Radiant Office | 자체발광 오피스 (2017)

Alors… j’ai cliqué sur cette série parce que Netflix m’annonçait une… série comique.
Comique.
Le terme est assez vaste, je le concède volontiers.

Trois jeunes gens (deux gars et une fille) tentent de se suicider parce qu’ils échouent à trouver un emploi et l’un des gars vient de se faire larguer.
Aux urgences, dont ils s’échappent parce qu’ils ne peuvent même pas payer leurs soins, ils entendent que l’un d’eux est atteint d’une maladie incurable.
— Ouais, OK, mais c’est la mise-en-bouche. Ca devient comique ensuite ?
— Le médecin qui les a vus aux urgences est le fils d’un riche entrepreneur dont il ne reçoit pas l’amour. Il quitte son emploi de médecin pour conquérir la boîte du papa et, en parallèle, parce qu’il a pitié ou qu’il s’en servira pour faire un coup de com, il fait embaucher nos trois paumés.
— Ouais, OK, mais ça devient drôle ensuite ?

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Another Oh Hae Young | 또 오해영 (2016)

Alors… avant toute chose… je vais SPOILER, largement SPOILER… Je suis obligée étant donné mon propos, donc, si vous ne voulez pas de spoilers, ben… passez votre chemin…

Je suis autrice de fantastique.
J’adore les boucles temporelles, les fantômes, le Destin… et, en découvrant les dramas coréens, ben… j’ai l’impression d’être redevenue une petite fille qui a tout à découvrir. J’écris peu depuis quelques temps, mes idées me semblent désormais fades…

Bref, Another Oh Hae Young est encore une bonne surprise.

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Où je parle notamment d’Oh My Ghostess 오 나의 귀신님 (2015)

L’amitié homme-femme n’existe pas.
J’ai réentendu cette phrase hier, au détour d’une comédie romantique. Ça n’avait rien de surprenant, ça allait dans l’histoire, le héros est jaloux du meilleur ami de l’héroïne.
Ça allait dans cette histoire, mais c’est tellement bête…
L’amitié homme-femme n’existe pas ?
Alors… déjà, cela présuppose un cadre hétéronormé et ça doit se décliner ? Les bisexuels n’ont aucun ami ? Et, pour les asexuels, c’est la fête ?
En fait, cette bêtise est lourde de sens parce qu’elle pose bien en définition que l’amour est l’amitié-avec-du-sexe. Amour et amitié ne seraient donc pas des concepts qui représenteraient une intensité de relation, mais qui seraient définis par la présence ou l’absence de sexe.
Beaucoup de couples qui “fonctionnent” disent qu’ils sont “meilleurs amis”. S’ils emploient ce terme de “meilleur ami”, c’est bien qu’il signifie quelque chose de particulier à leurs yeux qu’ils ne peuvent pas rendre par “nous sommes amoureux”.
Et, sinon, on en reste là : ce serait de l’amour si on trouve une personne juste sympa et qu’on veut coucher avec elle, mais de l’amitié si on a un lien très fort avec quelqu’un, mais qu’on n’a jamais songé à le sauter ? Et on a inventé « amour platonique » pour se filer des maux de tête ?
Les mots nous servent à communiquer, à échanger. Pour qu’ils soient utiles, nous devons être d’accord sur leur définition. “Table” ou “chaise” font normalement consensus.
“Amour” et “amitié” n’ont juste aucun sens. Ils ne servent à rien. Ou, plutôt, ils ne servent qu’en fiction, quand on utilise des clichés.
– Et, du coup, on fait quoi ?
– Aucune idée…

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Il n’y a pas de petit profit

Cadette commence à me demander « et comment on accorde… ? » pour corriger le mail qu’un de ses camarades doit renvoyer à un prof. Du coup, je me lève carrément et relis le tout.
Quand j’ai fini, je l’entends :
– Voilà, tu viens de bénéficier d’une correction professionnelle. Je t’envoie la facture.

