Maintenant que j’ai fini les comédies de Noël, c’est quoi le programme ? (2020)

9 minutes #romance #fées #fantastique


Spéciale dédicace à l’année 2020…

Journal de bord, année 2020
Lundi 2 novembre, il est 19h.
Entrée sur Facebook : Maintenant que j’ai fini les comédies de Noël sur Netflix, c’est quoi le programme ?
Cette année a été… particulière, disons. Le pays est reconfiné même si ce n’est pas bien clair. Certaines collègues sont au travail comme si rien n’avait changé, d’autres sont coincés à la maison, enfermés, déprimés. Je suis au nombre de ceux qui se retrouvent devant leur ordi, à produire… quelque chose. Ne me demandez pas quoi, je n’en suis pas certain moi-même, mais, à la fin du mois, mon salaire arrivera sur mon compte en banque et, tristement, je n’ai plus aucune autre préoccupation.
En réalité, ma pile à lire est loin d’être basse, mais, avec l’automne et les journées grises, quand la nuit tombe, je rêve de contrées lointaines, le papier me semble désormais froid. Gris. Comme mon humeur.
Nouveau message. J’avoue, c’est une sale manie, mais j’ai tendance à ne pas regarder l’expéditeur. Mon œil capte vaguement un avatar, que je pense reconnaître, et, souvent, je me mets à pester sur telle ou telle phrase avant de réaliser que la personne qui me parle n’est pas du tout celle que je crois.
Vais-je changer ?
Je ne crois pas.
Nouveau message : Jour d’ennui, nouveau jeu, on est sauvés !
Et un lien. Sur lequel je clique, forcément. J’ai fini toutes les comédies de Noël.

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Tout ça, c’est encore la faute du prince charmant…

4.710 signes
Temps de lecture : 4 minutes


L’histoire ne se termine jamais bien. Si, parfois, le prince épouse la princesse, il finit par la quitter pour l’une des Méchantes Sœurs. La princesse, après des soucis de santé, voire des soucis financiers, finit alcoolique et sa dernière aventure sentimentale (sentimentale, vraiment ?), quelques semaines avant sa mort, sera probablement un poivrot pathétique qui lui met la main aux fesses.
Il ne faut donc ni être princesse, ni même être Méchante Sœur, parce que personne n’a envie de vieillir auprès du prince, macho et fainéant, qui n’a aucune conversation.
Il ne faut pas non plus être la gentille fée parce que, après quelques centaines d’années à voir les autres se peloter grâce à nos bons soins, on finit aigrie et frustrée.
Il est donc probable que les seuls rôles valables soient ceux de la distribution masculine.
Pas le prince, on vient de vous dire qu’il n’avait aucune conversation.
Non. Le palefrenier, tranquille, sans souci, qui aide les dames à monter à cheval et qui, à chaque fois, se rince paisiblement l’œil sur leurs dessous : petites culottes aux couleurs bariolées, culottes de dentelles, absences de petite culotte… Car, oui, il n’y a pas de vie plus enviable de celle de notre palefrenier. Regardez-le bouchonner paisiblement ses chevaux, astiquer bricoles et selles, siffloter avant d’aller renverser la servante dans une botte de foin.

— En palefrenier ? C’est ton dernier mot ?
Le démon est embarrassé : la princesse trentenaire le regarde d’un œil mauvais et ne semble pas démordre de sa décision. Après tout, qu’à cela ne tienne, cette pimbêche est bien libre de tous ses mauvais choix. Une voix, au fond de lui, lui susurre que les choses devraient être différentes, mais puisqu’en palefrenier elle veut se réincarner…
Il signe le formulaire, applique quelques tampons, souffle doucement sur les papiers pour les faire sécher et la jeune femme repart, toujours avec son air décidé.

