Festival, ô Festival, dis-moi combien tu pèses

Les festivals « mentent » sur leurs chiffres de fréquentation.
Mentent ? Disons qu’ils essaient de calculer le flux de visiteurs (tickets vendus, entrées/sorties sur plusieurs jours) de façon à ce que cela rende un chiffre au plus près de ce que les décideurs, les partenaires… attendent.
Non pas parce que les festivals sont de méchants escrocs qui adorent le mensonge, non… Au fil du temps, des chiffrages déformés se sont installés dans la tête de trop de gens pour que de « vrais » chiffres soient signifiants pour eux.
Hélas.

Parce que la réussite d’un festival est trop souvent mesurée à sa fréquentation.
Ce qui est, au mieux, tout à fait incomplet… pour des tas de raisons qui, je le pense, viennent assez intuitivement, mais citons : est-ce que les visiteurs ont apprécié et sont susceptibles d’en parler en bien/de revenir ? Est-ce que les stands ont bien vendu ?
Si tu es libraire, vaut-il mieux vendre 50 livres de poche sur 1.000 visiteur·ses ou 100 beaux-livres sur 300 visiteur·ses venues en connaisseurs ?

Une personne me faisait remarquer que c’est un de nos héritages patriarcaux-capitalistes : la réussite est mesurée à la quantité, à celui qui a le plus gros… salaire, maison, auto…

Je ne sais pas s’il est possible de revenir à une situation où de vrais chiffres seraient disponibles, mais, au fond, je ne suis même pas sure que ce soit nécessaire.
Parce que ce serait nécessaire si l’on décide que le nombre de visiteur·ses est le seul retour que l’on attend effectivement.
Parce que cela validerait l’idée que ce qui est réussi est gros.

Notons que je ne dis pas que la donnée n’a aucun intérêt, mais elle n’en a pas non plus tant que ça.
Sur un projet, ce qui est important, c’est le taux de retour : par rapport à ce que j’ai investi (temps, argent…), qu’ai-je en retour ?

Reprenons.
Il existe deux catégories (grosso modo) de festivals : les pros et les bénévoles.
Les pros, ça peut être un palais des congrès/festival, une mairie (qui dédie du temps de travail)… et les bénévoles, ben, ce sont les associations.

Quand une situation n’est pas comparable, ne te compare pas.

Les pros investissent de l’argent, des ressources humaines.
Ils doivent avoir un retour à équivalent.
Pour mémoire, un seul temps plein, c’est 1.800 heures/an.
Il te faut combien de bénévoles pour arriver à un seul temps plein ? 😉

Si le pro propose des stands payants, l’artisan/éditeur/commerçant… qui prend un stand devient son client.
Il attend une prestation.
Donc tu dois lui assurer un certain nombre de visites et des visites qui consomment.

Quand tu bâtis ton programme, quand tu réfléchis aux invité·es que tu veux faire venir, tu ne vas pas forcément avoir les mêmes angles d’attaque si tu veux faire venir beaucoup de gens (nécessité pro) ou si tu rêves de t’engager sur une question qui te tient à coeur.
Un exemple super bête/facile : la promotion de la nouvelle me tient à coeur. La nouvelle, actuellement, ne vend pas. Je ne vais pas remplir des stades en en causant.

Et l’invité·e ?
Dans un contexte pro, tu la/le paies, tu deviens son client. Iel vient pour gagner sa vie et iel sait que tu attends quelque chose d »elle/lui.
Dans le bénévolat, iel vient sur son temps de loisir car le programme lui plait et iel est là pour s’amuser/se faire plaisir/parler en table ronde de ses sujets préférés. Iel est l’un·e des orgas/bénévoles.

(Bien sûr, il y a des tas de nuances et d’étapes sur le spectre pro/bénévole puisque tu as des festivals bénévoles qui vont faire payer certaines prestations et/ou en rémunérer d’autres, des festivals pros qui vont faire appel au bénévolat — mais, là, j’avoue, sans contexte, j’ai du mal…)

Attention, je vais poser une règle : il n’y a ici aucune critique d’aucun des deux modèles.
Même si je suis anti-capitaliste sur le fond, aujourd’hui, on a toustes besoin de se nourrir.
Ce qui est cool, c’est la diversité, que tout puisse exister/être tenté.
Si les artistes n’ont pas d’espaces pro pour se nourrir, iels vont mourir de faim et ne créeront plus rien pour personne.

— Et, du coup, tu veux en venir où ?

Ne te compare pas, suis ton chemin.

