Le combat qui ne tache pas

J’aime beaucoup l’idée que le combat féministe devrait être « modéré ».
Parce que, en fait, si t’es une nana, même quand tu combats, tu devrais te la boucler.

Spoiler alert : un combat n’est pas modéré. Il est rendu nécessaire quand les victimes décident de ne plus l’être.
Un combat est dur, violent. Et la responsabilité morale est sur la conscience de l’agresseur/oppresseur.
(Marche avec toutes les luttes.)

Merci. Bisous 💜

L’écriture inclusive est difficile pour les dys…

– Alors, en fait, mon chéri, c’est pas l’écriture inclusive qui est difficile quand tu es dyslexique. C’est l’écriture. Tout court.
– Oui, mais on doit faire en sorte que les dys puissent écrire facilement !
– Tu peux demander à Siri d’envoyer tes textos.
– Oui, mais non, les dyslexiques doivent écrire !
– Le gars en fauteuil roulant qui ne peut pas marcher, il doit marcher ou alors on doit développer de bons fauteuils roulants, des rampes d’accès, etc. ?
– C’est pas pareil ! (Non non, bien sûr, si tu ne peux pas marcher, tu ne peux pas, mais si tu ne peux pas écrire, tu dois quand même…) En cas de panne, ton Siri, il ne marche pas !
– C’est sûr que, en cas de panne d’électricité généralisée, de pandémie ou d’invasion zombie, c’est ultra-important de ne pas faire de fautes d’orthographe.

Ce n’est qu’à 40+ que j’ai découvert mes propres handicaps, mais c’est beaucoup plus tôt, en tant que mère, que j’ai expérimenté le handicap.
Ce que j’en ai retenu, c’est que les humain.es prenaient soin les un.es des autres, créaient des outils pour se faciliter mutuellement la vie, toussa toussa…
Et en cas d’attaque zombie ?

Je vis en prenant du Levothyrox, de l’acide folique, du fer…
En cas d’attaque zombie, sans médocs, je m’éteindrais doucement. Ça ne veut pas dire que je doive arrêter les médocs now, quand ils sont dispos, ça veut dire que je sais que, si les temps devenaient durs, je serais dans les premiers départs.
Mais je n’ai aucune raison d’avancer ce départ.

Il n’y a pas de combats ou de causes qui doivent être abandonnées car moins importantes ou moins fondamentales.
Nous avons les ressources humaines pour lutter contre tous les maux, toutes les discriminations, aider tou.tes les malades, tou.tes les handicapé.es…
A nous tou.tes, nous pouvons tout faire.

– Ouais, mais quand même, ce serait mieux de pouvoir écrire…
– Alors, en fait… SPOILER : on meurt tou·tes à la fin, quelque soit la façon dont on vive. On peut forcer quelqu’un.e qui ne peut pas faire quelque chose à le faire quand même… ou on peut juste produire des outils de plus en plus géniaux pour que chacun·e d’entre nous puissent passer son temps à faire ce qu’iel aime, lire ou manger des glaces, se faire bronzer ou jouer au foot… et si on veut se forcer à faire un truc qu’on ne peut pas car on aime le défi, alors, oui, il faut le faire… pour soi, pas pour les autres.

En fait, on peut tou·tes vivre en paix en se faisant du bien, sans se forcer, si on choisit de le faire…

DLC sur les nanas ?

Je vois circuler un texte plein de bonnes intentions pour dire aux femmes de 40+ que, même si elles se sentent moins jolies qu’à 25, elles ont de l’expérience et tout.
C’est écrit dans quelle tablette de marbre « moins jolie » ?
Une femme de 40 ans est en général belle différemment d’une femme de 25 et les deux sont belles. Comme l’est celle de 60.
A l’échelle individuelle, il y a des âges où nous serons moins belles car abruties par les soucis ou le chagrin ou… et d’autres où nous serons épanouies.
Perso, à cause de mon hypothyroïdie non soignée jeune adulte + les hasards de la génétique, « on » m’a clairement dit que j’étais plus belle à 45 qu’à 25.
Je n’ose pas aborder les mecs plus jeunes non pas que je me sente moins jolie, mais parce que, de toute façon, je n’ose aborder personne.
– Ouais, mais tes seins sont un peu moins fermes et… ?
– Et quoi ? On vit dans une société nudiste ?
Bref, méfiez-vous de vos bonnes intentions. Je ne vois rien de rassurant à tenter de confirmer que les femmes seraient plus ou moins charmantes en fonction d’une date de péremption qu’elles devraient compenser par de l’expérience ou de la maturité.
Et… spoiler : la sagesse et la maturité n’existent pas. L’âge adulte n’existe pas. Depuis la naissance, nous sommes juste de petits animaux qui nous débattons avec nos contradictions.

