Mais c’est quoi un remake pour toi ?

J’ai toujours cru qu’un remake utilisait le même scénario (ou à peu près) que l’original…
— Ben, c’est la définition !

Lorsque j’ai vu Go Ahead (cdrama) après avoir vu son remake coréen Family by Choice, je me suis dit… bon, hum… oui, mais non. Ça se ressemble beaucoup parce que ça utilise les mêmes personnages, mais je ne peux pas dire que ce soit le même scénario.

Mon doute s’est alourdi en me lançant dans Meteor Garden (cdrama de 2018) qui est le remake de Boys over Flowers (kdrama de 2009). J’avais lâché la version coréenne en cours de route, je ne suis pas certain de pourquoi, mais je détestais les persos. Je ne pense pas chroniquer la version chinoise car j’ai vu jusqu’au 35e épisode il y a plusieurs semaines maintenant et il y en a 49 en tout… 49 ??? donc ça sent le roussi, mais… j’aime bien les héros ou alors j’aime bien Dylan Wang et Shen Yue.

Ce soir, je fais une chronique de Love the Way You Are et je découvre avec stupeur que c’est le remake de Something in the rain. Je n’ai pas la mémoire suffisante pour comparer les scènes, mais je suis sûr que ça n’est pas la « même histoire », dans le sens que les expériences sont totalement différentes : Something est difficile, l’Héroïne est confrontée à des choses dures. Love the Way fait du bien, il y a quelques obstacles sur la route de nos amoureux, mais ils sont en sécurité d’une certaine façon parce qu’en confiance.

Du coup… je ne sais plus du tout ce qu’est un remake.
Si ça reprend un scénario juste pour… heu… le copier ? je dirais que je n’en vois pas l’intérêt, mais, si comme dans ces cas, il s’agit de revisiter des thèmes… je trouve ça carrément bienvenu.

Romance vs Romance et où je parle notamment des comédies romantiques de Noël

En ce moment, dans la liste des séries que je regarde, il y a Wonderland of Love et Rainkissed Fate1.
Ne vous fiez pas au titre de la première, qui m’est incompréhensible : perso, Wonderland et Love, je veux des licornes, d’immenses sucettes colorées, des peluches…
C’est l’histoire d’armées qui font la guerre parce qu’un traitre a assassiné l’empereur. Il y a une histoire d’amour entre les deux personnages principaux, oui, mais ce sont deux guerrier·es, avec des armures, des épées…
Quant à la seconde, je l’avais repérée dans les suggestions sur un réseau social. L’acteur principal (Dai Gao Zheng) semble bien habitué des scènes de baisers convaincantes 😉
Et puis, cette aprem, elle est apparue en page d’accueil de la plateforme Viki.

Le truc, c’est que les épisodes de Rainkissed Fate font… 10 minutes.
Même si tu n’étais pas trop curieux, a priori, un dimanche aprem, tu as forcément 10 minutes pour jeter un coup d’œil.
Et, d’ailleurs, moi qui suis un ardent défenseur des formes courtes, je dois dire que j’apprécie ce mode de narration.

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« Puissiez-vous vivre des temps intéressants »

— Le Monde va si mal. Je perds espoir. Je suis anxieux·se.

Je comprends. Je me sens concerné. Rien ne va plus et…
Est-ce que ça a déjà été bien ?
Est-ce que, depuis 1945 (par exemple), il n’y avait plus aucune guerre dans le monde ?
Est-ce que les gens, durant la Peste noire, avaient le moral ?
Est-ce que tout était OK en l’an 536 ?
Est-ce que, il y a 20 ou 30 ans, les pauvres étaient bien soignés ? Les handicapés bien intégrés dans la société ? Les enfants d’immigrés bien accueillis dans les écoles ?

Il y a quelques années, « on » nous a dit qu’il fallait éviter de tout confier à de grosses boites étasuniennes, mais il y avait un certain confort à utiliser leurs services.
On a délaissé nos blogs, on a migré vers Gmail parce que… ça fonctionne bien, en vrai, on ne peut pas le nier.
Et puis… bam !
En ce début 2025, ces boites auxquelles on avait trop fait confiance (alors qu’on savait depuis le début que ce n’était pas une bonne idée) ont arrêté leurs politiques inclusives et ont fait sauter les gardes-fous.