Si tu travailles sur un festival bénévole, cela n’a absolument aucun sens de tenter de faire comme les pros : non seulement tu n’y arriveras pas car, d’emblée, tu ne dégageras déjà jamais autant de temps de travail, mais, en plus, au lieu de proposer de la diversité, tu vas juste proposer un truc moins réussi.
Si, au lieu d’utiliser tes heures bénévole à faire un programme original, tu t’épuises à démarcher, mettons, des gens pour des stands, tu finiras épuisé et déçu… et les autres aussi.

Sur les premières années de l’organisation de Nice Fictions, j’ai senti les doutes de quelques orgas (et iels avaient raison de douter puisqu’on a peu de modèles à disposition).
Pourquoi ne faisions-nous pas « comme les autres » ?
Pourquoi ne nous donnions-nous pas les moyens (i.e. mettre le paquet sur les attendus « traditionnels ») qu’il fallait ?

Bien sûr, ça n’était tout simplement pas le plan, mais il faut quelques années pour montrer que la voie qu’on a suivie est cool aussi.

On ne devrait pas se réjouir d’une pandémie (d’ailleurs, le mot « réjouir » ne convient pas), mais, parfois, certains accidents ouvrent des portes.
La pandémie nous a obligées à faire deux éditions virtuelles.
Bon, en réalité, nous n’étions pas réellement obligés, on aurait pu juste attendre l’édition 2022… mais, bon, c’est pas trop notre truc, à nous, l’attente 😉

Alors on a dû proposer autre chose :
avec une édition en ligne, le programme est brutalement mis en lumière parce qu’on ne voit finalement presque que lui en cherchant quelle table ronde ou conférence on va suivre.
Le stand n’est plus un objet où tu dois vendre pour rentabiliser ton déplacement, mais un endroit (en ligne/sur Discord) où tu vas échanger, te présenter au public, répondre aux questions.
Etc.

L’analogie qui me vient, c’est un peu la production de masse vs de luxe.
Il faut les deux. Parce que le luxe ne peut pas fournir tout le monde. Mais il nous fait rêver et, de temps en temps, avec un peu de chance, on peut en avoir un peu soi aussi.

— Et, du coup, tu conclus ou bien ?

Concrètement, je ne peux vous parler que de Nice Fictions puisque c’est le festival sur lequel je travaille.
On ne démarche personne pour vendre des stands. Si quelqu’un souhaite venir, il est le bienvenu, mais il ne sera pas un client, mais une part du festival.
Notre objectif n’est pas qu’un maximum de personnes viennent.
Viens si tu es dans le coin, ça nous fera plaisir.
Viens si tu as envie : Nice est une ville superbe, il fera beau. Si tu as envie de rencontrer des collègues, d’échanger, viens.
Si tu n’as pas envie ou pas les moyens (financiers, physiques…), un maximum d’interventions te sera accessible en ligne.
Viens parce que tu veux venir, que tu veux passer un chouette week-end, en compagnie d’autres artistes si tu es un artiste, au milieu des artistes et des passionnés si tu es un fan.
Viens avec plaisir, avec impatience, en te réjouissant.

Et ce dont on a envie, en fait, ce n’est pas que les festivals arrêtent de mentir sur leurs chiffres car on s’en fout, mais que chaque festival bénévole devienne un produit de luxe, avec son unicité, et que, du coup, on ait toustes, collectivement, de plus en plus envie d’y aller pour s’émerveiller et expérimenter.
Et on ira aussi dans les festivals pros pour d’autres expériences et sensations.
Bref, on aura du choix 🙂

Et, évidemment, si ton kif à toi est de faire « comme un festival pro » parce que c’est ce que tu aimes, fais-le aussi. Le bénévolat, on le fait en premier pour soi !

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Quand tu commences à vieillir, tes souvenirs se modifient

