Puis un jour tu te réveilles

et tu t’aperçois que tu aimes
Parce que c’est lui
comme une évidence
parce que ça a toujours été lui
Vous n’avez pas choisi
et tu l’agaces
et il t’énerve
et la moindre étincelle
met le feu :
tu l’engueules,
il te vexe.
Puis il sourit
et c’est juste lui.
On choisit ses amis,
on ne choisit pas sa famille :
frère ou amant,
quelle importance ?
Tu ne peux pas faire sans lui…

Bonjour, Je viens pour l’histoire d’amour

On nous a signalé
qu’elle s’était passée
un peu avant l’été
Nos agents ne sont pas autorisés
à l’éprouver
Regarde-toi, enfin,
l’état dans lequel elle te met
Est-ce bien cette fin
que tu voulais ?
Allons, cesse de pleurer !
Il n’y a rien à en tirer…
Ce sont les humains
qui l’ont créée,
cette étrange faim
qui les fait se dévorer
Je sais…
Il y a eu quelques soirs
où, blottie contre lui,
le cœur gonflé d’espoir,
tu as cru en lui
Tu as cru qu’il t’aimait
et ce sont bien les mots
qu’il a employés
Cesse tes sanglots,
ce n’est qu’une histoire,
une rencontre contrariée,
une étrange foire
dans leurs esprits apeurés
Je viens pour l’histoire d’amour
car il est temps de rentrer,
il n’y a que de vilains tours
dans leurs cœurs affolés

Trop d’années

à nous regarder
sans nous toucher.
Ce n’était pas le moment,
ce n’était pas le présent.
Lequel a dit “non”
et a refermé la prison ?
Le sable s’est déposé
sur les souvenirs entassés
et, naturellement,
inconsciemment,
nous nous sommes éloignés.
Puis il y a eu ce jour d’été,
ces quelques mots à échanger.
Puis il y a eu ces sourires,
ces quelques rires,
cette amitié retrouvée.
Ton visage s’est ridé
et, sur tes tempes blanchies,
ma main tremble.
Tu me souris.
Sommes-nous ensemble ?
Trop d’années
sans nous regarder,
sans nous parler.
Trop d’années
et, pourtant, rien n’a changé.

Sur le bord de la rivière,
je m’assois, je t’espère
et, si à nouveau tu te perds,
n’oublie pas cette terre.

Peut-on prendre congé

de sa propre vie ?
Se réveiller un matin d’été
et s’avouer ce qui ne se dit :
je ne suis pas au bon endroit,
je ne suis pas au bon moment.
Je me suis perdu et je te mens,
ma place n’est pas avec toi.

Peut-on prendre congé
quand on a promis de s’aimer ?

C’est un matin qui s’est levé de bonne heure.
Un matin de boulot, aux rues bruyantes et agitées.
Un de ces matins où j’ai peur,
où tu me regardes, où tu as pleuré.

Je suis sorti sans fermer à clé,
en m’excusant de t’avoir aimée.
C’est un de ces matins où j’ai peur,
où je sais que je dois te quitter.
Une page s’est éteinte dans mon cœur,
je dois prendre congé.

Je m’éloigne silencieux,
probablement un peu honteux.
Quelque part, dans le quartier,
il est parti juste bosser.
Il te retrouvera à ton bureau,
il s’arrêtera pour que tu pleures.
Il saura trouver les bons mots.
Il saura relancer ton cœur.

Il ne prend pas la suite de mon congé,
il t’aime sans jamais planifier.
Je n’étais pas au bon endroit,
ma place n’était pas avec toi.

Ta bouche, source de poésie et de baisers

d’où pointent les piques taquines
qui m’assassinent.
Ta bouche, ta langue pimentée
que cherche ma langue énamourée.
Tes yeux rieurs
frondeurs
douce insolence
qui m’élance.
Je devrais fuir
me protéger
ne pas subir
ne pas t’aimer.
Mais ton fouet me caresse
et aiguillonne ma tendresse.
Le regard de mes amis
posé sur ma folie
picote mon esprit.
Leur dirais-je que tu m’enchaînes
que tu m’affrontes, que tu me peines ?
Leur dirais-je que je t’entraîne
que je te prends, que je t’emmène ?
Voudraient-ils me comprendre ?
Accepterais-je de les entendre ?
Sous tes piques assassines
où se redresse mon épine
ton corps m’entraîne et me domine.
Détournez le regard
pour moi, il est trop tard,
sous le flot, je me soumets,
le prix de te baiser.

Avoir à nouveau vingt ans

Aimer comme une enfant
Être jalouse et possessive
Être naturellement excessive
Te couver, te garder, t’insulter
Te haïr et te baiser

Nous sommes assis sur ce banc
Nous n’avons plus vingt ans
Pas de scènes, pas de larmes
et ton sourire qui me désarme

Qu’as-tu fait de nos passions,
de nos folies, de nos ambitions ?
Tu me regardes, tu me souris,
tu désamorces ma furie

La bête est en cage,
on accusera son grand âge,
mais pris au piège sous les barreaux
tourne et s’emboucle mon cerveau

Coincée sur la bordure
entre « tu dois » et « c’est ainsi »
tant que survit ta triste armure
qui te maintient dans cette vie

Se plier ou refuser,
se soumettre et accepter ?
De quel côté dois-je sauter ?
Aurais-je le courage demandé ?

Avoir à nouveau vingt ans,
ne pas savoir comme une enfant

L’univers chante

mais tu ne l’entends pas
Un souvenir qui te hante
et qui couvre mes pas
Je suis à tes côtés
ombre fragile et solitaire
Je marche avec l’été
mais ton chagrin me fait taire
Qu’avait-elle que je ne t’offre pas ?
Qu’attends-tu que je n’ai pas ?

