de mai.

Début juin, lors de #NiceFictions22, nous avons reçu beaucoup de retours nous disant merci d’avoir créé un espace safe. Et ce retour n’était pas anodin pour nous : pari réussi ?
L’idée de disposer d’endroits safes et inclusifs semble devenir plus urgente/impérative.

Mi-juin parait le nouveau numéro de JdR Mag. Et c’est le choc : au milieu des billets d’humeur, un texte est posé là, avec tous les mots et arguments de l’extrême-droite.
(Pour plus de détails, je vous renvoie au billet de Psychée qui en parle sur son blog.)
Les réseaux s’enflamment, la rédaction est sollicitée et la réponse qui arrive est… troublante ? Il semblerait normal de laisser la parole libre même à des discours d’extrême-droite et, si cela ne nous convient pas, pourquoi ne pas proposer notre propre billet d’humeur ? Hein ?
Le JdR a trop peu de médias et nous sommes bien loin du foisonnement de fanzines des années 1990. Et l’un des rares magazines du genre n’a donc pas vraiment de politique éditoriale ? Tout texte peut y être publié sans que la rédaction ne sollicite une personne pour un propos ?

(Je fais ici une petite parenthèse car cela peut sembler étrange : dans les années 1990, Internet n’est pas encore répandu (perso, j’y ai eu accès en 1996) et l’impression à la demande n’existe pas, même les photocopies sont chères.
Un simple fanzine, c’était déjà des envois papier, des difficultés à se faire connaître.
Aujourd’hui, il est plus aisé de créer un site, une webrevue… et, pourtant, il existe moins de médias. La parole semble plus difficile, moins évidente.)

De ce constat, quelques initiatives ont vu le jour pour proposer de nouveaux médias dans un monde qui en manque donc cruellement. A l’heure où j’écris, il est trop tôt pour connaître le devenir de ces projets, mais je ne manquerais pas de suivre leurs avancées et de vous en informer.

Début juillet, dans Actualitté, parait une interview surréaliste : Stéphane Wieser annonce que la direction littéraire des Imaginales est à pourvoir par un appel d’offres qui vient d’être publié. Bien sûr qu’un évènement est libre de changer de direction, mais la façon de faire dit tout : le gars ne remercie pas les nombreux·ses bénévoles qui oeuvrent chaque année, il ne parle que de lui  et de ses mérites supposés et, surtout… il ne remercie à aucun moment celle qui a fait de l’évènement ce qu’il est aujourd’hui. Stéphanie Nicot n’est jamais mentionnée ou remerciée.
Plus aucun doute n’est permis : ce qui se passe est sale.
Je n’ai pas voulu écrire de billet dans la foulée, je voulais savoir ce que Stéphanie avait à dire, je voulais d’abord l’entendre.
Sur la page Facebook de Nice Fictions, nous avons donc relayé les soutiens qui affluaient en sachant que Stéphanie s’exprimerait dans ActuSF, ce qui est tout à fait parfait puisque, à ce jour, c’est le principal média de notre milieu.
Puis l’interview est parue aujourd’hui.

En la lisant, je pense que j’ai eu la même sensation que beaucoup d’entre vous : on savait que ça craignait, mais… à ce point ?
On savait que Stéphanie était blâmée d’être solidaire des victimes de Marsan, mais c’est donc ainsi que cela se passe dans la tête de tous ces hommes de pouvoir, habitués à ce que la femme ne soit qu’un être inférieur dédiée à leurs seules satisfactions ?
On savait que les autrices Betty Piccioli et Silène Edgar étaient devenues la cible des masculinistes, mais aussi ouvertement ?

J’éprouve des sentiments contradictoires : évidemment, je suis navrée qu’un des deux plus gros festivals d’imaginaire français meurt, ce n’est forcément pas une bonne nouvelle.
Mais je ressens la même chose que, au mois de juin, quand la position de JdR Mag a été affichée publiquement.
Je suis soulagée également : soulagée que l’on voit le vrai visage de la « neutralité » (un mag qui laisse la parole à l’extrême-droite et aux masculinistes n’est pas l’allié de la diversité et des minorités), soulagée que Stéphanie Nicot n’ait plus à travailler pour ces gens-là et qu’elle puisse nous dire leur vrai visage et leurs méthodes.
Soulagée et motivée car ces affaires nous rappellent que nous devons rester motivé·es et vigilant·es.