J’ai commencé à écrire enfante, dès l’école primaire.
Je n’ai aucune trace de mes essais de l’époque, mon seul souvenir est que, à l’âge de 10 ans, en Sixième, je peinais sur un roman policier, ne me résolvant pas à tuer un seul des personnages. (J’en parlais déjà en 2014.)
J’ai imaginé écrire une saga de fantasy quand Mère Dragon nous a lu, à ma soeur et à moi, le Seigneur des Anneaux, puis, à 14 ans, j’ai essayé la forme courte et la poésie et je suis restée sur le non-roman (34 ans plus tard, je suis tentée d’écrire « définitivement » puisque mon plus long texte est une novella de moins de 165.000 signes, mais, bon, l’avenir n’est pas écrit…).
Je m’imagine volontiers que, si j’avais été enfante/ado à notre époque, j’aurais eu un blog, j’aurais beaucoup trop posté sur les réseaux sociaux, mais, à la fin des années 1980, j’ai juste imaginé que j’allais mettre mes textes dans des feuillets en plastique/un classeur que je déposerais en ville pour qu’il circule et vive sa vie.
Je ne l’ai pas fait.
Je n’ai pas non plus engouffré mes économies dans de l’édition à compte d’auteur.
J’ai attendu et, à 17 ans, j’ai lancé mes deux premiers fanzines.
Depuis, si je cherche un mot pour résumer tout ce que j’ai fait, celui qui me vient est expérimenter.
Avant le développement d’internet à partir de 1996, j’ai fait des fanzines avec des photocopies et des agrafes, de la colle et du temps d’imprimante volé ici ou là.
Ensuite, avec internet, j’ai imaginé des sites, des webrevues, j’ai aussi tenté l’impression classique (en me ruinant sur de gros tirages), de l’impression à la demande quand ça s’est développé, des revues en PDF…
Je n’ai jamais été satisfaite, je ne me suis jamais posée.
Cet été, avec une petite équipe, nous (re)lançons une webrevue : la Tribune des Vagabonds du Rêve.
Je n’écris pas « lancer », mais « relancer » car cette webrevue n’est pas « nouvelle », elle est la suite des explorations et essais précédents et, par exemple, nos archives m’indiquent que la première chronique en ligne d’Hélène, ma plus fidèle collaboratrice (c’est le cas de le dire puisque ma mère m’a suivie dès la première page de mon premier fanzine, et même avant ça pour ma toute première « anthologie scolaire »), date de 2003.

Si j’ai ainsi toujours tâtonné en matière d’édition, je ne suis pas différente sur les outils numériques (dois-je vous dire le nombre de fois où j’ai changé de boîte mail, de blogs en important — et perdant au passage — des données d’une plateforme à l’autre, en supprimant un support pour le recréer différemment et tout me retaper à la main ?) ni, of course, sur les réseaux sociaux.

Hier, il s’est passé deux choses qui n’ont a priori aucun rapport entre elles.

1/ Une amie souhaitait aller à Monaco voir l’expo Giacometti.
Je n’ai aucun intérêt particulier pour cet artiste, mais je trouvais sympa d’avoir un motif de sortie pendant les congés.

2/ Après avoir essayé de comprendre le fonctionnement de Twitter en utilisant quelques semaines un compte anonyme, je me suis récemment créé un « vrai » compte et la polémique-troll du moment était une trop jeune femme qui s’est mise en tête que les auteurices/artistes devaient lisser leurs réseaux sociaux, tout absorbé·es par la nécessité de se vendre comme de bons produits capitalistes.
Le débat n’est pas intéressant parce que c’est une affirmation pour faire genre, pas un truc étayé/réfléchi, mais ça m’a fait sortir un point.

L’intérêt en général d’une expo sur un artiste décédé, c’est que ça prend un côté rétrospective.
On cherche les correspondances, les journaux intimes, on fouille dans la vie privée qui, la personne étant partie et ne pouvant pas s’en plaindre, devient un matériau de compréhension : comment crée-t-on ?
Comme tous les artistes, j’imagine, Giacometti a répété, répété, répété. Une femme debout + une femme debout + une femme…
Comme nos artistes qui, sur leur Twitter ou leur Insta, vont chuter, se dévoiler, se plaindre, se retirer…

Pendant longtemps, après une expérience, ratée ou réussie, je jetais, je détruisais, je poubellais.
J’ai peu de traces de pas mal de choses.
Genre les livres papier, c’est OK car ils dorment dans ma bibliothèque, mais, globalement, j’ai peu de traces de ce que j’ai fait.
J’ai changé tellement de fois de comptes sur les différentes plateformes que je suis incapable de dire ce que j’ai pu y faire.

Et je réalise que ces expériences, en fait… elles n’ont pas à être cachées ou détruites.
A minima, elles sont ennuyeuses, mais elles seront peut-être drôles pour la Cenli-du-futur qui les retrouvera comme, cet été, j’ai retrouvé les maquettes des anciennes Tribune (1990-1993) qui vont figurer d’ici quelques jours dans un musée sur le site des Vagabonds.
De mes textes ratés, de mes idées loufoques, de mes multiples « une femme debout »… il ne me reste quasi rien.
Ni dans des cartons, un grenier ou une cave, ni dans les tréfonds de mes disques durs.
Seulement dans la mémoire d’autres personnes (même pas la mienne !) et il n’y a rien de moins sûr que les souvenirs…

Alors, ces jours-ci, j’ai récupéré quelques vieux billets de blog tout pourris que j’ai remis ici, j’ai créé une page Facebook (édit : fermée au 19/3/22) et un compte Insta… et je vais expérimenter sans me cacher, riant d’aventures un peu honteuses, sans aucun souci de l’image que je risque de renvoyer en tant qu’écrivaine ou que directrice sérieuse d’un festival sérieux ou…
Quand on est une jeune femme, on se soucie du regard des autres.
Et puis, un jour, on ne se colore plus les cheveux, on les garde très courts pour ne plus s’en soucier et on se sent soudain infiniment légère.

