My Holo Love | 너와 나 혼자 야 (2020)

Une fois n’est pas coutume, je peux m’imaginer que je suis l’actualité puisque My Holo Love est sortie vendredi dernier sur Netflix, Netflix qui la présente comme une « mini-série ».
Alors je ne veux pas être trop psychorigide (si, si, je le suis et j’assume !), mais en quoi 12 épisodes au lieu des 16 en moyenne peut justifier le qualificatif de « mini » ?

Lui est un informaticien de génie, hacker, qui souffre d’un handicap qui l’empêche de se lier aux autres (enfant, il ne parlait pas — il est persuadé que sa mère s’est suicidée car il était un fardeau). Son meilleur ami est donc Holo, une IA-hologramme qu’il développe et qu’il va bientôt commercialiser.
Elle souffre de prosopagnosie. Pour ne pas être moquée, elle cache sa maladie, mais, du coup, elle passe pour une égoïste pimbêche.
« Par hasard », elle se retrouve bêta-testeuse d’Holo, implantée dans des lunettes, et cela lui change littéralement la vie (puisque l’IA lui indique qui est qui). Puis elle finit par s’en éprendre car Holo est attentionnée et se comporte comme un véritable ami.
Le Grand Méchant, forcément, veut voler cette technologie.

Et on obtient une sympathique série de SF parce que le tout est agréablement équilibré :
la SF, le rapport à la technologie : comment elle peut nous épauler, mais également comment elle peut nous accaparer (Holo, lancée sur le marché, se révèle très addictive pour les utilisateurs) ;
l’amitié et l’amour, IA et humains : Elle est-elle amoureuse d’Holo ou de son créateur qui l’a conçue à son image ? Les sentiments de l’IA sont-ils réels ?
le mystère : pourquoi la mère de Lui est-elle morte ? qui veut voler l’IA ?

Bref, rien à dire de plus sinon : faites vous plaisir, regardez 😉

Tempted | 위대한 유혹자 (2018)

Je vais commencer par un préambule : je veux des happy ends. OK, il y a tout un tas de bons arguments pour démontrer qu’une happy end n’est pas indispensable, mais, perso, je n’ai pas envie de me farcir seize heures (longueur moyenne d’un drama) avec des persos pour que, à la fin, ils meurent écrasés par un tractopelle. Notez qu’en plus je ne suis pas difficile : je prends les fins ouvertes (difficile, vu mes propres histoires, de les renier) et mourir en sauvant la galaxie est une happy end. Juste, voilà, ne me faites pas vivre des heures auprès de gens pour les massacrer à la fin.
Tout ça pour dire que, même si Tempted est librement inspiré des Liaisons dangereuses, aucun personnage ne meurt de MST à la fin 😉

Au départ, je n’avais pas prévu de parler de cette série car elle m’a laissée une impression mitigée et puis, au final, en y repensant, l’impression qui me reste, qui domine, est une sorte de tendresse à partager.
Si-hyeon, Su-ji et Se-ju (oui, la similitude des deux noms est visiblement voulue, mais c’est une vraie galère à suivre 😛 ) sont trois amis, trois jeunes adultes fusionnels, cruels et tristes. Leur trio est leur force, face à la vie, aux difficultés, mais les enferme aussi, forcément.

Lorsque Gi-yeong (le seul vrai salopard de l’histoire) éconduit cruellement Su-ji, celle-ci demande à Si-hyeon, pour se venger, de séduire Tae-hee, le grand amour du méchant, pour ensuite la larguer.
Si-hyeon s’exécute, par affection pour son amie, et… forcément, s’éprend de Tae-hee.
Su-ji, qui était en réalité amoureuse de Si-hyeon, va en souffrir ; Se-ju, qui était amoureux de Su-ji…
Bref, rien de trop original a priori.
Le charme prend par la juxtaposition des générations : si les vingt-ans souffrent et sont mal, c’est également parce que la génération de leurs parents souffre et va mal. Les histoires s’entremêlent donc dans une sorte de malaise mélancolique dont personne ne trouve la sortie.