Où je parle notamment d’Oh My Ghostess 오 나의 귀신님 (2015)

L’amitié homme-femme n’existe pas.
J’ai réentendu cette phrase hier, au détour d’une comédie romantique. Ça n’avait rien de surprenant, ça allait dans l’histoire, le héros est jaloux du meilleur ami de l’héroïne.
Ça allait dans cette histoire, mais c’est tellement bête…
L’amitié homme-femme n’existe pas ?
Alors… déjà, cela présuppose un cadre hétéronormé et ça doit se décliner ? Les bisexuels n’ont aucun ami ? Et, pour les asexuels, c’est la fête ?
En fait, cette bêtise est lourde de sens parce qu’elle pose bien en définition que l’amour est l’amitié-avec-du-sexe. Amour et amitié ne seraient donc pas des concepts qui représenteraient une intensité de relation, mais qui seraient définis par la présence ou l’absence de sexe.
Beaucoup de couples qui “fonctionnent” disent qu’ils sont “meilleurs amis”. S’ils emploient ce terme de “meilleur ami”, c’est bien qu’il signifie quelque chose de particulier à leurs yeux qu’ils ne peuvent pas rendre par “nous sommes amoureux”.
Et, sinon, on en reste là : ce serait de l’amour si on trouve une personne juste sympa et qu’on veut coucher avec elle, mais de l’amitié si on a un lien très fort avec quelqu’un, mais qu’on n’a jamais songé à le sauter ? Et on a inventé « amour platonique » pour se filer des maux de tête ?
Les mots nous servent à communiquer, à échanger. Pour qu’ils soient utiles, nous devons être d’accord sur leur définition. “Table” ou “chaise” font normalement consensus.
“Amour” et “amitié” n’ont juste aucun sens. Ils ne servent à rien. Ou, plutôt, ils ne servent qu’en fiction, quand on utilise des clichés.
– Et, du coup, on fait quoi ?
– Aucune idée…

Continuer la lecture de « Où je parle notamment d’Oh My Ghostess 오 나의 귀신님 (2015) »

Le confinement, c’est un peu comme les chagrins d’amour…

Tu te retrouves avec relativement plus de temps libre (même si tu as d’autres tâches, confiné·e, t’as les transports en moins, les barbecues chez les potes qui sautent… et, largué·e, tu récupères tout le temps que tu gaspillais avec un·e chéri·e) et des injonctions à le remplir « utilement » alors que, toi, tu sais qu’il n’y a qu’une chose à faire : attendre que le temps passe en bouffant de la glace au chocolat.

Pourquoi Buffy n’est pas de la bit-lit…

… ou comment Cenlivane se lança dans un billet à 23h passées pour répondre à une copine sur une question inutile donc indispensable.

Parfois, d’un simple échange de deux lignes, on en vient à se poser de drôles de questions…
Bref… hier soir, France 2 diffuse Castle. Objectivement, ce n’est pas une « bonne » série, mais elle a le mérite d’être gentille (comme on l’entend ici, dans le midi ?). Gentille, on va dire, au sens de reposante, pleine de bons sentiments.
Et, ce qui ne gâche rien pour les yeux, le personnage principal est interprété par Nathan Fillion. Bien sûr que vous voyez qui c’est, il joue le méchant dans la dernière saison de Buffy contre les vampires et le héros de Firefly/Serenity !