Extraordinary You | 어쩌다 발견한 하루 (2019)

Fin novembre, j’ai avalé d’une traite W: Two World Apart que j’ai adoré.
J’avais repéré Extraordinary You dans le même genre de thématique (les personnages sont ceux d’un univers fictif/d’une bande dessinée), mais je viens seulement de l’attaquer… et de la finir.
Elle (Kim Hye-yoon), lycéenne riche, belle, intelligente, adorée de son père, mais atteinte d’une grave maladie, découvre… qu’elle n’est qu’un personnage secondaire dans une (mauvaise) bande dessinée, bourrée de clichés, de répliques réutilisées à l’infini… et, puisqu’elle doit probablement bientôt mourir d’une maladie cardiaque, elle décide que le temps qui lui reste ne peut pas être gâché à poursuivre un amour à sens unique qu’elle n’éprouve même pas.
Lui (Rowoon) n’est même pas un personnage secondaire, c’est à peine un figurant sans nom et, parce qu’il est peu important, il échappe à l’attention de l’auteur et peut changer les évènements.
Seul le thème général est proche de W. Ici, il n’y a pas d’action (pas de meurtres, pas de courses-poursuites), on est dans la romance. Mais une drôle de romance puisque l’auteur force les personnages dans des relations qu’ils n’ont pas choisies. Pas non plus de passage entre monde fictif et monde réel : les héros affrontent un auteur qui leur veut du mal et qu’on ne voit pas, dont on sait seulement qu’il est assez médiocre, réutilisant clichés, répliques et personnages pour un tout sans intérêt. Donc pas vraiment de Grand Méchant ou alors le Grand Méchant ultime puisque c’est le dieu de ce monde…
L’ambiance est vraiment réussie : les décors sont « juste ce qu’il faut » de factice, avec un petit côté « scène de théâtre ».
Même si ma lecture en est loin (et donc très floue dans ma mémoire), j’ai beaucoup penser à Jasper Fforde/Thursday Next. Les personnages alternent vie sur scène où ils sont contraints dans leurs gestes et paroles, mais pas dans leurs pensées, et vie dans l’ombre/en coulisses où seuls les « conscients » se souviennent de ce qu’ils vivent.
Bref… à consommer de toute urgence si ce n’est pas déjà fait 🙂

Le confinement, c’est un peu comme les chagrins d’amour…

Tu te retrouves avec relativement plus de temps libre (même si tu as d’autres tâches, confiné·e, t’as les transports en moins, les barbecues chez les potes qui sautent… et, largué·e, tu récupères tout le temps que tu gaspillais avec un·e chéri·e) et des injonctions à le remplir « utilement » alors que, toi, tu sais qu’il n’y a qu’une chose à faire : attendre que le temps passe en bouffant de la glace au chocolat.

Sbriciolata

  • 400 g de farine
  • 150 g de sucre
  • 150 g beurre froid coupé en petits cubes
  • 2 œufs
  • 1 sachet de levure
  • 1 pincée de sel
  • confiture/pâte à tartiner

Mélanger la farine, le sucre, le beurre, les œufs, la levure et le sel pour obtenir un mélange type crumble.
Mettre la moitié de la pâte dans un moule, étaler de la confiture puis recouvrir de la deuxième moitié de la pâte.
Mettre au four 25 minutes à 180°.

Le Lecteur

14.000 signes

(panneau de gauche)

Depuis quand est-il là ? Et comment est-il entré, s’il est jamais entré ? Peut-être un jour par aventure a-t-il poussé la porte d’une superbe tour, ou d’un vaste mas ensoleillé ou d’une vague cabane au fond d’un jardin… Il est là, simplement, dans un vaste fauteuil, au centre d’une vaste salle aux murs couverts de livres. Par les hautes fenêtres étroites entre un jour clair et d’improbables ouvertures donnent sur d’autres salles emplies de livres, ou des escaliers courant vers d’autres salles et d’autres livres encore. Alors, peut-être n’est-il jamais entré ou n’a-t-il jamais voulu sortir ?
Dans ce fauteuil profond, auprès de cette table patinée, près de cette haute lampe qu’il allumera à l’approche du soir, est-il seulement conscient d’être heureux ? Heureux comme nul ne saurait jamais l’être. Parfois, une ombre de chagrin l’effleure pourtant : pourra-t-il jamais lire tous ces livres ? Il serait affreux de ne le pouvoir et il y en a tant ! À l’infini peut-être. Mais cette crainte demeure fugitive car il sait, de façon très confuse, que sa vie ne saurait s’éteindre qu’il ne les ait lus.

