Où je parle des Imaginales, mais aussi de JdR Mag et d’autres trucs

Ce billet va probablement être un peu long, mais j’ai plein de choses à vous dire…

J’ai grandi à Angoulême. Ce détail a de l’importance : enfante, j’étais persuadée qu’un festival international sur un thème populaire (la bande dessinée) était quelque chose de banal/normal. Et j’avoue que je n’ai jamais trop remis cette idée en cause.

En 1990, j’avais 17 ans et j’ai lancé un fanzine consacré aux jeux de rôle et à l’imaginaire : la Tribune des Vagabonds du Rêve. A cette époque, dans le milieu rôliste (mais pas que), il y avait beaucoup de fanzines. J’ai rapidement été contactée par d’autres fanéditeurices qui me proposaient qu’on fasse connaissance, qu’on échange, qu’on s’entraide. Ne me demandez pas pourquoi (parce que je n’en sais rien), mais mon réflexe a été : fédération. Je leur ai proposé que nous nous regroupions en une fédération de fanzines pour rendre visible cette entraide, pour communiquer davantage. Je l’ai appelé UTOPIA.
Comme nous y avions de la famille, nous allions quelques fois en vacances à Toulon et j’y avais repéré une grosse convention de jeux de rôle (la plus grosse à l’époque ?) : le France Sud Open (FSO). Mais, encore mineure, assez timide, je n’avais pas osé y aller. Puis, finalement, notre famille a quitté la Charente pour le Var et, devenue majeure, je me suis pointée à une petite convention de quartier, en me présentant comme représentante d’UTOPIA. Et, là, François Toucas, le président du FSO, me rencontre et me demande si UTOPIA veut participer à la grande convention de jeux.
Oui, forcément oui.
Je me souviens de notre premier stand, immense dans le contexte, couvert de fanzines venus de Belgique, de Suisse… et des fanéditeurices suisses, d’ailleurs, venu·es pour l’occasion.

A mes yeux (naïfs), une telle convention, aussi importante, avait une légitimité qui ne pouvait être remise en cause.
En 1995, les habitants de Toulon ont élu un maire FN. Le FSO a eu une dernière édition sur La Garde, mais la fin de la partie avait sonné.
Or doncques une convention/un festival, ça avait besoin d’un lieu pour exister, un lieu qui peut accueillir beaucoup de gens d’un coup et celui qui possède le lieu a pouvoir de vie et de mort sur l’évènement.
A mes camarades d’infortune organisateurices, alors que nous discutions de la suite (car le coup était affreusement douloureux), j’ai glissé le mot « fédération ». Et s’il existait une Fédération Française de Jeu de Rôle (FFJdR) qui naitrait des contacts et de l’énergie que nous avions rassemblées ?
Créée en 1996.
Un bénévole nous rejoint. Il s’appelle Jérôme Gayol, il habite le département d’à côté (les Alpes-Maritimes). Il arrive trop tard pour connaître le FSO et il en est frustré. (Aujourd’hui, il est le vice-président de Nice Fictions et des Vagabonds du Rêve.)
Alors je lui dis : « Et si on contactait le Festival International des Jeux (FIJ), à Cannes, et qu’on leur proposait d’œuvrer sur le JdR ? »
On a rencontré l’organisateur du tournoi de JdR qui voulait passer la main et… quelques années plus tard, Jérôme a dit aux associations locales : « Et si on se fédérait ? »
Le Groupement Azuréen des Associations Ludiques (GRAAL) est né.

Aux Imaginales 2013, je discute avec Ian Larue et on se dit : « Il n’existe pas de festival d’imaginaire de la nouvelle. Et, d’ailleurs, il n’y a pas tellement d’évènements d’imaginaire sur la Côte d’Azur. Si on en faisait un ? »
Puis je discute avec une autre amie et elle m’explique que l’université a cette possibilité légitime d’accueillir des évènements culturels et, d’ailleurs, le campus Saint-Jean-d’Angély, à Nice, reçoit des colloques, des séminaires…
J’avais été orga au FIJ 1998. Ensuite, la vie de maman de jeunes enfant·es puis maman solo m’avait éloigné de pas mal d’activités et je n’y venais plus qu’en tant que visiteuse et joueuse.
Me voilà donc au FIJ 2014, simple joueuse, et je recroise Jérôme qui, pendant ce temps, a tenu une boutique de JdR, a continué dans l’évènementiel et a appris des tas de choses.
Alors je lui dis : « Tu aimerais que mon festival de nouvelles ait un pôle Jeux ? »
A l’été 2014, Nice Fictions est né, avec Ian Larue, forcément, mais aussi, par exemple, avec Olivier ‘Akae’ Sanfilippo qui était dans l’orga du FIJ aux côtés de Jérôme ou avec Ugo Bellagamba (nous avions sympathisé entre « auteurices d’imaginaire niçois »).

Au printemps 2021, l’affaire Marsan est sortie. Même si « tout le monde savait », je pense que le voir écrit/détaillé/expliqué, ça fait un choc. Je faisais partie des gens « qui savaient un peu ». Je savais qu’il avait eu des comportements inappropriés, mais j’appartiens à une génération où les femmes étaient éduquées à penser que c’était normal qu’on abuse d’elles et, au fond, je me disais que cela devait être… limité ? C’est une erreur que, je pense, nous sommes nombreuses à avoir commise : nous ne percevions pas le côté systémique des agresseurs sexuels. Ils ne « dérapent pas quelques fois », c’est leur façon de vivre leur rapport aux femmes.
Au sein de Nice Fictions, je suis président·e : cela signifie que je peux dire ce que je veux, quand je veux, sans que personne ne vienne me le reprocher.
Alors il m’a été facile de dire que Nice Fictions condamnait ce genre de comportements, que nous avions mis en place une charte pour garantir un espace safe.
Mais, tandis que cette affaire bouleversait le monde de l’imaginaire, le silence de certains a été… bruyant ?
Oh, évidemment, que les ermites ne parlent pas, c’est logique, mais que des acteurs connus pour être diserts, des journalistes qui disent couvrir le domaine… ne parlent pas de quelque chose d’autre important, comment l’expliquer sinon par leur soutien affiché à un agresseur ?
A côté de ces silences complices, il y a eu les silences… de peur. Il y a eu des gens qui n’ont pas pu parler parce qu’iels ne le pouvaient pas.
Maintenant que c’est dit publiquement, nul besoin de le taire : dans l’interview que Stéphanie Nicot a donné aujourd’hui dans ActuSF (et je reviens dessus un peu plus bas dans ce billet), elle écrit : « Face au silence assourdissant de la Ville, j’ai écrit un post sur mon compte Facebook pour soutenir les victimes, d’abord par conviction personnelle, et ensuite pour exprimer les valeurs du festival. J’ai alors reçu un appel téléphonique d’une élue me parlant de « devoir de réserve », histoire de me museler, alors que je ne suis pas fonctionnaire de la Ville… »
Aussi certains se sont tus par complaisance, mais d’autres parce qu’iels étaient muselé·es.
J’ai donc posté sans réserve ici ou là en me disant que le peu que mes paroles portent, ce serait toujours ça de pris pour celles et ceux qui ne pouvaient pas.
Bien sûr, quelques supports comme ActuSF se sont fait le relais de l’info, mais j’ai été frappée par le peu de médias de notre milieu. En comptant ceux qui ont longtemps baigné dans le patriarcat (mais qui changent et c’est tant mieux), il restait bien peu d’endroits pour porter les paroles, toutes les paroles.
Aussi, à l’été, nous avons (re)lancé la Tribune des Vagabonds du Rêve, une webrevue consacrée à l’imaginaire, en nous disant qu’il n’y avait jamais trop de +1 en support ouvert et inclusif.

En mai, les Imaginales se sont tenues dans un climat particulier car, même sans être sur place, cela a beaucoup bruissé sur les réseaux : on annonçait que Stéphanie Nicot allait être renvoyée et même le nom de son successeur était donné (dans les personnes remarquées pour leur silence sur l’affaire Marsan parce que cette affaire n’est pas un point de détail, les femmes du milieu ont osé parler et, pour les dominants, c’est insupportable).
La Tribune n’existant pas au printemps 2021, je ne regrette pas mon absence de billet sur le sujet initial, mais, avec le recul, je regrette de ne pas avoir posé quelques notes ce mois de mai.

Début juin, lors de #NiceFictions22, nous avons reçu beaucoup de retours nous disant merci d’avoir créé un espace safe. Et ce retour n’était pas anodin pour nous : pari réussi ?
L’idée de disposer d’endroits safes et inclusifs semble devenir plus urgente/impérative.