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Et si on sortait un peu des « familles » et autres « bandes de potes » ?

Le monde du jeu de rôle français est un tout petit milieu donc, quand deux personnes s’engueulent, ça devient vite l’histoire du moment.
En juillet 2022, j’avais parlé d’un buzz (très relatif) autour de JdR Mag1.
A ce moment-là, je ne m’étais pas étendue sur la défense du magazine car ça ne me semblait pas un élément pertinent. ‘fin, je veux dire « la nature de la défense ».
Je n’avais retenu que l’idée principale : l’absence de ligne éditoriale (ce qui est un comble pour une revue).

Cette semaine, un Youtubeur a pris le parti de chroniquer un jeu de rôle en financement participatif réalisé avec des IA génératives2.
Des critiques sont arrivées : décider de parler d’un tel jeu, même sans en dire du bien, est un choix éditorial / politique qui lui donne de la visibilité.

Le Youtubeur a fermé3 sa chaine avec une vidéo où il dit que…
En vrai, je ne peux pas résumer son contenu, bourré de red flags AMHA, parce que je ne pourrais être qu’acide / cinglante.

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Et l’après-réseaux-sociaux débuta avec 2025…

Meta (Facebook / Instagram) a annoncé la dérégulation de ses contenus. Je vous la fais en très bref car ce blog n’a jamais eu vocation à couvrir l’actualité et il y a des tas d’articles et de relais qui en parleront mieux que moi.

Je ne sais pas si cette info (la dérégulation) est un séisme / une surprise ou si c’était juste quelque chose dont on savait bien, au final, que ça allait nous tomber dessus. Perso, en tout cas, je ne suis pas tombé de ma chaise. Les réseaux sociaux, c’est compliqué, on le sait, j’ai même fait une étiquette dédiée ici

Bref, avec l’annonce de cette dérégulation, plein de questions se posent, forcément, dont les plus simples sont « rester » (pour ne pas lâcher la place) ou « partir » (parce que l’endroit n’est plus fréquentable). A ce stade, je n’ai pas de réponse. Et je suis OK avec ça.

Ce week-end, il s’est passé une migration massive vers Bluesky : des tas de gens qui n’y étaient pas encore s’y sont inscrits (moi compris).
C’était assez curieux car j’avais chopé la gastro (allégorie ?) et j’étais dans cet état comateux que vous devez connaitre aussi : mes pensées étaient dans du coton, j’ai beaucoup dormi, je n’ai regardé que des épisodes d’une série déjà vue…
Je contemplais cette migration un peu détaché et, ce midi, un peu moins dans le coton, je lis le billet de Lionel Davoust sur le sujet : « Les femmes sont la propriété de leur époux », pourra-t-on dorénavant lire tranquille sur Facebook.

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Mon top des dramas 2024

Récemment, un ami me disait que, s’il ne se souvenait pas d’une œuvre qu’il avait vue/lue, il considérait qu’il n’avait pas dû l’aimer (assez).
Ce n’est pas mon cas.

Je n’aime pas l’exercice qui consiste à dire son film / livre / whatever préféré parce que, déjà, je n’aime pas l’idée de « préféré » : préféré en fonction de quoi ?
Si j’ai envie de rire ? de pleurer ? d’être émue ?

Quand j’ai divorcé (il y a 20 ans — 20 ans ???), j’ai eu une période forcément un peu triste (pléonasme) et je me souviens qu’une des séries qui m’a aidée à passer ce cap (i.e. se plonger dans une histoire pour souffler) est Buffy contre les vampires.
J’ai donc à cette série un fort attachement émotionnel, mais serait-ce ma série préférée ? Pas forcément et/ou pas aujourd’hui…

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Les kdramas et l’absence de rôles genrés

J’en ai parlé dans un billet de mars 2020. J’ai découvert les kdramas (séries coréennes) via Netflix puis, plus tard, les cdramas (séries chinoises) avec Viki, abonnement pris en recherchant des séries vantées sur les réseaux sociaux, mais non présentes sur la 1ère plateforme. (Et je me suis aperçu récemment qu’Amazon avait quelques séries que les deux premières n’ont pas1.)