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Black Widow (2021)

Si Black Widow, devenue une Avenger, pense avoir mis fin à l’organisation secrète qui l’a asservie, elle se fourvoie et son passé va revenir la chercher pour une nouvelle mission entre les évènements de Captain America: Civil War (2016) et de Avengers: Infinity War (2018).
Dans un film de super-héros, il y a un grand complot très compliqué avec un Méchant vraiment méchant, un serviteur du Méchant trop fort, des alliés inattendus, des combats et des scènes vertigineuses.

Black Widow obéit aux codes du genre en remplissant toutes les cases de façon fort satisfaisante, mais avec une héroïne, aidée de femmes, combattant des femmes. Les quelques personnages masculins sont en retrait sans être effacés.

Le film appartient à l’univers Marvel, mais peut se voir indépendamment, si vous n’avez pas tout visionné ou oublié une partie 😉

Alors il y a de l’action, forcément, beaucoup d’actions, mais il y a également de l’humour bon enfant, particulièrement autour de la « fausse famille » de l’héroïne, réunie pour l’occasion, une juste dose de bons sentiments.
Un divertissement plaisant, idéal sur grand écran, à déguster sans complexe.

Réalisatrice : Cate Shortland
Sortie : 7 juillet 2021

Ce billet est également paru dans la Tribune des Vagabonds du Rêve.

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A Love So Beautiful (Korean) (2020)

24 épisodes de 20+ minutes

Remake du drama chinois éponyme de 2017 (que je n’ai pas vu).
Cinq adolescents.
Elle1 et Lui1 sont voisins et dans la même classe au lycée. Tout de go, elle lui avoue son amour et, s’il n’y répond pas favorablement, elle décide de continuer à l’aimer. Juste.
Bien sûr, rapidement, il est évident (pour nous) que Lui1 éprouve des sentiments réciproques, mais Elle1 ne semblera jamais le voir.
Lui1 semble susciter l’admiration de toutes les filles, Elle1 est gauche et moins aimée.
Elle2 et Lui2 sont leurs opposés : Elle2 est pleine d’assurance, Lui2 est maladroit et fantasque.
Lui3 est parfait : beau, gentil, destiné à réussir, il n’est là que pour révéler à Lui1 ses sentiments via la jalousie.

Je suis assez « simple » en général : j’aime ou je n’aime pas.
Là, ben… c’est « pas mal, mais… »
On suit nos cinq personnages de leurs années lycée à leurs 30 ans. Chaque épisode, très court, est un moment marquant de leur vie. Marquant au sens de la vie ordinaire : un élément du quotidien qui va les marquer/suivre.
De ce point de vue, ça marche vraiment bien : on passe d’un moment de vie à l’autre et ça fait sens.

Mais… j’ai d’abord un peu de mal avec le passage du temps : nos tourtereaux sont quand même *particulièrement* lents. Je ne parle pas de se sauter dessus dès le premier rendez-vous, mais, là, il leur faut quand même 15 ans pour savoir un peu qu’ils s’aiment très fort.
Ce n’est cependant pas ce qui m’ennuie le plus car, bon, mettons…
Non, ce qui m’ennuie, c’est la non-exploitation des caractéristiques du personnage principal. Car, clairement, Elle1 est l’héroïne au détriment de Lui1 qui est assez passif.
Lui1 est beau et intelligent, fort en sciences et réussira la carrière qu’il veut.
Elle1 est une artiste. Une vraie. Dès le lycée, elle fait des dessins réussis. Elle est maladroite à la façon du vilain petit canard dont on attend qu’elle devienne un cygne. Elle se sent mal car elle est mauvaise élève, mais ce devrait être le propos central : la mauvaise élève se révèle l’artiste douée. La timide est en réalité fantaisiste et amusante.
Et ce fil rouge, qui est central puisque c’est à la fois tout ce qui définit l’héroïne et les raisons qui font que le sage Lui1 est amoureux d’elle, au final, est totalement sous-exploité. Limite, on doit le deviner.

Du coup ?
Je ne sais pas.
Ca se regarde vraiment facilement, j’aime beaucoup cette narration de 24 « petits moments » (le titre de chaque épisode correspondant au moment), mais il y avait tellement mieux à faire avec le même matériau…

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Lovestruck in the City (2020)

17 épisodes de 30 minutes environ

Réalisateur : Park Shin-woo (It’s Okay to Not Be Okay – Jealousy Incarnate – Hyde, Jekyll, Me)
Scénariste : Jung Hyun-jung (Romance is a Bonus Book)

(J’ai lu ici ou là que c’était une chronique sur la solitude des jeunes coréen·nes. Réponse : Non.)