Mi-juin parait le nouveau numéro de JdR Mag. Et c’est le choc : au milieu des billets d’humeur, un texte est posé là, avec tous les mots et arguments de l’extrême-droite.
(Pour plus de détails, je vous renvoie au billet de Psychée qui en parle sur son blog.)
Les réseaux s’enflamment, la rédaction est sollicitée et la réponse qui arrive est… troublante ? Il semblerait normal de laisser la parole libre même à des discours d’extrême-droite et, si cela ne nous convient pas, pourquoi ne pas proposer notre propre billet d’humeur ? Hein ?
Le JdR a trop peu de médias et nous sommes bien loin du foisonnement de fanzines des années 1990. Et l’un des rares magazines du genre n’a donc pas vraiment de politique éditoriale ? Tout texte peut y être publié sans que la rédaction ne sollicite une personne pour un propos ?

(Je fais ici une petite parenthèse car cela peut sembler étrange : dans les années 1990, Internet n’est pas encore répandu (perso, j’y ai eu accès en 1996) et l’impression à la demande n’existe pas, même les photocopies sont chères.
Un simple fanzine, c’était déjà des envois papier, des difficultés à se faire connaître.
Aujourd’hui, il est plus aisé de créer un site, une webrevue… et, pourtant, il existe moins de médias. La parole semble plus difficile, moins évidente.)

De ce constat, quelques initiatives ont vu le jour pour proposer de nouveaux médias dans un monde qui en manque donc cruellement. A l’heure où j’écris, il est trop tôt pour connaître le devenir de ces projets, mais je ne manquerais pas de suivre leurs avancées et de vous en informer.

Début juillet, dans Actualitté, parait une interview surréaliste : Stéphane Wieser annonce que la direction littéraire des Imaginales est à pourvoir par un appel d’offres qui vient d’être publié. Bien sûr qu’un évènement est libre de changer de direction, mais la façon de faire dit tout : le gars ne remercie pas les nombreux·ses bénévoles qui oeuvrent chaque année, il ne parle que de lui  et de ses mérites supposés et, surtout… il ne remercie à aucun moment celle qui a fait de l’évènement ce qu’il est aujourd’hui. Stéphanie Nicot n’est jamais mentionnée ou remerciée.
Plus aucun doute n’est permis : ce qui se passe est sale.
Je n’ai pas voulu écrire de billet dans la foulée, je voulais savoir ce que Stéphanie avait à dire, je voulais d’abord l’entendre.
Sur la page Facebook de Nice Fictions, nous avons donc relayé les soutiens qui affluaient en sachant que Stéphanie s’exprimerait dans ActuSF, ce qui est tout à fait parfait puisque, à ce jour, c’est le principal média de notre milieu.
Puis l’interview est parue aujourd’hui.

En la lisant, je pense que j’ai eu la même sensation que beaucoup d’entre vous : on savait que ça craignait, mais… à ce point ?
On savait que Stéphanie était blâmée d’être solidaire des victimes de Marsan, mais c’est donc ainsi que cela se passe dans la tête de tous ces hommes de pouvoir, habitués à ce que la femme ne soit qu’un être inférieur dédiée à leurs seules satisfactions ?
On savait que les autrices Betty Piccioli et Silène Edgar étaient devenues la cible des masculinistes, mais aussi ouvertement ?

J’éprouve des sentiments contradictoires : évidemment, je suis navrée qu’un des deux plus gros festivals d’imaginaire français meurt, ce n’est forcément pas une bonne nouvelle.
Mais je ressens la même chose que, au mois de juin, quand la position de JdR Mag a été affichée publiquement.
Je suis soulagée également : soulagée que l’on voit le vrai visage de la « neutralité » (un mag qui laisse la parole à l’extrême-droite et aux masculinistes n’est pas l’allié de la diversité et des minorités), soulagée que Stéphanie Nicot n’ait plus à travailler pour ces gens-là et qu’elle puisse nous dire leur vrai visage et leurs méthodes.
Soulagée et motivée car ces affaires nous rappellent que nous devons rester motivé·es et vigilant·es.

Les Imaginales, ça n’est pas la ville d’Epinal, perdue dans les Vosges, qui se noiera dans un évènement commercial en 2023.
Les Imaginales, en réalité, c’est ce que Stéphanie et ses équipes ont fédéré pendant 20 ans. Les rencontres, les énergies… qui lui ont en retour manifesté leur plein soutien ces derniers jours. C’est un esprit que celles et ceux qu’il a touchées vont répandre à leur tour.
Beaucoup d’acteurs du milieu ont mentionné le tout jeune festival de Rennes, l’Ouest hurlant, et, clairement, quand on regarde la carte des évènements d’imaginaire en France, le territoire n’est pas homogène et le nord-ouest draine une bonne part des énergies. C’est Epinal qui a perdu aujourd’hui, pas le milieu de l’imaginaire.

De tous ces incidents, fort tristes, nous sortons reboostées. Parce qu’il est plus que nécessaire d’avoir plus de médias et que la Tribune, mais pas que, peut apporter sa part.
— Tu nous parles de la Tribune, mais on ne peut pas dire que vous publiez beaucoup d’actualités ?
— Yep. Ce n’est pas l’objectif. C’est une webrevue pérenne, sans pub, qui n’est soumise à aucune influence réactionnaire et qui est là, pour accueillir, donner la parole, soutenir. Elle vous accueille si vous cherchez un endroit où poser votre article, votre projet… sans aucune pression financière.
Reboosté·es également parce qu’il est important que nous ayons des évènements de qualité, nombreux (bon, surtout par chez nous, clairement, on se sent un peu seules) et que c’est un maillage fort qui garantit que, si l’un tombe, d’autres accueilleront les équipes, les envies, les savoirs.
En réalité, cette fin brutale des Imaginales m’a reportée 27 ans en arrière. Evidemment que les Imaginales, en taille, ne peuvent se comparer au FSO (ça n’a pas de sens dit comme ça), mais le plus gros évènement de JdR a été tué par une mairie réactionnaire. Et il en est sorti la FFJdR, le GRAAL… et je ne peux pas douter que toutes celles et ceux qui ont œuvré aux Imaginales ne soient pas très prochainement actif·ves sur de nouveaux et merveilleux projets. Parce qu’un évènement ne peut pas s’exprimer sans un lieu, mais, en réalité, le lieu n’est qu’un détail pratique : l’évènement est le fruit de ses organisateurices.

Je terminerais juste ce billet par un bouquet de ❤ pour Stéphanie. Je ne doute pas de son énergie et de ses compétences, je sais que de nouvelles aventures l’attendent.
A vous tou·tes qui organisez des conventions ou festivals, qui œuvrez dans des médias, j’espère que, ensemble, nous allons continuer de bâtir un monde de l’imaginaire dont nous allons être de plus en plus fières.

Live long and prosper!

Edit au 21/7/22 : En complément de ce billet, j’ai rédigé un billet « archives » avec des soutiens exprimés par plusieurs acteurices du milieu pour Stéphanie.

Où elles prirent la parole pendant le #FIJ2022

Ce vendredi, pendant le #FIJ2022, a eu lieu la cérémonie des Graal d’or, organisée par le #GRAALSud.
Des présentateurices montent sur scène pour annoncer les nominé·es, les résultats…
Je l’ai fait l’année dernière, en petit comité devant la caméra, et j’ai volontiers redit « oui » pour cette année.
Je n’envisage pas (encore) de carrière de présentatrice, mais ça me fait plaisir de participer pour quelques mots/secondes : une manière de dire que je soutiens le GRAAL, que je suis heureuse qu’il y ait de chouettes jeux de rôle qui voient le jour… une manière de dire que j’aime ce monde créatif du JdR et que je le soutiens, quoi.
Dans la journée, avant donc la cérémonie, Nydenlafee m’a lu le discours qu’elle avait préparé pour l’occasion.
Je me suis sentie très bête : une remise de prix est effectivement un moment public, favorable à la prise de parole engagée/politique, et je n’y avais tout simplement jamais songé.
Et, si je n’y avais jamais songé auparavant, ça m’a semblé évident que je voulais plussoyer les propos de mon amie et collègue artiste.
Alors je suis passée après elle et j’ai ajouté mon petit mot.
Et la salle était bienveillante et a bien reçu nos paroles.
Et les auteurs, artistes, acteurs du monde du JdR masculins nous ont manifesté leur soutien, largement, chacun à sa manière.

Et, aujourd’hui, j’ai envie de parler de ça parce que c’est important.
Comme vous le savez (ou pas), je vis à cheval sur deux mondes : le Jeu de Rôle et la littérature SFFF.
En littérature, les prises de parole sont difficiles : public indifférent, voire parfois hostile, collègues masculins peu présents ou carrément en désaccord…
Alors tous ces gars, là, ces rôlistes, connus, fameux… qui te disent « on est à vos côtés »… c’est précieux, ça n’est pas anodin, ça n’est pas rien.

Merci.
Merci aux artistes et éditeurs, acteurs du milieu du JdR, d’être à nos côtés car, évidemment, l’art est politique et la politique, c’est penser un monde meilleur pour demain.