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Il faut savoir écrire le mot FIN (2018)

TW suicide

Marie et Paul restèrent un instant à se regarder, installés à la table de la salle à manger. Ils avaient couché les enfants qui devaient s’être endormis maintenant et les restes du repas étaient toujours là.
— Ce n’est peut-être pas utile de tout ranger, fit enfin remarquer l’homme avec un sourire qu’il espérait heureux.
— C’est quand même mieux quand c’est tout propre, répondit Marie sans soutenir davantage son regard.
Elle avait parfaitement conscience qu’il y avait quelque chose de ridicule dans ce souhait, mais elle commença à débarrasser et son mari l’imita. Ils chargèrent le lave-vaisselle, il passa l’éponge sur la table tandis qu’elle donnait un rapide coup de balai. Ils n’arrivaient plus à se parler, ils avaient trop fait d’efforts tant que les enfants étaient réveillés.
Les enfants. Un gentil garçon, une gentille fille. Une vraie histoire de conte de fées.
— Il y a un film que tu as très envie de revoir ?
Ils avaient tout rangé et il n’y avait rien d’autre à faire. Elle prit une profonde inspiration et le regarda enfin bien en face :
— Est-ce que tu m’en veux si je préfère… tu sais… c’est fini, maintenant…
— Je comprends, fit-il simplement.
Ses yeux se gonflèrent de larmes qu’il fut incapable de retenir. Le cœur lourd, il se dirigea vers son bureau et il entendit qu’elle se rendait à l’étage. Il n’avait pas besoin de la voir pour savoir exactement ce qu’elle faisait : elle était entrée dans la chambre de Julia et avait déposé un baiser sur son front, puis elle avait eu exactement les mêmes gestes pour Thomas. Ensuite, elle s’était rendue dans leur chambre où elle l’attendait, en se forçant à ne pas pleurer pour qu’il ne soit pas plus triste qu’il ne l’était déjà. Il n’avait pas son courage.
Toutes ces années comme médecin, il n’avait jamais pu se forger une opinion définitive sur l’euthanasie. Et aujourd’hui…
Elle ferma les yeux avant qu’il n’enfonce l’aiguille, après qu’ils se soient dit « au revoir ». Ce n’était pas évident d’être le dernier, mais il était médecin, ce n’était pas elle qui allait faire ça…
Ils partaient juste un peu en avance parce qu’elle était chercheuse dans le bon laboratoire et avait su plus tôt. Les gouvernements ne pourraient pas cacher l’information très longtemps et ils ne seraient pas là pour voir la suite. C’était la fin du monde et les humains ne pouvaient plus réparer leurs erreurs. Marie et Paul étaient sincèrement désolés pour ceux qui assisteraient à la fermeture.

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Les chagrins d’amour ne durent que le jour (2016)

Le premier jet de cette nouvelle a été rédigé à l’occasion du match d’écriture de la Convention Nationale de SF 2016.

Samedi 9:47
Dans la cuisine, les aiguilles de l’horloge cliquètent et le narguent. Comme chaque samedi. Il reste encore quelques minutes, mais il est prêt, que peut-il faire de plus ? S’il reprend un café, il sera trop nerveux et il l’est déjà bien assez.
Elle ne sortira pas de chez elle avant dix heures. Elle n’est pas du matin. Elle ne sort jamais avant dix heures. Elle descend jusqu’au marché aux fleurs dans l’idée de s’acheter un bouquet « puisque personne ne lui en offre jamais ». C’est là qu’il l’abordera. Sous un prétexte futile. Il en a plein en stock et, au final, il pourrait réutiliser le même à chaque fois, il ne change que pour lui puisqu’elle…
Il la bouscule par hasard et il est vraiment désolé. Ou il lui sourit en croisant son regard. Ou… Il a réalisé que ce n’était au fond pas très important parce qu’il lui plait et qu’elle a envie de se laisser faire. Pour elle, cela fait désormais plusieurs années qu’elle n’a pas eu d’histoires et il y a quelque chose en lui qui…
Alors…
Alors il va l’aborder, il lui offrira les fleurs qu’elle est venue s’acheter, ils prendront un café puis ils se baladeront le long de la mer, tout à côté, sauf l’été car le soleil tape beaucoup trop fort et elle ne veut pas s’y exposer.