En tant qu’amateur d’imaginaire, je suis séduit par la fantasy et le fantastique de ces deux pays. Je l’ai évoqué dans différents billets sur ce blog et je pense que je pourrais facilement en parler pendant des heures. En découvrant (en premier) le fantastique coréen, j’ai eu le sentiment de rentrer chez moi, je ne peux pas le décrire autrement. Les fantômes, les réincarnations, les voyages dans le temps… Tout m’a semblé familier et naturel et le fantastique que j’avais consommé jusqu’alors (étasunien ? anglais ? français ?) m’a semblé pauvre et triste. Mais, côté fantasy, il y a une élégance qu’on ne va pas trouver côté occidental. Si une partie de notre fantasy va s’inspirer d’un temps imaginé rude (barbare ?), la Corée et la Chine vont invoquer des époques remplies de soies et de lettré·es. (Je ne sais vraiment pas comment mieux le décrire, sinon que le guerrier chinois, mettons, sait écrire et soigne ses longs cheveux, quoi.)

En bonus, leur mythologie me fait plus rêver que la nôtre. Je ne veux pas nier l’aspect nouveauté, mais, depuis mon enfance, je n’ai jamais eu d’appétence pour la mythologie gréco-romaine. J’ai évoqué que A Korean Odyssey était une réinterprétation de la Pérégrination vers l’Ouest, mais, par exemple, l’un des personnes principaux de Lost You Forever est la réécriture du serpent venimeux Xiangliu issu du Classique des montagnes et des mers.

Ce rapport à l’imaginaire, il peut m’être un peu personnel, mais, plus largement, je pense que ces dramas séduisent un public féminin nombreux à travers le monde car… le male gaze y est absent… ou réduit ?

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I speak English not very well if I want!

Il y a des gens pour penser que, si on travaille assez, si on fait les efforts nécessaires… on peut forcément tout réussir. Je ne crois pas. Je trouve cette idée validiste et dangereuse.

Validiste car elle pose l’idée que nous sommes tou·tes exactement pareil·les, avec les mêmes « outils » dans notre corps. Dangereuse1 parce qu’elle entraine des parents, de bonne foi, à harceler leurs mômes, persuadés qu’ils « pourraient s’ils voulaient ».

Ce qui est problématique, ce n’est pas d’accepter que nous sommes différent·es et que certain·es d’entre nous ne peuvent pas faire certaines choses, mais d’attribuer de la valeur aux gens en fonction de ce qu’ils sauraient faire.

Depuis tout petit, je suis doué en grammaire et en orthographe. Françaises. Même à l’école primaire, dans mes cahiers, il était dit que j’écrivais « bien ». Bien sûr que le fait que ça me soit facile a entrainé que j’ai continué à beaucoup écrire (même de simples billets de blog ou des statuts bébêtes sur les réseaux), mais j’en avais aussi « besoin » car je suis plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral pour parler de certains sujets, notamment dans l’intimité.

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Obsolescence programmée ou quelle voix pour ta SF ?

Lorsque la revue Bifrost (publiée par le Bélial) est née, y’a beaucoup d’années, j’étais ravie : oh, une revue SF en librairie ! On était en 1996, Internet démarrait à peine, on ne pensait pas encore à des sites d’actu en ligne ou à des blogs…
Je vais même ajouter que, à cette époque, j’étais une jeune femme. Optimiste1. Je pensais que les salaires des femmes et des hommes étaient équivalents et des tas de trucs du même genre.

Et puis il a bien fallu ouvrir les yeux. Si Bifrost était une des rares revues de SF, c’était aussi un boys’ club qui s’imaginait les rois de la montagne. Ce tournant, je le place en 2011.
Pourquoi 2011 ? Parce que c’est cette année-là qu’ils ont publié un torchon sous prétexte de décerner leurs Razzies annuels.
— Ah ah, c’est de l’humour, tu comprends rien !
Je ne me souviens pas de ce que j’en ai dit à l’époque car j’ai perdu pas mal de billets au cours de mes déménagements (webesques) successifs, mais Lucie Chenu a écrit sur le sujet et me mentionne : Razzies 2011 : quand la mauvaise foi se confond avec la diffamation. (Oui, le titre est un bon résumé.)