Tae-hee (et son père) représente la sage au milieu des fous. Intelligente, sure d’elle, elle est presque un peu too much au milieu des losers. (A noter que les deux persos sont ceux qui ont vécu « ailleurs » — en Allemagne — comme si cela les avait insensibilisés aux soucis locaux de bien marier son enfant, par exemple.)
Si-hyeon (je dirais que lui est le héros alors que Tae-hee endosse plus le rôle de la quête) est extrêmement touchant, rongé par la culpabilité : que vaut sa relation puisqu’il a abordé celle qu’il aime de mauvaise façon (il a enquêté sur elle pour l’arnaquer) pour de mauvaises raisons ?

Au final, je crois que j’ai été touchée par la façon dont les gens se perdent dans leurs propres nœuds. A un moment, Tae-hee dit quelque chose comme “les secrets n’ont d’importance que pour les gens qui veulent les préserver”, genre tout le monde s’en fout de ce que vous voulez dissimuler.

Une série ni drôle ni gaie, touchante, pas addictive, mais bien jouée/réalisée.

Changement d’année ?

Quand j’étais enfante, nous (ma famille) avons été victimes d’une grand-mère… folle ? méchante ? désaxée ? Pour poser un diagnostic précis, il faudrait qu’elle soit encore en vie et vue par un médecin qualifié. End of story. Résumons cela à : personne n’en aurait voulu comme parente, mais on ne choisit pas ses parents.
Pour nous, si Noël était un moment chaleureux, il était immanquablement suivi du Jour de l’An où une décision de justice (rendue dans des conditions douteuses) imposait à deux enfants de passer ce temps avec une grand-mère dont ils mesuraient tout à fait consciemment l’extrême méchanceté. Je ne souhaite à personne de laisser un tel souvenir de soi à son départ de la Terre.
Un jour, nous prîmes la décision de remettre en cause la décision de justice (du haut de mes dix ans, j’ai ouvert la porte et j’ai dit « casse-toi, tu pues, tu fais pleurer mes parents » — sans doute pas tout à fait, j’ai dû trembler et avoir très peur, mais je suis très fière de ce moment), mais nous n’avions pas eu l’occasion d’apprendre à fêter le nouvel an. Et je crois que ça n’est jamais venu.
Quand j’étais une jeune femme, en couple, je me suis forcée quelques années à vivre un réveillon comme il semblerait qu’il doit être vécu, avec des potes, trop de nourriture, un marqueur social qui valide que, oui, on appartient à un groupe.
Le 31 décembre dont je me souviens le plus facilement, c’est celui que j’ai passé seule à la maternité 😉
(Et de celui où j’avais 17 ans et où les suites des aventures de Raistlin — dont j’étais amoureuse, forcément — étant sorties, j’étais plus impatiente de savoir ce qui lui arrivait que de dîner avec mes parents 😛 )

Bref…
Je ne fête pas le nouvel an. Je ne le fuis pas non plus. J’ai pour principe de ne pas refuser de boire un verre ou de partager un morceau avec un·e pote car, quand on commence à fuir les autres, on se désociabilise très vite. Mais il y a un fossé entre ne pas refuser une invitation et en lancer ou aller en chercher.

Pourtant… alors que c’est complètement artificiel, je vois un intérêt particulier à passer au 1er janvier.
Au fil du temps, les petits soucis et les grosses galères s’accumulent et, parfois même pour les joies, on ne prend pas le temps de se poser et de les assimiler.
Il y a toujours des moments où… l’on se pose devant sa penderie et on décide de jeter tous les vieux vêtements qu’on ne remettra jamais… l’on se pose devant sa bibliothèque et on se dit qu’on peut donner ces livres qu’on n’a jamais ouverts ou qu’on ne rouvrira plus… l’on vire les mille mails non traités qu’on ne pourra pas traiter, de toute façon, la demande est trop ancienne…
Le 1er janvier est l’un de ces moments : les galères deviennent les évènements déplaisants d’une année archivée en N-1, on peut prétexter les vœux pour prendre des nouvelles de celles/ceux qu’on a délaissé·es, on peut croire que tout ira mieux comme les jours de rentrée, enfant, quand on prenait des cahiers neufs et qu’on se promettait que, oui, cette année, on les tiendrait bien.