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Tout a bien commencé parce que j’ai cru qu’elle était lesbienne (2020)

Je me souviens parfaitement de notre première rencontre. Je l’avais repérée en ligne car elle avait exactement le profil que je cherchais : développeuse informatique diplômée, elle s’était lancée dans le graphisme et son CV et son book disaient qu’elle était accro au travail, info qui se confirmait sur les réseaux sociaux : elle postait… du taf. Elle ne faisait que bosser et engrangeait des sous qu’elle claquait dans de grands voyages.
Probablement aucune vie privée ou en tout cas aucun projet qui vienne mordre sur le travail.
Idéale.
Si l’essentiel de mes revenus provenait du foncier hérité de mon père, j’avais divisé le travail que j’aimais en deux boîtes : librairie, devenue boutique de goodies pour collectionneurs fortunés, et édition de livres et de jeux.
Je cherchais cette licorne qui ferait le lien entre technique et esthétique.
Elle est arrivée au début de l’été. L’entretien était une pure formalité car je savais déjà que je la voulais. Cheveux très courts et colorés, elle portait un débardeur, aisselles non épilées, pantalon ranger.
J’aimerais vous dire que je suis un homme féministe, ouvert, sans a priori, mais Céline, mon ex-femme, qui reste une bonne amie, vous dirait, par la bouche de notre fille, que je suis ce que je suis : un mâle hétéro blanc… très riche. Pas un mauvais bougre, pas le pire égoïste de cette planète… mais le juste produit de mon milieu. Qui vote à gauche et fait quelques dons pour s’acheter une conscience.
Alors je l’ai embauchée, ravi, en me disant qu’elle était lesbienne, sans aucun doute, qu’elle avait probablement renoncé à la maternité, qu’elle ne distrairait aucun membre d’une équipe que j’avais constituée à majorité d’hommes, hormis notre secrétaire parce que, bon, quand même, pour être organisée et rangée… ‘fin, bref, vous me comprenez…
Bien sûr, j’ai assez entretenu le déni au fil des ans pour ne pas l’avoir formulé comme ça dans ma tête, mais, avec le recul, il est difficile de croire que j’aurais agi de la même façon si je l’avais pensée hétéro.
Nour a donc commencé un jour d’été. Rapidement, je l’ai intéressée aux bénéfices. Rapidement, je lui ai loué un des appartements de l’immeuble pour qu’elle n’hésite plus à rester tard un soir de bourre.
Comme elle habitait désormais sur place et que nous étions très bien équipés, elle est venue au bureau même le week-end quand elle avait des projets personnels. Et puis le personnel est devenu professionnel. Nous travaillions de plus en plus.
Je ne cherchais plus à faire de nouvelles rencontres pour les week-ends où Chloé était chez sa mère et où je me retrouvais seul. Nour était disponible pour travailler. Disponible pour m’accompagner lors des déplacements voir les clients. Disponible le temps d’un film sur l’immense télé installée dans nos locaux pour le confort des employés : pourquoi se mettre la télé dans un petit deux-pièces quand, trois étages plus bas, tu peux profiter d’un immense écran ?
Sans aucune retenue, j’ai absorbé sa vie et vu grimper les chiffres.
Le sexe a dû me manquer parfois, mais l’investissement relationnel nécessaire pour nouer des liens avec une partenaire sexuelle m’a vite semblé disproportionné quand j’avais tellement mieux à faire à côté.
Chloé n’avait jamais trouvé rien à redire sur le fait que son père était accro au travail car elle se sentait une vraie princesse, calée de longues journées sur tous les jeux vidéo que j’achetais. Alors Chloé et Nour se sont bien entendues parce qu’il n’y avait aucune raison que non.
Je crois même que ma môme aimait bien la disparition de ma vie sexuelle qui l’avait obligée à essayer de s’intéresser à une nouvelle femme à chaque fois que la précédente me quittait parce que je n’avais jamais menti, je ne cherchais réellement pas une femme pour refaire un foyer.
Bref, tout avait très bien commencé parce que j’avais cru que Nour était lesbienne.
Et c’est ensuite que ça a mal tourné.

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Le Lecteur

14.000 signes

(panneau de gauche)

Depuis quand est-il là ? Et comment est-il entré, s’il est jamais entré ? Peut-être un jour par aventure a-t-il poussé la porte d’une superbe tour, ou d’un vaste mas ensoleillé ou d’une vague cabane au fond d’un jardin… Il est là, simplement, dans un vaste fauteuil, au centre d’une vaste salle aux murs couverts de livres. Par les hautes fenêtres étroites entre un jour clair et d’improbables ouvertures donnent sur d’autres salles emplies de livres, ou des escaliers courant vers d’autres salles et d’autres livres encore. Alors, peut-être n’est-il jamais entré ou n’a-t-il jamais voulu sortir ?
Dans ce fauteuil profond, auprès de cette table patinée, près de cette haute lampe qu’il allumera à l’approche du soir, est-il seulement conscient d’être heureux ? Heureux comme nul ne saurait jamais l’être. Parfois, une ombre de chagrin l’effleure pourtant : pourra-t-il jamais lire tous ces livres ? Il serait affreux de ne le pouvoir et il y en a tant ! À l’infini peut-être. Mais cette crainte demeure fugitive car il sait, de façon très confuse, que sa vie ne saurait s’éteindre qu’il ne les ait lus.