Les Imaginales, ça n’est pas la ville d’Epinal, perdue dans les Vosges, qui se noiera dans un évènement commercial en 2023.
Les Imaginales, en réalité, c’est ce que Stéphanie et ses équipes ont fédéré pendant 20 ans. Les rencontres, les énergies… qui lui ont en retour manifesté leur plein soutien ces derniers jours. C’est un esprit que celles et ceux qu’il a touchées vont répandre à leur tour.
Beaucoup d’acteurs du milieu ont mentionné le tout jeune festival de Rennes, l’Ouest hurlant, et, clairement, quand on regarde la carte des évènements d’imaginaire en France, le territoire n’est pas homogène et le nord-ouest draine une bonne part des énergies. C’est Epinal qui a perdu aujourd’hui, pas le milieu de l’imaginaire.

De tous ces incidents, fort tristes, nous sortons reboostées. Parce qu’il est plus que nécessaire d’avoir plus de médias et que la Tribune, mais pas que, peut apporter sa part.
— Tu nous parles de la Tribune, mais on ne peut pas dire que vous publiez beaucoup d’actualités ?
— Yep. Ce n’est pas l’objectif. C’est une webrevue pérenne, sans pub, qui n’est soumise à aucune influence réactionnaire et qui est là, pour accueillir, donner la parole, soutenir. Elle vous accueille si vous cherchez un endroit où poser votre article, votre projet… sans aucune pression financière.
Reboosté·es également parce qu’il est important que nous ayons des évènements de qualité, nombreux (bon, surtout par chez nous, clairement, on se sent un peu seules) et que c’est un maillage fort qui garantit que, si l’un tombe, d’autres accueilleront les équipes, les envies, les savoirs.
En réalité, cette fin brutale des Imaginales m’a reportée 27 ans en arrière. Evidemment que les Imaginales, en taille, ne peuvent se comparer au FSO (ça n’a pas de sens dit comme ça), mais le plus gros évènement de JdR a été tué par une mairie réactionnaire. Et il en est sorti la FFJdR, le GRAAL… et je ne peux pas douter que toutes celles et ceux qui ont œuvré aux Imaginales ne soient pas très prochainement actif·ves sur de nouveaux et merveilleux projets. Parce qu’un évènement ne peut pas s’exprimer sans un lieu, mais, en réalité, le lieu n’est qu’un détail pratique : l’évènement est le fruit de ses organisateurices.

Je terminerais juste ce billet par un bouquet de ❤ pour Stéphanie. Je ne doute pas de son énergie et de ses compétences, je sais que de nouvelles aventures l’attendent.
A vous tou·tes qui organisez des conventions ou festivals, qui œuvrez dans des médias, j’espère que, ensemble, nous allons continuer de bâtir un monde de l’imaginaire dont nous allons être de plus en plus fières.

Live long and prosper!

Edit au 21/7/22 : En complément de ce billet, j’ai rédigé un billet « archives » avec des soutiens exprimés par plusieurs acteurices du milieu pour Stéphanie.

Festival, ô Festival, dis-moi combien tu pèses

Les festivals « mentent » sur leurs chiffres de fréquentation.
Mentent ? Disons qu’ils essaient de calculer le flux de visiteurs (tickets vendus, entrées/sorties sur plusieurs jours) de façon à ce que cela rende un chiffre au plus près de ce que les décideurs, les partenaires… attendent.
Non pas parce que les festivals sont de méchants escrocs qui adorent le mensonge, non… Au fil du temps, des chiffrages déformés se sont installés dans la tête de trop de gens pour que de « vrais » chiffres soient signifiants pour eux.
Hélas.

