L’éducation à la sexualité n’est pas une option x Your Most Faithful Companion | 不二之臣 (2020)

Cette semaine, le Haut Conseil à l’Égalité (France) a communiqué sur la montée inquiétante du masculinisme :

21 janvier, 16h30
La menace masculiniste progresse en France et doit devenir un enjeu de sécurité nationale.
Ce matin, nous avons présenté devant une salle comble notre rapport annuel 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France et les chiffres du baromètre qui l’accompagne. 
Le constat est saisissant : un an après avoir constaté une forte polarisation entre les femmes et les hommes sur leur perceptions du sexisme, nous constatons cette année une dynamique préoccupante.
Le sexisme paternaliste et le sexisme hostile progressent. Le rapport met en lumière la porosité croissante entre sexisme hostile et radicalisation masculiniste.
Aujourd’hui, 10 millions de français.es adhérent au sexisme hostile ouvertement négatif fondé sur l’idée que les femmes seraient inférieures, incompétentes et que l’acquis de droits et de libertés pour les femmes représenteraient une menace pour les hommes.
Pour y répondre, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes formule 25 recommandations, et parmi elles : 
• Rendre les EVARS obligatoires et donner un cadre et des moyens pour les appliquer.
• Renforcer les contrôles de l’ARCOM et de Pharos et créer une catégorie autonome « masculinisme » dans les signalements.
• Intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité.
Ce rapport doit être un électrochoc et faire prendre conscience de la menace sécuritaire que cette idéologie représente pour la sécurité publique.
Capture écran de la publication FB

Après #MeToo il y a 9 ans et le procès des 96 violeurs l’année passée, c’était pas forcément la news qu’on espérait pour débuter 2026, mais on ne peut pas faire d’angélisme. On sait que les courants comme le masculinisme sont actuellement poussés par des lobbies qui y ont des intérêts, qu’on ne peut sans doute pas défaire à l’échelle individuelle (raison pour laquelle le travail du HCE est important sur le sujet). Néanmoins, l’éducation à l’échelle individuelle ne peut pas faire de mal et l’un des leviers de cette éducation est le sujet plus spécifique de l’éducation à la sexualité.

Continuer la lecture de « L’éducation à la sexualité n’est pas une option x Your Most Faithful Companion | 不二之臣 (2020) »

Où 双轨 | Double piste (2022) me permet d’évoquer le traitement de la sexualité

Autrice : Shi Jiu Yuan 时玖远
Titre courant : Shuang Gui

Dans mon précédent billet, je vous racontais que, après avoir vu la série Speed and Love, je me suis plongée dans la lecture du roman dont il est adapté : 双轨. Ce n’est pas quelque chose que je fais souvent (aller lire le roman), mais de temps en temps : par exemple, lorsqu’il a fallu attendre un an entre les deux saisons de Lost You Forever, dès que j’ai eu fini la saison 1, j’ai englouti le roman pour savoir comment tout se terminait.
Là, j’avais passé un vraiment bon moment avec cette romance et c’était une occasion de voir si l’expérience pouvait être prolongée.
Puis vous connaissez mon intérêt pour le décorticage de la narration : comparer deux œuvres (un roman et son adaptation visuelle) est toujours amusant / instructif et permet de plonger dans les différences entre écrire et tourner un film.

Cette lecture m’a donné envie de revenir sur le traitement de la sexualité. Déjà, donc, autour de la question des « vierges effarouchées », évoquée l’autre jour, mais également pour comparer deux œuvres a priori équivalentes pour voir comment ça peut déraper…

Premier point :
La série adapte vraiment le roman, au sens littéral : on retrouve les scènes (mais leur ordre peut être modifié) et les répliques.
Avant de poursuivre, je vous invite vraiment à lire ma chronique de la série puisque ce nouvel article est dans sa suite.
A priori, on pourrait se dire qu’il n’y a pas tant de changements que ça entre les deux versions :
– dans le roman, la Mère part en Australie au lieu du Canada (mais il se passe peu de choses là-bas dans tous les cas) ;
– le Père ne s’est pas installé en Thaïlande, mais dans le Nord de la Chine ;
– Mu n’a pas eu son bac (équivalent ?), mais redouble sa Terminale.

