Une Romance/Science-Fiction qui peut sembler assez simple a priori, mais qui fonctionne bien et réussit son questionnement
10 épisodes de 50/60 minutes
Réalisateur : Kim Jung-shik

Elle (Ji Soo) est éditrice dans une maison d’édition spécialisée dans les webtoons et elle est notamment responsable d’Elle3, une autrice d’un titre à succès, en Romance, tout à la fois mauvais et addictif, toujours au Top 1 de sa catégorie (du vendredi).
Sachant qu’Elle déteste la Romance et qu’elle est plutôt Horreur.
Deux éléments viennent perturber son quotidien :
1/ une société produit une réalité virtuelle, Boyfriend on Demand, et, comme ils vont utiliser le personnage principal d’Elle3, ils proposent à Elle de tester le jeu et de leur en faire des retours critiques ;
2/ tandis que Lui2, l’auteur suivi par Lui (Seo In-guk), le rival d’Elle au sein de leur entreprise, se trouve assigné à son tour au vendredi, en concurrence direct avec Elle3.
Pendant ce temps-là, Elle2, la meilleure amie d’Elle, enchaîne les rendez-vous amoureux et les déceptions.
Boyfriend on Demand propose 900 prétendants / scénarios, de toutes sortes : amour étudiant, agent secret, historique… et, pour les clientes qui n’y trouvent pas leur compte, elles ont la possibilité de demander le déblocage d’un 901e prétendant, personnalisé vraiment au plus près de leurs attentes.
L’objectif de la société aux commandes est bien sûr de créer une expérience qui t’incite à renouveler ton abonnement mensuel1.
Quand Elle débloque le 901e, après toute une batterie de questions, l’IA a généré un personnage qui a… le visage de Lui.
J’ai vraiment envie de dire qu’il y a deux lectures.
On peut la regarder comme une romance de bureau qui fonctionne bien. Nos personnages vivent un ensemble de péripéties qui les amènent à questionner la vie, l’univers et le reste et à lever leurs réticences pour construire une relation.
Mais il y a vraiment un gros plus / une seconde lecture en toile de fond.
On dit souvent que la science-fiction, plus que les autres genres, est un laboratoire pour penser/tester l’humain et la société. C’est une des fonctions de l’Art, et donc plus encore de la SF.
Même si je n’ai pas fouillé le sujet et recoupé tout ce que j’ai lu ici et là, en 2026, on ne peut pas ignorer que la Corée du Sud, plus encore peut-être que d’autres pays, traverse une « crise » autour de la natalité.
Je n’aime pas trop employer ce terme car il pourrait laisser entendre que la natalité est un peu une sorte d’obligation due au monde / au pays / à la société, mais, de fait, la question de la natalité a des liens directs avec le rapport au couple, à la famille et à l’égalité femme/homme.
Bref, en Corée du Sud, marquée par ce phénomène, le féminisme semble particulièrement mis à mal, en contradiction avec les vibes de leur culture pop2, et les femmes prennent de la distance avec les hommes / les rencontres / le mariage.
Aussi, ça ne peut pas être juste pour le fun du scénario qu’on choisit ici de nous raconter une histoire où les femmes (hétéras, hein) ont la possibilité de s’échapper du quotidien dans une réalité virtuelle où les attendent des hommes respectueux et sincères.
On ressort donc avec pas mal de messages sous le couvert des aventures de nos personnages.
Genre :
même si ça peut surprendre les hommes, c’est OK d’avoir envie d’un jeu de dating (comme n’importe quel autre loisir) pour s’amuser ou pour s’échapper un peu de la réalité ;
ça fait du bien d’avoir une simulation où tu peux reprendre confiance en toi, être particulièrement en sécurité3, entendre que tu es quelqu’un de bien et ce genre de choses ;
si t’es un gars correct et amoureux, tu ne peux pas te sentir menacé par des PNJ.
On voit passer beaucoup de contenus alertant sur le fait que les standards des femmes hétéras sont très bas, comme si les relations n’étaient plus « amoureuses » que de nom, et, bref, Boyfriend on Demand rappelle que c’est normal d’avoir des standards.
L’histoire est courte (10 épisodes) et ne se perd pas. Je me demandais un peu tout du long comment ils allaient atterrir et ça fonctionne : de la SF laboratoire d’anticipation où les femmes peuvent faire une pause.
PS : Après avoir fini de rédiger cette chronique, je suis allé lire les avis ici ou là.
Même s’il y a des retours positifs, il y en a pas mal de négatifs.
Des prévisibles, genre des gars qui vont chouiner que l’appli/jeu n’est que pour les femmes et blabla néo-féministes, pourquoi on ne voit pas les hommes s’essayer à une réalité virtuelle où…
Le monde entier est une réalité virtuelle où trop de gars s’imaginent que les femmes sont à leur service. Ce niveau de déni…
La très grosse moitié de l’histoire, on ne sait rien de Lui, on suit Elle et on n’a que son point de vue. Perso, j’ai trouvé l’effet réussi, mais d’autres spectateurices le regrettent.
Enfin, je ne vois que des mentions de la Romance et à peine du côté SF/laboratoire… ce qui perd, à mon sens et comme je l’ai écrit plus haut, une des deux lectures.
Bref, moi, j’ai aimé, mais ce drama ne remporte pas l’adhésion.
Un peu finalement comme Pas de profit, pas d’amour qui n’a pas eu, j’ai l’impression, le succès qu’il mérite.
Est-ce qu’il pourrait y avoir un lien avec le côté féministe du propos ?
— T’as fait attention ou pas ? Les deux séries, c’est le même réalisateur !
— Oh… Donc, OK, le propos perçu n’est pas un simple et heureux accident…