Parce que la réussite d’un festival est trop souvent mesurée à sa fréquentation.
Ce qui est, au mieux, tout à fait incomplet… pour des tas de raisons qui, je le pense, viennent assez intuitivement, mais citons : est-ce que les visiteurs ont apprécié et sont susceptibles d’en parler en bien/de revenir ? Est-ce que les stands ont bien vendu ?
Si tu es libraire, vaut-il mieux vendre 50 livres de poche sur 1.000 visiteur·ses ou 100 beaux-livres sur 300 visiteur·ses venues en connaisseurs ?

Une personne me faisait remarquer que c’est un de nos héritages patriarcaux-capitalistes : la réussite est mesurée à la quantité, à celui qui a le plus gros… salaire, maison, auto…

Je ne sais pas s’il est possible de revenir à une situation où de vrais chiffres seraient disponibles, mais, au fond, je ne suis même pas sure que ce soit nécessaire.
Parce que ce serait nécessaire si l’on décide que le nombre de visiteur·ses est le seul retour que l’on attend effectivement.
Parce que cela validerait l’idée que ce qui est réussi est gros.

Notons que je ne dis pas que la donnée n’a aucun intérêt, mais elle n’en a pas non plus tant que ça.
Sur un projet, ce qui est important, c’est le taux de retour : par rapport à ce que j’ai investi (temps, argent…), qu’ai-je en retour ?

Reprenons.
Il existe deux catégories (grosso modo) de festivals : les pros et les bénévoles.
Les pros, ça peut être un palais des congrès/festival, une mairie (qui dédie du temps de travail)… et les bénévoles, ben, ce sont les associations.

Quand une situation n’est pas comparable, ne te compare pas.

Les pros investissent de l’argent, des ressources humaines.
Ils doivent avoir un retour à équivalent.
Pour mémoire, un seul temps plein, c’est 1.800 heures/an.
Il te faut combien de bénévoles pour arriver à un seul temps plein ? 😉

Si le pro propose des stands payants, l’artisan/éditeur/commerçant… qui prend un stand devient son client.
Il attend une prestation.
Donc tu dois lui assurer un certain nombre de visites et des visites qui consomment.

Quand tu bâtis ton programme, quand tu réfléchis aux invité·es que tu veux faire venir, tu ne vas pas forcément avoir les mêmes angles d’attaque si tu veux faire venir beaucoup de gens (nécessité pro) ou si tu rêves de t’engager sur une question qui te tient à coeur.
Un exemple super bête/facile : la promotion de la nouvelle me tient à coeur. La nouvelle, actuellement, ne vend pas. Je ne vais pas remplir des stades en en causant.

Et l’invité·e ?
Dans un contexte pro, tu la/le paies, tu deviens son client. Iel vient pour gagner sa vie et iel sait que tu attends quelque chose d »elle/lui.
Dans le bénévolat, iel vient sur son temps de loisir car le programme lui plait et iel est là pour s’amuser/se faire plaisir/parler en table ronde de ses sujets préférés. Iel est l’un·e des orgas/bénévoles.

(Bien sûr, il y a des tas de nuances et d’étapes sur le spectre pro/bénévole puisque tu as des festivals bénévoles qui vont faire payer certaines prestations et/ou en rémunérer d’autres, des festivals pros qui vont faire appel au bénévolat — mais, là, j’avoue, sans contexte, j’ai du mal…)

Attention, je vais poser une règle : il n’y a ici aucune critique d’aucun des deux modèles.
Même si je suis anti-capitaliste sur le fond, aujourd’hui, on a toustes besoin de se nourrir.
Ce qui est cool, c’est la diversité, que tout puisse exister/être tenté.
Si les artistes n’ont pas d’espaces pro pour se nourrir, iels vont mourir de faim et ne créeront plus rien pour personne.

— Et, du coup, tu veux en venir où ?

Ne te compare pas, suis ton chemin.

Si tu travailles sur un festival bénévole, cela n’a absolument aucun sens de tenter de faire comme les pros : non seulement tu n’y arriveras pas car, d’emblée, tu ne dégageras déjà jamais autant de temps de travail, mais, en plus, au lieu de proposer de la diversité, tu vas juste proposer un truc moins réussi.
Si, au lieu d’utiliser tes heures bénévole à faire un programme original, tu t’épuises à démarcher, mettons, des gens pour des stands, tu finiras épuisé et déçu… et les autres aussi.