Parfois, il interrompt sa lecture, laisse errer son regard vers une riante campagne qu’on entrevoit au loin et ses pensées dériver vers des souvenirs. Des souvenirs qu’il a peut-être vécus s’il ne les a lus. Mais, toujours, il revient à ses livres. Certains alignent soigneusement leurs reliures nervurées dorées au fer, d’autres se poussent ou s’écrasent, parfois gonflés de feuillets de notes intercalaires qui dépassent un peu, d’autres même sont posés à plat, empilés avec une petite touche désordonnée qui leur donne ce charme si particulier.

Il s’est parfois tancé de cette exclusive passion et s’est décidé à sortir… le fameux esprit sain dans un corps sain. En a-t-il lu des livres pour l’affirmer ! Ces fois-là, il s’est levé, presque désorienté, avant de se diriger vers la porte. Celle de droite ? Celle de gauche ? Oui, celle-ci. Il a longé un couloir jusqu’à la toute dernière porte. La porte de sortie. Brune, d’un brun chaud et profond. Luisante, comme cirée et polie par des générations et des générations de ménagères appliquées. La porte de sortie vers le monde lumineux qu’assurent ses souvenirs. Il a tendu la main vers la poignée, soudain poussé par un murmure tout à la fois encourageant et un rien moqueur. Comme si tous ces livres le mettaient là au défi de sortir. Il fait si beau dehors, susurrait l’un. Te souviens-tu ? C’est comme ce passage, tu sais, où l’on évoque le velours de la brise qui vous effleure ou la caresse d’un tendre soleil de printemps… Va, disait l’autre, tu entendras ces oiseaux au chant mélodieux que tant de voyageurs ont contés. Et si t’attendait une tendre amie pour partager tes rêves, insistait un autre, ou t’emporter dans une passion brûlante et des aventures étranges, taquinait un autre encore.

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The Tea Dragon Society

Autrice : Katie O’Neill
Le lien du webcomic

Pas de quête épique, pas de poursuites infernales. L’histoire est « juste » celle d’une jeune forgeronne qui découvre l’existence des dragons-thé et apprend à s’en occuper.
C’est doux. Tendre. Apaisé comme l’heure du thé.
Ca montre le plaisir d’apprendre, de se faire de nouveaux amis.
Le décor est assez intemporel, mais pas ultra-moderne.
Les personnages sont genderfluid de façon très réussie.
Et c’est bourré d’idées pour les créateurs d’univers, les rôlistes 😉

Pandemics’Tales

Parce qu’il était casanier et que sa femme voulait qu’ils sortent un peu, il demanda au Génie :
– Je fais le souhait de pouvoir passer tout mon temps à la maison avec des séries en streaming et des jeux vidéo à gogo !
Ce soir-là, quand il la rejoignit au lit, il remarqua qu’elle faisait une drôle de tête :
– Tu sais, tu pouvais juste me dire que tu n’avais pas envie, t’étais pas obligé de gâcher aussi la vie des voisins.

The Tale of Nokdu | 조선로코 – 녹두전 (2019)

Il vit sur une île isolée, avec son père et son frère, quand un groupe d’assassines tente de les zigouiller. Son enquête le conduit dans un village de veuves, qui abrite le groupe d’assassines, et il se déguise donc en veuve pour en apprendre plus. Il fait la rencontre d’Elle dont la famille a été tuée et qui a été recueillie par la maison des courtisanes qui travaille en symbiose avec le village des veuves.
Pour qu’Elle ne devienne pas courtisane, Il paie et l’adopte en tant que mère. Ils se disputent et s’aiment.
Puis ils quittent le village pour mener chacun leur quête (lui son enquête, elle sa vengeance), il devient garde royal, elle devient servante…
Le rythme est assez curieux : on est toujours sur du 16 grosses heures, mais par épisodes de 30 minutes.
L’histoire évolue beaucoup : la vie au village des veuves, lui cachée en tant que femme, la vie à la capitale, etc.
J’ai aimé la simplicité avec laquelle Lui devient une femme, sans se prendre la tête, sans se sentir menacé dans sa virilité et en restant le grand guerrier.
Le truc « en plus » de cette histoire, c’est le lien entre les personnages : au fil des épisodes, une famille disparate se compose, adoptant sur son passage tous ceux qui sont seuls et qui vont aider.
Et des méchants rongés par leurs folies et faiblesses.
Ici, les gentils ne sont pas les gentils parce qu’ils sont too much, mais juste parce qu’ils sont sains et ont compris le vrai sens de la vie.