Nos mots, bien innocents, ont froissé quelques mascus sur les réseaux.
On a eu un classique « qui sont ces pouffes ? », quelqu’un a suggéré que mes propos devaient être la conséquence de mon célibat (hein ?) ou que nous n’assumerions pas un discours tenu en public, filmé, lors d’une cérémonie (quoi ???), mais j’ai noté un petit truc au milieu de ces insultes random.
Pour l’un de ces tristes sires, nos propos ne pouvaient être que le résultat de notre échec dans la carrière d’artiste du JdR puisque ce serait un monde dur, âpre, concurrentiel (pour les vrais bonhommes ?).

Je ne suis pas une artiste dans le monde du JdR.
Je suis une écrivaine, une poétesse, mais mon art ne s’exprime pas dans le JdR (j’y pense parfois, mais ça ne s’est encore jamais fait).
Dans le JdR, je suis une facilitatrice (avec mon frère, Jérôme Gayol, qui a œuvré 20 ans au GRAAL) : nous sommes là pour aider les artistes/éditeurs au travers de notre travail au sein de #NiceFictions et des #VagabondsduRêve.
Et, n’en déplaisent à ceux qui rêvent d’un monde viril de concurrence qui testerait le taille de nos gonades… comme dit plus haut, je ne me suis jamais sentie mal à l’aise dans ce milieu (au contraire de la littérature).
Mes amis sont des artistes (re)connus et ils n’ont pas la grosse tête ni rien.
Les auteurs, éditeurs/médias sont des gens agréables avec qui nous avons plaisir à nous rencontrer et échanger.
J’aime leur travail et je suis heureuse de ce milieu, créatif, où l’esprit ludique domine.

Parce que ce milieu est riche de ces personnes, nous sommes heureux·ses, au travers de nos labels, d’apporter un plus, des formats expérimentaux, parce que nous sommes à notre place, dans une équipe informelle, mais qui va dans le même sens.

Alors je me doute qu’un monde bienveillant, où la compétition ne donne pas le La, doit interroger et perturber ceux qui n’envisagent le monde que patriarcal, mais, dans le jeu, nous avons la chance d’être cette communauté.
Chérissons cette chance et entretenons-la.
Ca vaut le coût, vraiment.

JdR et sororité 💜

Festival, ô Festival, dis-moi combien tu pèses

Les festivals « mentent » sur leurs chiffres de fréquentation.
Mentent ? Disons qu’ils essaient de calculer le flux de visiteurs (tickets vendus, entrées/sorties sur plusieurs jours) de façon à ce que cela rende un chiffre au plus près de ce que les décideurs, les partenaires… attendent.
Non pas parce que les festivals sont de méchants escrocs qui adorent le mensonge, non… Au fil du temps, des chiffrages déformés se sont installés dans la tête de trop de gens pour que de « vrais » chiffres soient signifiants pour eux.
Hélas.

Parce que la réussite d’un festival est trop souvent mesurée à sa fréquentation.
Ce qui est, au mieux, tout à fait incomplet… pour des tas de raisons qui, je le pense, viennent assez intuitivement, mais citons : est-ce que les visiteurs ont apprécié et sont susceptibles d’en parler en bien/de revenir ? Est-ce que les stands ont bien vendu ?
Si tu es libraire, vaut-il mieux vendre 50 livres de poche sur 1.000 visiteur·ses ou 100 beaux-livres sur 300 visiteur·ses venues en connaisseurs ?

Une personne me faisait remarquer que c’est un de nos héritages patriarcaux-capitalistes : la réussite est mesurée à la quantité, à celui qui a le plus gros… salaire, maison, auto…

Je ne sais pas s’il est possible de revenir à une situation où de vrais chiffres seraient disponibles, mais, au fond, je ne suis même pas sure que ce soit nécessaire.
Parce que ce serait nécessaire si l’on décide que le nombre de visiteur·ses est le seul retour que l’on attend effectivement.
Parce que cela validerait l’idée que ce qui est réussi est gros.

Notons que je ne dis pas que la donnée n’a aucun intérêt, mais elle n’en a pas non plus tant que ça.
Sur un projet, ce qui est important, c’est le taux de retour : par rapport à ce que j’ai investi (temps, argent…), qu’ai-je en retour ?

Reprenons.
Il existe deux catégories (grosso modo) de festivals : les pros et les bénévoles.
Les pros, ça peut être un palais des congrès/festival, une mairie (qui dédie du temps de travail)… et les bénévoles, ben, ce sont les associations.

Quand une situation n’est pas comparable, ne te compare pas.

Les pros investissent de l’argent, des ressources humaines.
Ils doivent avoir un retour à équivalent.
Pour mémoire, un seul temps plein, c’est 1.800 heures/an.
Il te faut combien de bénévoles pour arriver à un seul temps plein ? 😉

Si le pro propose des stands payants, l’artisan/éditeur/commerçant… qui prend un stand devient son client.
Il attend une prestation.
Donc tu dois lui assurer un certain nombre de visites et des visites qui consomment.

Quand tu bâtis ton programme, quand tu réfléchis aux invité·es que tu veux faire venir, tu ne vas pas forcément avoir les mêmes angles d’attaque si tu veux faire venir beaucoup de gens (nécessité pro) ou si tu rêves de t’engager sur une question qui te tient à coeur.
Un exemple super bête/facile : la promotion de la nouvelle me tient à coeur. La nouvelle, actuellement, ne vend pas. Je ne vais pas remplir des stades en en causant.

Et l’invité·e ?
Dans un contexte pro, tu la/le paies, tu deviens son client. Iel vient pour gagner sa vie et iel sait que tu attends quelque chose d »elle/lui.
Dans le bénévolat, iel vient sur son temps de loisir car le programme lui plait et iel est là pour s’amuser/se faire plaisir/parler en table ronde de ses sujets préférés. Iel est l’un·e des orgas/bénévoles.

(Bien sûr, il y a des tas de nuances et d’étapes sur le spectre pro/bénévole puisque tu as des festivals bénévoles qui vont faire payer certaines prestations et/ou en rémunérer d’autres, des festivals pros qui vont faire appel au bénévolat — mais, là, j’avoue, sans contexte, j’ai du mal…)

Attention, je vais poser une règle : il n’y a ici aucune critique d’aucun des deux modèles.
Même si je suis anti-capitaliste sur le fond, aujourd’hui, on a toustes besoin de se nourrir.
Ce qui est cool, c’est la diversité, que tout puisse exister/être tenté.
Si les artistes n’ont pas d’espaces pro pour se nourrir, iels vont mourir de faim et ne créeront plus rien pour personne.

— Et, du coup, tu veux en venir où ?

Ne te compare pas, suis ton chemin.

Si tu travailles sur un festival bénévole, cela n’a absolument aucun sens de tenter de faire comme les pros : non seulement tu n’y arriveras pas car, d’emblée, tu ne dégageras déjà jamais autant de temps de travail, mais, en plus, au lieu de proposer de la diversité, tu vas juste proposer un truc moins réussi.
Si, au lieu d’utiliser tes heures bénévole à faire un programme original, tu t’épuises à démarcher, mettons, des gens pour des stands, tu finiras épuisé et déçu… et les autres aussi.

Sur les premières années de l’organisation de Nice Fictions, j’ai senti les doutes de quelques orgas (et iels avaient raison de douter puisqu’on a peu de modèles à disposition).
Pourquoi ne faisions-nous pas « comme les autres » ?
Pourquoi ne nous donnions-nous pas les moyens (i.e. mettre le paquet sur les attendus « traditionnels ») qu’il fallait ?

Bien sûr, ça n’était tout simplement pas le plan, mais il faut quelques années pour montrer que la voie qu’on a suivie est cool aussi.

On ne devrait pas se réjouir d’une pandémie (d’ailleurs, le mot « réjouir » ne convient pas), mais, parfois, certains accidents ouvrent des portes.
La pandémie nous a obligées à faire deux éditions virtuelles.
Bon, en réalité, nous n’étions pas réellement obligés, on aurait pu juste attendre l’édition 2022… mais, bon, c’est pas trop notre truc, à nous, l’attente 😉

Alors on a dû proposer autre chose :
avec une édition en ligne, le programme est brutalement mis en lumière parce qu’on ne voit finalement presque que lui en cherchant quelle table ronde ou conférence on va suivre.
Le stand n’est plus un objet où tu dois vendre pour rentabiliser ton déplacement, mais un endroit (en ligne/sur Discord) où tu vas échanger, te présenter au public, répondre aux questions.
Etc.

L’analogie qui me vient, c’est un peu la production de masse vs de luxe.
Il faut les deux. Parce que le luxe ne peut pas fournir tout le monde. Mais il nous fait rêver et, de temps en temps, avec un peu de chance, on peut en avoir un peu soi aussi.

— Et, du coup, tu conclus ou bien ?