Une téléréalité ? documentaire ? (je ne suis pas sure du terme par manque de références) suit trois femmes et trois hommes et les interroge sur l’amour et leurs relations.
Elle2 et Lui2 sont ensemble depuis 5 ans. Elle1 a quitté Lui1. Elle3 a quitté Lui3.
L’équipe de tournage n’est jamais montrée/est présente via des incrustations assez rigolotes. Peu de personnages secondaires (ce qui s’explique par le choix de la narration), mais réussis.
L’histoire principale est celle d’un couple : en vacances dans une station balnéaire (ou équivalent) pour faire du surf, Lui1 rencontre Elle1, tombe amoureux, lui demande de l’épouser…
Ils surfent, rient, font l’amour. La vie est douce et très hippie.
Puis Lui1 doit rentrer précipitamment à Séoul pour le travail, Elle1 n’a pas de téléphone portable, doit le rejoindre plus tard… et ne viendra jamais à leur rendez-vous.
Une année s’est écoulée quand le tournage commence. Ce n’est pas explicité, mais il est probable que Lui1 participe à l’émission pour qu’Elle1 le voit. Il raconte donc son malheur, la recherche vaine de son amoureuse… et, petit à petit, nous allons bien sûr découvrir pourquoi Elle1 l’a quitté sans aucune explication.

J’aime beaucoup les romances à mystères.
Lui1 est incarné par Ji Chang-wook, assez idéal dans le rôle de l’amoureux romantique et transi. Il est pathétique, mais c’est réussi : l’amour est montré comme rendant vulnérable et un brin fou, mais jamais dans le mauvais sens du terme (pas d’harceleur, aucune violence, des attitudes qui restent respectueuses).
C’est touchant et drôle.
Et la forme narrative apporte un vrai plus : les épisodes de 30 minutes sont tournés autour des questions posées aux participant·es avec une « disparition » de temps à autre du format reportage et l’histoire avance très naturellement.

J’ai littéralement dévoré cette mini-série (sortie mardi, je viens de la finir).
Le bémol est sur le dernier épisode : je viens de googler et une saison 2 n’est pas confirmée à ce jour. Et, sans saison 2, l’épisode final se termine en queue de poisson. D’habitude, je n’ai rien contre les tranches de vie qui ne se terminent pas, j’en ai même écrit plusieurs, mais, là, ça s’arrête vraiment brusquement, genre le scénariste a fait une pause pour passer aux toilettes et n’est jamais revenu…
Cela dit, rien que pour la forme narrative, je n’ai aucun regret 🙂

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Tout a bien commencé parce que j’ai cru qu’elle était lesbienne

Je me souviens parfaitement de notre première rencontre. Je l’avais repérée en ligne car elle avait exactement le profil que je cherchais : développeuse informatique diplômée, elle s’était lancée dans le graphisme et son CV et son book disaient qu’elle était accro au travail, info qui se confirmait sur les réseaux sociaux : elle postait… du taf. Elle ne faisait que bosser et engrangeait des sous qu’elle claquait dans de grands voyages.
Probablement aucune vie privée ou en tout cas aucun projet qui vienne mordre sur le travail.
Idéale.
Si l’essentiel de mes revenus provenait du foncier hérité de mon père, j’avais divisé le travail que j’aimais en deux boîtes : librairie, devenue boutique de goodies pour collectionneurs fortunés, et édition de livres et de jeux.
Je cherchais cette licorne qui ferait le lien entre technique et esthétique.
Elle est arrivée au début de l’été. L’entretien était une pure formalité car je savais déjà que je la voulais. Cheveux très courts et colorés, elle portait un débardeur, aisselles non épilées, pantalon ranger.
J’aimerais vous dire que je suis un homme féministe, ouvert, sans a priori, mais Céline, mon ex-femme, qui reste une bonne amie, vous dirait, par la bouche de notre fille, que je suis ce que je suis : un mâle hétéro blanc… très riche. Pas un mauvais bougre, pas le pire égoïste de cette planète… mais le juste produit de mon milieu. Qui vote à gauche et fait quelques dons pour s’acheter une conscience.
Alors je l’ai embauchée, ravi, en me disant qu’elle était lesbienne, sans aucun doute, qu’elle avait probablement renoncé à la maternité, qu’elle ne distrairait aucun membre d’une équipe que j’avais constituée à majorité d’hommes, hormis notre secrétaire parce que, bon, quand même, pour être organisée et rangée… ‘fin, bref, vous me comprenez…
Bien sûr, j’ai assez entretenu le déni au fil des ans pour ne pas l’avoir formulé comme ça dans ma tête, mais, avec le recul, il est difficile de croire que j’aurais agi de la même façon si je l’avais pensée hétéro.
Nour a donc commencé un jour d’été. Rapidement, je l’ai intéressée aux bénéfices. Rapidement, je lui ai loué un des appartements de l’immeuble pour qu’elle n’hésite plus à rester tard un soir de bourre.
Comme elle habitait désormais sur place et que nous étions très bien équipés, elle est venue au bureau même le week-end quand elle avait des projets personnels. Et puis le personnel est devenu professionnel. Nous travaillions de plus en plus.
Je ne cherchais plus à faire de nouvelles rencontres pour les week-ends où Chloé était chez sa mère et où je me retrouvais seul. Nour était disponible pour travailler. Disponible pour m’accompagner lors des déplacements voir les clients. Disponible le temps d’un film sur l’immense télé installée dans nos locaux pour le confort des employés : pourquoi se mettre la télé dans un petit deux-pièces quand, trois étages plus bas, tu peux profiter d’un immense écran ?
Sans aucune retenue, j’ai absorbé sa vie et vu grimper les chiffres.
Le sexe a dû me manquer parfois, mais l’investissement relationnel nécessaire pour nouer des liens avec une partenaire sexuelle m’a vite semblé disproportionné quand j’avais tellement mieux à faire à côté.
Chloé n’avait jamais trouvé rien à redire sur le fait que son père était accro au travail car elle se sentait une vraie princesse, calée de longues journées sur tous les jeux vidéo que j’achetais. Alors Chloé et Nour se sont bien entendues parce qu’il n’y avait aucune raison que non.
Je crois même que ma môme aimait bien la disparition de ma vie sexuelle qui l’avait obligée à essayer de s’intéresser à une nouvelle femme à chaque fois que la précédente me quittait parce que je n’avais jamais menti, je ne cherchais réellement pas une femme pour refaire un foyer.
Bref, tout avait très bien commencé parce que j’avais cru que Nour était lesbienne.
Et c’est ensuite que ça a mal tourné.