On dit que les chagrins d’amour
durent au moins tout le jour
La nuit nous a emportés
mais tu ne l’as pas laissée

Je t’aime, je suis là
L’univers chante
et accompagne mes pas
Ce souvenir qui te hante
m’emporte loin de toi

Adieu, mon triste roi

J’aime un fantôme qui s’en est allé

Ne reste qu’une frêle image du passé
Cet homme calme et froid
qui a sa voix
son regard lumineux
et dont l’écho trompeur
me rappelle que nous étions deux
Triste ardeur…
Le passé s’est confondu au présent
trainant de faux sentiments
Quel mauvais tour me joue la vie
m’enchaînant le cœur et l’esprit
à une histoire vécue
qui s’est perdue
dont la plus petite étincelle
s’est fait la belle
L’amour ne revient jamais
On croit qu’il a été
et sous le pas lourd
du poids des années
reste ce bruit sourd
de tendres étés
— Tu ne lui dois rien
Apaise ton chagrin
Le spectre sourit
Ça ne signifie pas qu’il vit

Peut-on croire que l’on a aimé un jour

si l’on n’a connu de chagrin d’amour ?

Ton beau visage froid sourit
Pas une ombre ne glisse
sur sa surface lisse
Pas un bruit, pas un cri
pas le moindre souci
Le silence et la paix
maîtres des lieux
La quiétude est la clé
de tes cieux.

Je pleure, je ris
je souffre et je vis
La douleur tord mes boyaux
la terreur brise mon cerveau

Quand elle sera trop forte
il me faudra la taire
Ce n’est que morte
que je pourrais m’en défaire

Pourquoi ce mal
s’il n’est que disputes et larmes ?
Est-ce vital
de prendre les armes ?

Qui peut aimer
s’il ne combat pas ?
Qui peut respirer
s’il ne lutte pas ?

Mes yeux pleurent,
mais ce n’est pas un leurre :
au travers de leur voile
je vois les étoiles.
Si tu ne souffres pas,
tu ne hurles pas,
tu n’entends pas,
tu ne vis pas.

Comment pourrais-je t’en vouloir ?
Ta froideur construit mon espoir :
mon cœur bat, mon cœur crie
ma douleur est ma vie.

Ce n’est pas l’homme de ta vie

Juste une douce folie
Une mauvaise impression
Un couac dans ta raison
T’as cru pouvoir l’aimer
Mais regarde de plus près
Je sais tu l’aimes
Tu r’trouvras jamais l’même
Y’en a pas deux comme lui
Alors pourquoi il fuit ?
Évidemment, j’suis pas costaud
Évidemment, j’suis pas bien beau
Mais j’ai mal quand tu pleures
Et j’suis là à toute heure
Suis pas non plus l’homme de ta vie
Juste une douce folie
Une étrange impression
Un p’tit peu de raison

Je voudrais avoir cinq ans

Les cheveux libres dans le vent
Me rappeler ta tendresse
J’avais encore des tresses
Je quittais la maison
Le matin, de bonne heure
Pour rejoindre le garçon
Qui m’appelait petite soeur
Et les longues promenades
Les glaces et la limonade
Les histoires de guerriers
Marquaient notre insouciance
Mais meurt l’enfance
Sous le glas des années
Les mensonges et les promesses
Sous les tendres caresses
Nous devenons amants
Et je ne peux plus retenir
Les merveilleux souvenirs
D’une enfant

Que dirais-je à mes amants

Je suis sincère quand je vous mens
L’espoir se trahit
Dans la nuit
Et votre regard me suit
Ultime condamnation
Mon chemin quitte la vie
Résonnent vos soupçons
Dans le tracé que j’ai suivi
Une à une mes pensées me fuient
Et mes larmes s’écoulent
Entre mes mains qui moulent
Votre visage de cire
Mes genoux s’affaissent lentement
Contre les cris de vos tourments
Et puisqu’il n’est pire
Que vos sanglots de martyr
Je vous laisse souffrir
Mes mots sont un dernier soupir

Il ne faut plus croire

Le long désir d’ivoire
Qui roulait sous les pieds
De la vierge nacrée
Qui t’aimait
Une note casse
Les reins d’une amante lasse
De promesses oubliées
Dans tes baisers
Que pourrais-je te dire
Puisque tu vas mourir
Que je n’en souffre plus
C’est un bonheur qui fut
Et tes larmes
Brûlent mes mains
Ce sont les armes
Des catins
Tu t’enfuis
Des hommes oublié
Et ta nuit
Recouvre mes idées

Je suis amoureuse…

… d’une ombre qui glisse
sur les eaux lisses
des femmes heureuses.
Son nom se dit
derrière les rideaux,
ses mains sourient,
je meurs dans le faux.
Et puis l’idée
de ne plus rêver,
de se laisser aller,
de se faire aimer.
Le marteau s’abat
sur la porte fermée,
j’entends ses pas
sur le sol marbré.
Les heures s’enfuient
et je disparais dans l’oubli.

Où vas-tu, homme sombre ?

Qui es-tu, issu d’ombre ?
— Je suis celui qui t’aime
quand s’enflamme ta haine
Celui qui te soutient
quand brûle ta colère
quand en toi tout s’éteint
et reste la lumière
Je suis la trahison
qui coule en un poison
dans la coupe amère
que tu portes à tes lèvres

Qui es-tu, issu d’ombre ?
— Je suis celui qui t’aime
quand s’enflamme ta haine
Celui qui te soutient
quand brûle ta colère
quand en toi tout s’éteint
et reste la lumière
Je suis la trahison
qui coule en un poison
dans la coupe amère
que tu portes à tes lèvres