Concrètement, je ne peux vous parler que de Nice Fictions puisque c’est le festival sur lequel je travaille.
On ne démarche personne pour vendre des stands. Si quelqu’un souhaite venir, il est le bienvenu, mais il ne sera pas un client, mais une part du festival.
Notre objectif n’est pas qu’un maximum de personnes viennent.
Viens si tu es dans le coin, ça nous fera plaisir.
Viens si tu as envie : Nice est une ville superbe, il fera beau. Si tu as envie de rencontrer des collègues, d’échanger, viens.
Si tu n’as pas envie ou pas les moyens (financiers, physiques…), un maximum d’interventions te sera accessible en ligne.
Viens parce que tu veux venir, que tu veux passer un chouette week-end, en compagnie d’autres artistes si tu es un artiste, au milieu des artistes et des passionnés si tu es un fan.
Viens avec plaisir, avec impatience, en te réjouissant.

Et ce dont on a envie, en fait, ce n’est pas que les festivals arrêtent de mentir sur leurs chiffres car on s’en fout, mais que chaque festival bénévole devienne un produit de luxe, avec son unicité, et que, du coup, on ait toustes, collectivement, de plus en plus envie d’y aller pour s’émerveiller et expérimenter.
Et on ira aussi dans les festivals pros pour d’autres expériences et sensations.
Bref, on aura du choix 🙂

Et, évidemment, si ton kif à toi est de faire « comme un festival pro » parce que c’est ce que tu aimes, fais-le aussi. Le bénévolat, on le fait en premier pour soi !

Quand tu commences à vieillir, tes souvenirs se modifient

J’ai commencé à écrire enfante, dès l’école primaire.
Je n’ai aucune trace de mes essais de l’époque, mon seul souvenir est que, à l’âge de 10 ans, en Sixième, je peinais sur un roman policier, ne me résolvant pas à tuer un seul des personnages. (J’en parlais déjà en 2014.)
J’ai imaginé écrire une saga de fantasy quand Mère Dragon nous a lu, à ma soeur et à moi, le Seigneur des Anneaux, puis, à 14 ans, j’ai essayé la forme courte et la poésie et je suis restée sur le non-roman (34 ans plus tard, je suis tentée d’écrire « définitivement » puisque mon plus long texte est une novella de moins de 165.000 signes, mais, bon, l’avenir n’est pas écrit…).
Je m’imagine volontiers que, si j’avais été enfante/ado à notre époque, j’aurais eu un blog, j’aurais beaucoup trop posté sur les réseaux sociaux, mais, à la fin des années 1980, j’ai juste imaginé que j’allais mettre mes textes dans des feuillets en plastique/un classeur que je déposerais en ville pour qu’il circule et vive sa vie.
Je ne l’ai pas fait.
Je n’ai pas non plus engouffré mes économies dans de l’édition à compte d’auteur.
J’ai attendu et, à 17 ans, j’ai lancé mes deux premiers fanzines.
Depuis, si je cherche un mot pour résumer tout ce que j’ai fait, celui qui me vient est expérimenter.
Avant le développement d’internet à partir de 1996, j’ai fait des fanzines avec des photocopies et des agrafes, de la colle et du temps d’imprimante volé ici ou là.
Ensuite, avec internet, j’ai imaginé des sites, des webrevues, j’ai aussi tenté l’impression classique (en me ruinant sur de gros tirages), de l’impression à la demande quand ça s’est développé, des revues en PDF…
Je n’ai jamais été satisfaite, je ne me suis jamais posée.
Cet été, avec une petite équipe, nous (re)lançons une webrevue : la Tribune des Vagabonds du Rêve.
Je n’écris pas « lancer », mais « relancer » car cette webrevue n’est pas « nouvelle », elle est la suite des explorations et essais précédents et, par exemple, nos archives m’indiquent que la première chronique en ligne d’Hélène, ma plus fidèle collaboratrice (c’est le cas de le dire puisque ma mère m’a suivie dès la première page de mon premier fanzine, et même avant ça pour ma toute première « anthologie scolaire »), date de 2003.

Si j’ai ainsi toujours tâtonné en matière d’édition, je ne suis pas différente sur les outils numériques (dois-je vous dire le nombre de fois où j’ai changé de boîte mail, de blogs en important — et perdant au passage — des données d’une plateforme à l’autre, en supprimant un support pour le recréer différemment et tout me retaper à la main ?) ni, of course, sur les réseaux sociaux.

Hier, il s’est passé deux choses qui n’ont a priori aucun rapport entre elles.

1/ Une amie souhaitait aller à Monaco voir l’expo Giacometti.
Je n’ai aucun intérêt particulier pour cet artiste, mais je trouvais sympa d’avoir un motif de sortie pendant les congés.

2/ Après avoir essayé de comprendre le fonctionnement de Twitter en utilisant quelques semaines un compte anonyme, je me suis récemment créé un « vrai » compte et la polémique-troll du moment était une trop jeune femme qui s’est mise en tête que les auteurices/artistes devaient lisser leurs réseaux sociaux, tout absorbé·es par la nécessité de se vendre comme de bons produits capitalistes.
Le débat n’est pas intéressant parce que c’est une affirmation pour faire genre, pas un truc étayé/réfléchi, mais ça m’a fait sortir un point.

L’intérêt en général d’une expo sur un artiste décédé, c’est que ça prend un côté rétrospective.
On cherche les correspondances, les journaux intimes, on fouille dans la vie privée qui, la personne étant partie et ne pouvant pas s’en plaindre, devient un matériau de compréhension : comment crée-t-on ?
Comme tous les artistes, j’imagine, Giacometti a répété, répété, répété. Une femme debout + une femme debout + une femme…
Comme nos artistes qui, sur leur Twitter ou leur Insta, vont chuter, se dévoiler, se plaindre, se retirer…

Pendant longtemps, après une expérience, ratée ou réussie, je jetais, je détruisais, je poubellais.
J’ai peu de traces de pas mal de choses.
Genre les livres papier, c’est OK car ils dorment dans ma bibliothèque, mais, globalement, j’ai peu de traces de ce que j’ai fait.
J’ai changé tellement de fois de comptes sur les différentes plateformes que je suis incapable de dire ce que j’ai pu y faire.

Et je réalise que ces expériences, en fait… elles n’ont pas à être cachées ou détruites.
A minima, elles sont ennuyeuses, mais elles seront peut-être drôles pour la Cenli-du-futur qui les retrouvera comme, cet été, j’ai retrouvé les maquettes des anciennes Tribune (1990-1993) qui vont figurer d’ici quelques jours dans un musée sur le site des Vagabonds.
De mes textes ratés, de mes idées loufoques, de mes multiples « une femme debout »… il ne me reste quasi rien.
Ni dans des cartons, un grenier ou une cave, ni dans les tréfonds de mes disques durs.
Seulement dans la mémoire d’autres personnes (même pas la mienne !) et il n’y a rien de moins sûr que les souvenirs…

Alors, ces jours-ci, j’ai récupéré quelques vieux billets de blog tout pourris que j’ai remis ici, j’ai créé une page Facebook (édit : fermée au 19/3/22) et un compte Insta… et je vais expérimenter sans me cacher, riant d’aventures un peu honteuses, sans aucun souci de l’image que je risque de renvoyer en tant qu’écrivaine ou que directrice sérieuse d’un festival sérieux ou…
Quand on est une jeune femme, on se soucie du regard des autres.
Et puis, un jour, on ne se colore plus les cheveux, on les garde très courts pour ne plus s’en soucier et on se sent soudain infiniment légère.

Et si, ce soir, vous changiez un ou deux persos ?