Continuer la lecture de « Où 双轨 | Double piste (2022) me permet d’évoquer le traitement de la sexualité »

Et si, en 2026, on abandonnait enfin les « vierges effarouchées » ?

Je ne sais pas si j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur ce blog et, si je ne l’ai pas fait, c’est l’occasion pour moi de rattraper ce manque : LA FICTION N’EST PAS VRAIE.
— T’es bête ! Pourquoi tu dis ça ? C’est évident !

Ça peut sembler une évidence énoncé de cette façon, mais c’est un point que l’on oublie beaucoup et qui n’est pas si intuitif que ça.
Pour ne pas perdre lae lecteurice, la fiction doit être réaliste (même la fantasy et le fantastique) et le réalisme n’est pas du tout équivalent à la réalité.
Dans la réalité, il peut survenir des hasards, des coïncidences… qui sembleraient si improbables dans une fiction que vous ne les mettrez pas, au risque que votre lecteur décroche en mode « mais ça n’arrive jamais, ça ! »

Ce réalisme n’est pas du tout évident car, comme il n’est pas « vrai » ou « naturel », vous ne pouvez pas le déduire de la simple observation de la vie de tous les jours autour de vous.
Vous le bâtissez au fur et à mesure que vous lisez / regardez des fictions et il est donc culturel ET géolocalisé puisque chaque pays, chaque région… peut adopter des cadres spécifiques.

De mon observation1, il me semble que beaucoup de cdramas sont des adaptations de romans.
A la fin de la chronique de The Prisoner of Beauty, je parle notamment de la différence entre roman et série et de pourquoi, pour cette série-là, je ne lirai pas le roman.
En finissant Speed and Love l’autre jour, je suis allé jeter un œil au roman : 双轨 de Shi Jiu Yuan 时玖远. Je n’en ai pas encore fini la lecture (j’en ai lu 61/78e).
Ma lecture (inachevée donc pour l’instant) m’a mis en lumière la sensualité de la série, que je n’avais pas forcément notée avec tant d’attention avant de lire la version roman.
Disons que, pendant la lecture, où nous avons principalement le point de vue de Mu, j’ai noté un manque (alors que plein d’autres détails sont mieux expliqués) et j’ai réalisé que ce manque était le désir de Zhao, que He Yu incarne tout le long. La série est vraiment sexy, avec talent, et je ne retrouve pas cette magie dans le roman (alors que l’histoire est fidèle).

Continuer la lecture de « Et si, en 2026, on abandonnait enfin les « vierges effarouchées » ? »

Dark Romance ou mode d’emploi de l’hétérosexualité ?

Ami m’a un jour expliqué qu’il pensait que les gens avaient une opinion sur tous les sujets. Comme il y a forcément plus de sujets qu’on ne connaît pas qu’on connaît, il pense que ces avis sont donc des a priori et qu’ils sont nombreux.
Je ne pense pas que ce soit vrai car je ne pense pas que ce soit mon cas1.
Il y a des tas de sujets sur lesquels je n’ai aucune pensée. Comme les sports ou les activités de plage, mais pas que.
Qu’est-ce qu’un bon vin ? Aucun n’est bon à mes yeux, mais je ne pense pas pour autant que ce soit mauvais, je me dis juste que ce n’est pas pour moi. C’est une pensée très neutre, pas négative du tout. Je veux dire : quand je vois des personnages boire du vin dans un film, par exemple, je ne me dis pas « beurk, c’est dégueu », je puise dans ma connaissance de la fiction ce que c’est supposé traduire (moment de détente, dîner romantique…) et j’accepte que ce code narratif est pertinent et que je le comprends.
Comme je peux me définir comme aromantique et/ou asexuel et agenré : pas par dépit ou déception, non, juste un « je ne comprends pas quel est le sujet ».