Où en étais-je ?
Oui, hier soir, donc, je vais m’affaler devant Castle et, dans les secondes qui précèdent, sur FaceBook, je conseille à une copine d’en faire autant, pour se changer les idées, se détendre, toussa. Jusque là tout va bien.
Sauf qu’elle me répond qu’elle préfère se mater True Blood.
Bon, en fait, c’est son droit le plus strict, je ne le conteste pas, sauf que, perso, les couvertures des livres de cette série ont un peu un effet répulsif sur moi. Je lui réponds donc que la bit-lit ne me tente pas (ce qui résume en fait assez bien l’idée que je m’en suis forgée au fil du temps) et que, quand même Castle, Fillion, beau mâle… (Oui, je sais, l’argumentaire est pauvre, mais vaut ce qu’il faut !)
Elle, forcément, elle tilte : Fillion = Firefly !
Un peu monomaniaque, je la reprends : Fillion est avant tout le méchant dans le final de Buffy…
Sauf que, à la mention de Buffy, ma copine me répond qu’elle n’a jamais vu/lu de bit-lit, hormis True Blood.
Sa réponse me laisse sans voix : Buffy, de la bit-lit ? Comment a-t-elle pu se méprendre ? C’est de la fantasy urbaine, voyons !

Ben, justement, voyons…
Hier encore, cette copine ignorait l’existence du terme « bit-lit » et a donc googlisé. Et a appris que Buffy était de la bit-lit…
Du coup, ce soir, tout en regardant des rediffusions de Bones (ouaips, décidément, je suis bien beaucoup télé en ce moment), j’ai tourné la question dans ma tête.
L’idée derrière la bit-lit, grosso modo, c’est de vendre de la chick-lit avec des vrais morceaux de vampires dedans. Donc les aventures pseudo sentimentales, plus ou moins fortement teintées sexe, d’une trentenaire célibataire ou un truc du genre. Avec des aventures pour que l’eau de rose passe mieux ou que le sexe fasse moins « je lis un livre parce qu’il y a des scènes de cul dedans ». (Oui, je sais, je caricature, y’a forcément des trucs de qualité, comme de partout, mais je me fais l’avocat de la partie adverse ce soir.)
Ce qui n’a rien à voir avec Buffy, série qui démarre sur la base des séries avec des vrais morceaux de lycéens dedans pour dériver sur de la fantasy urbaine de qualité, avec une belle construction mythologique et tout. C’est encore plus flagrant dans le spin-off Angel où la romance est quasi absente.

Du coup, suis retournée voir mon ami Google pour voir si d’autres personnes avaient billeté sur le sujet.
Suis tombée sur Pourquoi Twilight n’est pas de la bit-lit ?1
Même si je n’apprécie pas Twilight et n’aurais donc pas choisi ce titre pour attaquer le sujet, suis assez d’accord dans l’ensemble. Pas plus que Buffy, Twilight n’appartient à la bit-lit.

Alors, à la question « pourquoi avoir voulu fourguer de la bonne fantasy urbaine (i.e. Buffy) dans un genre très marketé comme la bit-lit ? », j’imagine que la réponse est tout simplement pour donner des « lettres de noblesse ». Je suppose que c’est de bonne guerre, au sens où ça fait de la pub et tout… au risque de décevoir quand même. Comme le souligne l’article linké un peu plus haut, la bit-lit a une forte composante sexuelle qui n’en fait pas particulièrement un genre pour ados (même si, comme entendu hier dans Castle – on a les références qu’on peut – l’ado de 15 ans d’aujourd’hui a l’éducation sexuelle de l’adulte de 25 ans d’il n’y a pas si longtemps).

Ce qui m’ennuie dans tout ça et la raison, au fond, de ce billet, c’est que ma copine a la malchance de me connaître. Elle a donc une chieuse à disposition, toute prête à lui expliquer pourquoi Buffy est de la fantasy urbaine et même pas du fantastique, pourquoi la bit-lit est plus de la romance que de la fantasy, pourquoi…
Mais, pour tous les autres pas-ma-copine, Google les conduira tout droit vers cette idée. Et si, comme moi, ils n’apprécient pas trop le genre bit-lit, ils risquent de ne jamais découvrir Buffy s’ils ont oublié de la regarder quand elle passait à la télé, il y a si longtemps…

  1. Le lien est cassé (au 31/10/24), mais je vous le remets dès qu’il revient 😉 ↩︎