L’art n’est pas sacré. Il est vivant. Biologique.
Il y a quatre ans, j’écrivais un billet sur ce blog : Avez-vous peur des quotas ?
Je le relis aujourd’hui et mon opinion n’a pas changé. Le plus simple, au moins pour se lancer, ce sont les quotas.
Depuis ce billet/l’été 2016, je n’ai quasi plus écrit et, au moment même où je rédige ce mot, je n’en mène pas large, en attente d’une injection de fer… Ces quatre années écoulées ont été difficiles, pour plein de raisons, et je n’ai donc plus écrit. J’ai aussi peu lu, peu joué…
Je pourrais me lamenter en mode « ma Muse a fui, je ne suis plus une écrivaine », mais je n’ai pas de penchant pour l’auto-flagellation. La vérité, c’est que l’inspiration, c’est comme le désir sexuel : il y a des périodes fastes et des périodes creuses. Quand vous ne bandez plus pour un amoureux parce que vous êtes accablée de souci, vous ne vous dites pas « je ne l’aime plus ». Vous attendez que ça passe / de meilleurs moments.
Alors, même si je n’ai quasi plus écrit, j’ai continué à penser/cogiter… à ce que je voulais raconter, comment…
Si mettre plus de femmes ou plus de personnes queer dans mes textes me semble un exercice facile (pour moi, mais, si si, je t’assure, tu peux le faire aussi !), je continuais à m’interroger sur la diversité ethnique. Et je suis encore partagée.
Je décris peu physiquement mes personnages et cela me convient : c’est à la fois « ce qui me vient », mais c’est ce qui permet également à chaque lecteurice de s’identifier sans se poser de questions. En même temps, si le personnage est soi, il n’est pas un Autre…
Bref, à ce stade de ma réflexion (i.e. expérience personnelle ni statistique ni représentative), j’ai décidé de faire varier les prénoms, de regarder à travers le monde ceux qui me plaisent et d’y piocher allègrement.
– Ouais, mais, tu vois, quand j’écris mon texte, l’héroïne s’appelle Claire et je la visualise parce que, quand j’étais petit, j’étais très épris d’une Claire et, si je change son prénom, ce ne sera pas elle et je ne pourrais pas mener à bien mon Œuvre.
– Alors, mon chéri, tu sais, c’est tout simple : tu écris ton texte, en rêvant à la Claire de ton enfance, et, quand tu as fini, que tu as utilisé toute ta nostalgie dans tes dialogues, ben… Claire et toi, vous devenez Giulio et Medhi. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l’école, perdus de vue et…
– Ah, ben, non, c’est carrément pas la même histoire !!!
– En quoi ?
J’ai écrit la Princesse et le Roturier pour les 30 ans d’un gars dont j’étais amoureuse. Il était né en novembre et la nouvelle se déroulait un jour où la nuit tombe rapidement. Pour le projet de recueil Nice Parallèles où je souhaitais placer dans mon texte un chapeau qui s’envole, je me suis relue et j’ai systématiquement changé l’hiver en été. Ça peut être des soirées qui s’étirent, une héroïne en short plutôt qu’emmitouflée dans une douce écharpe… L’art n’est pas sacré. C’est le résultat du travail d’un humain qui, suivant les moments de sa vie, peut changer d’idées, d’envies, de discours.
Prétendre que l’art est sacré ou immuable, comme si une production humaine pouvait être plus précieuse que des vies, des sentiments… c’est alimenter l’idée qu’on a le droit d’être de vieux cons ou que les traditions sont forcément bonnes.
Nous changeons, nous devons changer, nous adapter. Déjà pour survivre. Mais également pour être heureux quand nos certitudes s’effondrent et que nos petits prés carrés doivent être partagés.
Alors, dans une période où la muse boit des mojitos sur une plage à l’autre bout du monde pendant qu’on est confiné à se lamenter sur sa faible production, on peut par exemple se dire : tiens, je vais reprendre ce texte et changer un ou deux persos, la saison, le lieu…
Ça vous semble dingue ?
Quand un·e illustrateurice décline un même personnage en changeant ses habits, son chapeau… vous pensez qu’iel est dingue ou que c’est un processus naturel ? Ça ne vous choque pas d’acheter la version avec le chapeau de sorcier tandis que votre copine prend la version avec une casquette…
Bref… et si, ce soir, vous changiez juste quelques personnages, sans toucher à l’intrigue ni rien ?

Je n’ai pas de héros

Le héros est le personnage principal d’une oeuvre.

Hier, j’ai fini de regarder Radiant Office, un drama coréen. Par habitude, j’en ai dit quelque mot et puis… ça a commencé à tourner dans ma tête, en mode « tu ne fermeras pas les yeux de la nuit » (ce qui est techniquement faux, Morphée est clairement mon meilleur pote) : tous les personnages principaux sont-ils des héros ?
Il me semble qu’on pourrait voir le héros sous deux angles :
1/ un personnage qui, parti dans de mauvaises conditions, s’en sort super bien
2/ un personnage déjà badass au départ, fort, intègre, toussa…
1 ou 2, nous allons vibrer pour lui. Nous identifier ?

Radiant Office
C’est une série sympa (mais absolument pas comique malgré ce qu’indique Netflix), avec des choses mignonnes, quelques failles… mais ce qui m’intéresse dans ce billet :
Elle, Lui2 et Lui4 sont trois jeunes qui peinent à trouver du travail malgré les diplômes. Un soir où la coupe est pleine (et où Lui2 vient de se faire larguer), ils tentent de se suicider et se rencontrent à l’hôpital d’où ils s’enfuient ensemble car ils n’ont pas les moyens de payer la note.
Avant qu’ils ne s’enfuient, ils ont entendu Lui3 aka le Méchant dire que l’un d’eux est atteint d’une maladie incurable.
Elle est l’héroïne de l’histoire, sans doute possible. Elle est intègre, pleine de principes, courageuse…

Jusqu’à hier soir, avant de me coucher, j’ai toujours considéré que le héros était le gars dont l’héroïne était amoureuse.
Donc, dans ce drama, ce serait Lui1 dont Elle s’éprend.
L’une des qualités de cette série est qu’elle comporte plusieurs persos principaux : Elle et Lui1, bien sûr, mais également Lui2 et Lui3…
Lui2, qui n’est pas l’amoureux de l’héroïne, prend beaucoup de place, on suit sa propre histoire d’amour…
Est-ce le héros ?

Lui1 et Lui2 sont deux bonnes personnes, mais totalement opposées.
Lui1 est le gars intègre, mais qui manque d’empathie, qui réussit professionnellement.
Lui2 échoue dans le travail, mais est gentil, attentionné.
Les deux hommes sont présentés comme de bons partis, pour des raisons très différentes, mais sans qu’aucun ne soit plus valorisé que l’autre.
Et, si Lui3 est le Méchant, c’est un personnage principal cependant.
Qui est le héros ?

Le héros est-il le gars dont l’héroïne s’éprend ?
Si je songe à Cendrillon ou à la Belle et la Bête, le Prince charmant n’est absolument pas un héros. C’est… une récompense !

Je me suis mise à chercher dans ma tête (certes pleine de trous) si je trouvais des héros et… je n’ai trouvé que des héroïnes :
Buffy est une héroïne, dans beaucoup d’acceptations de l’idée, mais Angel, qui a pourtant sa propre série, n’est pas un héros. Il chute souvent et on ne l’aime que parce que Buffy l’aime.
Lorsque, adolescente, je regardais les Chevaliers du Zodiaque, j’adorais Shiryu parce qu’il avait le visage fin, les cheveux longs et qu’il était le dragon, mais Seiya m’agaçait au plus au point.
Enfant, l’un de mes plus chers souvenirs est que Mère Dragon nous faisait la lecture avant qu’on se couche. L’une d’entre elles fut le Seigneur des Anneaux. J’ai adoré. Mais Frodo ne suscitait en moi ni admiration ni identification.
Ulysse, le héros si cher au cœur de ma génitrice ? Le gars laisse sa femme en plan pendant des années et batifole avec des nymphes, des sirènes et des magiciennes !

J’ai été amoureuse de Sherlock Holmes, mais c’est un drogué maniaque. Arsène Lupin ? Hercule Poirot ?
Non, les seuls noms qui me viennent sont ceux des super-héros : Superman, Captain America… et, dans super-héros, il y a un mot en plus.

Dans la plupart des dramas coréens, Elle est intelligente, travailleuse et courageuse. Lui est… beau ? Il est souvent arrogant, a parfois de gros handicaps affectifs et il ne nous intéresse que parce qu’Elle est prête à lui montrer que l’Amour c’est cool.
A part quelques pièces comme, par exemple, Something in the rain ou Romance is the bonus book.
Et Dean Winchester, de Supernatural, car tout le monde est amoureux de Dean Winchester. Et Indiana Jones et Han Solo.
Les rares héros que j’invoque sont très loin des héroïnes courageuses prêtes à changer le monde. Ce sont des aventuriers, ils sont fun… mais largement moins méritants que la simple héroïne de drama qui défend la veuve et l’orphelin ou que Cendrillon qui part bien perdante dans l’échelle sociale.