Mâle, mon héros

Je suis née dans les années 1970. J’ai été amoureuse d’Indiana Jones et d’Han Solo. (De Raistlin, également, et de Sherlock Holmes, mais c’est une autre histoire 😉 ) Je n’ai pas été horrifiée que Jones capture une petite poulette de son fouet. Je voudrais bien vous raconter que, très tôt, j’ai remis en cause le modèle du couple monogame hétérocentré, mais ça n’est pas du tout le cas. C’était le Modèle et même si, confusément, je sentais bien qu’il ne me correspondait pas, à moi, personnellement, ça venait forcément de moi. J’ai aimé les bad boys. En fiction, parce que, irl, faut pas déconner non plus.
Ma première grosse claque narrative, je pense que c’est Buffy contre les vampires. Il y a eu un avant et un après.
Et puis un jour, après des années à se farcir la télévision classique et ses programmations déplorables (épisodes dans le désordre, diffusion tardive…), la bonne qualité des connexions internet a changé tout ça.
Et puis il y a eu Netflix : on peut pester contre les grandes compagnies, mais il y a eu là aussi un avant et un après. J’ai probablement souscrit à l’abonnement pour The Good Place à l’été 2018. Tout de suite, je suis tombée sur Love in the Moonlight et A Korean Odyssey.
Si j’ai trouvé le premier charmant (je n’ai jamais caché mon attrait pour les comédies romantiques), le deuxième a été une nouvelle claque : j’ai pris davantage conscience de mon inculture (non, je ne savais rien de la Pérégrination vers l’Ouest et, oui, j’ignorais que le petit garçon avec une queue de singe dans Dragon Ball était le roi-singe), mais j’ai aussi été littéralement séduite par cette fantasy mythologique et le questionnement sur l’amour. Lui est un dieu qui veut la manger, Elle, mais en est empêché seulement par un objet magique qui l’oblige à tomber amoureux. Que vaut cet amour forcé ?

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Histoire d’ogre et de pont

10.000 signes – Temps de lecture : 9 minutes


Il était une fois. Oui, cette fois précise là. Évidemment, personne ne sait jamais laquelle, mais c’est ainsi que commencent les histoires et, partant, celle ci. Il était donc une fois un ogre qui vivait sous un pont. Ce n’était pas parfaitement régulier puisque ce sont les trolls qui vivent sous les ponts mais, d’une part, cet ogre l’ignorait et, d’autre part, il est fort probable qu’il ait eu l’un d’entre eux pour ancêtre. Pour tout dire, il était très laid. Vraiment très laid. Avec des sourcils proéminents, d’immenses dents plantées de guingois et de longs poils touffus plein les oreilles. Sans doute louchait il aussi, mais l’histoire n’en dit rien.
Donc, cet ogre vivait sous un pont. Un pont passablement bien situé, sur une large route heureusement très fréquentée, car les jeunes gens des proches villages, y ayant perdu quelques uns des leurs, avaient renoncé à y passer, mais bon… il y en avait toujours un pour jouer au plus malin. Notamment parce que la jeune Aloyse se moquait copieusement de leur poltronnerie. N’y passait elle pas quasi quotidiennement pour aller vendre des œufs, des fromages, des paniers ?
De fait, c’était non seulement le plus court chemin entre le village et sa ferme mais, aussi, le moins approprié aux soupirants trop entreprenants.
Ah, direz-vous, mais n’y avait il pas un ogre sous ce pont, et qui dévorait les imprudents de passage ? Eh bien, oui. Seulement, la nourriture, ce n’est pas tout dans la vie. Et Aloyse, si elle était fort bavarde, comme nombre de jeunes filles, était également sinon fort savante, du moins fort réfléchie. On en a du temps lorsque l’on garde des chèvres, ou que l’on tresse des paniers et toutes ces choses si ennuyeuses qui occupent les mains mais non l’esprit. Ce qui fait sans doute toute la supériorité de la gent féminine au bout de siècles passés à laver la vaisselle.
C’est dire qu’elle consacrait beaucoup de ses pensées… à penser justement, tout à fait comme les ogres qui s’ennuient. Et comme toutes ces pensées eussent été vaines si elle n’en avait usé, elle les faisait largement partager à son petit frère qui trottinait à ses côtés, l’aidant tantôt à porter quelques bricoles, ramassant tantôt un joli caillou, réclamant tantôt un nouveau conte ou répétant les horribles fables qui couraient sur ce pont. Sa grande sœur ne faisait qu’en rire. D’abord les ogres n’existent pas. Et puis ils ne mangent que les enfants méchants – et, toi, tu es un petit garçon vraiment gentil n’est-ce pas ? – ou bien les adolescents boutonneux qui bourdonnent comme des mouches. Ça a bon goût, dis, un adolescent boutonneux ? Bien sûr que non, mais les jeunes gens bien, eux, ne traînent pas sur les chemins… Ils étudient à l’école, comptent en contemplant les étoiles, et lisent en écrivant de la poésie dans les marges… quand ils ont le temps.
Bref, toutes ces conversations avaient toujours un petit tour cultivé et charmant que l’ogre prisait fort. Il se faisait donc un devoir de semer auprès du pont de ces petits cailloux brillants qui comblaient de joie le garçonnet.

