The Law Cafe (2022)

16 épisodes de 60+ minutes

Elle (Lee Se-young) est avocate. Des causes perdues. Des injustices. Elle décide de quitter la fondation où elle exerce pour ouvrir un café où les gens pourront venir la consulter pour le prix d’une consommation.
Pour s’installer, elle loue le bas de la maison de Lui (Lee Seung-gi) qui, amoureux d’elle depuis qu’ils se sont rencontrés au lycée, la fuit depuis quelques années, rongé par la culpabilité. Car, forcément, Lui est membre de la famille qui a causé du tort à la famille d’Elle.

Au fond, rien de très original : une romance avec de l’action et de la politique, des méchants très méchants, des gentils qui se sentent vite responsables de tout…
Charmant. Et, même si je l’ai dévorébingewatché, au fond, cela ne suffirait pas à en faire un billet.

La raison de ce billet, c’est l’angle de ce drama très simple en apparence.
C’est une histoire de femmes. Qui viennent consulter Elle pour faire face au monde. Qui affrontent les épreuves. Qui s’entraident.
Tout au long de la narration, on ressent un fort shoot de sororité.
Moment où Elle ne sait pas bien si elle doit appeler la mère de son amoureux Grande-Sœur ou Belle-Mère.
Les femmes n’y sont pas parfaites : l’une est une mère maltraitante, l’autre une harceleuse, mais, là encore, on nous parle de femmes. Bonnes ou mauvaises, ce sont avant tous des femmes qui sont décrites.

Sans rayer les hommes. Quand une femme sera harcelée sexuellement à son travail, l’autre victime sera un homme. Harcelé par le même coupable.

On y parle aussi du mariage. Des promessses.
Et est-ce qu’une femme peut faire carrière quand son homme élève leur enfant ?
Même la nécessité de discuter de sexualité au sein du couple est évoqué.

Bref, c’est vraiment ce que j’aime dans la culture pop.
Mentionner des sujets importants.
Remettre les femmes dans la narration.
Proposer une narration où le soin et l’entraide ne sont pas des faiblesses, mais la base des rapports humains.

Puis j’adore le personne d’Elle, sans limites, qui dit ce qu’elle pense, qui n’a peur de rien.

En « bonus étrange », la narration est entrecoupée de petites scènes où les personnages s’adressent à nous, comme dans un documentaire. Ce qui m’a fait penser au procédé narratif de Lovestruck in the City, mais en filigrane…

C’est compliqué…

Notre rapport aux réseaux sociaux est compliqué. Sous plusieurs aspects dont certains que j’évoquais en 2015.

Ils nous permettent tout à la fois de rester en contact, d’accéder plus vite/facilement à certaines infos… mais, en même temps, ils ne sont pas anodins car ils ne sont pas « bruts ». Ils sont conçus pour rentabiliser notre temps d’écran.

A ceux qui ne verraient pas l’aspect informatif de ces outils, je leur demanderais simplement comment, en dehors de l’info « grand public » diffusée par les médias « traditionnels », ils peuvent s’informer sur les petits festivals, la tournée d’une écrivaine ou les pensées de leur illustrateur favori ?

Je me sens peut-être prisonnière à tort de leurs fonctionnalités, mais, sincèrement, sans eux, je ne vois pas comment/par quel biais un évènement comme Nice Fictions toucherait les gens.
Donc, ne serait-ce que pour lui (elle ? Nice Fictions est-il ou est-elle ?), je prends le temps de me sentir à l’aise avec chaque plateforme (mais je dois avouer ici que je n’ai toujours pas mis les pieds sur TikTok).

Malgré tous les défauts qu’on lui trouve, Facebook reste à mes yeux le plus pratique/fonctionnel : tu peux aussi bien y partager une image qu’une vidéo, un très long texte (tu n’y es pas limitée en taille contrairement aux autres)…
On peut y bloquer une personne agressive, on peut s’abonner à des pages…

Instagram, a priori incontournable car les « jeunes » y sont contrairement aux « vieux » restés sur FB, reste à mes yeux un mystère, mais j’en causais déjà cet été.

Linkedin…
Ouah… Un mélange improbable entre des gens à la recherche d’un emploi, sérieux, concentrés… et tout un tas de coachs et de managers venus expliquer la vie, combien ils sont formidables et ont tout compris.
Je l’ai longtemps fui, même si j’y avais un compte, mais, dernièrement, j’ai dû admettre que mon employeur y avait + de 100.000 abonnés contre, par exemple, moitié moins sur FB ou seulement 14.000 sur Twitter. Et que, du coup, il y avait un public…

Quant à Twitter, si je le trouvais particulièrement anxiogène si on y débarquait « sans préparation », son sort a été pas mal bouleversé ces jours-ci après son rachat par Elon Musk.
En lisant ce matin un article du Courrier international, notre équipe a pris une décision évidente : étant donné les valeurs militantes de Nice Fictions, nous ne pouvons continuer notre communication sur un réseau dont les objectifs se sont nettement assombris et qui a viré brutalement la moitié de ses effectifs, ce qui est simplement immonde.
Cependant, si vous êtes dans la team cynique/désabusée, cela signifie également qu’il n’y a plus personne pour manœuvrer. Qui resterait à bord du Titanic au moment où il touche l’iceberg ?