Au fil du temps, j’ai donc fait plus attention à leurs agressions, qui visaient sans surprise principalement les autrices.
Il y a un an, à l’occasion de son numéro sur Octavia E. Butler, la revue se parait d’une couverture… raciste.
— Pourquoi tu dis que c’est raciste ?
Franchement, je ne suis ni ta mère ni ta prof. Si tu ne vois pas le racisme de l’illustration, je ne peux rien pour toi.

Un an plus tard, same player, same game : couverture sexiste pour Anne Rice.
Luce Basseterre en a parlé sur Facebook et plusieurs autrices se sont jointes à ses remarques.
Prise de conscience de la rédaction ?
Malgré leurs grandes déclarations d’intention qu’ils ont changé, qu’ils sont plus ouverts, que… c’était peu probable qu’ils soient sortis du 20e siècle s’ils étaient OK avec leur racisme en 2022.
Bref, on a eu droit à tous les ouin ouin habituels des mascus dans ce genre de cas.
Et, comme une couverture sexiste ne serait pas complète sans son édito qui craint, le challenge a été relevé.
— Hein ? Quoi ?

ActuSF a annoncé sa liquidation en septembre et j’en ai notamment parlé dans un billet.
On peut très bien penser qu’ils n’ont pas été les meilleurs gestionnaires du monde, ça arrive, ce n’est pas un crime, toujours est-il qu’ils avaient une ouverture que le Bélial n’a pas.
Parce que, bon, le catalogue du Bélial n’est pas super lisible en ligne donc des pépites peuvent se cacher dans les trous de la Toile, mais, majoritairement, leur catalogue, c’est des mecs, des anglosaxons, des noms connus. Je ne dis pas qu’il ne faut pas les publier, mais ce n’est clairement pas l’éditeur qui prend des risques et œuvre pour la SF française2.
Et donc, dans son éditorial, au lieu de se taire, par respect pour le collègue qui a mis la clé sous la porte ou de dire un ou deux mots polis, Olivier Girard, le rédac’chef de Bifrost et éditeur du Bélial, se fout de la gueule de celui qui a osé, de celui qui a ouvert son catalogue.

Alors, en réalité, il a le droit, hein.
Quand tu es toujours debout et que l’autre est à terre, tu peux choisir de te moquer.
D’ailleurs, tu as raison, ça prouve que tes choix sont les bons puisque tu es toujours là.
Ouais… En même temps, quand tu es toujours debout parce que tu ne prends pas de risques, parce que tu restes au siècle précédent, tout en distillant ton venin sur les autres, les femmes et tous ceux qui ne sont pas tes potes, t’es toujours debout, mais ça n’a aucun intérêt pour la majorité qui n’est pas avec toi.

Maintenant, je vais reprendre ce que j’ai dit dans mon billet de septembre : une revue-papier en 2023, ça a du sens ?
Il y a quelques jours, je parlais du prix du livre et autres considérations et Matthias Wiesmann a rebondi avec un billet où il évoque notamment la dinguerie du papier : on produit du papier pour des produits jetables qui encombrent plus qu’ils ne sont lus.

— Ouais, mais Bifrost est une des rares revues de genre et c’est trop cool et ils ont des critiques et…
— Réveille-toi !
Il y a plein de sites consacrés à l’actu SFFF et des blogs.
— Oui, mais les critiques de Bifrost, elles sont meilleures parce que…
— Bien sûr que non. Il y a de bons chroniqueurs chez Bifrost et des mauvais, comme c’est exactement le cas sur tous les autres sites en ligne et chez les blogueur·ses.
Sauf que si tu n’explores pas ces sites, tu n’en parles pas… tu étouffes l’info et la diffusion.

Alors tu as le droit, hein, d’avoir ton aberration écologique à toi, on a tous de mauvaises pratiques à se reprocher, tu as le droit de te reconnaitre dans une ligne éditoriale tenue par des boomers qui ne sont pas capables d’ouvrir les yeux sur leur racisme/sexisme… mais, si l’on veut promouvoir la SF en France, si l’on veut promouvoir nos auteurices, si l’on veut briller un peu… ils ne seront pas dans la danse.
Et le site d’ActuSF est sans doute bien plus utile que Bifrost.

— Mais, du coup, là, ton billet, c’est plus un coup de gueule qu’une info ! J’ai rien appris !
— Ouais… Voilà, c’était samedi soir, moi aussi, je peux avoir des humeurs.