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Pourquoi publies-tu des livres ?

Commençons, comme il se doit, par un petit résumé des épisodes précédents :
Dans les milieux du livre (bande dessinée incluse), on apprend que le marché est en surproduction et que les auteurices sont les grand·es perdant·es.
Récemment, quelqu’un·e me faisait remarquer que, plus jeune, il y avait peu de livres de fantasy et qu’elle pouvait suivre plus ou moins la production, mais que, désormais, quand il flânait dans une librairie, elle ne savait que choisir entre les centaines de versions d’une même quête, du même assassin sombre qui…, du…
Je pose toute suite un bémol : liberté, choix, c’est cool. Si l’on a vraiment le choix, i.e. accès de la même façon à tout. Et on sait bien que ça n’est pas le cas : nos choix vont être contraints par les campagnes de com’ et le placement en librairies.

Je suis écrivaine. C’est une donnée comme ma taille, mon poids, la couleur de mes cheveux.
J’ai mis longtemps à réaliser pourquoi ça me définissait, mais ça me modèle énormément : que j’écrive un billet de blog ou un statut sur un réseau social, je me relis mille fois en me demandant si ce sont les bons mots. Que je raconte la moindre histoire à un pote croisé dans la rue et je me demande s’il peut comprendre, si j’ai situé les personnages, si l’anecdote est assez intéressante. Je décortique les films, les séries, les gens dans la rue (hein ? what ???).
Bref, j’aime écrire, j’aime la narration. Je dévore les histoires car c’est ce que je préfère (hormis le chocolat, disons).

Nous voici au cœur de la question. J’ai bien conscience que je suis candide, que je dois avoir oublié des milliers de paramètres, mais… pourquoi mes ami·es, mes collègues écrivain·es continuent-il/elles ?
Je ne parle pas d’écrire, hein, mais de proposer leurs écrits aux éditeurs.
Il me semble que se faire éditer a du sens si, tout à la fois (ou au moins l’un des deux), on en retire un revenu et on se fait connaître (on écrit pour raconter une histoire aux autres).
Je mets volontairement de côté les faux écrivains, vrais enfoirés, qui sont publiés alors qu’ils n’intéressent personne parce qu’ils font partie d’un milieu qui s’auto-entretient.
La/le vrai·e écrivain·e. Pas non plus celle qui est si connue qu’elle se retrouve dans les meilleures ventes.
Non, celui qui a une bonne histoire, un style assuré, mais dont le roman restera seulement quelques jours en rayon parce que la surproduction presse derrière.

Parce que, sur un coup de chance, le livre pourrait se dégager du lot ?
Qui mise sur la chance ?
Parce qu’il n’y a pas d’autres solutions ?

Je suis très embarrassée parce que je ne comprends pas.
Sans les auteurices, graphistes… il n’y a pas de livres, non ?
Sans artiste, au mieux, l’éditeur ne peut qu’embaucher des pigistes pour une commande. Soit ce produit satisfait le lectorat et, tant pis, c’est la loi du marché. Soit le lectorat n’est pas dupe et il retournera vers les artistes, où qu’ils se trouvent… non ?