Si je ne suis pas familière des fêtes, je ne suis pas indifférente aux rites qui nettoient.
Je souhaite donc à toustes celles/ceux pour qui la Saint-Sylvestre est un marqueur social fort d’être ce soir avec vos meilleur·es ami·es et, à nous toustes, je donne rendez-vous demain, avec des ennuis archivés, des cahiers neufs et de bonnes résolutions pour celles/ceux qui doivent chasser regrets ou fantômes.
Bref, je nous souhaite à toustes un bon rituel d’apaisement 🙂

Guardian: The Lonely and Great God | 쓸쓸하고 찬란하神-도깨비 (2016)

En commençant à m’intéresser aux séries coréennes, j’ai très rapidement entendu parler de Goblin (l’autre titre de la série — c’est assez fascinant le nombre de titres qu’on trouve pour une même oeuvre) qui raconte l’histoire d’un dokkaebi (et pas du tout d’un gobelin — à quelle époque reculée quelqu’un a-t-il cru bon de traduire l’un par l’autre ???) et j’étais forcément curieuse d’une histoire portant le nom d’une créature mythique. Mais je suis paresseuse et la série n’est pas diffusée sur Netflix. Puis, récemment, j’ai pris un abonnement à Viki et j’ai donc enfin satisfait ma curiosité.

Alors… même si ce n’est pas l’histoire d’un gobelin, on est bien dans de la fantasy :
Il y a environ 900 ans, un Général était si puissant qu’il a fini par devenir un dieu (littéralement) de la guerre pour le peuple, mais le Roi, mariée à sa Sœur et conseillé par le très vilain Méchant, jaloux qu’un simple général puisse passer pour l’équivalent d’un dieu, le tue (et sa sœur aussi, il fait un lot groupé).
A sa mort, le Général est transformé en dokkaebi et la vie ne pourra lui être ôtée que par sa fiancée (i.e. s’il rencontre l’amour).
C’est simple, classique et ça fonctionne.
A notre époque, le Général sauve la vie d’une femme enceinte et de l’enfant qu’elle portait. Ledit enfant, par cette magie, devient sa Fiancée, fiancée qui n’est même pas inscrite dans les registres de la Mort puisqu’elle n’aurait pas dû venir au monde/n’avait même pas de nom.
La Fiancée échappe aux faucheurs, atteint le bel âge de 19 ans, rencontre le Dokkaebi qui vit désormais en coloc avec un faucheur…

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Qu’est-ce qui cloche chez la secrétaire Kim ? | 김 비서가 왜 그럴까 (2018)

Alors… avant toute chose, que ce soit clair : je fais partie de ces gens qui regardent les comédies romantiques de Noël. Parce que, oui, c’est bébête, oui, c’est téléphoné… mais ça fait du bien de regarder de temps en temps des trucs 100 % gentils, 100 % innocents… et, clairement, cette série allie le feel good des comédies sentimentales de Noël avec la qualité pro (acteurs, lumières…) de pas mal de dramas coréens.
L’histoire et les persos sont totalement irréalistes, il n’y a pas l’ombre d’un soupçon du moindre méchant ou antagoniste… mais j’ai souvent ri et j’ai vraiment adoré.
Lui (Park Seo-joon), 33 ans, est juste… parfait ? Beau, riche, précoce… il est en fait totalement narcissique. Il admire son reflet dans le miroir, ne sort avec des filles que comme faire-valoir aux réceptions.
Elle (Park Min-young), 29 ans, est sa secrétaire. Elle a commencé à travailler dès sa sortie du lycée pour payer les études de ses sœurs et rembourser les dettes de son père. Si Lui est parfait, Elle est réellement parfaite puisqu’elle n’est même pas narcissique.
Et donc, à 29 ans, en travaillant comme une malade sans jamais prendre de jours de repos, elle a remboursé toutes les dettes familiales et elle décide donc de démissionner pour découvrir ce qu’elle aime réellement faire et avoir le temps d’aller à des rendez-vous galants si elle ne veut pas rester éternellement célibataire.
Sa démission est forcément le déclencheur : jusqu’à présent, Elle lui appartenait totalement puisqu’il l’appelait le soir et le week-end. Si elle démissionne, elle en épousera un autre.
Lui, dont on comprend qu’il a toujours été amoureux d’elle, la demande immédiatement en mariage, mais ça ne passe pas, forcément…
Le héros est affreusement narcissique, mais n’a pas une once de méchanceté ou de perversité (le côté irréaliste des persos qui font de l’ensemble un conte rigolo).
J’ai ri bêtement aux mésaventures de son meilleur ami qui doit subir ses confidences et une secrétaire si maladroite qu’on est à la limite de la tarte à la crème.
Tous les persos sont ridicules et touchants.
Bref, étrangement, je trouve l’ensemble particulièrement réussi.