Du coup, je n’ai aucune idée d’à quoi servent les histoires.
J’ai forcément lu des explications et théories sur le sujet, mais je n’en ai retenues aucune car aucune ne m’a semblé évidente et/ou s’appliquer à moi.
Depuis que je suis tout petit, quand mon esprit n’est pas occupé à la résolution d’un problème / souci / tâche à accomplir, je me raconte des histoires. Je m’en racontais avant de m’endormir le soir et je n’ai pas cessé. Soit le sommeil vient vite et je plonge dans des rêves fournis, soit j’imagine des scènes, des dialogues…
Certaines de ces histoires deviennent des textes, certaines ne sont que des fanfictions que je n’écrirais jamais.

Continuer la lecture de « Dark Romance ou mode d’emploi de l’hétérosexualité ? »

Love the Way You Are | 爱情应该有的样子 (2022)

Une romance à message avec des imperfections, mais avec laquelle je me suis senti… simplement et efficacement bien
30 épisodes de 40 minutes

Réalisateur : Yu Zhong Zhong
Scénariste : Li Jing Ling, Shinning Wu

Elle4, divorcée d’un mari volage et mère d’un fils (Lui – Lai Kuan Lin), s’est remariée avec Lui4, veuf et père d’une fille (Elle – Angelababy) et d’un garçon (Lui2). Ils ont élevé leurs 3 enfants ensemble puis Lui est parti faire ses études à l’étranger. Quand il revient à Shanghai, à 25 ans, et qu’il revoie Elle (32 ans), il en (re)tombe aussitôt amoureux, mais elle est en couple avec Lui3, avocat ambitieux, qui a bien l’intention de l’épouser.

Lui est directeur artistique dans une boite de films d’animation tandis qu’Elle, dans le même immeuble de bureaux, est responsable au service marketing d’une entreprise qui produit et vend des parfums.

Continuer la lecture de « Love the Way You Are | 爱情应该有的样子 (2022) »

Are you the one | 柳舟记 (2024) et quelques mots sur la représentation des femmes en fiction

40 épisodes de 40+ minutes
Scénariste : Zhao Tian You

En préambule, je voudrais juste vous dire que, même si vous n’êtes a priori pas consommateurice de cdramas dans un décor Ancien avec des intrigues et batailles, restez un peu avec moi car j’ai envie de vous parler de la représentation des femmes en fiction 😉

Lui (Zhang Wan Yi) est un prince guerrier qui, depuis 3 ans, cherche à vaincre un terrible Bandit quand il tombe sur la concubine préférée de celui-ci, blessée et amnésique, probablement victime d’une tentative d’assassinat. Il décide donc de la garder pour tendre un piège à son ennemi, mais Elle (Wang Chu Ran) est a priori une jeune femme innocente capturée par les bandits sur la route qu’elle suivait pour un mariage arrangé, alors, plutôt que de la faire prisonnière, il lui laisse croire qu’il est son mari et les jours commencent à s’écouler.

Tandis que le Bandit ne semble pas pressé de se montrer, Elle, qui s’ennuierait dans le rôle de femme au foyer, ouvre un commerce de porcelaine, veut rejoindre la guilde des marchands de porcelaine qui est interdite aux femmes…

Continuer la lecture de « Are you the one | 柳舟记 (2024) et quelques mots sur la représentation des femmes en fiction »

Une femme forte…

C’est une conversation que nous avons eu plusieurs fois avec Dounia Charaf et je me suis dit que c’était le bon jour pour la poser par écrit.
Le féminisme est un courant politique, collectif, visant à lutter contre un certain nombre d’inégalités, de discriminations.
A ce titre, il peut facilement devenir intersectionnel puisque, si l’on pense que les discriminations liées au genre ne sont pas acceptables, on peut probablement entendre qu’elles ne le sont pas plus si elles sont liées à l’ethnie, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, la religion, les handicaps…