Parce que, tu vois, dans mon précédent billet, j’évoquais le sujet du livre de genre en France et il faut être très réaliste. Il y a peu d’éditeurices SFFF et, pour être pérennes, chacun·e d’elleux ne doit pas publier plus de 25/30 titres par an. Si tu ôtes quelques classiques, des valeurs sures pour faire un peu d’argent, un peu d’auteurices internationales parce que le français ne cause pas super bien anglais, il n’y a quasi aucune place pour de nouvelles plumes et, rapidement, tu vois que les « nouvelles » plumes, ce sont deux/trois personnes qui vont rester « nouvelles » quelques années.
Je ne blâme personne : y’a pas le choix. Dans le système actuel, du livre, capitaliste, on ne peut pas faire mieux.
En parallèle, on a peu de festivals de genre et un public qui ne se renouvelle pas forcément.
— Ouais, t’exagères, on a les Utopiales et…
Vraiment ? UN gros festival à l’échelle d’un pays comme la France, ça suffit ?
Pendant ce temps-là, de grosses conventions geeks représentent l’imaginaire en France : jeux vidéo, mangas, Cosplay…

Alors, on a tous le droit d’être le vieil oncle raciste de Noël, hein…
Le souci, c’est que, pendant qu’on se satisfait de l’obsolescence, on est absent de la réalité.

  1. Tu veux dire naïve… ↩︎
  2. Sérieux, si tu me sors un ou deux titres d’une nana débutante en me disant que, si, ils font le taf, je ne vais pas te suivre ! ↩︎

Où j’évoque la fermeture d’ActuSF et reparle de JdR Mag

Côté imaginaire, l’actualité de cette semaine, c’est d’abord la fermeture d’ActuSF, mais, également, d’une certaine façon, le lancement d’un financement participatif pour « sauver » JdR Mag. Si j’écris « d’une certaine façon », c’est qu’il est impossible de mettre ces deux news sur un pied d’égalité : la première est importante, je vais parler de la seconde car cela m’inspire quelques réflexions, mais, en vrai, ça n’est pas significatif.

Lundi, ActuSF a annoncé sa liquidation judiciaire sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. ActuSF, c’était (sensation étrange que d’écrire au passé) à la fois une maison d’édition et un site d’actualités. Jérôme Vincent, son directeur, a communiqué qu’il espérait un repreneur pour la maison d’édition, mais que le site allait continuer quelques mois en essayant de devenir pérenne.

J’ai toujours eu de la sympathie pour l’aventure d’ActuSF car je me sentais proche de ce qu’ils avaient fait : un fanzine puis un site web puis de la micro-édition puis… En gros, des gens de mon âge ayant le même genre d’appétence. Avec des valeurs communes d’inclusivité, de promotion de la nouvelle, de jeunes auteurices, la présence en conventions, etc. (Et en réussi puisqu’iels ont pu maintenir ces activités de façon professionnelle sur plusieurs années.)

Mais, aussi, ActuSF était le principal site d’actualités du genre/milieu et sa disparition (peut-être encore évitable) ne serait donc pas anodine.
J’avais mentionné le fait qu’ils avaient couvert l’éviction de Stéphanie Nicot des Imaginales l’été 2022 quand tant d’autres se taisaient bruyamment.

Je n’ai écouté qu’aujourd’hui l’interview que Jérôme Vincent a donné à C’est plus que de la SF.
Jérôme évoque pas mal de points intéressants (forcément), mais je voudrais appuyer sur l’un d’entre eux.
Il parle de la chaine du livre, du problème économique que posent les retours. Il mentionne la stagnation du marché : le nombre de livres vendus n’a pas augmenté, mais le nombre de titres si. Là où, dans les années 1980, on pouvait imaginer vendre, disons, 50.000 exemplaires d’un titre, on est aujourd’hui heureux si on atteint les 1.000.
Je sais que j’en ai parlé plusieurs fois, je ne sais plus si c’est ici (je ne retrouve pas) ou sur les réseaux.
Je le disais il y a plus de 20 ans, je le répète juste avec plus d’assurance aujourd’hui : la chaine du livre ne marche pas, ne marchait pas et ne peut qu’échouer.
On ne peut pas continuer à s’agiter dans ce modèle. Ca a peut-être encore du sens pour de grosses boites établies, mais ça n’en a pas pour un nouvel ou un petit acteur.