Sur les premières années de l’organisation de Nice Fictions, j’ai senti les doutes de quelques orgas (et iels avaient raison de douter puisqu’on a peu de modèles à disposition).
Pourquoi ne faisions-nous pas « comme les autres » ?
Pourquoi ne nous donnions-nous pas les moyens (i.e. mettre le paquet sur les attendus « traditionnels ») qu’il fallait ?

Bien sûr, ça n’était tout simplement pas le plan, mais il faut quelques années pour montrer que la voie qu’on a suivie est cool aussi.

On ne devrait pas se réjouir d’une pandémie (d’ailleurs, le mot « réjouir » ne convient pas), mais, parfois, certains accidents ouvrent des portes.
La pandémie nous a obligées à faire deux éditions virtuelles.
Bon, en réalité, nous n’étions pas réellement obligés, on aurait pu juste attendre l’édition 2022… mais, bon, c’est pas trop notre truc, à nous, l’attente 😉

Alors on a dû proposer autre chose :
avec une édition en ligne, le programme est brutalement mis en lumière parce qu’on ne voit finalement presque que lui en cherchant quelle table ronde ou conférence on va suivre.
Le stand n’est plus un objet où tu dois vendre pour rentabiliser ton déplacement, mais un endroit (en ligne/sur Discord) où tu vas échanger, te présenter au public, répondre aux questions.
Etc.

L’analogie qui me vient, c’est un peu la production de masse vs de luxe.
Il faut les deux. Parce que le luxe ne peut pas fournir tout le monde. Mais il nous fait rêver et, de temps en temps, avec un peu de chance, on peut en avoir un peu soi aussi.

— Et, du coup, tu conclus ou bien ?

Concrètement, je ne peux vous parler que de Nice Fictions puisque c’est le festival sur lequel je travaille.
On ne démarche personne pour vendre des stands. Si quelqu’un souhaite venir, il est le bienvenu, mais il ne sera pas un client, mais une part du festival.
Notre objectif n’est pas qu’un maximum de personnes viennent.
Viens si tu es dans le coin, ça nous fera plaisir.
Viens si tu as envie : Nice est une ville superbe, il fera beau. Si tu as envie de rencontrer des collègues, d’échanger, viens.
Si tu n’as pas envie ou pas les moyens (financiers, physiques…), un maximum d’interventions te sera accessible en ligne.
Viens parce que tu veux venir, que tu veux passer un chouette week-end, en compagnie d’autres artistes si tu es un artiste, au milieu des artistes et des passionnés si tu es un fan.
Viens avec plaisir, avec impatience, en te réjouissant.

Et ce dont on a envie, en fait, ce n’est pas que les festivals arrêtent de mentir sur leurs chiffres car on s’en fout, mais que chaque festival bénévole devienne un produit de luxe, avec son unicité, et que, du coup, on ait toustes, collectivement, de plus en plus envie d’y aller pour s’émerveiller et expérimenter.
Et on ira aussi dans les festivals pros pour d’autres expériences et sensations.
Bref, on aura du choix 🙂

Et, évidemment, si ton kif à toi est de faire « comme un festival pro » parce que c’est ce que tu aimes, fais-le aussi. Le bénévolat, on le fait en premier pour soi !

Week-end à la Japan Expo

Ainsi que je l’annonçais fin mai, j’avais prévu d’aller à la Japan Expo pour la première fois, Japan Expo qui a absorbé la Comic Con.
En introduction, je vais laisser la parole à Stéphane Gallay (et un lien vers ses photos) qui, contrairement à moi, est familier de l’évènement et en parle sur son blog.
Je reprendrais facilement son propos à mon compte : le côté « Japan Expo », j’avoue que je n’aurais pas traversé la France juste pour ça ; la Comic Con, par contre, yep, ça me parle beaucoup plus 😉
Alors : du jeu vidéo, du jeu de rôle, du manga, des costumes… Clairement, l’endroit avait toutes les raisons d’attirer la geek que je suis 😉