Une « femme forte », personnage historique, personnage de fictions… n’est pas une « figure féministe ». Il est forcément important, en Histoire, de parler de touTEs, donc aussi des femmes historiques, mais une reine, une femme riche… est « un homme comme les autres ».
Quand le pouvoir d’une femme s’inscrit dans un système patriarcal et discriminant, en s’élevant socialement, elle devient un homme (social), elle n’abolit pas les discriminations et n’apporte pas de droits supplémentaires aux autres femmes.

— Est-ce que c’est important de rappeler cette distinction dans un monde où, de toute façon, les femmes sont invisibles tout court ?
— Oui.
Quand on liste des romans avec des « femmes fortes », on ne parle pas de féminisme.
Attention, prendre le temps de mettre en avant des personnages féminins peut être une bonne chose pour rappeler que ce n’est pas une « minorité », mais la moitié de la population, donc ça peut être une « action féministe », mais ça ne peut pas constituer un essai ou une réflexion sur le féminisme.
Une œuvre sur le féminisme doit aborder la question sous un angle politique et collectif, pas célébrer le parcours d’une femme qui a réussi (par exemple) selon des critères patriarcaux.

Le génie n’existe pas

A chaque moment, il y a une personne, parce qu’elle est là au bon moment, qu’elle a du talent et de la chance, qu’elle travaille dur, qui va être remarquée. Ce qu’elle fait est vraiment bien, mais elle n’est pas unique.
Ou il y a une autre personne, parce qu’elle est riche, puissante ou qu’elle a les bons contacts, qui va percer.
La réalité est qu’il y a beaucoup d’artistes, des écrivain·es, des plasticien·nes, des acteurices, des… et beaucoup sont très chouettes.
Et vous n’avez pas le temps, matériel, même en étant très oisif·ve de tout lire, écouter, voir…
Ce qui signifie, statistiquement, que tout artiste, aussi bon·ne soit-iel, est remplaçable.
Alors, quand vous décidez de lire / voir / écouter… une personne raciste, sexiste, transphobe, validiste… bref, haineuse sous une forme ou une autre, vous faites un choix politique.
Parce que l’œuvre dont vous affirmez que vous ne pouvez pas vous passer, elle existe ailleurs, sous une forme un peu différente, mais tout aussi agréable. Et, bonus, il est probable qu’une personne haineuse ne soit pas tout à fait safe dans toute son œuvre alors qu’une personne ouverte et bienveillante ne vous laissera aucun malaise au détour d’une phrase.
L’art est merveilleux, indispensable, nécessaire… mais pas unique.
Si vous pouvez tenter de consommer éthique dans les domaines de l’alimentation, du transport… vous pouvez le faire aussi quand vous vous cultivez, détendez, réjouissez…

Le silence n’est pas d’or

Le silence n'est pas d'or
Il protège les dominants, il étouffe le savoir, il contraint et enferme
La parole est précieuse

Cas 1
Un homme cis est accusé de viol par plusieurs femmes qui prennent le risque de s’exposer en le dénonçant.
Elles racontent des faits précis, leur témoignage est documenté.
Les mascus et leurs alliés : « Elles font ça pour la gloire / argent / whaterver, ce sont des menteuses ! »
Parce que c’est bien connu : les femmes rêvent de devenir célèbres en tant que victimes.

Cas 2
Une femme trans est harcelée, on lui prête des agressions imaginaires.
Il n’y a aucune victime connue de personne, aucun fait rapporté, nada.
Les mascus et leurs alliés : « Vous défendez les agresseurs quand ça vous arrange ! Vous niez la parole des victimes ! »

Vous vous dites que c’est trop gros ?
Que c’est évident que, dans le cas 2, la seule victime est la femme harcelée ?

