Je voudrais avoir cinq ans

Les cheveux libres dans le vent
Me rappeler ta tendresse
J’avais encore des tresses
Je quittais la maison
Le matin, de bonne heure
Pour rejoindre le garçon
Qui m’appelait petite soeur
Et les longues promenades
Les glaces et la limonade
Les histoires de guerriers
Marquaient notre insouciance
Mais meurt l’enfance
Sous le glas des années
Les mensonges et les promesses
Sous les tendres caresses
Nous devenons amants
Et je ne peux plus retenir
Les merveilleux souvenirs
D’une enfant

Que dirais-je à mes amants

Je suis sincère quand je vous mens
L’espoir se trahit
Dans la nuit
Et votre regard me suit
Ultime condamnation
Mon chemin quitte la vie
Résonnent vos soupçons
Dans le tracé que j’ai suivi
Une à une mes pensées me fuient
Et mes larmes s’écoulent
Entre mes mains qui moulent
Votre visage de cire
Mes genoux s’affaissent lentement
Contre les cris de vos tourments
Et puisqu’il n’est pire
Que vos sanglots de martyr
Je vous laisse souffrir
Mes mots sont un dernier soupir

Il ne faut plus croire

Le long désir d’ivoire
Qui roulait sous les pieds
De la vierge nacrée
Qui t’aimait
Une note casse
Les reins d’une amante lasse
De promesses oubliées
Dans tes baisers
Que pourrais-je te dire
Puisque tu vas mourir
Que je n’en souffre plus
C’est un bonheur qui fut
Et tes larmes
Brûlent mes mains
Ce sont les armes
Des catins
Tu t’enfuis
Des hommes oublié
Et ta nuit
Recouvre mes idées

Je suis amoureuse…

… d’une ombre qui glisse
sur les eaux lisses
des femmes heureuses.
Son nom se dit
derrière les rideaux,
ses mains sourient,
je meurs dans le faux.
Et puis l’idée
de ne plus rêver,
de se laisser aller,
de se faire aimer.
Le marteau s’abat
sur la porte fermée,
j’entends ses pas
sur le sol marbré.
Les heures s’enfuient
et je disparais dans l’oubli.

Où vas-tu, homme sombre ?

Qui es-tu, issu d’ombre ?
— Je suis celui qui t’aime
quand s’enflamme ta haine
Celui qui te soutient
quand brûle ta colère
quand en toi tout s’éteint
et reste la lumière
Je suis la trahison
qui coule en un poison
dans la coupe amère
que tu portes à tes lèvres

Qui es-tu, issu d’ombre ?
— Je suis celui qui t’aime
quand s’enflamme ta haine
Celui qui te soutient
quand brûle ta colère
quand en toi tout s’éteint
et reste la lumière
Je suis la trahison
qui coule en un poison
dans la coupe amère
que tu portes à tes lèvres

Assis, vous regardant

Je suis question
Qui êtes-vous
hommes-enfants
qui sans raison
devenez fous ?
Assis, me questionnant
je suis écoute
Et mes yeux voient
loin, sur la route
un long convoi
de fleurs d’amour
salies de boue
Assis, m’interrogeant
depuis toujours
je suis en vous
les pieds en sang
sur le chemin
de ceux, humains,
qui croient encore
à un espoir
d’ambre et de noir
Couché, je m’endors
et tous mes rêves
tendent vers vous
descendants d’Eve
qui savent tout
Je suis petit
dans l’infini
Qui êtes-vous ?

Sur les pavés

un homme couché
Sur la poitrine
les mains crispées
et un filet
couleur sanguine
qui va couler
dans le ruisseau
Et ses yeux pleurent
sur son bonheur
volé trop tôt

Un homme passe
voit cette vie qui s’efface
et repousse dans l’ombre
la tache sombre
que fait encore
cet homme mort
Homme couleur
chassé des coeurs
aux faces blanches

C’est un message qui me l’a annoncée

En des termes de sang et de paix
Et comme ce prisonnier voyant l’oiseau passer
J’ai bu les gouttes de cette lettre accusée
Puis le soir tombe sur ce monde privé d’étoiles
Et mes pleurs suivent l’ombre de la toile
Où les dieux peignent nos dernières souffrances
Telles ces démons revenus de l’enfance
Adieu, donc, jeunes filles envolées
Il ne m’a pas servi de vous avoir aimées
Je laisse vos brillantes armes
Déchirer le pourquoi de ces larmes
Une bille roule sur les parterres piétinés
Et l’eau se trouble devant la nudité
Je me retourne sans un adieu, un regret
Séchez vos grands yeux bleus
Vous n’aviez plus rien à m’apporter

Le monde est un royaume

Où des rayons sanglants
Jettent leur éclat pourpre
Sur des fleurs qui embaument
Dans un soir déclinant

Et les parfums troublants
D’une explosion de mots
Me crient : qui es-tu ?
Mais je suis ignorant
Ce que je sais est faux

Sur les berges éclatantes
D’un fleuve verdoyant
Mes pas errent et s’égarent
Et les nymphes riantes
Me regardent pleurer doucement

Montée sur un fier cheval blanc

Dont la crinière berçait le vent
Elle regardait la vaste plaine
Ses sombres yeux brillant de haine
L’herbe courait portant le bruit
De la cadence de l’armée ennemie
Elle se tourna alors vers moi
Un regret traversant son esprit
Elle hésita puis me sourit
Et hurla à ses généraux : « Cette fois
Nous aurons la victoire »
Les corbeaux envahirent le ciel
De leurs puissantes ailes noires
Ils cachèrent le soleil
Les loups hurlèrent
Seule restait sa monture claire
Ce fut un vrai carnage
Gravé à jamais dans le cours des âges
« Si tu avais eu envie »
Furent ses dernières paroles
Et je compris que j’avais été fol
De ne pas précéder la mort
Contre son corps