Dans ce même billet de l’été 2022 où je vous parlais des Imaginales, j’évoquais JdR Mag. Ils avaient publié un billet d’humeur catastrophique (mais pas que, ce n’était pas un « cas isolé ») et la suite a montré une gestion catastrophique de la com par le rédacteur en chef qui (sans surprise) a attiré la sympathie des mascus rôlistes.

Jeudi, dans un groupe FB très peu favorable aux courants réac et mascus, JdR Mag a partagé son appel au financement participatif pour… sauver leur magazine, n’hésitant pas à parler de « participer à l’histoire du JdR français ».
Bon, alors… heu…
Plusieurs commentaires sont donc venus leur rappeler que, après l’incident de l’été 2022, il valait mieux, en fait, que leur aventure s’arrête et que l’histoire rôliste ne s’en embarrasse plus.
J’ai pu constater que la com (ligne de défense ?) catastrophique du rédacteur en chef n’avait pas changé d’un pouce en plus d’un an, hélas, mais, après avoir écouté Jérôme Vincent, sur un sujet bien plus intéressant, j’ai envie de m’étendre un peu plus.

L’année dernière, donc, face au constat que l’un des rares magazines de JdR était tout bonnement réac, plusieurs personnes se sont dits qu’il était nécessaire d’avoir d’autres médias.
A ce jour, à ma connaissance, aucun projet n’a émergé hormis le très sympathique, mais très spécifique, Rolis Mag.
A ce moment-là, personnellement, ma pensée a été : oui, il faut des médias sur les sujets que l’on veut promouvoir, mais le format papier ne peut pas être la réponse.
Et donc, en écoutant Jérôme Vincent nous parler de la place du livre, de sa « toute petite place », je veux revenir sur ce point : s’il y a si peu de place pour le livre, qui est malgré tout pérenne (tu peux le relire, le prêter, le revendre…), comment peut-on croire qu’il y a une place pour du magazine-papier ?
Même si j’excluais mon antipathie pour JdR Mag qui est à l’opposé des valeurs que je défends, à quel moment pourrais-je saluer et cautionner l’idée de produire du papier pour de l’actualité, papier qui va circuler sur les routes ?

Voilà, comme je le disais en intro à ce billet, deux news sur deux fermetures (l’une actée, l’autre menaçante) à la fois non comparables, mais qui donnent des éclairages particuliers sur notre rapport au papier, aux livres, aux médias…

C’est compliqué…

Notre rapport aux réseaux sociaux est compliqué. Sous plusieurs aspects dont certains que j’évoquais en 2015.

Ils nous permettent tout à la fois de rester en contact, d’accéder plus vite/facilement à certaines infos… mais, en même temps, ils ne sont pas anodins car ils ne sont pas « bruts ». Ils sont conçus pour rentabiliser notre temps d’écran.

A ceux qui ne verraient pas l’aspect informatif de ces outils, je leur demanderais simplement comment, en dehors de l’info « grand public » diffusée par les médias « traditionnels », ils peuvent s’informer sur les petits festivals, la tournée d’une écrivaine ou les pensées de leur illustrateur favori ?

Je me sens peut-être prisonnière à tort de leurs fonctionnalités, mais, sincèrement, sans eux, je ne vois pas comment/par quel biais un évènement comme Nice Fictions toucherait les gens.
Donc, ne serait-ce que pour lui (elle ? Nice Fictions est-il ou est-elle ?), je prends le temps de me sentir à l’aise avec chaque plateforme (mais je dois avouer ici que je n’ai toujours pas mis les pieds sur TikTok).

Malgré tous les défauts qu’on lui trouve, Facebook reste à mes yeux le plus pratique/fonctionnel : tu peux aussi bien y partager une image qu’une vidéo, un très long texte (tu n’y es pas limitée en taille contrairement aux autres)…
On peut y bloquer une personne agressive, on peut s’abonner à des pages…

Instagram, a priori incontournable car les « jeunes » y sont contrairement aux « vieux » restés sur FB, reste à mes yeux un mystère, mais j’en causais déjà cet été.