Ils font ça à CHAQUE fois.
Et, comme ils ne connaissent comme interaction avec les femmes que l’agression sexuelle, c’est avec cette accusation qu’ils tentent de salir celles qui, à leurs yeux, ont abandonné le statut glorieux de mâles pour devenir des humains de seconde zone.
Ils espèrent qu’ils vont faire vaciller quelques alliés avec leur discours « mais les victimes ? »

(Si parfois tu vacilles parce que tu doutes — et on a le droit de douter et de vaciller –, demande-toi le statut social de l’agresseur présumé et vérifie s’il y a bien des témoignages de victimes…)

Men are Men | 그놈이 그놈이다 (2020)

Cette série est disponible sur Netflix et Viki sous le titre To All the Guys who Loved Me, titre qui, à mon sens, ne se justifie pas. Comme dans beaucoup de romances, deux hommes se disputent l’amour de l’Héroïne : on est très loin du « all the guys »…

!!! Attention, ce billet va contenir plein de SPOILERS de façon complètement aléatoire !!!

Or doncques, je viens de finir ce drama et… j’ai plein de choses à vous dire !
Tout d’abord, je lui en veux un peu car, au premier épisode, il me promettait beaucoup et, même s’il n’est pas mauvais, avec tant d’espoirs, hélas, il n’a pas été tout à fait à la hauteur.

Comme vous le savez (ou pas), j’aime le fantastique et les histoires d’amour et j’aime particulièrement le fantastique qui se glisse dans le quotidien et met en lumière notre monde.
Men are Men est donc complètement dans le créneau pour me séduire.

Continuer la lecture de « Men are Men | 그놈이 그놈이다 (2020) »

Et si, ce soir, vous changiez un ou deux persos ?

L’art n’est pas sacré. Il est vivant. Biologique.
Il y a quatre ans, j’écrivais un billet sur ce blog : Avez-vous peur des quotas ?
Je le relis aujourd’hui et mon opinion n’a pas changé. Le plus simple, au moins pour se lancer, ce sont les quotas.
Depuis ce billet/l’été 2016, je n’ai quasi plus écrit et, au moment même où je rédige ce mot, je n’en mène pas large, en attente d’une injection de fer… Ces quatre années écoulées ont été difficiles, pour plein de raisons, et je n’ai donc plus écrit. J’ai aussi peu lu, peu joué…
Je pourrais me lamenter en mode « ma Muse a fui, je ne suis plus une écrivaine », mais je n’ai pas de penchant pour l’auto-flagellation. La vérité, c’est que l’inspiration, c’est comme le désir sexuel : il y a des périodes fastes et des périodes creuses. Quand vous ne bandez plus pour un amoureux parce que vous êtes accablée de souci, vous ne vous dites pas « je ne l’aime plus ». Vous attendez que ça passe / de meilleurs moments.
Alors, même si je n’ai quasi plus écrit, j’ai continué à penser/cogiter… à ce que je voulais raconter, comment…
Si mettre plus de femmes ou plus de personnes queer dans mes textes me semble un exercice facile (pour moi, mais, si si, je t’assure, tu peux le faire aussi !), je continuais à m’interroger sur la diversité ethnique. Et je suis encore partagée.
Je décris peu physiquement mes personnages et cela me convient : c’est à la fois « ce qui me vient », mais c’est ce qui permet également à chaque lecteurice de s’identifier sans se poser de questions. En même temps, si le personnage est soi, il n’est pas un Autre…
Bref, à ce stade de ma réflexion (i.e. expérience personnelle ni statistique ni représentative), j’ai décidé de faire varier les prénoms, de regarder à travers le monde ceux qui me plaisent et d’y piocher allègrement.
– Ouais, mais, tu vois, quand j’écris mon texte, l’héroïne s’appelle Claire et je la visualise parce que, quand j’étais petit, j’étais très épris d’une Claire et, si je change son prénom, ce ne sera pas elle et je ne pourrais pas mener à bien mon Œuvre.
– Alors, mon chéri, tu sais, c’est tout simple : tu écris ton texte, en rêvant à la Claire de ton enfance, et, quand tu as fini, que tu as utilisé toute ta nostalgie dans tes dialogues, ben… Claire et toi, vous devenez Giulio et Medhi. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l’école, perdus de vue et…
– Ah, ben, non, c’est carrément pas la même histoire !!!
– En quoi ?
J’ai écrit la Princesse et le Roturier pour les 30 ans d’un gars dont j’étais amoureuse. Il était né en novembre et la nouvelle se déroulait un jour où la nuit tombe rapidement. Pour le projet de recueil Nice Parallèles où je souhaitais placer dans mon texte un chapeau qui s’envole, je me suis relue et j’ai systématiquement changé l’hiver en été. Ça peut être des soirées qui s’étirent, une héroïne en short plutôt qu’emmitouflée dans une douce écharpe… L’art n’est pas sacré. C’est le résultat du travail d’un humain qui, suivant les moments de sa vie, peut changer d’idées, d’envies, de discours.
Prétendre que l’art est sacré ou immuable, comme si une production humaine pouvait être plus précieuse que des vies, des sentiments… c’est alimenter l’idée qu’on a le droit d’être de vieux cons ou que les traditions sont forcément bonnes.
Nous changeons, nous devons changer, nous adapter. Déjà pour survivre. Mais également pour être heureux quand nos certitudes s’effondrent et que nos petits prés carrés doivent être partagés.
Alors, dans une période où la muse boit des mojitos sur une plage à l’autre bout du monde pendant qu’on est confiné à se lamenter sur sa faible production, on peut par exemple se dire : tiens, je vais reprendre ce texte et changer un ou deux persos, la saison, le lieu…
Ça vous semble dingue ?
Quand un·e illustrateurice décline un même personnage en changeant ses habits, son chapeau… vous pensez qu’iel est dingue ou que c’est un processus naturel ? Ça ne vous choque pas d’acheter la version avec le chapeau de sorcier tandis que votre copine prend la version avec une casquette…
Bref… et si, ce soir, vous changiez juste quelques personnages, sans toucher à l’intrigue ni rien ?