Voilà, je vous livre cette réflexion aussi brute qu’elle m’est venue.
Est-ce simplement parce que l’homme riche blanc hétérosexuel cisgenre n’a pas de mérite particulier a bien vivre ?
Je me suis endormie hier soir et je n’avais pas de héros, aucun homme fictionnel que j’admire ou auquel m’identifier…
‘fin, sauf peut-être… voir ce que j’écrivais il y a deux mois 😉

Mâle, mon héros

Je suis née dans les années 1970. J’ai été amoureuse d’Indiana Jones et d’Han Solo. (De Raistlin, également, et de Sherlock Holmes, mais c’est une autre histoire 😉 ) Je n’ai pas été horrifiée que Jones capture une petite poulette de son fouet. Je voudrais bien vous raconter que, très tôt, j’ai remis en cause le modèle du couple monogame hétérocentré, mais ça n’est pas du tout le cas. C’était le Modèle et même si, confusément, je sentais bien qu’il ne me correspondait pas, à moi, personnellement, ça venait forcément de moi. J’ai aimé les bad boys. En fiction, parce que, irl, faut pas déconner non plus.
Ma première grosse claque narrative, je pense que c’est Buffy contre les vampires. Il y a eu un avant et un après.
Et puis un jour, après des années à se farcir la télévision classique et ses programmations déplorables (épisodes dans le désordre, diffusion tardive…), la bonne qualité des connexions internet a changé tout ça.
Et puis il y a eu Netflix : on peut pester contre les grandes compagnies, mais il y a eu là aussi un avant et un après. J’ai probablement souscrit à l’abonnement pour The Good Place à l’été 2018. Tout de suite, je suis tombée sur Love in the Moonlight et A Korean Odyssey.
Si j’ai trouvé le premier charmant (je n’ai jamais caché mon attrait pour les comédies romantiques), le deuxième a été une nouvelle claque : j’ai pris davantage conscience de mon inculture (non, je ne savais rien de la Pérégrination vers l’Ouest et, oui, j’ignorais que le petit garçon avec une queue de singe dans Dragon Ball était le roi-singe), mais j’ai aussi été littéralement séduite par cette fantasy mythologique et le questionnement sur l’amour. Lui est un dieu qui veut la manger, Elle, mais en est empêché seulement par un objet magique qui l’oblige à tomber amoureux. Que vaut cet amour forcé ?

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Changement d’année ?

Quand j’étais enfante, nous (ma famille) avons été victimes d’une grand-mère… folle ? méchante ? désaxée ? Pour poser un diagnostic précis, il faudrait qu’elle soit encore en vie et vue par un médecin qualifié. End of story. Résumons cela à : personne n’en aurait voulu comme parente, mais on ne choisit pas ses parents.
Pour nous, si Noël était un moment chaleureux, il était immanquablement suivi du Jour de l’An où une décision de justice (rendue dans des conditions douteuses) imposait à deux enfants de passer ce temps avec une grand-mère dont ils mesuraient tout à fait consciemment l’extrême méchanceté. Je ne souhaite à personne de laisser un tel souvenir de soi à son départ de la Terre.
Un jour, nous prîmes la décision de remettre en cause la décision de justice (du haut de mes dix ans, j’ai ouvert la porte et j’ai dit « casse-toi, tu pues, tu fais pleurer mes parents » — sans doute pas tout à fait, j’ai dû trembler et avoir très peur, mais je suis très fière de ce moment), mais nous n’avions pas eu l’occasion d’apprendre à fêter le nouvel an. Et je crois que ça n’est jamais venu.
Quand j’étais une jeune femme, en couple, je me suis forcée quelques années à vivre un réveillon comme il semblerait qu’il doit être vécu, avec des potes, trop de nourriture, un marqueur social qui valide que, oui, on appartient à un groupe.
Le 31 décembre dont je me souviens le plus facilement, c’est celui que j’ai passé seule à la maternité 😉
(Et de celui où j’avais 17 ans et où les suites des aventures de Raistlin — dont j’étais amoureuse, forcément — étant sorties, j’étais plus impatiente de savoir ce qui lui arrivait que de dîner avec mes parents 😛 )

Bref…
Je ne fête pas le nouvel an. Je ne le fuis pas non plus. J’ai pour principe de ne pas refuser de boire un verre ou de partager un morceau avec un·e pote car, quand on commence à fuir les autres, on se désociabilise très vite. Mais il y a un fossé entre ne pas refuser une invitation et en lancer ou aller en chercher.

Pourtant… alors que c’est complètement artificiel, je vois un intérêt particulier à passer au 1er janvier.
Au fil du temps, les petits soucis et les grosses galères s’accumulent et, parfois même pour les joies, on ne prend pas le temps de se poser et de les assimiler.
Il y a toujours des moments où… l’on se pose devant sa penderie et on décide de jeter tous les vieux vêtements qu’on ne remettra jamais… l’on se pose devant sa bibliothèque et on se dit qu’on peut donner ces livres qu’on n’a jamais ouverts ou qu’on ne rouvrira plus… l’on vire les mille mails non traités qu’on ne pourra pas traiter, de toute façon, la demande est trop ancienne…
Le 1er janvier est l’un de ces moments : les galères deviennent les évènements déplaisants d’une année archivée en N-1, on peut prétexter les vœux pour prendre des nouvelles de celles/ceux qu’on a délaissé·es, on peut croire que tout ira mieux comme les jours de rentrée, enfant, quand on prenait des cahiers neufs et qu’on se promettait que, oui, cette année, on les tiendrait bien.

Si je ne suis pas familière des fêtes, je ne suis pas indifférente aux rites qui nettoient.
Je souhaite donc à toustes celles/ceux pour qui la Saint-Sylvestre est un marqueur social fort d’être ce soir avec vos meilleur·es ami·es et, à nous toustes, je donne rendez-vous demain, avec des ennuis archivés, des cahiers neufs et de bonnes résolutions pour celles/ceux qui doivent chasser regrets ou fantômes.
Bref, je nous souhaite à toustes un bon rituel d’apaisement 🙂

Imaginaire ? Vous avez dit Imaginaire ?

Je n’ai pas fait d’études supérieures et je sais très bien que, globalement, je ne suis pas très cultivée. C’est un demi-regret : bien sûr, j’aimerais être savante, mais, au fond, je dois admettre que je n’ai aucune capacité d’attention et que rester assise un long moment, concentrée sur une seule tâche, est hors de ma portée.
Du coup, si cela ne me gêne pas de partager mes pensées à la pause café, armée d’un smartphone relié à la Toile qui permettra de vérifier si un fait est un peu vrai ou totalement farfelu, j’ai plus de mal à me poser par écrit car je me doute que je vais rapidement me faire allumer par des savants qui démontreront que des tas d’articles largement documentés disent le contraire.
Mais, au fond, pour une écrivaine, ne pas coucher par écrit des pensées récurrentes, c’est assez triste…

Chacun de nous a des croyances. En fonction de notre éducation, de notre famille, de notre pays, ethnie, culture, groupe de meilleurs potes, âge…
J’ai tendance à penser que, tant qu’une croyance ne véhicule pas de haine ou de mesquinerie, pourquoi pas ? Bon, j’ai du mal avec l’homéopathie, mais c’est parce qu’un groupe industriel vend du sucre au prix du caviar et voudrait que la Sécu continue de payer.
Pourtant, nous hiérarchisons les croyances : si quelqu’un nous dit qu’il croit en Dieu, nous ne réagissons pas, mais si le même nous dit qu’il croit aux fées (mettons), on fait une pause, on le regarde avec un air mi-inquiet mi-navré, genre « ce n’était pas que de la bière, hier soir ? »

Parallèlement, les genres de l’imaginaire regroupent les fictions où un ou des éléments de la narration ne sont pas réels. Une fiction, par définition, n’est jamais réelle : elle est une invention de son auteur, mais nous avons une acceptation commune : si je raconte l’histoire d’amour entre la boulangère et l’épicier, c’est réel, tandis que, si je raconte la même histoire entre un chasseur de démons et un sorcier, c’est du fantastique.
Personne ne se dit que, aussi bien, l’amour n’existant pas, les deux sont du fantastique…

Je crois que ça a commencé à s’imposer à moi au début de Supernatural : si tu crois que Dieu existe, les démons, les anges… ça n’est pas du fantastique.
Nous pouvons croire tant de choses : dieux, mais aussi créatures bienveillantes ou malveillantes, ancêtres qui continuent de nous protéger, médecines alternatives, règles morales, promesses…
Là, ça m’a fait tilt que les genres de l’imaginaire ne pouvaient se définir que par rapport au public. On peut faire ça à la louche en se disant qu’un groupe de personnes qui habitent au même endroit, baignées dans la même culture, vont plus ou moins croire aux mêmes choses, mais c’est à la louche et, dès qu’on se déplace dans l’espace ou dans le temps, les croyances peuvent vraiment pas mal évoluer.

Si je n’ai aucune honte à parler de mes croyances en cercle restreint, ce n’est pas un sujet que je livrerai par écrit en public.
Alors disons que, hypothétiquement, deux meilleurs amis avaient récemment une conversation. L’un est athée et croit au libre arbitre. L’autre est croyant et pense qu’il n’y a pas de libre arbitre.
Ils débattaient et ont été obligés de s’arrêter sur le fait que les deux hypothèses fonctionnent.
Nous n’avons jamais véritablement de choix : en général, quand la vie nous laisse face à des alternatives, nous choisissons celle qui s’impose à nous à cause de notre vécu, de nos expériences, de notre savoir.
Ça peut être le destin ou cela peut être la résultante logique de ce que nous sommes : nous sommes le produit d’émotions, savoirs… qui nous amènent à un choix donné qui correspond à ce que nous sommes (devenus).

Une narration tient par le fait que les personnages principaux font des choix à certains moments, mais également sont confrontés à des choses extraordinaires : s’il ne se passait rien de « différent », il n’y aurait pas d’histoire.
Raison pour laquelle cela m’agace toujours quand une œuvre est critiquée au motif que « c’est une sacrée coïncidence quand même que l’auteur a utilisé ». En réalité, nous racontons les histoires de coïncidences extraordinaires : le reste n’a aucune raison d’être mis par écrit.