Je vais être honnête : j’ai souvent regardé Nour comme une femme. Parce qu’elle était jolie, tout simplement, que j’aimais sa voix, mais mon cerveau l’avait étiquetée lesbienne sans le moindre doute et c’était confortable de la regarder sans rien tenter. Mes yeux étaient ravis et satisfaits, mais je ne mettais rien en péril. Nous pouvions travailler sans la moindre tension.
Et quand nous mations un film le soir venu ou partagions un verre, eh bien, c’était une soirée entre collègues.
Là, vous vous dites : OK, t’avais abandonné ta vie sexuelle parce que tu préfères les thunes, mais elle ?
C’est la magie du cerveau humain : il ne voit absolument que ce qu’il veut voir. Parce que, maintenant, je peux raconter qu’elle a fait plus que distraire un ou deux collègues, l’un d’eux ayant été son amant dans une relation assez longue, mais mon formatage est de bonne qualité : j’étais merveilleusement obtus et je n’ai pas songé un instant qu’un hétéro autour de moi avait dragué et séduit une fille aux cheveux courts qui ne s’épilait pas les aisselles.
Je crains ?
Oui.
Je m’étais puni moi-même en me fermant la porte à une relation sentimentale avec celle qui devenait ma vraiment meilleure pote.

Quand un jour, elle m’a annoncé :
– Il est temps de nous quitter.
Elle avait un grand sourire, pas fâché ni rien.
– Quoi ?
– Mon compte en banque m’a dit qu’il était OK pour le big voyage dont j’ai toujours rêvé.
Comme un idiot, j’ai répété :
– Quoi ?
– Quoi ? Quoi ? a-t-elle rigolé. Tu croyais que je bossais comme une folle pour m’acheter une grosse voiture ? Je pars ! A moi le monde !
Avance rapide sur la suite où je ne suis pas du tout à mon avantage. Et où elle finit par se vexer.
J’ai dit des choses assez moches sur le fait qu’on avait besoin d’elle et tout. Elle est restée d’abord aimable en disant qu’elle voulait bien aider à se trouver un remplaçant, le temps qu’elle prépare son expédition, qu’elle m’avait bien rapporté, mais que j’étais le propriétaire de tout ça, qu’elle n’était qu’une employée qui vivait en location… et puis elle s’est mise en colère quand celui qu’elle avait pris pour un ami au fil des années passées à bosser ensemble n’a pas su sortir de son discours d’employeur-exploiteur.
Bref. Le lendemain, quand je lui ai apporté une boîte de chocolats de deux kilos, le message n’était pas que je voulais que son foie pète, mais que j’avais conscience d’avoir été le roi des abrutis.