Et ton roman, il en est où ?

En 2014, je me fendais d’un billet pour mettre par écrit les raisons qui faisaient que je n’écrirai pas de roman. Cinq ans ont passé et il suffit que je fasse un tour dans une librairie ou que j’aille quelques jours dans un festival pour que l’envie me reprenne, l’envie basique, toute simple, de voir mon nom dans les piles étalées devant moi, d’imaginer un lecteur curieux qui découvre l’une de mes histoires.
Le festival se déroule. Le soir, avant de m’endormir dans ma chambre d’hôtel, je me dis que je suis bien bête, que, si j’écris 2.000 signes, mettons, tous les soirs, j’en ai 200.000 au bout de 100 jours, moins de 4 mois, que… L’idée s’installe et se renforce et puis je rentre chez moi et il ne faut que quelques jours pour que la Réalité reprenne le dessus. Un roman ? Lequel ? Depuis quand as-tu envie d’écrire un roman, toi ?
Allez, tu pourrais bien écrire UN roman, c’est pas méchant, ne serait-ce que pour l’exercice.
Et ensuite ? Une fois que mon nom serait arrivé là, sur la pile, dans la librairie, il faudrait en faire un 2e pour revenir sur la pile et…
Ce qui est ennuyeux, en final, ce n’est pas que cette pensée soit récurrente sans que je puisse la maîtriser car, de la même façon, parfois, je me dis que j’aimerais bien avoir une voiture ou un sèche-linge ou un petit ami ou… Ce qui est ennuyeux, c’est que, les jours où cette pensée me taraude, j’en oublie de laisser vagabonder mon esprit à la rencontre d’histoires que, elles, je veux vraiment écrire.
L’idée de devoir écrire un roman est une prison qui tue l’inspiration.
Alors, pour une fois, je ne sais pas bien si l’idée de ce billet est de partager avec vous une pensée que j’avais ou si je ne la pose pas plutôt là pour mon moi du futur, en guise de rappel salutaire.
A dans cinq ans.

W: Two World Apart | 더블유 (2016)

(L’observateurice notera que notre narrateur a évoqué cette série dans son billet précédent, déjà.)

Le résumé disait : « Après avoir été aspirée dans le monde du webtoon de son père, une interne en chirurgie se retrouve prise dans une mystérieuse histoire de meurtre impliquant le héros. »
Je l’avais repéré, mais sans plus et puis, y’a pas longtemps, Mère Dragon me dit qu’elle a adoré, que c’est vraiment bien… alors j’ai commencé à regarder… jeudi soir ? et j’ai fini hier soir.
Et c’est juste un très gros coup de cœur.
Pour refaire un peu le résumé, un auteur tente de tuer son héros après l’avoir mené en bateau depuis des années (i.e. l’auteur ne sait absolument pas qui est le tueur sur lequel le héros enquête), mais le héros s’accroche à la vie… et à la fille, médecin, de l’auteur qui passait près de la tablette graphique de son père.
Et c’est juste absolument… super bon.
Y’a les mondes parallèles, le héros, doté de tonnes de qualités, qui émet des hypothèses sur les liens entre les mondes pour s’en sortir, la problématique de l’auteur-dieu, du suspens, des méchants très méchants…
Le truc, en fait, pour vous donner un ordre de grandeur sur l’échelle de mes goûts, c’est que j’ai regardé les deux premières saisons de Stranger Things quand elles sont sorties… parce que, en fantastique, perso, je pense qu’il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent.
Genre je les ai regardées faute de mieux, avec les mondes parallèles, toussa. Parce que, au fond, moi, ce que j’aime, c’est le fantastique. Je n’ai toujours pas regardé la saison 3.
Elle est dans ma liste, hein… mais, quand je vois une série comme W: Two World Apart, ben… Stranger Things m’ennuie, tout simplement.
Après, clairement, j’apprécie pas mal de choses dans les séries coréennes, les méthodes narratives, le découpage assez fréquent en 16 épisodes de 60+ min. et puis on boucle, etc.
Bref, je ne vois pas comme un écrivain pourrait ne pas aimer ce truc 😉