Linkedin…
Ouah… Un mélange improbable entre des gens à la recherche d’un emploi, sérieux, concentrés… et tout un tas de coachs et de managers venus expliquer la vie, combien ils sont formidables et ont tout compris.
Je l’ai longtemps fui, même si j’y avais un compte, mais, dernièrement, j’ai dû admettre que mon employeur y avait + de 100.000 abonnés contre, par exemple, moitié moins sur FB ou seulement 14.000 sur Twitter. Et que, du coup, il y avait un public…

Quant à Twitter, si je le trouvais particulièrement anxiogène si on y débarquait « sans préparation », son sort a été pas mal bouleversé ces jours-ci après son rachat par Elon Musk.
En lisant ce matin un article du Courrier international, notre équipe a pris une décision évidente : étant donné les valeurs militantes de Nice Fictions, nous ne pouvons continuer notre communication sur un réseau dont les objectifs se sont nettement assombris et qui a viré brutalement la moitié de ses effectifs, ce qui est simplement immonde.
Cependant, si vous êtes dans la team cynique/désabusée, cela signifie également qu’il n’y a plus personne pour manœuvrer. Qui resterait à bord du Titanic au moment où il touche l’iceberg ?

Anecdote amusante ou ironique (?) à ce propos, et qui montre bien le souci intrinsèque à la plateforme, c’est que, peu de temps après que nous ayons mis un message sur notre profil pour annoncer notre départ, un random guy poppe pour demander « 219 abonnés pourquoi l’annoncer ? »
Il doit y avoir une logique (non) pour lui à venir commenter sur un profil qu’il ne suit pas pour se plaindre, mais… que nous ayons 2 abonnés ou 10.000, on doit changer notre com’ ? 219 abonnés n’ont pas le droit de savoir qu’ils ne nous verront plus ici car ils ne sont que 219 ?
Et… puisque son tweet est sous la forme interrogative, s’imagine-t-il réellement qu’on va lui répondre ?
Bref…

Ce n’est pas le point qui m’intéresse dans ce billet.
A côté du médiatique rachat de Twitter, il y a eu deux autres moments qui m’ont interpellée.

Un peu de contexte en préambule :
La question des réseaux sociaux, des outils, des plateformes… est une question qui tourne en tâche de fond dans ma tête.
Par exemple, c’est notamment pour cela que mon blog a quitté Blogger, qui fonctionnait tout à fait honnêtement, et que j’ai acheté mon propre hébergement / ma propre url.
Ca ne m’est pas pratique car je n’ai pas le sens esthétique pour le rendre agréable à l’œil comme je le voudrais, je dois attendre de l’aide d’un Lui encore trop occupé par nos autres sites… mais je tenais à être « chez moi ».

Je suivais (j’écris au passé puisqu’ils sont partis) deux auteurs sur FB : Henri Loevenbruck (polars) et Matthieu Bé (jeu de rôle).

Cette semaine, HL a annoncé sa découverte de Mastodon, réseau social open-source, et il a invité un maximum de gens à le suivre, annonçant son départ des autres RS pour appuyer son déménagement.

Cette même semaine, MB a posté : « J’éprouve aujourd’hui un besoin brûlant et urgent de reprendre le contrôle sur les contenus que je partage sur le web.
Et cela va de paire avec une déconnexion des RS que j’utilise, comme FB et Twitter, pour revenir à des moyens plus simples. »

Je comprends leurs deux démarches.
Je me suis créé un compte sur Mastodon, of course.
Quand à ce que dit Matthieu, je le ressens aussi.
Comment le décrire ?

Quand je publie un statut un peu long sur FB, j’ai tout de suite des interactions. Je suis lue, je suis commentée.
J’avais notamment fait le test avec ma nouvelle : Tout a bien commencé parce que j’ai cru qu’elle était lesbienne.
Mentalement, si tu penses « je vais lire une nouvelle », tu dois te mettre en condition, tu t’accordes une pause, tu dois t’installer… donc tu vas peut-être repousser ce moment, être happée par d’autres obligations.
Ce texte se prête bien à une diffusion sur un fil de RS : tu scrolles, tu commences à lire car cela ressemble à un statut « comme les autres » et, avant que tu ne réalises, hop, tu l’as lue en entier !
En tant qu’écrivaines, auteurs… on aime être lues, tout simplement.