Mon abonnement à Netflix m’a amenée à découvrir beaucoup de séries coréennes et… ça me plait. La façon de raconter les histoires, les histoires elles-mêmes…
Je regarde Beating Again.
C’est assez simple : un homme cruel reçoit la greffe du cœur d’un gentil et devient gentil en tombant amoureux de la fiancée du donneur. C’est mignon, c’est romantique…
Ben, surtout, c’est fantastique : le receveur fait des cauchemars où il revoit l’assassinat de son donneur, ce qui lui permet de trouver le coupable.
La fiche Wikipedia anglaise précise bien d’ailleurs : « a touch of fantasy ».
Ce qui m’a interpellée, c’est ma propre réaction : au début, quand je comprends que l’histoire va raconter comment le cœur du donneur change le receveur, je pense « c’est n’importe quoi, c’est juste une pompe qu’on remplace, on n’aime pas avec son cœur, mais avec son cerveau » et puis, un peu plus tard, je réalise que j’adore le fantastique et que, là, j’ai pris la posture que je déteste chez les détracteurs de l’imaginaire, mode « de toute façon, ça raconte des choses qui ne sont même pas vraies »… alors j’abandonne ma méfiance.

Dans les séries coréennes, les morts sont très présents dans la pensée et la vie des vivants et ça devient parfois compliqué de retrouver notre limite occidentale réel/imaginaire dans certaines œuvres.

Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Parce que, comme vous, je vieillis et qu’on change beaucoup en vieillissant, que les certitudes s’effritent, que les frontières deviennent floues… et je commence à me demander si l’expression « genres de l’imaginaire » me convient.
Je le pensais déjà un peu, mais je suis de plus en plus persuadée qu’il n’y a pas deux groupes distincts : imaginaire et non.
Il y a juste « assez bon pour qu’on accepte d’y croire » ou « trop mauvais pour garder notre attention ».
N’y a-t-il pas plus imaginaire qu’une belle histoire d’amour ? Dans la réalité, les hommes romantiques et attentionnés sont légèrement flippants alors qu’on y croit sans souci quand c’est une belle réalisation avec un bon acteur.
Et si la chute nécessite le Père Noël, c’est grave ?
Quelle est la limite entre un vrai souhait et une pensée positive ?
Qui peut savoir si une religion a raison, toutes ou aucune ?

Panier de news en vrac

A mon grand regret, je ne suis pas une blogueuse très active.
Pourquoi ce regret ? Dans le monde parallèle où je suis une écrivaine célèbre et riche, je suis également une blogueuse tout à fait active : je partage moult billets sur les derniers films que j’ai vus, les derniers restos où j’ai déjeuné, mes dernières trouvailles technophiles ou très mode (oui, dans ce monde, n’ayons peur de rien, je suis coquette, habillée avec élégance et ma garde-robe déborde de trouvailles plus géniales les unes que les autres). Cela va sans dire, chacun de mes billets est accompagné de photos tout à fait sublimes, éclairées comme il faut, en plein dans le sujet, pleines de poésie. En parlant de poésie, d’ailleurs, chaque mois, je poste également mon dernier poème, inspiré et tendre, romantique ou érotique, triste et gai.
Bref.
Je vis dans cette réalité.
Où les jours défilent à toute allure, où je suis en retard sur tout, où ma boîte de réception prétend contenir 2.000 méls, où…
Puis, brusquement, tu te dis : hé, pose-toi cinq minutes et mets quelques news au propre, ça ne peut pas faire de mal à ce pauvre blog qui se sent délaissé !

Alors…
Tout d’abord, je serai présente samedi et dimanche à Octogônes. Cette convention lyonnaise est probablement, avec le Festival International des Jeux (à Cannes, où je serai aussi du 26 au 28 février), le gros évènement annuel du jeu de rôle. J’y porterai ma casquette d’éditrice des Vagabonds du Rêve (Julien Guibert et Aldo Pappacoda y maîtriseront chacun leur jeu), de directrice de Nice Fictions (si vous souhaitez en savoir plus sur le festival, proposer des partenariats et animations…) et de présidente de la FFJdR (dont l’AG annuelle se tient en ce moment, sur le forum, jusqu’au 24 octobre).

Côté Vagabonds du Rêve, nous sortirons donc deux jeux début 2016 : Terres Suspendues « édition spéciale 10 ans » de Julien Guibert et Chiaroscuro d’Aldo Pappacoda.
Chacun va faire l’objet d’un financement participatif via Ulule : ce sera du 26 octobre au 11 décembre pour Terres Suspendues et du 9 novembre au 25 décembre pour Chiaroscuro.

C’est Yvan Villeneuve qui a réalisé l’illustration de l’affiche de Nice Fictions 2016

Pour Nice Fictions, dont la 2e édition se tiendra du 22 au 24 avril, les choses avancent et nous comptons déjà des partenariats avec la BU de Saint-Jean-d’Angély, le CROUS, la bibliothèque municipale de Nice…
Du coup, la BU m’a demandé d’animer un atelier d’écriture mensuel, ouvert aux étudiants et aux personnels de l’université.
L’une des réalisations de cet atelier sera la participation au concours annuel de nouvelles du CROUS, dont Nice Fictions est partenaire et dont le premier prix national est tout de même doté de… 2.000 €.
Ça me motiverait presque à recommencer un recensement des appels à textes et concours sur ce blog, mais je ne me promets rien.

Dernier chantier, mon anthologie Cités italiennes pour Rivière Blanche.
Je suis hélas terriblement en retard car je m’y suis lancée à un moment peu favorable (je préparais alors la première édition de Nice Fictions) et d’urgence en urgence…
Je travaille donc encore actuellement à la sélection des textes et j’espère que les auteurs qui attendent mes réponses ne m’en voudront pas trop.

Voilà, il me semble avoir fait le tour des actualités et, pour le reste (comme ce roman bien avancé, mais pas fini), ce sera l’occasion d’une autre histoire.

Bonne soirée à tous !

Une vie ne suffira pas…

On raconte qu’il existe une époque où une personne cultivée pouvait savoir à peu près tout ce qu’il y avait à savoir en sciences, en arts et en lettres…
Mais, ça, c’était avant 😉

On ne peut que ressentir du vertige face à tout ce qui nous attend, tout ce que nous aimerions explorer et que, probablement, au final, nous n’aurons simplement pas le temps de voir.
Voyager : parcourir tous les continents ou, au moins, voir quelques grandes villes…
Lire tous les romans qu’on nous a conseillés, les recueils…
Ne pas rater les dernières sorties au cinéma et les séries que tout le monde a vues.
Essayer toutes les recettes de cuisine qu’on a notées sur un coin de disque dur, avec l’étape « courses » indispensable qui nous emmène à la recherche d’ingrédients que personne ne vend dans cette ville.
Déjeuner avec nos amis dans un resto qu’on s’est promis d’essayer.
Jouer plusieurs heures à… sans oublier de se laisser embarquer dans une campagne de jeu de rôle. Ou deux.
Ecrire, peindre, photographier… selon l’art qui nous inspire.
Ne pas négliger de refaire sa garde-robe car les trois uniques jeans que l’on possède nous regardent chaque matin avec un œil torve.

Et ne pas négliger de faire de nouvelles rencontres, de lier de nouvelles amitiés…

Thunderbird me prétend que ma boîte de réception contient 1.800 mails (sérieusement ? à lire ? à traiter ? à classer ?).
Dans mes favoris, j’ai noté près d’une centaine de blogs que j’avais envie de suivre (amis, créateurs, curiosités…), mais je n’y mets jamais les pieds. En réalité, je ne lis que quelques billets, quand ils sont relayés au moment précis de la journée où je passe sur un réseau social…

Cette après-midi, la mort dans l’âme, mais gonflée de bonnes résolutions, j’ai retiré de ma petite liste de forums certains d’entre eux. Non pas qu’ils aient perdu toute sympathie à mes yeux, mais il n’est juste pas possible de fréquenter, de manière qualitative, autant de communautés.