Conclure 2 : le retour

Parce que Mère Dragon m’en a dit le plus grand bien, hier, j’ai commencé à regarder la série coréenne W: Two Worlds Apart.
N’en étant qu’aux premiers épisodes, je ne risque pas de vous spoiler. L’Héroïne, médecin, est la fille d’un Auteur, rendu célèbre avec une BD « W » qui raconte l’histoire d’un jeune Héros dont la famille a été brutalement assassinée et qui devient riche et célèbre pour retrouver le coupable. Mais, en réalité, Auteur n’a aucun idée du coupable et, ne s’en sortant pas de son intrigue, décide de tuer brutalement son Héros… qui va être sauvé par Héroïne, happée dans l’histoire via la tablette graphique de son père.
Si l’Héroïne a été happée par l’histoire elle-même, j’avoue que j’ai été happée très vite par l’intrigue. Parce que j’adore le côté méta : Héros a conscience que ce qui lui arrive manque de contexte (Auteur le fait poignarder, empoisonné par une infirmière qui n’a aucun mobile, lance un énorme camion sur lui) et qu’il ne peut pas retrouver les coupables car il n’y a jamais de mobile. Auteur est pris à la gorge car, au fond, il le sait, son histoire n’a aucun sens.
Et, quand Auteur et Héros se confrontent (oui, oui, assez tôt dans la série puisque je n’en suis qu’au début), Auteur avoue que la famille du Héros n’est morte que pour le côté dramatique, sans aucune vraie raison.

Mais pourquoi je vous parle de tout ça, moi, ce matin ?
Dans un précédent billet, je m’interrogeais déjà sur les fins et je pense toujours que la fin d’une histoire d’amour ne peut pas être la même, par exemple, que la fin d’un polar.
Mais, en fait, surtout, je pense qu’il devrait exister un Enfer pour les auteurs qui commencent une histoire sans en connaître la conclusion (à côté de l’Enfer de ceux qui font « répondre à tous » et de l’Enfer de ceux qui mettent des tableaux inclus dans leurs méls et non en PJ exploitable). Et ils sont nombreux.
Parce qu’ils ont un contexte et des personnages, ils pensent que ça suffit, que la fin viendra bien toute seule, qu’ils verront quand ils y seront. Et, toi, au final, lecteur/spectatrice, tu te retrouves, après des heures de lecture/visionnage, à hurler toute seule dans ton salon : « WTF ??? »
Parce que, non, ça ne donne jamais rien de bon si tu ne connais pas la fin. Je ne dis pas que tu n’as pas le droit de te laisser un peu de temps pour la trouver, mais je dis que tu ne peux pas présenter ton travail tant que ce n’est pas fait.

J’écris peu. Parfois, honnêtement, j’en souffre parce que je suis conditionnée comme les autres à mesurer mon taf à la taille. Et on sait bien que c’est la taille qui compte.
Mais, en réalité, je sais que, quelques soient les personnages qui viennent me visiter le soir avant que je ne m’endorme, quelques soient les contextes, les bouts de dialogue… qui s’imposent à moi… je ne vais pas au bout tant que je n’ai pas une fin qui me satisfasse.
Je peux avoir des goûts de m…, mes fins peuvent être nazes et tout ce qu’on veut, mais, pour moi, je veux connaître la fin.

En y repensant, quand j’étais petite, je lisais toujours les dernières pages des romans policiers, à la grande incompréhension de Mère Dragon. Et je n’ai pas fondamentalement changé. Il y a quelques jours, j’ai vu la moitié de Cheese in the Trap que j’ai abandonné là sans remords car, en jetant des coups d’œil sur la fin, j’ai réalisé que c’était l’histoire d’une relation toxique et que le héros s’en repentait bien trop tardivement.