Anecdote amusante ou ironique (?) à ce propos, et qui montre bien le souci intrinsèque à la plateforme, c’est que, peu de temps après que nous ayons mis un message sur notre profil pour annoncer notre départ, un random guy poppe pour demander « 219 abonnés pourquoi l’annoncer ? »
Il doit y avoir une logique (non) pour lui à venir commenter sur un profil qu’il ne suit pas pour se plaindre, mais… que nous ayons 2 abonnés ou 10.000, on doit changer notre com’ ? 219 abonnés n’ont pas le droit de savoir qu’ils ne nous verront plus ici car ils ne sont que 219 ?
Et… puisque son tweet est sous la forme interrogative, s’imagine-t-il réellement qu’on va lui répondre ?
Bref…

Ce n’est pas le point qui m’intéresse dans ce billet.
A côté du médiatique rachat de Twitter, il y a eu deux autres moments qui m’ont interpellée.

Un peu de contexte en préambule :
La question des réseaux sociaux, des outils, des plateformes… est une question qui tourne en tâche de fond dans ma tête.
Par exemple, c’est notamment pour cela que mon blog a quitté Blogger, qui fonctionnait tout à fait honnêtement, et que j’ai acheté mon propre hébergement / ma propre url.
Ca ne m’est pas pratique car je n’ai pas le sens esthétique pour le rendre agréable à l’œil comme je le voudrais, je dois attendre de l’aide d’un Lui encore trop occupé par nos autres sites… mais je tenais à être « chez moi ».

Je suivais (j’écris au passé puisqu’ils sont partis) deux auteurs sur FB : Henri Loevenbruck (polars) et Matthieu Bé (jeu de rôle).

Cette semaine, HL a annoncé sa découverte de Mastodon, réseau social open-source, et il a invité un maximum de gens à le suivre, annonçant son départ des autres RS pour appuyer son déménagement.

Cette même semaine, MB a posté : « J’éprouve aujourd’hui un besoin brûlant et urgent de reprendre le contrôle sur les contenus que je partage sur le web.
Et cela va de paire avec une déconnexion des RS que j’utilise, comme FB et Twitter, pour revenir à des moyens plus simples. »

Je comprends leurs deux démarches.
Je me suis créé un compte sur Mastodon, of course.
(Edit au 6/11/22 : Et #NiceFictions y a désormais son compte : @nicefictions@toot.portes-imaginaire.org)
Quand à ce que dit Matthieu, je le ressens aussi.
Comment le décrire ?

Quand je publie un statut un peu long sur FB, j’ai tout de suite des interactions. Je suis lue, je suis commentée.
J’avais notamment fait le test avec ma nouvelle : Tout a bien commencé parce que j’ai cru qu’elle était lesbienne.
Mentalement, si tu penses « je vais lire une nouvelle », tu dois te mettre en condition, tu t’accordes une pause, tu dois t’installer… donc tu vas peut-être repousser ce moment, être happée par d’autres obligations.
Ce texte se prête bien à une diffusion sur un fil de RS : tu scrolles, tu commences à lire car cela ressemble à un statut « comme les autres » et, avant que tu ne réalises, hop, tu l’as lue en entier !
En tant qu’écrivaines, auteurs… on aime être lues, tout simplement.

Mais, lorsqu’un contenu est disponible sur le blog, dans sa rubrique, il est posé « pour longtemps ».
On peut facilement revenir dessus, partager son url, le modifier, y ajouter une illustration… alors que les réseaux, par leur usage même, noient les contenus anciens.
Du coup, il m’arrive, quand je nettoie mon fil d’actualité, de copier/coller ici un contenu avant de l’effacer là-bas.

Dans cette démarche de me réapproprier mon environnement, je me suis donc défait de mon Linktree car je peux très bien partager quels liens clés en page d’accueil de ce site.
L’outil WordPress se prête bien à ce que ce qui n’était qu’un blog devienne un site avec une sous-partie blog.

Puis tout n’est qu’un immense test après tout…

Procrastination et Fatigue sont dans un bateau

La procrastination est considérée comme un défaut. Il ne faut pas y succomber, il convient de la combattre, de lui trouver des solutions.

Nous sommes bombardées d’injonctions à la performance, à la réussite. Tu dois « faire des choses », de ta journée, de tes vacances, de tes soirées, de tes week-ends.
Tu te dis écrivaine et tu n’as écrit qu’un seul roman ? Comment oses-tu te sentir légitime ? Inscris-toi à cette session de coaching pour exploiter tout ton potentiel !
Tu aimes le sexe, mais tu n’as des rapports qu’une fois par an ? Tous les dix ans ? Tu as un problème, il faut que tu le fasses plus souvent !