Et, au milieu de ce brouhaha plus attirant que le chant d’un millier de sirènes, je ne sais si je dois me féliciter ou enrager que mon budget et ma santé ne me permettent ni de faire le tour du monde ni de goûter à des centaines de plats ni de passer trop d’heures à lire ou sur un écran…
Pas étonnant qu’ensuite, à la retraite, on puisse lâcher qu’on « a le temps de ne rien faire !!! »

Les smartphones, connectés en permanence, rattrapent-ils un peu de ce temps qui nous échappe ?
Malvoyante, dormant 9 heures/nuit, je crois que je ne le vérifierai jamais 😉
En attendant, je termine ce billet alors même que je sais que vous n’aurez pas les quelques secondes pour y jeter un œil et je m’aperçois, fataliste, que ma priorité (hormis bien évidemment la santé et le bonheur de ma famille et de mes proches) est de vous écrire des histoires… que vous ne lirez pas, perdues au milieu de votre pile à lire menaçant d’ensevelir votre bureau.
Ou alors demain…

Le temps et les vacances ou les aventures farfelues de Songe l’été

Est-ce génétique ?
Mon grand-père paternel collectionnait les montres et mon père à son tour. Comme il convient de voir grand au fil des générations, je me suis mise à collectionner les horloges.
Bref, je suis fascinée par le temps depuis toute petite, j’adore les histoires de voyages dans le temps (ma nouvelle Un Rêve étrange… est d’ailleurs sur ce thème), de paradoxes temporels, de…
Je me suis déjà penchée sur la distorsion temporelle après 21 heures, mais peut-on passer sous silence la distorsion temporelle que nous subissons aux vacances ?

Le congé, c’est un peu… le petit plaisir à venir qui nous fait tenir au boulot, l’attente, l’anticipation, le « tu vas voir tout ce que je vais faire quand je serai en vacances ! »
Et puis, le temps étant linéaire et allant toujours de l’avant, elles arrivent enfin.
Par principe, tu ne te lèves pas avant 9:00, quoi, c’est les vacances !
A 10:00, tu es devant ton écran, l’œil un peu vague, à regarder ton fil Facebook en sirotant ton deuxième café.
A 11:30, à peine habillée, tu te demandes ce que tu vas faire à déjeuner.
A 13:00, tu es au supermarché, paniquée, parce que tu n’as vraiment plus d’idées pour les repas. Parce que, en vacances, tu n’as pas un seul repas du soir à imaginer, non, mais bien DEUX repas. DEUX par jour !!!
A 15:00, alors que tu charges le lave-vaisselle, un coup d’œil sur l’horloge te fait songer qu’il faudrait que tu prépares le goûter.
Parce que c’est les vacances ! Tu ne vas quand même pas bouffer des plats tout prêts et autres choses non élaborées !!!

A la fin de tes vacances, quand tu reprends le travail, tu as juste fait à manger, fait tourner la machine à laver le linge, passé l’aspirateur et vu deux épisodes de ta série préférée.
Et, là, au boulot, dans la poussière grise qui s’est accumulée pendant ton absence, il est à peine 10:00 que tu as déjà répondu à tous tes mails et traité deux dossiers.

Pourquoi ? Est-ce un complot pour que le travailleur aime sa condition ?
Pourquoi aucun roman ne sortira d’aucune de tes périodes de congés ?

Parce que le temps est manipulé.
Par les E.T.
Ou par mon oncle Joe.
Ou par la NSA.

En tout cas, j’ai des preuves : mes horloges cliquettent sur les murs, je vois tout !!!

Que devient le temps après 21 heures ?

Ne me dites pas que vous ne vous êtes jamais posé la question !
Il est 21:00. Vous avez dîné avalé quelques restes planqués dans le frigo et même chargé le lave-vaisselle ; vous êtes en pyjama ; vous avez fini les deux urgences que vous vous étiez imposé pour la journée ; vous avez même répondu à Marie que, non, vous n’étiez pas libre à déjeuner demain et à Raoul que, oui, la partie de jeu de rôle était toujours prévu ce samedi.
Vous êtes libre ! Et il vous reste le temps de regarder deux épisodes de votre série préférée avant de vous coucher merveilleusement raisonnablement tôt !
Là, évidemment, vous auriez dû fermer votre lecteur de mails, Facebook… mais une idée perverse vous traverse l’esprit : vous n’avez pas vérifié sur Wikipédia le nombre de variétés de cornichons qui existent dans le monde et c’est vrai que Vincent en a parlé à la cantine ce midi. Vous NE POUVEZ PAS aller vous coucher sans savoir, sans être sûr que…
Une petite recherche, ça prend quoi ? Deux minutes ?
FB est resté ouvert, tiens ? C’est quoi cette notification ?
Bah, vous avez bien le temps de regarder cette petite vidéo sur Youtube… Ça va vous prendre quoi ? Cinq minutes ?
La vidéo ne se charge pas, saleté d’ordi ! Vous cliquez sur celle d’à-côté : le petit chaton vraiment cro cro mignon. Non, vous ne la connaissez pas.
Thunderbird est resté ouvert aussi, tiens, et Marie vient de vous répondre. Lisez son message, y’en a pour quoi ? Deux secondes ?
Un bref coup d’œil à l’horloge, en bas de l’écran : il est 21:45 !!! Oui, vous doutez quelques secondes de vos yeux, ces traîtres, mais, non, il n’est pas 21:10 comme il DEVRAIT, il est 21:45.
Désespéré par votre capacité à laisser le temps vous filer entre les doigts (où ? comment ? à quel moment vous êtes vous endormi ?), vous lancez un seul malheureux épisode de 40 minutes.
Vous avez été raisonnable, vous vous êtes couché tôt, vous êtes un héros ! Oh, évidemment, juste un héros du quotidien, mais, demain, quand vous serez en forme au boulot, c’est vos collègues qui pourront apprécier. La couette sous le nez, le crâne calé dans l’oreiller, vous jetez un dernier coup d’œil au radio-réveil… Il est 23:00 !
Mais il ne devrait être que 22:30, maxi…
Oui, quelqu’un pique le temps après 21:00. Mais vous ne savez pas qui.

Pourquoi les Vagabonds du Rêve ?

Ces jours-ci, je songeais à revenir un peu sur le chemin parcouru pour en arriver aux actuels Vagabonds du Rêve, ne serait-ce que pour répondre un peu aux questions implicites de mon entourage qui pense que je travaille pour Parchemins & Traverses ou CitronMeringue.
Alors, décidée à un peu d’égocentrisme et de nostalgie, je me lance.

1990 – J’ai 17 ans et je crée mon premier fanzine, Des Lyres et des Poètes, consacré aux poèmes et aux nouvelles, mais mon réseau est inexistant et les poètes ne viennent pas frapper à ma porte. Je lance également La Tribune des Vagabonds du Rêve et, là, grâce à Casus Belli et à sa chronique de fanzines, le réseau naît.
Donc, voilà, mystère levé : les Vagabonds du Rêve, ça me semblait cool comme idée, vagabonder dans les rêves…

2000 – La Tribune a vécu 14 numéros, j’ai participé au France Sud Open (une belle convention de jeu de rôle qui se passait à Toulon), on a lancé la Fédération Française de Jeu de Rôle, j’ai trouvé un travail, déménagé plusieurs fois… j’ai mis au monde Grande et Petite… et il est temps que je lance Oxalis éditions qui publiera un roman et trois numéros des Vagabonds du Rêve (la Tribune a disparu au passage), une revue-anthologie à thème.
Mais ça coûte trop cher et je préfère arrêter avant de ruiner ma famille…

2000 aussi – Lancement d’Onire.com, un site web qui se consacrera à l’actualité de nos genres favoris avec des chroniques de livres et la publication de nouvelles et d’anthologies numériques.
La sauce ne prend pas, l’équipe ne se trouve pas… et l’aventure s’arrête en 2004.

2004 – Lancement de Parchemins & Traverses qui va mélanger édition numérique et papier.
Une revue au format PDF avec des nouvelles, sans thème particulier, et des anthologies-papier à thème.
Et des chroniques, toujours.
Juin 2004, c’est la parution du n°1 de la revue qui comptera 4 numéros (le dernier étant de juillet 2007).
La formule ne me satisfait pas complètement et, en septembre 2007, elle devient donc Un mois, une nouvelle : les nouvelles athématiques ne sont donc plus regroupées, mais paraissent individuellement, toujours illustrées et au format PDF.

2008 – Je ne me retrouve pas dans les anthologies à thème et Parchemins & Traverses tel qu’il existe.
Une équipe reprend donc, en gardant le nom de P&T, les anthos-papier et je garde les chroniques et Un mois, une nouvelle sous le label de l’Axiome imaginaire (qui fut, longtemps auparavant, une association destinée à l’édition de jeu de rôle, avant Oxalis).
Mais l’Axiome imaginaire devient très vite CitronMeringue, nom de mon ancien site perso et de l’ancien forum qui a existé avant celui de P&T.

Et je continue de chercher la formule qui me convient, la bonne plate-forme pour le site…
Les chroniques deviennent les Chroniqueurs vagabonds, Un mois, une nouvelle devient les Vagabonds du Rêve.

Et puis le nom CitronMeringue disparaît et les Vagabonds prennent leur forme actuelle : un site avec des chroniques, des nouvelles…

Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Pour le plaisir, voyons 😉

Non, plus sérieusement, je vous raconte tout ça pour que vous ne vous demandiez pas pourquoi nos premières Publications portent le logo de P&T.

Ce billet a été également publié dans la #TribuneVdR.