Vous pouvez retourner à vos achats de Noël.

N’oubliez pas votre serviette

– Tu ne dois t’attacher à rien de plus que ce que tu peux emporter…
– Pourquoi ?
– Apocalypse, attaque zombies, hiver nucléaire… L’esprit nomade, quoi, ta vie doit tenir dans un sac !
– ‘fin, par rapport au nomade qui devait se trimballer un troupeau et une tente en peaux de bête, on n’est pas mal cheaté aujourd’hui : ton smartphone avec tes photos… mieux tes photos-souvenirs précieux sur le cloud, avec tes documents… Même tes sous peuvent être sur ton téléphone, maintenant, tandis que ton nomade se traînait de lourds coffres remplis de pièces d’or !
– Du coup, juste ton téléphone et une serviette. On ne doit jamais oublier une serviette.
– Pfff, même la serviette, c’est cheaté, t’en as en microfibres et tout ! T’as même celle qui se transforme en sac-à-dos !
– Finalement, tu vois, si on tournait Indiana Jones de nos jours, deux fashionistas comme nous lui mettraient sa claque…

On mange quoi ce soir ?

– Il faut vraiment qu’on parle, on ne peut pas continuer comme ça…
– OK. Mais, sinon, on mange quoi ce soir ?
– C’est vraiment ce qui te préoccupe ? On n’arrive plus à communiquer, je ne te satisfais pas et je me sens oppressé. On ne s’en sort pas, j’ai vraiment essayé.
– OK. Tu veux qu’on fasse quoi ?
– Je ne sais pas, je ne vois plus d’issue.
– OK.
– Tu réalises ce qui se passe ? Tu n’as rien à me dire ?
– Ben, si on n’arrive pas à communiquer, probablement que non.
– Que va-t-on devenir ?
– Chais pas, tu veux qu’on fasse quoi ?
– Je ne sais pas…
– OK. Mais, sinon, on mange quoi ce soir ?

Coming-out

– T’as appris pour Lucile ?
– Rien de récent, non.
– Elle se désolait que sa lignée s’arrête avec elle car la vie ne lui a donné que deux garçons.
– Oui ?
– Ben, son aîné lui a annoncé… qu’il se savait femme. Du coup, elle l’accompagne dans son parcours médical et elle n’arrête pas de se vanter partout qu’elle a une fille de vingt ans, qu’elle a une héritière…
– C’est plutôt chouette pour elle, non ? Même si ça doit faire grincer des dents. T’as pas mal de jeunettes qui rêvaient de sa succession.
– Ouais, c’est vrai que c’est chouette. Reste juste à gérer le coming-out…
– Quel coming-out puisque sa fille lui a dit ?
– Ben, son coming-out. Quand t’élèves ta môme depuis la naissance en lui expliquant qu’elle est une sorcière, ça passe crème. Mais comment tu annonces ça à une jeune adulte ?

C’est quoi ce sort ?

Coup d’un soir. Le titre me semble assez explicite, non ?
– Oui, OK, vu comme ça, mais il n’y a pas de description, c’est bizarre, non ? Ça va faire quoi ? Faire apparaître un mec magnifique ? Deux ? Un démon lubrique bardé de tentacules ?
– Tu m’agaces ! Tu vois bien que ce n’est pas documenté ! On prendra des notes après avoir testé.
– T’as pas peur du démon à tentacules, genre qui te dévore après t’avoir baisée ?
– Si la nana qui a noté ce sort avait été dévorée juste après, je pense que la suivante aurait décrit la manière dont elle a trouvé le grimoire.
– Arrête de rire ! Parfois, je me dis que t’es un peu inconsciente et que tu vas mal finir !
– Bah, je finirai tôt ou tard, tu sais, aucune de nous n’a vécu éternellement !
– A la place de coup d’un soir, t’as pas plutôt amour ? Ça serait plus pérenne, non ?
– Tu oublies toujours les bases ! La magie ne fonctionne pas avec les concepts, ça ne marche que sur le pratique. Si tu veux être riche, tu n’auras pas de formule pour « devenir riche », tu ne peux que faire apparaître de l’or ou tuer quelqu’un dont tu dois hériter…
– Tu parles de magie qui ne fait même pas apparaître l’amour
– Ben, justement, c’est de la magie. Pour les miracles, t’as les religions !