Alors, oui, cela demande beaucoup de courage, de solidarité.
Parce que, pour que ça fonctionne, il faudra de la patience (en années, pas en mois), il faudra des visionnaires (parce qu’il n’est pas toujours aisé d’inventer de nouvelles solutions), il faudra de l’entraide, des écrivain·es un peu connu·es qui s’affichent aux côtés des talents émergents.
Mais n’est-ce pas plus réconfortant de tenter une aventure qui peut avoir une issue favorable plutôt que de suivre un chemin tout tracé qui ne conduit qu’à l’échec ?

— Ouais, mais, là, en gros, tu condamnes des tonnes de métiers, quoi : imprimeurs, libraires, éditeurs… ?
— Alors pas forcément et, si oui, quelle importance ?
Tous les métiers évoluent, c’est comme ça. Maintenir des emplois, c’est veiller à construire une société où chacun·e puisse évoluer professionnellement, pas entretenir des métiers qui ne servent à rien.
Et où est-il écrit que les artistes devraient se sacrifier pour entretenir une chaîne du livre qui ne fonctionne pas ? Parce que je n’ai lu nulle part qu’elle fonctionnait.
J’ai lu des articles sur des auteurices qui ne s’en sortaient pas, mais également sur des éditeurs et des libraires.

En 2000, j’avais une petite maison d’édition, Oxalis éditions. Parce que j’adore fabriquer des livres. Sérieux, c’est vraiment agréable. J’ai découvert la chaîne du livre, les retours des libraires…
Je me suis posée et je me suis dit : « Putain, Cenli, ce n’est juste pas viable du tout, ça n’a pas de sens ! »
C’était il y a 20 ans. Depuis, je n’ai rien vu qui laisse penser que cette économie soit devenue sensée, hormis pour quelques grosses boîtes élues. Je vois surtout des éditeurs qui ferment.
Quand on a lancé les Vagabonds du Rêve, on a volontairement choisi la forme associative : aucun employé, aucun local, aucune charge fixe. Les artistes sont rémunéré·es en droit d’auteur, donc sur les ventes. Et la littérature n’est vendue que sur la boutique en ligne. Le jeu de rôle est distribué en magasins spécialisés parce que, dans le jeu de rôle, ce sont des ventes fermes.
— OK, ça, c’est en tant qu’éditrice, mais en tant qu’écrivaine ?
— Ben, déjà, la nature m’a fait partir avec un gros handicap : je suis nouvelliste.
Forcément (on doit être nombreux dans ce cas), je suis passée par plein d’étapes, genre « et si j’écrivais un roman ? » ou « quelqu’un va bien finir par remarquer mes nouvelles ! »
Écrire un roman ? Pas forcément une œuvre à laquelle je tienne, non, un produit simple, formaté, un exercice relativement facile quand on peut aligner plus de 5.000 signes/heure. En quatre mois, tu as un premier jet. Mettons que tu t’accordes le même temps de relecture. En moins d’un an… et puis ? Tu ajoutes un titre de plus dans une surproduction qui te noie toi-même en tant que lectrice ? Ça te fait vraiment vibrer ?
En tant qu’écrivaine, pour l’instant, je pense qu’il n’y a rien d’attirant dans la chaîne du livre. Je vais continuer à poser des questions candides, continuer à suivre l’actualité, continuer à observer.
— Mais tu n’écris plus ? Tu ne vas plus proposer d’histoires aux gens ?
— Ben, si, il y a ce blog.
— Personne ne le lit !
— Et ? Quelle différence avec un livre posé quelques jours en librairie et que personne ne verra ?

PS : Je ne lis l’article qu’aujourd’hui, mais il date du 6. Samantha Bailly répond à ActuaLitté.
L’idée est de faire évoluer le milieu. Je pose ça là car c’est intéressant et je soutiens clairement la démarche en lui souhaitant le meilleur. Juste que, entre l’intervention de l’État pour remettre toute la chaîne du livre d’aplomb et la recherche de voies alternatives, perso, je me reconnais plus dans la voie d’à côté. Mais c’est sans doute que je suis accro au changement 😉