Parfois, il interrompt sa lecture, laisse errer son regard vers une riante campagne qu’on entrevoit au loin et ses pensées dériver vers des souvenirs. Des souvenirs qu’il a peut-être vécus s’il ne les a lus. Mais, toujours, il revient à ses livres. Certains alignent soigneusement leurs reliures nervurées dorées au fer, d’autres se poussent ou s’écrasent, parfois gonflés de feuillets de notes intercalaires qui dépassent un peu, d’autres même sont posés à plat, empilés avec une petite touche désordonnée qui leur donne ce charme si particulier.

Il s’est parfois tancé de cette exclusive passion et s’est décidé à sortir… le fameux esprit sain dans un corps sain. En a-t-il lu des livres pour l’affirmer ! Ces fois-là, il s’est levé, presque désorienté, avant de se diriger vers la porte. Celle de droite ? Celle de gauche ? Oui, celle-ci. Il a longé un couloir jusqu’à la toute dernière porte. La porte de sortie. Brune, d’un brun chaud et profond. Luisante, comme cirée et polie par des générations et des générations de ménagères appliquées. La porte de sortie vers le monde lumineux qu’assurent ses souvenirs. Il a tendu la main vers la poignée, soudain poussé par un murmure tout à la fois encourageant et un rien moqueur. Comme si tous ces livres le mettaient là au défi de sortir. Il fait si beau dehors, susurrait l’un. Te souviens-tu ? C’est comme ce passage, tu sais, où l’on évoque le velours de la brise qui vous effleure ou la caresse d’un tendre soleil de printemps… Va, disait l’autre, tu entendras ces oiseaux au chant mélodieux que tant de voyageurs ont contés. Et si t’attendait une tendre amie pour partager tes rêves, insistait un autre, ou t’emporter dans une passion brûlante et des aventures étranges, taquinait un autre encore.

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Histoire d’ogre et de pont

10.000 signes – Temps de lecture : 9 minutes


Il était une fois. Oui, cette fois précise là. Évidemment, personne ne sait jamais laquelle, mais c’est ainsi que commencent les histoires et, partant, celle ci. Il était donc une fois un ogre qui vivait sous un pont. Ce n’était pas parfaitement régulier puisque ce sont les trolls qui vivent sous les ponts mais, d’une part, cet ogre l’ignorait et, d’autre part, il est fort probable qu’il ait eu l’un d’entre eux pour ancêtre. Pour tout dire, il était très laid. Vraiment très laid. Avec des sourcils proéminents, d’immenses dents plantées de guingois et de longs poils touffus plein les oreilles. Sans doute louchait il aussi, mais l’histoire n’en dit rien.
Donc, cet ogre vivait sous un pont. Un pont passablement bien situé, sur une large route heureusement très fréquentée, car les jeunes gens des proches villages, y ayant perdu quelques uns des leurs, avaient renoncé à y passer, mais bon… il y en avait toujours un pour jouer au plus malin. Notamment parce que la jeune Aloyse se moquait copieusement de leur poltronnerie. N’y passait elle pas quasi quotidiennement pour aller vendre des œufs, des fromages, des paniers ?
De fait, c’était non seulement le plus court chemin entre le village et sa ferme mais, aussi, le moins approprié aux soupirants trop entreprenants.
Ah, direz-vous, mais n’y avait il pas un ogre sous ce pont, et qui dévorait les imprudents de passage ? Eh bien, oui. Seulement, la nourriture, ce n’est pas tout dans la vie. Et Aloyse, si elle était fort bavarde, comme nombre de jeunes filles, était également sinon fort savante, du moins fort réfléchie. On en a du temps lorsque l’on garde des chèvres, ou que l’on tresse des paniers et toutes ces choses si ennuyeuses qui occupent les mains mais non l’esprit. Ce qui fait sans doute toute la supériorité de la gent féminine au bout de siècles passés à laver la vaisselle.
C’est dire qu’elle consacrait beaucoup de ses pensées… à penser justement, tout à fait comme les ogres qui s’ennuient. Et comme toutes ces pensées eussent été vaines si elle n’en avait usé, elle les faisait largement partager à son petit frère qui trottinait à ses côtés, l’aidant tantôt à porter quelques bricoles, ramassant tantôt un joli caillou, réclamant tantôt un nouveau conte ou répétant les horribles fables qui couraient sur ce pont. Sa grande sœur ne faisait qu’en rire. D’abord les ogres n’existent pas. Et puis ils ne mangent que les enfants méchants – et, toi, tu es un petit garçon vraiment gentil n’est-ce pas ? – ou bien les adolescents boutonneux qui bourdonnent comme des mouches. Ça a bon goût, dis, un adolescent boutonneux ? Bien sûr que non, mais les jeunes gens bien, eux, ne traînent pas sur les chemins… Ils étudient à l’école, comptent en contemplant les étoiles, et lisent en écrivant de la poésie dans les marges… quand ils ont le temps.
Bref, toutes ces conversations avaient toujours un petit tour cultivé et charmant que l’ogre prisait fort. Il se faisait donc un devoir de semer auprès du pont de ces petits cailloux brillants qui comblaient de joie le garçonnet.