En me rendant à Geekopolis, un mois plus tôt, je m’étais dit que je comparerais les deux manifestations : venir à Paris pour un moment geek, OK, mais lequel ?
Clairement, si Geekopolis avait pour lui le soin apporté aux décors, à la présentation… la Japan Expo l’emporte sur
– les dates : au début des vacances scolaires, ça peut convenir à pas mal de monde ;
– le prix de l’entrée : plus grand et moins cher, ça n’est pas anodin ;
– la situation géographique.
N’étant pas du coin, je ne connaissais pas le parc des expositions de Villepinte, mais j’ai été conquise par la praticité du lieu : atterrissage à Roissy, deux stations de RER et on y est. Clairement, quand on vient de Nice (au hasard 😛 ), on peut faire ça dans la journée sans une organisation monstre et ça n’est pas rien.

Bon, je commence donc par le décor, qui est ici le gros point faible : juste un hangar démesuré et des tas et des tas de stands. Geekopolis affichait plus d’ambitions, d’envie d’immersion…

La foule, la foule, la foule…

Bref, hormis cette absence de décor…
Alors qu’il y avait une foule vraiment très impressionnante, nous n’avons pas fait la queue pour entrer et, s’il y avait de l’attente à certaines animations et des passages difficiles dans une foule pressée, pour le monde présent, ça restait quand même très convenable : la clim’ était là (heureusement, je n’ose imaginer la même situation sans) et il y avait de nombreux espaces pour se poser par terre et manger son sandwich.

La foule, donc.
J’ai été impressionnée. Ça fait sans doute petite provinciale, mais je n’avais jamais vu autant de monde. Du monde venu pour de « mauvais genres ».
Beaucoup de personnes costumées et les plus réussies étaient arrêtées par les autres qui prenaient des photos.
Plein de panneaux « free hugs »… Le geek est-il en manque d’affection ?
Et des stands à ne pas avoir le temps d’en faire le tour.

Qui n’aime pas les Lego ?

Il y avait des costumes de toute sorte (mangas, médiévaux…), des T-shirts sympas, des goodies à la pelle, des créateurs de bijoux, de costumes…
Un espace amateur avec des fanzines, beaucoup de fanzines… de mangas.
Des Youtubers, des web-séries…
Un espace jeu de rôle, un espace grandeur-nature, un espace figurines…
Des expositions.
Une convention Buffy beaucoup trop chère.

Et seulement deux éditeurs de littérature : Bragelonne et l’Homme Sans Nom.
Et je dois avouer que cette absence de la littérature m’a laissée un peu sur le c… : au milieu de cet espace gigantesque complètement dédié à l’imaginaire, où le jeu, la BD, la vidéo… pouvaient trouver leur place, la littérature n’a pas fait son nid.
On m’a dit que les stands étaient trop chers, pas assez rentables, que les visiteurs de la Japan Expo ne seraient pas intéressés… mais j’avoue que ça me laisse perplexe : si le public des littératures SFFF est quelque part, il est forcément là, au milieu de ces milliers de personnes amatrices d’imaginaire, venues sans doute d’un peu partout, avec un budget confortable.
Bref, j’imagine qu’il n’est pas évident de rivaliser avec un tel évènement et je ne peux donc que vous conseillez d’y faire un tour une année prochaine si vous ne connaissez pas (en prévoyant un petit budget costume/bijoux/goodies pour ne pas repartir les mains vides).

Notre envoyée spéciale avant d’embarquer à bord du Tardis !

Quant à la littérature, si elle ne se fait pas un nid au milieu d’autant de geeks, c’est qu’on a loupé quelque chose. Vraiment.
On se réjouit quand on capte quelques centaines de lecteurs alors qu’ils sont des milliers à rêver d’autres mondes.