Trois mois.
Elle m’avait donné un préavis de trois mois. Ce qui était généreux.
Mais mon cœur s’est liquéfié.
Parce qu’elle avait pris toute la place dans ma vie. Quand je me réveillais le matin avec une nouvelle idée, elle était la première à qui j’en parlais. Parce que je regardais les films et séries avec elle. Parce que j’empruntais ses livres et lui filais tous ceux que j’avais aimés. Parce que j’avais d’abord déjeuné avec elle une fois par semaine, puis deux puis tous les jours.
Alors, tout en achetant les chocolats pour me faire pardonner parce qu’il n’y avait littéralement rien d’autre à faire que de m’excuser platement, j’ai réalisé que je ne voulais pas vivre sans elle. Oh, bien sûr, elle pouvait bien partir vivre des aventures, mais je voulais qu’elle rentre. Je voulais qu’elle revienne. Je voulais qu’elle… soit à moi.
Pensez ce que vous voulez, je sais que je n’ai aucune excuse, mais, ce jour-là, tandis que je lui achetais des chocolats, j’ai pensé que je voulais posséder un être humain, tout en entier, qu’elle soit tout à moi et rien qu’à moi, enchaînée à ma vie à regarder tous les films que je regardais.

Du coup, vous voyez venir ma chute.
J’aurais dû passer les trois mois en bon chef à préparer la relève car beaucoup de choses reposaient sur elle. J’aurais dû me montrer un ami prévenant pour qu’elle ait envie de garder le contact avec moi après son départ. J’aurais dû être généreux pour la remercier des années où elle avait bossé pour moi.
Je pense que Chloé dirait que j’ai été un bon petit enfoiré égoïste.
J’ai alterné cadeaux, menaces et chantages affectifs si bien que j’ai ruiné nos dernières semaines ensemble. Tu ne passes pas tes soirées et tes week-ends avec un patron abusif.
Fin de période. C’est un collègue qui l’a amenée à l’aéroport. Nous ne nous sommes pas dit au revoir.
Bravo, Jules, t’as été au top sur ce dossier : tu as écrit la pire fin à quatre ans d’amitié.

Je vous passe les détails de la période post-rupture.
La suivre sur les réseaux sociaux. Rencontrer plusieurs femmes de ma vie et finir par leur reprocher de ne pas être Nour. Disparaître du travail sans prévenir. Me faire engueuler par Chloé devenue jeune adulte, parfaitement consciente que son père déconne.
Et finir par vendre les deux entreprises que j’avais créées et aimées.
Me réveiller un matin sans projet parce qu’il faut désirer pour vivre et j’avais perdu tout désir.

Et puis est arrivé un soir de novembre. J’étais dans une phase très basse où je ne parlais quasi à personne, n’ayant même plus l’excuse du travail.
Ma fille est passée me chercher pour une expo. Comme elle était finalement ma seule raison de vivre, j’étais très obéissant, ce qui devait un peu alléger la peine que je lui faisais en m’enfonçant au fil du temps.
– C’est quoi comme expo ? ai-je demandé dans le tramway.
– Tu verras, a-t-elle répondu avec un grand sourire qui ne m’a rien laissé deviner.
Pour ma défense, cela faisait quelques mois que je ne stalkais plus Nour et j’ignorais donc qu’elle exposait dans notre ville. Et que le vernissage était ce soir-là. Du coup, ignorant, je ne me suis pas dégonflé. Ou, plutôt, une fois arrivé devant l’entrée pleine d’affiches, il était inutile de reculer.
A peine sommes-nous entrés que j’ai vu Chloé courir… et enlacer Nour : de vieilles amies, heureuses de se revoir. Ma fille n’avait jamais perdu contact avec celle qui avait été tant de fois sa copine de jeux et de sorties. Je ne respirais plus. Elles se sont parlé et puis Nour lui a présenté… son petit ami. Trop jeune, trop beau, trop souriant, mais sans aucun doute un petit ami à leur façon de se tenir, de se regarder.
Et puis elle m’a vu et elle est venue vers moi.
– Salut !
J’étais tellement mal à l’aise et honteux que je ne suis pas sûr que ma réponse ait franchi mes lèvres.
– C’est moi qui ai proposé à Chloé qu’elle vienne avec toi.
Du coup, j’ai osé la regarder en face, pas trop courageux, mais un peu moins honteux.
– Tu veux continuer à bouder ou tu m’offres un café un jour prochain ?
Je n’ai pas répondu immédiatement, mes yeux se sont gonflés et j’ai retenu toute émotion parce que c’est ainsi que se comporte un homme, puis j’ai enfin réussi à dire :
– Je n’ai pas ton numéro, je n’ai jamais changé le mien.
– OK, ce sera moi qui t’appelle. Décroche quand je me décide.

On est au mois de novembre. Je suis rentré sous la pluie, mais je m’en fous.
Elle a un petit ami largement plus jeune que moi et probablement bien plus amusant, mais je m’en fous.
Je suis sans emploi, de mauvaise compagnie, probablement trop égoïste et un poil aigri, mais je m’en fous.
Dans les prochains jours et même probablement semaines, je décrocherai à chaque appel d’un numéro inconnu.