Imaginaire ? Vous avez dit Imaginaire ?

Je n’ai pas fait d’études supérieures et je sais très bien que, globalement, je ne suis pas très cultivée. C’est un demi-regret : bien sûr, j’aimerais être savante, mais, au fond, je dois admettre que je n’ai aucune capacité d’attention et que rester assise un long moment, concentrée sur une seule tâche, est hors de ma portée.
Du coup, si cela ne me gêne pas de partager mes pensées à la pause café, armée d’un smartphone relié à la Toile qui permettra de vérifier si un fait est un peu vrai ou totalement farfelu, j’ai plus de mal à me poser par écrit car je me doute que je vais rapidement me faire allumer par des savants qui démontreront que des tas d’articles largement documentés disent le contraire.
Mais, au fond, pour une écrivaine, ne pas coucher par écrit des pensées récurrentes, c’est assez triste…

Chacun de nous a des croyances. En fonction de notre éducation, de notre famille, de notre pays, ethnie, culture, groupe de meilleurs potes, âge…
J’ai tendance à penser que, tant qu’une croyance ne véhicule pas de haine ou de mesquinerie, pourquoi pas ? Bon, j’ai du mal avec l’homéopathie, mais c’est parce qu’un groupe industriel vend du sucre au prix du caviar et voudrait que la Sécu continue de payer.
Pourtant, nous hiérarchisons les croyances : si quelqu’un nous dit qu’il croit en Dieu, nous ne réagissons pas, mais si le même nous dit qu’il croit aux fées (mettons), on fait une pause, on le regarde avec un air mi-inquiet mi-navré, genre « ce n’était pas que de la bière, hier soir ? »

Parallèlement, les genres de l’imaginaire regroupent les fictions où un ou des éléments de la narration ne sont pas réels. Une fiction, par définition, n’est jamais réelle : elle est une invention de son auteur, mais nous avons une acceptation commune : si je raconte l’histoire d’amour entre la boulangère et l’épicier, c’est réel, tandis que, si je raconte la même histoire entre un chasseur de démons et un sorcier, c’est du fantastique.
Personne ne se dit que, aussi bien, l’amour n’existant pas, les deux sont du fantastique…

Je crois que ça a commencé à s’imposer à moi au début de Supernatural : si tu crois que Dieu existe, les démons, les anges… ça n’est pas du fantastique.
Nous pouvons croire tant de choses : dieux, mais aussi créatures bienveillantes ou malveillantes, ancêtres qui continuent de nous protéger, médecines alternatives, règles morales, promesses…
Là, ça m’a fait tilt que les genres de l’imaginaire ne pouvaient se définir que par rapport au public. On peut faire ça à la louche en se disant qu’un groupe de personnes qui habitent au même endroit, baignées dans la même culture, vont plus ou moins croire aux mêmes choses, mais c’est à la louche et, dès qu’on se déplace dans l’espace ou dans le temps, les croyances peuvent vraiment pas mal évoluer.

Si je n’ai aucune honte à parler de mes croyances en cercle restreint, ce n’est pas un sujet que je livrerai par écrit en public.
Alors disons que, hypothétiquement, deux meilleurs amis avaient récemment une conversation. L’un est athée et croit au libre arbitre. L’autre est croyant et pense qu’il n’y a pas de libre arbitre.
Ils débattaient et ont été obligés de s’arrêter sur le fait que les deux hypothèses fonctionnent.
Nous n’avons jamais véritablement de choix : en général, quand la vie nous laisse face à des alternatives, nous choisissons celle qui s’impose à nous à cause de notre vécu, de nos expériences, de notre savoir.
Ça peut être le destin ou cela peut être la résultante logique de ce que nous sommes : nous sommes le produit d’émotions, savoirs… qui nous amènent à un choix donné qui correspond à ce que nous sommes (devenus).