(Hop, j’ajoute un lien vers l’album photo de Samantha Bailly, une autrice en dédicace 😉 )

Imaginales et Geekopolis : deux festivals, un seul week-end

Ce week-end (ou, plus exactement, de jeudi à dimanche), se tenait la 12e édition des Imaginales, à Epinal (dans les Vosges, pas loin de la Sibérie 😛 ). Aux mêmes dates (samedi et dimanche), Geekopolis se lançait pour la première fois, à Paris (‘fin, à Montreuil, mais sur une ligne de métro).
Si les Imaginales sont surtout un festival littéraire (quoiqu’il y ait des jeux et des films), Geekopolis avait une ambition plus large (jeux, costumes, séries…) et moins littéraire (malgré la présence de quelques auteurs). Pour l’amateur d’imaginaire, le télescopage voulu par les Geekopolis n’en reste pas moins surprenant. Surprenant également de placer l’évènement à un mois de la Japan Expo alors qu’il semblerait que ce soit une Japan Expo en plus petit (à ce qu’on m’a dit, j’ai prévu d’aller vérifier de mes propres yeux).
Bref, l’agenda était chargé et, une fois n’est pas coutume, j’étais bien décidée à en être : deux jours aux Imaginales, un jour à Geekopolis.

Si les domaines parcourus étaient différents, les conditions également :
– les Imaginales se déroulent au bord de la Moselle, sous des chapiteaux : l’entrée est libre, le cadre propice aux piques-niques de mai (quand il ne pleut pas) ; entre tables rondes, dédicaces et flânerie, l’ambiance est celle d’un dimanche à la campagne ;
– Geekopolis se tenait dans un Palais des Congrès, idéal finalement avec ce temps gris, mais le billet d’entrée était affreusement cher : en prévente, 19 € une journée, 35 pour les deux jours et 20 pour la nuit du samedi dont le programme était alléchant.

N’ayant pas la vocation du reporter, mon billet sera loin d’être exhaustif, j’avoue que je m’attarde surtout sur les avantages/inconvénients comparés.

La vraie qualité des Imaginales, c’est d’être le rendez-vous annuel de la littérature de l’imaginaire : auteurs, éditeurs… Professionnellement, j’ai dû retrouver trois-quarts de mon carnet d’adresses et, même si les moyens modernes de communication ont changé la donne, la rencontre physique est toujours agréable et fructueuse.
Le lecteur a donc de bonnes chances de parler aux auteurs qu’il apprécie et de repartir avec une belle pile de dédicaces.
Le vrai inconvénient, c’est le lieu : Epinal n’est pas l’endroit le plus accessible depuis toutes les autres villes de la métropole. Si l’entrée est donc libre, contrairement au prix assez décourageant de Geekopolis, objectivement, si l’on compte les frais de transports, la balade n’en reste pas moins un peu chère.

Côté Geekopolis maintenant, il y avait beaucoup de choses à voir et à faire : jeux à tester, stands de costumes, de dédicaces, décors…
L’endroit était découpé par thèmes, le guide était épais avec nombre de rencontres et activités.
Pour ma part, je me suis beaucoup intéressée à la table ronde sur les webséries et j’ai même pris des notes maladroites dans la salle plongée dans le noir.

Au final, si j’avais commencé mon périple en me demandant laquelle de ces deux manifestations me convaincraient de revenir à une édition suivante, j’en suis surtout ressortie avec cette impression qu’elles ne sont tout simplement pas comparables.
Pour les Geekopolis, mon avis final va surtout dépendre de la Japan Expo : l’évènement était très bien en lui-même, mais s’il y a plus grand pour moins cher dans la même ville, à un mois d’écart…
Pour les Imaginales, cela ressemble quand même bien à la manifestation littéraire annuelle de nos genres favoris et j’avoue que, à ce titre, je regrette pour ma part le choix des invités, qui n’est pas toujours très judicieux : certains auteurs manquent à l’appel d’une manifestation avec cette ambition.