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The King 2 Hearts (2012)

20 épisodes de 60+ minutes

Vu une première fois, j’avais bien l’intention d’un revisionnage à l’occasion. Netflix arrêtant sa diffusion le 22 février, l’obligation a créé le moment.

Dans un monde légèrement parallèle au nôtre, où la Corée du Sud est une royauté, Lui2, roi qui rêve de la paix entre Nord et Sud, oblige son frère, Lui1, a participé à un championnat d’officiers en faisant équipe avec des soldats du Nord.
Entre Lui1 (interprété par Lee Seung-gi) et Elle (Ha Ji-won), membre des Forces Spéciales du Nord, la relation est rapidement explosive et romantique, forcément.
Aussi, l’histoire démarre plutôt comme une comédie romantique entre deux personnages que tout oppose : Lui1 est un playboy qui ne veut surtout jamais être roi, Elle est une soldate à la fois rigoureuse professionnellement, mais midinette dès qu’il s’agit de sa vie privée.
Là, impossible de ne pas SPOILER…
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Rapidement, Lui2 est assassiné par le Big Evil Méchant et Lui1 se retrouve roi.
La comédie romantique laisse la place à l’action et nos deux héros vont affronter des situations de plus en plus extrêmes.
Et c’est vraiment là tout le charme de ce drama : l’action monte en intensité, les choix deviennent de plus en plus serrés, genre niveaux de jeu qui se corsent.
Pas de repos, un Méchant sorti tout droit de James Bond et une Corée dans le rôle de David contre Goliath (les USA, la Chine).

Mention spéciale à Jo Jeong-seok en officier timide et amoureux. So cute.

Juste très chouette.

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Descendants of the Sun (2016)

16 épisodes de 60 minutes

Lui1 et Lui2 sont militaires, dans les Forces spéciales, et sauvent le monde, les otages…
Lui2 est très épris d’Elle2, également militaire, médecine, mais, hélas, fille du Général qui ne veut pas de Lui2 comme gendre = un amour impossible.
Quand Lui1 croise par hasard Elle1, médecine aux urgences d’un hôpital, il a aussitôt le coup de foudre… et, comme il est charmant et drôle, peu de mal à la conquérir… mais, pour la garder, c’est une autre histoire : qui voudrait sortir avec un gars qui disparait en permanence, ne peut rien dire et pourrait ne jamais revenir ?
Pas d’intrigue principale, les héro·ïnes vont affronter plusieurs situations/catastrophes avec leurs équipes : équipe des Forces spéciales + équipe de médecin·es de l’hôpital.
Si les personnages sont archétypaux (brave soldat courageux, médecine dévouée…), iels n’en sont pas moins réussi·es et attachant·es : tout est soigné et ça se regarde en riant (de temps en temps) et en pleurant (beaucoup).
Du bon travail, simple et efficace.

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Man to Man (2017)

16 épisodes de 60+ minutes

Série vue deux fois.
Je commence par LE bémol : le jeu de Kim Min-jung (Elle1). Je ne me rappelle pas de sa prestation dans « My Fellow Citizens », je ne crois pas avoir eu l’occasion de la voir jouer d’autres rôles et ça ne marche juste pas, limite je trouve qu’elle gâche certaines scènes…

Lui1 est un espion, un vrai. Un gars pour qui l’amour est une tactique pour réussir une mission.
Elle1 et Lui2 se sont rencontré·es quand iels étaient tou·tes les deux dans une mauvaise passe et, par leur rencontre et leur entraide, iels sont désormais frère et sœur : Elle1 est la manager de Lui2 qui est devenu un acteur très connu.
Tout commence parce qu’Elle2, l’ancienne amour de Lui2 qui a épousé Lui3, le Méchant à la tête d’un conglomérat puissant, fait nommer Lui1 comme garde du corps de Lui2 pour une mission.
Lui1 séduit Elle1 parce que c’est son job et, forcément, il en tombe amoureux.

L’intrigue se tient et les personnages secondaires sont attachants, même les méchants.
Il y a de l’action, mais ça n’est jamais trop violent. Disons que c’est de l’espionnage feel good : tu as des rebondissements, mais rien de traumatisant, et l’idée qu’on peut retrouver une famille à chaque instant de notre vie en se faisant de nouveaux·lles ami·es. Elle1 n’a pas besoin de se marier ou de fonder une famille, le fait d’être amoureuse lui suffit.
Et puis le personnage de Lui1 est juste trop mignon, en mode « je suis un espion donc je ne peux absolument rien dire, mais j’ai des yeux de chat potté » 😉

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Masterclasse

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