Mais, lorsqu’un contenu est disponible sur le blog, dans sa rubrique, il est posé « pour longtemps ».
On peut facilement revenir dessus, partager son url, le modifier, y ajouter une illustration… alors que les réseaux, par leur usage même, noient les contenus anciens.
Du coup, il m’arrive, quand je nettoie mon fil d’actualité, de copier/coller ici un contenu avant de l’effacer là-bas.

Dans cette démarche de me réapproprier mon environnement, je me suis donc défait de mon Linktree car je peux très bien partager quels liens clés en page d’accueil de ce site.
L’outil WordPress se prête bien à ce que ce qui n’était qu’un blog devienne un site avec une sous-partie blog.

Puis tout n’est qu’un immense test après tout…

Découvrir des talents ?

Prenons un groupe donné de personnes qui ont du talent pour un art quelconque.
Disons que l’on a retiré de ce groupe toutes les personnes médiocres et que l’on n’a gardé que celles et ceux qui ont « vraiment quelque chose ».
De ce groupe, au final, combien le public va-t-il découvrir d’artistes ?
Combien vont percer et seront (re)connues et combien resteront à jamais anonymes ?

Nous le savons, mais nous en parlons peu.
Il y aura un très petit nombre d’élus. Parce que c’est ainsi, il n’y a tout simplement pas la place pour tous les artistes talentueux. Parce que le temps de lecture ne peut excéder 24 heures/jour, parce que les étals des librairies se comptent en mètres linéaires finis, parce qu’une plateforme peut mettre en avant des top 10, 50… mais pas 1.000.

On nous désigne certaines personnes comme des découvreuses de talents.
Si tu es désignée par elle, tu seras l’artiste de demain, c’est certain.

Heu ? Il n’y a rien qui vous tracasse dans cette idée ?
Quand on sait que, littéralement, il y a trop d’artistes (et c’est tant mieux qu’il y ait plein d’humains qui s’éclatent à créer), vous pensez vraiment qu’on peut « découvrir » des talents, telles des pépites d’or cachées, alors qu’on vit dans une réalité où, plutôt, on ne pourra jamais découvrir tous les talents ?

Quand on vous parle d’un découvreur de talents, on vous parle en réalité d’une personne dont l’influence, la notoriété… sont assez fortes pour que l’artiste qu’iel désigne soit entendu/vu.
Personne ne découvre de talents, un talent est reconnu parce qu’il aura été mis en avant par des personnes assez puissantes pour le propulser.

Cette idée me tracasse depuis quelques temps car j’en vois les effets dans les milieux que je fréquente.
Au lieu de saluer la chance qu’Untel aura eu de se faire connaître, on en décrète un peu trop vite que son talent est exceptionnel. Et l’on nous vend exceptions après exceptions comme si l’exceptionnel était un phénomène qui peut durer le temps d’une saison avant d’être remplacé par un exceptionnel plus vendeur encore.

Du coup, chacun va se battre et s’épuiser pour atteindre cet exceptionnel qui… n’existe juste pas.
Il y a énormément de talents à découvrir et nous n’avons pas à tous aimer la même chose, il y en a pour toutes et tous.

C’est d’ailleurs ce que je crois observer dans le monde du jeu de rôle.
Le jeu de rôle est un petit secteur en terme de marché. Les plus grosses boites françaises restent à taille humaine et un micro-éditeur peut sortir un produit qui sera remarqué.
Parce que les enjeux économiques sont relativement faibles, lae joueuse/lecteur/consommateur final a encore largement de l’influence.
Et, du coup, il y a un large choix et des talents nouveaux qui émergent régulièrement.
Qui ne gagneront pas leur vie avec leur travail artistique, mais qui auront le plaisir de faire ce qu’iels aiment et d’en recevoir une reconnaissante méritée s’iels bossent sérieusement.
Parfois, cela me réjouit et, parfois… cela me frustre quand j’observe le grand public s’extasier, par exemple, devant des réalisations graphiques bien moins satisfaisantes que ce que l’on peut trouver facilement dans le milieu rôliste.
Mais, au final, cela me fait du bien de côtoyer ce milieu qui permet de respirer…