Avez-vous peur des quotas ?

Hier soir, avant de rejoindre Morphée, j’ai lu cet article : Guide à l’usage des auteurs qui écrivent des livres sexistes (mais qui font pas exprès) par Audrey Alwett. Le propos est simple et très pratique : par exemple, effectivement, on peut déjà commencer par mettre moitié de femmes dans nos figurant·es.
Et la conclusion reste pleine de bon sens : « Je sais aussi que ce n’est pas facile de déconstruire ce que la société nous a martelé depuis notre enfance, mais s’il vous plait, essayez à défaut de réussir. »

Je réalise au matin que je veux revenir sur ce point.
Oui, la société nous a construits sexistes, tou·tes autant que nous sommes, car nous sommes des animaux éduqués. Mais nous sommes aussi extraordinairement plastiques et nous pouvons nous reprogrammer.
Spontanément, peut-être allons-nous avoir tendance à garder des hommes forts et braves, des femmes douces et… (‘fin, là, pour le coup, je ne me sens pas du tout incluse dans ce « nous » générique, je l’avoue), mais on peut… s’imposer des quotas, tout simplement.

Ça vous semble ridicule ?
Dans la réalité, le gros argument « anti-quota » est qu’on doit choisir une personne en fonction de ses compétences et non de son genre. Ça se défend (mouais…), même si, personnellement, je pense que, à un niveau macro, imposer des quotas fait bouger les lignes.
Mais, en fiction, l’argument ne tient plus : les compétences de nos personnages ne sont déterminées que par nous-mêmes. Si le personnage doit être… un brillant scientifique ? il n’appartient qu’à nous qu’il soit brillante.

Continuer la lecture de « Avez-vous peur des quotas ? »