Où l’on parle du FIJ 2013 et autres considérations rôlistes

Voilà, ce week-end s’est tenu le Festival International des Jeux (FIJ) à Cannes.
Même ceux qui ne connaissent pas situent le Palais des Festivals sur la croisette. Dans ce célèbre lieu, pratique, le Festival se tient chaque année depuis 1988. L’entrée est libre, les horaires larges (10:00 – 20:00) et le palais ne désemplit pas.
Difficile donc de rater cet évènement quand on aime les jeux : les jeux de plateau, de cartes, de dés, les jeux de rôles, les jeux vidéo, le grandeur-nature…
Le lieu est vaste et offre une palette incroyable d’activités, pour tous les âges, et les fanas de shopping peuvent se laisser tenter par des armes en latex, des goodies, des dés de toutes les formes et couleurs…
Pour ma part, je n’ai découvert le FIJ qu’en 1998. J’avais un vide à combler : la dernière édition du France Sud Open s’était tenue en 1995. (Le FSO, c’était 600 rôlistes venus jouer en plein mois de juillet, au soleil de la Côte d’Azur.)
‘fin, bref, je n’ai pas connu le FIJ à sa création et, cette année, je me suis inscrite au tournoi de jeu de rôle pour la première fois (aux rondes du vendredi soir et du dimanche aprem).
Côté pratique, le tournoi a commencé à l’heure, le temps d’appel était très bref et, tout le temps de jeu, des bénévoles souriants sont passés avec bouteilles d’eau, café, thé, sodas, biscuits… dans une vaste salle, suffisamment aérée pour que le bruit de plusieurs tables ne soit pas infernal.
Côté moi-je, j’ai essayé les Chroniques des Féals et les Ombres d’Esteren, avec des MJs et joueurs fort sympathiques.
Quelques chiffres quand même, puisque c’était un tournoi (même si, je l’avoue sans honte, j’étais venue pour le plaisir de nouveaux jeux et joueurs en oubliant l’aspect tournoi) : environ 120 joueurs pour 16 tables le vendredi, 19 le samedi et 12 le dimanche.
Côté vainqueurs, le classement des trois premiers :
– en maîtres de jeu : Christophe Barbe, Eric Berthebaud et Raphaël Hamimi ;
– en joueurs : Rémi Scatena, Yannick Comoglio et Philippe Lopez.

Étonnement, ce même week-end, à Monaco, se tenait le Monaco Anime Game Show 2013 au forum Grimaldi.
Étonnement, disais-je, car le « game » du titre laissait bien entendre qu’une partie du public était le même que celui du FIJ : les geeks n’ont pas 50.000 évènements qui leur sont dédiés sur la Côte d’Azur.
Poussée par la curiosité, j’y suis donc allée le samedi.
Dans un espace pas si grand, des tas de stands assez cools de goodies et des invités plutôt sympas comme le Joueur du Grenier, mais… une entrée à 12 €.
Clairement, un week-end d’ennui, ça aurait pu le faire. Le même week-end que le FIJ, ben… c’est quand même un sacré fumble. Parce que je ne sais pas pour vous, mais, perso, entre une entrée gratuite et plein de jeux à tester et une entrée payante pour rester passif en attendant des autographes…
Bref, une queue monstrueuse attendait pour un autographe du Joueur du Grenier, qui doit être complètement vidé en fin de journée, tandis que trois acteurs américains s’ennuyaient (et, à 20 € la dédicace, ça n’est pas forcément une surprise).

Voilà, je voulais faire ce petit billet dès lundi, mais des soucis d’yeux m’ont retardée et, du coup, je rédige donc cette chronique après la parution du nouveau numéro de Casus Belli que les abonnés ont reçu ce matin dans leur boîte mail.

Et, en lisant l’édito, j’ai un peu une réaction WTF ?
Stéphane Gallot et Didier Guisérix, tout en annonçant que le FIJ vient de se tenir, se désolent de l’absence d’un grand rassemblement rôliste. Heu ?
Non seulement il y a pas mal de conventions en France, mais le FIJ, par son ancienneté et son infrastructure, offre tout à fait ce lieu de grand rassemblement. D’autant que Casus y avait un stand prévu.
Au prix du billet d’avion Nice-Paris, je ne vais pas prétendre que les Alpes-Maritimes se sont désenclavées en quelques années, mais ça s’est pas mal amélioré.

Bref, je vais vous donner rendez-vous l’année prochaine, les dates sont déjà fixées du 28 février au 2 mars 2014. Les Vagabonds du Rêve et Terres Suspendues y seront 😉