Une narration tient par le fait que les personnages principaux font des choix à certains moments, mais également sont confrontés à des choses extraordinaires : s’il ne se passait rien de « différent », il n’y aurait pas d’histoire.
Raison pour laquelle cela m’agace toujours quand une œuvre est critiquée au motif que « c’est une sacrée coïncidence quand même que l’auteur a utilisé ». En réalité, nous racontons les histoires de coïncidences extraordinaires : le reste n’a aucune raison d’être mis par écrit.

Mon abonnement à Netflix m’a amenée à découvrir beaucoup de séries coréennes et… ça me plait. La façon de raconter les histoires, les histoires elles-mêmes…
Je regarde Beating Again.
C’est assez simple : un homme cruel reçoit la greffe du cœur d’un gentil et devient gentil en tombant amoureux de la fiancée du donneur. C’est mignon, c’est romantique…
Ben, surtout, c’est fantastique : le receveur fait des cauchemars où il revoit l’assassinat de son donneur, ce qui lui permet de trouver le coupable.
La fiche Wikipedia anglaise précise bien d’ailleurs : « a touch of fantasy ».
Ce qui m’a interpellée, c’est ma propre réaction : au début, quand je comprends que l’histoire va raconter comment le cœur du donneur change le receveur, je pense « c’est n’importe quoi, c’est juste une pompe qu’on remplace, on n’aime pas avec son cœur, mais avec son cerveau » et puis, un peu plus tard, je réalise que j’adore le fantastique et que, là, j’ai pris la posture que je déteste chez les détracteurs de l’imaginaire, mode « de toute façon, ça raconte des choses qui ne sont même pas vraies »… alors j’abandonne ma méfiance.

Dans les séries coréennes, les morts sont très présents dans la pensée et la vie des vivants et ça devient parfois compliqué de retrouver notre limite occidentale réel/imaginaire dans certaines œuvres.

Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Parce que, comme vous, je vieillis et qu’on change beaucoup en vieillissant, que les certitudes s’effritent, que les frontières deviennent floues… et je commence à me demander si l’expression « genres de l’imaginaire » me convient.
Je le pensais déjà un peu, mais je suis de plus en plus persuadée qu’il n’y a pas deux groupes distincts : imaginaire et non.
Il y a juste « assez bon pour qu’on accepte d’y croire » ou « trop mauvais pour garder notre attention ».
N’y a-t-il pas plus imaginaire qu’une belle histoire d’amour ? Dans la réalité, les hommes romantiques et attentionnés sont légèrement flippants alors qu’on y croit sans souci quand c’est une belle réalisation avec un bon acteur.
Et si la chute nécessite le Père Noël, c’est grave ?
Quelle est la limite entre un vrai souhait et une pensée positive ?
Qui peut savoir si une religion a raison, toutes ou aucune ?

Si tu devais faire un vœu, ce serait quoi ?

– On ne peut pas répondre à une question pareille !
– Pourquoi ?
– Imagine que ton destin, ce soit de te retrouver à un moment de ta vie où tu dois faire un choix et, de ce choix, à 50/50, dépend le reste : soit tu rencontres le Grand Amour, soit tu deviens une écrivaine ultra-célèbre ?
– Et ?
– Si tu fais ton vœu, genre « Je veux rencontrer le Grand Amour », tu annihiles la probabilité à 50 % de devenir une écrivaine…
– C’est idiot ce que tu dis : si ton destin est de te retrouver à un moment où tu as un choix à faire et tu es à 50/50, ben, c’est ce moment-là, du coup, le moment où tu dois faire un vœu ! T’as deux options et t’en choisis une…
– Tu parles ! On est programmées à attendre le Prince Charmant, tu ne vas jamais demander la célébrité !
– Alors tu crois que tu pourrais, genre, faire le vœu d’être une écrivaine « pas trop célèbre » ? Comme ça, tu rencontres quand même un chéri.
– C’est idiot ! Être une écrivaine « pas trop célèbre », c’est déjà cool. Mais quel intérêt de trouver un mec qui n’est pas vraiment le bon ? L’amour, c’est pas le genre de truc où t’as une option « presque ça, mais en fait pas du tout » !
– Du coup, si tu devais faire un vœu, ce serait quoi ?