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Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants (2014)

Ce n’est qu’une fois arrivé à l’âge adulte que l’on comprend (enfin !) que cette phrase, concluant les histoires d’amour, est une licence poétique : elle est fausse, mais c’est ainsi qu’il convient de terminer. Parce que personne n’a envie d’expliquer à ses enfants que, yep, les histoires d’amour finissent toujours mal, que la vie n’est que larmes et sanglots et que les seuls qui ont vraiment tout compris, ce sont les fabricants de mouchoirs en papier.
Personne n’a envie d’expliquer à ses enfants que, yep, il n’aime plus maman, mais c’est parce que les années ont trop passé et que maman n’était pas la princesse charmante. Et que ça pourrait être… tiens, elle, pourquoi pas ? Ou elle ? Ou bien encore elle ? Ou lui ?
Personne n’a envie de savoir ce qui s’est passé ensuite, quand la flamme s’est éteinte, quand la passion est partie. Personne n’a envie d’écrire sur ce monde devenu gris et terne où la solitude de l’isolé se confond avec la solitude de l’accompagné.
Personne.
Il y a carrément des histoires d’amour qu’on n’a même pas envie d’écrire, même en la finissant par une phrase convenue, parce qu’il ne s’est rien passé : ce n’était pas le bon moment, ils n’étaient pas en phase, ils sont restés sur un malentendu, il n’a pas su qu’elle voulait qu’il l’embrasse, elle ne l’a pas rappelé…
Pourtant, c’est à cause d’une de ces histoires, fades, ennuyeuses, tellement bourrées d’incompréhensions qu’on a envie de prendre les deux amants et de leur cogner la face à coup de pelle, pour leur bêtise, leur maladresse, leur existence même qui insulte Cupidon… qu’elle est devenue ce qu’elle est aujourd’hui.
Grise et terne ? Non. Elle rayonne. Elle est sure d’elle. Parce qu’elle n’attend plus rien. Elle n’espère plus. Elle sait qu’elle est seule comme une évidence, si claire, si tranchante, que ceux qui l’approchent se coupent dessus. Elle a forcément des soupirants, mais elle ne les voit pas.
Elle avance.
Nous nous sommes d’abord croisés à la machine à café. Un « bonjour » poli, souriant, parce qu’elle sourit souvent. Comme elle pleure, le soir, parfois, quand elle est seule chez elle. Et plus elle pleure, plus elle sourit.
Puis je l’ai dépannée. Parce qu’elle avait précisément idée de l’outil dont elle avait besoin dans son travail et que personne n’était assez disponible ou, simplement, ne l’entendait. Elle m’a remercié, je l’ai invitée à prendre un café.
Nous sommes devenus amis.
Et puis j’ai commencé à l’aimer.