Quand j’étais enfante et que mes parents n’avaient pas de solution de garde, iels devaient m’emmener à leur travail. On est dans les années 1970, 1980… Point de consoles de jeux vidéo portable…
J’imagine que, parfois, je devais lire. Dessiner ? Non, je n’y suis jamais vraiment arrivée. Je faisais des colliers de trombones, of course, mais, surout… je m’ennuyais.
Ma mère me disait alors que l’ennui était une bonne chose, source de créativité. Je pouvais utiliser ce temps pour inventer des histoires, par exemple.

J’ai plusieurs soucis de santé qui tous ont ce point commun : la fatigue. Ajoutes-y le cycle menstruel et une allergie ou intolérance et on est pas mal : être « en forme » est un doux mythe pour moi.
Ca m’est peut-être arrivé quand j’étais enfante, mais je ne m’en souviens pas.

Pourtant, si mon corps est indolent, si je ne semble jamais agitée, si je ne cours pas entre deux réunions… mon esprit, lui, fume un peu trop à en croire mes esclaves ami·es.

Sans doute parce que j’y étais obligée par mon corps, j’ai appris à vivre avec cette compagne, Fatigue. Je ne lutte pas. Je sais que, à un moment donné, je vais avoir un pic et que je pourrais faire tout ce qui attend. Alors je fais des To do list et des tableaux Excel-like de suivi, je note absolument tout dans mon agenda, du thé avec une pote à la réunion récurrente.

Les années ont passé. Je n’ai ni enchainé les conquêtes amoureuses ni les prix littéraires.
Il y a eu des tas de jours où j’avais l’impression de faire du surplace, sans compter les fois où je retournais en arrière (et dont je parle dans ce billet d’il y a un peu plus d’un an). Et, pourtant, quand je regarde en arrière, quand je me plonge dans mes « petits dossiers », je me dis que c’est pas mal du tout. Ma bibliographie n’est pas longue comme un jour sans pain, mais satisfaisante comme les cookies que je réussis à tous les coups.

Lors d’une conversation récente, une personne expliquait qu’elle devait donner un objet à une deuxième personne « parce qu’elle n’allait quand même pas le jeter ». La deuxième n’en voulait pas et a refusé. Parce qu’elle l’aurait jeté si elle l’avait pris et… autant que la première le jette directement.
Ca m’a fait tilt. La première n’envisageait pas un refus « puisqu’elle ne pouvait pas jeter ».

Nos vies sont tellement saturées d’injonctions qu’on ne les perçoit plus comme telles.
« Tu ne vas quand même pas procrastiner ? » | ‘Tu ne peux pas écrire le même roman / jeu de rôle / … pendant n années ? » | « Tu ne vas pas jeter ? » | « Tu ne peux pas ne pas baiser si tu ne l’as pas fait depuis n années ? »

En réalité, hormis nous nourrir, nous soigner, dormir et ne pas nuire à autrui… nous ne sommes absolument obligées à rien.
Il n’y a aucune raison que nous finissions le roman que nous écrivons alors que le marché du livre est saturé.
Si nous sexons une fois par an, nul doute que celles et ceux qui ont besoin de plus trouvent d’autres partenaires que nous, nous ne leur sommes pas indispensables.
Ca ne changera pas la fin du monde que nous ayons passé nos vacances à les remplir de randonnées ou à mater des séries sur Netflix.

La procrastination n’est présentée comme un défaut que parce que la société / le collectif veut nous faire renoncer à notre consentement éclairé. Comme on « doit » faire quelque chose, au lieu de se demander « ai-je envie de le faire ? », rapidement, on en vient à « je vais le faire », parce que ce sera mieux perçu que de refuser une invitation, parce que « ça ne se fait pas quand même ».
Et, pour toutes les personnes « différentes » à qui cela demande plus d’efforts que la moyenne des autres, sur leurs souffrances s’ajoute ce sentiment d’échec, cette punition supplémentaire.

Cette chère Fatigue m’a appris à dire « non », facilement, sans aucun sentiment de culpabilité.
Cette chère Fatigue m’a ramené perpétuellement à mon consentement : en as-tu vraiment envie ?

Un jour, j’ai pensé que « le ménage devrait vraiment être fait », mais je n’en avais pas du tout envie. J’ai exprimé mon désarroi à voix haute et Cadette m’a répondu :
— Tu attends des invités ?
— Non, pas du tout.
— Alors ça n’a aucune importance !
Là, il y aura tout un tas de gens — qui ont tellement abandonné leur consentement depuis trop de temps qu’iels ont envie qu’on souffre aussi — pour dire : « Oh, cela devait être bien sale / bordélique / whatever », mais, en réalité, si les poubelles sont sorties, que le plan de travail de la cuisine est propre, que le lave-vaisselle a tourné… une maison est tout à fait vivable avec de la poussière dans la bibliothèque.

La procrastination n’a rien d’un défaut. Si tu n’as pas envie, tu as le droit de dire « non » ou « plus tard ».

Ce billet est approuvé par la Confrérie des Chats d’appartement.

— Mais, du coup, il est déjà 21h30. Tu comptes finir d’étendre le linge avant d’aller dormir ?
— Oh, ça va !